‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 113 sur 262 · YI® SIÈCLE. — PREMIER ROYAUME DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

YI® SIÈCLE. — PREMIER ROYAUME DE BOURGOGNE

inscrit le nom de Sigismond parmi les saints ; mais l'histoire ne Ta point compté parmi les rois habiles et braves : il eut les vertus d'un moine , et non les qualités d'un souverain. *

S VI. Gondemar ou Godomar ne se laissa point eflSrayer par les difficultés graves de sa situation et par les menaces de Clodomir; il avait bravement combattu les Francs dans la journée qui avait décidé du sort de son frère Sigismond , et ne s'était échappé qu'à grand'peine du champ de bataille. D rallia quelques soldats , parvint à les aguerrir , et , secondé par l'affection des Bourguignons, réussit à organiser une armée. Clodomir marcha à sa rencontre , et les troupes franques rencontrèrent les Bourguignons à Véséronce, non loin du Rhône, entre les villes de Vienne et de Belley. Moins fort que son ennemi , Gondemar eut recours à un stratagème : à peine un engagement avait-il commencé , que les Bourguignons cédèrent et prirent la fuite; Godomir se mit à leur poursuite avec ardeur, et, suivi d'un petit nombre de Francs , tomba dans une embuscade dont il ne s'était pas défié. Aussitôt les Bourguignons se retournèrent, assaillirent le roi d'Orléans, et le percèrent de coups : un soldat coupg la tête à Clodomir, et plaça à l'extrémité de sa lance ce sanglant trophée , dont l'aspect acheva la déroute des Francs. Le meurtre de Sigismond fut vengé, et Gondemar demeura possesseur unique du royaume de Bourgogne. ^

U ne jouit pas longtemps avec tranquillité de sa couronne ; la vengeance de Glotilde poursuivait toujours la famille de Gondebaud, et le sang de Chilpéric,' égorgé avec sa femme et ses en&nts , n'était pas encore expié. Des provinces aussi fertiles et aussi riches que celles qui composaient les états de Gonde-

1. — Hist. liUcr. de la France, III. — Grbcor. Toroti., U, xwii. — Collecl. des Bolland. — PaocopiDs. De Bello Golhico , 1, xii.

S. — D. Plancher assure que Gondemar gouferna ses étatSi de 524 à 534, sans élre attaqué ni troublé par aucun des rois voisins. Cependant, selon H. de Valois, cité par D. Bouquet, Clotaire et Cliildebert firent une invasion en Bourgogne l'an 532 , s'en emparèrent et la partagèrent entre eux, après avoir mis en fuite Gondemar. L*abbé du Bos croit que cette guerre commença Tan 53S , et finit Tan 534 ; que Thierri ne voulut point se réunir i ses frères l'an 532, qu'il se joignit à Childebert en 533, et qu'en conséquence son fils Tkéodebert partagea la couronne avec ses oncles, après la mort de son père, Tao 534. {Art de vérifier les datés, éd. in-4o, p. 575.)

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mar excitaient d'ailleurs vivement l'ambition des fils de Clovis ; ils se liguèrent contre le nouveau roi , l'attaquèrent près d'Autun (534), et remportèrent sur lui une victoire complète. On ignore ce que devint Gondemar. A-t-ilpéri dans le dombat? Futil saisi dans 1 asile qu'il avait choisi pour refuge, et impitoyablement étranglé ? Ces deux opinions ont été répandues. Selon une autre tradition, Gondemar échappa , non sans peine , aux dangers de la bataille, passa sous l'habit d'un moine en Espagne, et, se trouvant encore trop près des Francs, alla rejoindre en Afrique les Vendes, dont sa famille était sortie. Suivant une autre version, fait prisonnier sur le champ de bataille, il fiit enfermé dans un château par les Francs, et survécut sept années à la perte de sa couronne et de sa liberté. Ce point historique n'a pu être éclairci, mais qulmporte le sort du prince détrôné? Vaincu à la journée d'Autun , il disparut de la scène politique ; on ne sait rien de plus.*

Ainsi fiinit le premier royaume de Bourgogne ^. Ses cinq rois eurent une destinée terrible : presque tous périrent d'une mort

1. — Il y a eu une grande divergence d'opinions sur le sort de Gondemar. C'est Paradiii qui le fait prendre dans une église à Autun, et étrangler aussitôt (1). Adon veut qu'il ait été toé par les Francs (S) ; Vignier et Jean de Serres affirment qu'il passa en Espagne et de là en Afrique, chet les Vandales (3). Procope prétend qu'après la perte de la bataille , il fut saisi et renfermé dans un chÀieau (4). Grégoire de Tours , Frédégaire , Marins et Aimoin (5) disent que Clotaire et Cbildebert ayant contraint Gondemar à la fuite, se mirent en possesaioD du royaume de Bourgogne.

i. ^ Depuis l'année 534 , époque k laquelle les princes francs se partagèrent les états de Gondemar , la Bourgogne fut sans titre de royaume et sans roi pendant l'espace de vinglsept ans, c'est-à-dire jusqu'à Tannée 561. A cette époque, Contran, le premier de la maison royale de France qui ait pris le titre de roi de Bourgogne , eut dans le partage des états de son père une partie du royaume de Bourgogne , c'est-à-dire le duché , la Savoie , le Daupbioé et la moitié de la Provence. Contran porta seul le litre de roi de Bourgogne , et fit sa résidence à Cbàlon-sur-Saône. Cbildebert succéda , en 593, à son oncle Contran , qui l'avait institué, en 577, héritier du royaume de Bourgogne. Théodoric ou Tliierri , second fils de Cbildebert , succéda à son père en 596, et mourut en 613. Après ces trois princes, il n'y eut plus de rois de Bourgogne de la maison de France t c'est-à-dire qu'aucun prince ne porta le titre de roi de Bourgogne ; ce pays devint une province unie à la monarchie française jusqu'au démembrement de l'empire de Charlemagne (848). {j4rt de vérifier les dates ; Liste chronol. et JUst. des rois de Bourgogne,)

(I) Annales , p. 47. (4) Piocorret. De Bello Gothieo , I. I , c. xin.

(1) Adoi , p. 17». («) Gm6. Tmoi. Hitt. , I. III . c. xi.— FiiDiSAiirt.

(3) Vraiin. Bargnnd. Chr., p. tt.— Jiar di Siuks. Epilo». XXXVII. — Vaiios. Chron. ipad da Chetne i

Innnuire général de rilittoire de France , p. 60. t. !, p. 903. — Aiho». Hitt., 1. Il, p. 99.

Tiolente, sous la main ou par Tordre de leurs proches. Us âe disputèrent avec fureur leur part d'héritage , et cherchèrent à consolider leur domination par un même système, Textennination de leur famille. Aucun sentiment de pitié n'entrait dans l'âme farouche du vainqueur ; il ne faisait grâce ni aux femmes ni aux enfants : il y a plus de sang sur cette famille barbare que n'en fit couler la vengeance d'Atrée. Deux de ces rois, Gondicaire et Gondebaud, eurent une grande capacité et conservèrent leur pouvoir ; les autres n'eurent ni les talents militaires ni l'énergie des Francs, leurs ennemis. Ce royaume de Bourgogne n'était pas constitué pour vivre; il n'y avait point d'esprit de nationalité chez les populations qui le composaient : la force l'avait créé, et la force le détruisit.

Sa durée a été de cent vingt années environ , depuis Favénement de Gondicaire à la royauté, en 413, jusqu'à la chute de Gondemar, en 534. Des cinq règnes, ce fut celui du fondateur de la race qui dura le plus : il dépassa un demi-siècle; le plus court fut celui de Sigismond. Leurs états d'un règne à l'autre changeaient de délimitations, soit à l'occasion d'impolitiques partages, soit à la suite des chances de la guerre.

Tant que l'empire romain subsista , il tint compte des rois de Bourgogne , qui tenaient à honneur d'être au rang de ses grands dignitaires. Gondicaire fiit maître de la milice dans les Gaules ; ce titre recherché passa à son fils Chilpéric , qui devint ensuite patrice ; Gondebaud et son fils Sigismond obtinrent plus tard le même honneur. Plusieurs empereurs d'Orient cultivèrent l'amitié des rois de Bourgogne. *

Aucun de ces princes ne parait avoir fait quelque chose pour là prospérité de Lyon , capitale de leurs vastes états ; ils n'y firent construire aucun édifice remarquable , et ne s'occupèrent nullement de son agrandissement. Us tenaient leur cour, tantôt dans cette ville, tantôt à Savigny qui en est tout près; quelquefois à Autun , à Ambérieux , ou à Vienne. Lyon vit passer ces rois sans mêler son histoire à la leur, indifierent spectateur des drames sanglants que représentaient ses souverains.

1. — La Saône, au lempu «les rois «le BourgO;;i«c , sjp.irnit le royaume dci Franc» de» loircs de l'empire.

' GONDEMAR. — VI* SIÈCLE. 285

L'esprit humain et la civilisation firent de grands progrès du quatrième au sixième siècle; il y eut des hommes d'un haut mérite dans les lettres et dans TEglise. Esquissons ce tableau , dont l'intérêt est beaucoup plus grand que celui des luttes de Barbares contre d'autres Barbares; la pensée humaine qui crée est un objet d'étude plus philosophique que celle qui détniit.

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