V^ SIÈCLE. — PREMIER ROYAUME DE BOURGOGNE
vent ne pas être démontrées : ce qui est certain, c'est la barbarie de Gondebaud : Gondemar périt , brûlé vif avec les siens, dans son palais ; Chilpéric eut la tête tranchée par un soldat , et, selon d'autres témoignages , mourut percé de Tépée de son frère. Cependant Gondebaud n'était point satisfait encore ; il fit Jeter dans le Rhône, une pierre au cou, sa belle-sœur Agrippîne, femme de Chilpéric , et égorgea deux des quatre enfants de son frère. C'est à regret qu'il accorda la vie à ses nièces Chrone et Clotilde : l'une prit le voile ; l'autre devait un jour venger son père , sa mère et ses frères assassinés. Après le meurtre de Chilpéric , Gondebaud devint définitivement roi de Bourgogne; le dernier de ses frères, Godégisèle , eut pour états le pays de Besançon et Genève.
C'est sous le règne de Chilpéric, et en Û76, que finit en Italie et dans les Gaules l'empire romain d'Occident : Odoacre, roi des Hérules^ s'empara de Rome et chassa Âugustule , fantôme d'empereur. Lyon devint ville bourguignonne de droit et de fait.
$ IV. Gondebaud ou Gondobald, le plus puissant des rois de Bourgogne , accomplit de grandes choses ; il unissait à beaucoup d'ambition des talents militaires et la science du gouvernement- Créé patrice d'Occident., en 472, par l'empereur Olybrius, il avait concouru beaucoup , Tannée suivante , à l'élection de Glycérius, roi de Bourgogne; après la mort de son frère Chilpéric , il donna l'essor à son ambition jusqu'alors mal contenue. Gondebaud avait une nombreuse armée ; il était vif, entreprenant , avide de gloire , et les circonstances le favorisaient. Les chaimps fertiles de l'Italie souriaient à son ambition: Gondebaud franchit les Alpes dès la première année de son règne (491), et porta la désolation dans les campagnes de l'Emilie et de la Ligurie. Assiégé par les Bourguignons , Turin succomba après une vigoureuse résistance , et ftit ravagé par ses vainqueurs ; Pavie eut bientôt après le même sort. Gondebaud traita ces contrées avec la plus grande barbarie; rien n'échappa à la rapacité de ses soldats : ils pillèrent les villes, les villages, les églises , transformèrent en déserts incultes des champs renommés par leur fertilité, et enmienèrent en Bourgogne, comme des troupeaux , ceux des Italiens qu'ils n'avaient pas égorgés.
GO!n)EBAUI>. — V® SIÈCLE. 223
Cette expédition heureuse ajouta beaucoup à la renommée et à la puissance de Gondebaud. Gloyis, roi des Francs, sentit cooibien un tel voisin était à ménager, et lui envoya une ambassade chargée de lui demander en mariage sa nièce Glotilde , fille du malheureux Chilpéric ^ Après quelques hésitations, Gondebaud accorda son consentement : le mariage fut conclu à Gavaillon, et la jeune épouse conduite à Soissons qu'habitait le roi des Francs. Une telle alliance était fort impoliticpie ; Aridius s'efforça de Tempécher. Il représenta à Gondebaud que sa nièce Glotilde n'avait pu oubher le massacre de sa famille, commis sous ses yeux, et qu'elle ne manquerait pas d'exciter à la vengeance un prince ambitieux , puissant , et qui ne recherchait qu'un prétexte. Ge prudent avis, ou arriva trop tard, ou fut dédaigné ; les événements en prouvèrent la sagesse * : Glotilde ne cessa d'engager Glovis à la guerre contre son oncle Gondebaud.
Les champs de la Ligurie ne s'étaient point repeuplés depuis la fatale expédition des Bourguignons ; ils restaient en friche , faute de bras pour les cultiver. Théodoric, roi de ce pays, n'avait point oublié les Italiens que les Bourguignons vainqueurs avaient emmenés en si grand nombre par-delà les Alpes; il venait les rendre à leurs campagnes désolées. Epiphane, évéque de
1. — Les charmes et la réputation de sagesse de Glotilde déterminèrent le choix du roi des Francs. « Porro Chludovechus , dum legationem in Burgundiam saepins miltit, Clirolechildis puella reperitura legatis ejus. Qui cum eam vidissent elegantem atque sapienlem , et cognovissent quod de regio esset génère , nuutiaverunt hac Chlodovecho régi. Nec moratus iile , ad Gundobadum legationem diiigit, eam sibi in matrimonio petens; quod ille recusarc nietuens, tradidit eam viris. » (Gregor. Tcrom. H, xwiii). Glovis eut sans doute un motif politique en demandant Glotilde à Gondebaud. Le récit de Grégoire de Tours est complété par Frédégaire [Bistor, Francor.f Epitomaù., XVIII).
S. -^ Frédégaire rapporte en entier le discours d'Aridius à Gondebaud : •• Non est hoc amiciti» cultus , sed initium discordia perpetnae. Reminiscere debueras , domine mi , quod genitorem Cbrotechildx germanum (uum Gliilpericum gladio trucidasti , roairem ejus lapide ad colluro tigaio necare jussisti , duos ejusdem gerraanos capite truncatos in pnleum fecisti projioere. Si pnevaluerit , injuriam parentum vindicabit ; dirige protinus exercitum post eam, ut re?ertatur. « Gondebaud suivît ce conseil, mais trop tard. La première chose que demanda Clolilde au roi des Francs, ce fut le ravage des terres de la Bourgogne. « Quod cum permitlenic Chlodoveo fiiisset impletum , dixil Chrotediildis : Gratias Itbi ago , Deus omnipotens , quod iailinm vindiclaede geniloribus vel fraUribusmeis video. » (HUtoHa Franco'^. , EpUom., per Fre- <legariiim scholasl., XIX.)