‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 136 sur 262 · SOUS CHARLEMAGNE ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

SOUS CHARLEMAGNE ET SES SUCCESSEURS

$ I. La marche de la civilisation à Lyon a éprouvé un temps d'arrêt depuis le septième jusqu^au neuvième siècle , ou plutôt elle a rétrogradé : des guerres continuelles , la destruction des couvents et la dispersion de leurs religieux , l'extrême misère du peuple y la tyrannie et les exactions continuelles des chefs militaires 9 la longue vacance du siège épiscopal , et pardessus toutes choses , l'absence à peu près complète de commerce et d'industrie, telles ont été les causes principales de cette stagnation de l'esprit humain durant un si long intervalle. Il n'y a ni un nom ni un fait bien remarquable à citer dans nos annales, depuis Dagobert P' jusqu'à Gharlemagne; tout est ténèbres, incertitude et ruines. L'essor de la ville, si remarquable au cinquième siècle et pendant la première moitié du sixième , s'est arrêté : un gouvernement impuissant ne sait ni défendre le pays , ni se protéger luimême ; tous tremblent devant ces nuées d'Arabes qui se sont abattues sur l'Europe désolée , et, privés de toute sécurité pour leur existence matérielle , nos pères semblent oublier jusqu'au nom des sciences et des arl^.

Il ne faut donc pas demander quels édifices se sont élevés dans Lyon , du septième au neuvième siècle : on laissait tomber de vétusté ceux qui existaient , et l'on n'en construisait pas de nouveaux. Grand nombre de maisons n'étaient que des cabanes couvertes en chaume et bâties avec les matériaux les plus grossiers; elles ne présentaient guère , pour tout confortable , à leurs pauvres habitants , qu'un toit plus ou moins imperméable , et il ne fallait y rechercher ni luxe , ni commodité intérieure. De très belles églises rappelaient la prospérité des âges précédents; mais les Arabes les avaient abattues, et leurs débris, épars sur le sol , ajoutaient à l'impression de tristesse qu'inspirait à cette époque Taspect de la ville. Lyon, cependant, continuait à descendre du versant des plateaux de Fourvière et de St-Just , et à s'établir sur les deux rives de la Saône. Dès que la ville avait été affiranchie de l'invasion sarrasine, on s'était occupé à relever ses fortifications détruites : les nouveaux remparts qui furent construits pour sa défense avaient une grande hauteur, du moins si l'on en juge par ces vers de Théodulphe , poète contemporain , à son ami Leidrade , dans une relation d'un voyage de Lyon à Narbonne :

Jam , Lugduiic , luU celsis post lerga reliclis Mœaibus aggredimur, causa quoJ optât iter.

Le neuvième siècle fut pour cette ville une époque de rénovation : restauration des églises, réveil des lettres, sinon des sciences et des arts ; rappel de la civilisation et des moeurs, efforts prolongés pour ramener quelque industrie sur les rives de la Saône et du Rhône , tels sont les caractères de cette époque. Dépouillés de leurs biens par les chefs militaires aux ordres de Charles-Martel, les évêques et le clergé avaient perdu tout moyen d'encourager les arts :

Nobilium ut rcparet Martellus damna virorum , Injecit domiDas in sacra feuda manus.

$ IL Lorsque les grands dignitaires ecclésiastiques eurent recouvré leurs richesses , ils recommencèrent à en faire un noble usage. Une main vigoureuse tenait les rênes de l'empire : l'ordre était rétabli de toutes parts, les germes de la prospérité publique se développaient avec énergie à l'cftnbre du sceptre de Gharle

magne. Lyon se réveilla de son long sommeil, et reparut sur la scène du monde. Il fallait d'abord déblayer ses ruines , relever ses églises et ses monastères déserts, réorganiser le culte : c'est la tàcbe qu'entreprit l'archevêque Leidrade avec une infatigable persévérance. Il s'occupa beaucoup moins de construire de nouveaux édifices que de rétablir, autant que les temps le permettaient , dans leur condition première , ceux qu'avait abattus la main dévastatrice des Arabes : c'était bien assez.

L'antique et vénéré monastère d'Ainay n'avait pas joui longtemps des biens dont Brunehaut l'avait doté : placé dans l'intérieur de la ville , et à portée de toutes les commotions , il avait été promptement dépouillé ; rien ne lui était resté de son ancienne splendeur, au temps où la piété des populations et des princes environnait ses abbés d'une grande influence. U était à peu près désert; presque tous ses religieux étaient allés chercher autre part plus de sécurité et les moyens de pourvoir à leur existence matérielle. Il y avait, entre leur monastère et l'église collégiale de St-Paul , une affinité spirituelle : quelques moines du couvent déchu trouvèrent un asile dans la basilique ; un antique obituaire de cette église fait mention de deux religieux, Alfridius et Pierre, qu'il qualifie de moines d'Âinay et de chanoines de St-Paul. Jusqu'au neuvième siècle, et même plus tard, le monastère d'Ainay n'eut pas de règle particulière ; il obéissait à la direction de son abbé : isolés complètement du mouvement de Lyon, ses religieux ne vivaient que pour la prière et l'enseignement aux fidèles des vérités de la morale et de la foi. Leidrade fit rebâtir les murs délabrés de l'église et restaurer le cloître ; il assigna des revenus et des propriétés à l'abbaye , et , pour peupler les cellules abandonnées , il appela vingt moines du couvent célèbre d'Aniane. Bientôt des novices se présentèrent, et la restauration fiit opérée; elle ne fut cependant ni solide, nitîomplète. Un autre archevêque de Lyon , Amblard , dut relever de nouveau le monastère d'Ainay de sa décadence : Leidrade ne pourvut sans doute qu'aux besoins les plus pressants.

Il eut bien plus à faire pour le monastère de l'Ile-Barbe : éloignée de la ville , peu riche , et souvent délaissée , cette sainte retraite n'avait plus, au neuvième siècle, qu'une existence nominale , et rien ne présageait les temps de prospérité qui lui

étaient réservés. L'archevêque la rendit fin cnlte et à la vénération de la population des campagnes : quatre-vingt-dix moines y furent réunis par ses soins. Mais les églises de Lyon étaient dans un état déplorable : toutes avaient souffert beaucoup pendant les invasions des Sarrasins , et il n'en était pas une peut-être que Charles-Martel n'eût spoliée. Leur nombre, proportionné au chifire de la population , était peu considérable. Celles du plateau de Fourvière et de St-Just avaient été particulièrement exposées aux dévastations ; mais une autre circonstance avait contribué beaucoup à leur abandon : une grande partie de la famille lyonnaise avait déserté la ville romaine et s'était portée dans la plaine, entre la rive gauche de la Saône et la rive droite du Rhône. C'est pour elle que l'évêque Aridius avait fait élever, au temps de Brunehaut, la petite église de Ste-Croix : située au centre de la ville nouvelle, cette basilique était très fréquentée; le riche et pieux évêque qui l'avait bâtie à ses frais, y joignit un baptistère entièrement isolé, selon l'antique usage, et cependant uni à l'église par un même office liturgique. Cette humble annexe devait grandir , sous l'invocation de saint Jean-Baptiste , et devenir plus tard la métropole de la ville. Auprès de l'église de Ste-Croix et du baptistère de St-Jean, se trouvait cette basiUque de St-Etienne , bâtie par l'évêque Patiens , et vieille déjà de quatre siècles : elle avait conservé sa forme en croix et une partie des ornements dont l'avait dotée la piété des rois de Bourgogne. La dépouille mortelle du saint martyr Etienne y avait été portée au cinquième siècle, et appelait chaque jour un grand concours de Lyonnais pieux. Associées par la même liturgie et desservies par le même chapitre , les deux églises avaient les mêmes intérêts matériels et religieux; mais leur cause ne tarda point à être séparée. Venue la dernière , et d'abord modeste baptistère , l'église de St-Jean fit oublier ses sœurS atnées.

Leidrade travailla de tout son pouvoir à la restauration des églises de Lyon : il fît rétablir en partie les murs de la grande église dédiée à saint Jean, recouvrir celle de St-Etieime, et rebâtir celles de St-Nizier et de Ste-Marie. Une des maisons épiscopales tombait en ruines : l'archevêque en fit construire une autre, avec une plate-forme à deux corps-de-logis pour recevoir l'empereur quand il viendrait à Lyon.

§ m. Les Lyonnais avaient recouvré leurs églises et leurs monastères ; mais il ne s'agissait pas seulement de relever des murailles : Leidrade avait aussi à rappeler les sciences et les lettres dans cette ville qu'elles avaient illustrée quatre siècles auparavant. Le temps des Sidoine , des Constance et des Avitus était passé depuis longtemps : les écoles si célèbres de Lyon, sous les rois de Bourgogne, n'existaient plus; mais l'archevêque ne désespéra pas de leur rétablissement, et, fort de l'appui de Tempereur , il entreprit ce grand ouvrage.

Pour bien apprécier le mouvement littéraire qui remua si vivement Lyon et FEurope au neuvième siècle , il faut revenir à Gharlemagne et présenter ce prince sous un point de vue nouveau. C'est Charlemagne qui donna l'impulsion, c'est lui qui ramena les monastères et les grands dignitaires ecclésiastiques au goût de Tétude ; c'est lui qui voulut que son vaste empire devînt lettré. Convaincu de l'importance des sciences et des lettres pour les populations d'un grand état, ce prince commença par les étudier lui-même : il fit , sous ce rapport, ce qui plus tard réussit non moins bien à Pierre I**. Mais il n'y avait plus , à Lyon et sur la vieille terre des Gaules, dliommes véritablement instruits , et la littérature avait été refoulée vers le Midi, et encore plus vers le Nord : l'empereur fit venir à sa cour des savants qui jouissaient d'une haute renommée, Paul WarneJBride, Leidrade, Alcuin, Pierre de Pise , et plusieurs autres encore. Mettant d'abord leurs leçons à profit pour lui-même , il apprit , sous la direction de maîtres habiles , la grammaire , la rhétorique et la dialectique , et devint fort sur le latin , qu'il parlait avec autant d'aisance que l'allemand, sa langue maternelle; le grec même lui était familier. U avait beaucoup de goût pour la théologie , et l'on sait qu'il se piquait de bien chanter au lutrin. Persuadé sans doute que la meilleure manière d^apprendre, c'est d'enseigner, il donnait des leçons à ses fils ainsi qu'à ses petits-fils. Sa parole était abondante, instructive, gracieuse; peut-être abusait-il quelquefois de la facilité de son élocution. Jamais homme n'entendit si bien l'emploi du temps : ses grandes préoccupations politiques et ses guerres continuelles lui laissaient cependant des loisirs. U a corrigé de sa main quelques-uns des livres de la Bible, et, vers la fin de sa carrière , il conféra lui-même la version latine des saints Evan-

giles avec la version syriaque et le texte grec. Son secrétaire Eginhard assure cependant qu'il ne savait pas écrire : cette aflBrmation ne doit pas être prise dans un sens absolu. Ce que Gharlemagne ignorait , c'est l'écriture romaine , dont les grands et beaux caractères revinrent en honneur à cette époque. Déterminé à faire disparaître cette lacune de son éducation, le disciple impérial plaçait chaque nuit des tablettes sous son chevet , et s'exerçait à tracer quelques lettres pendant ses intervalles de sommeil : sa ténacité , toutefois, ne fut pas heureuse ; il s'y était pris trop tard , et la nécessité l'obligea bien souvent de signer son nom du pommeau de cette épée dont la pointe avait écrit la destinée de tant de nations.

Après s'être fait ainsi, en quelque sorte, homme de lettres, Gharlemagne employa la littérature et la science comme un moyen puissant de civilisation pour ses peuples. Il avait auprès de lui , dans sa cour , une académie formée de ces savants qu'il avait appelés à son œuvre de régénération : toutes les questions httéraires, et parfois les controverses théologiques, étaient portées à ce tribunal. Gharlemagne y siégeait sous le nom du roi David ; les autres membres s'appelaient Hésiode, Homère, Hérodote, Virgile, etc.: on eût dit que les grandes illustrations des temps anciens allaient revivre. Mais ce n'était point , malheureusement, leur génie que reproduisaient les hommes de lettres du neuvième siècle: il y avait, chez les académiciens impériaux, beaucoup plus de bonne volonté que de talent ; leur science était pédaûtesque, et leur goût peu formé. Quelques évêques seulement savaient l'art d'écrire; il n'y avait plus de poètes, du moins d'un certain mérite.

Pour mieux assurer la diffusion des lumières, l'empereur conféra les évêchés à des hommes non-seulement pieux, mais encore versés dans la littérature ; et pour obliger les hauts dignitaires de l'Eglise à l'étude , il les invita par ses lettres à répondre aux questions qu'il leur adressait sur l'histoire , le dogme , la morale, et la discipHne ecclésiastique. Un enseignement mutuel était ainsi institué sur tous les points du vaste empire.

S IV. Vint ensuite l'instruction publique : le saxon Alcuin et l'écossais Glément fondèrent l'école palatine , modèle de toutes les autres ; celle de Gorbie, celle de Fulde et celle de Ferrières

acquirent une grande célébrité. D'antres institutions du même genre s'établirent dans les principales villes de l'empire : elles réussirent; une affluence considérable d'élèves se rendit à l'appel des professeurs. Ils enseignaient la grammaire, l'histoire ecclésiastique, le droit , la médecine, et surtout la théologie. Très peu s'inspiraient du génie des grands écrivains de l'antiquité : Homère, Euripide , Horace, Cicéron , Tacite et Virgile sont peu cités par les écrivains de cet âge ; cependant leurs ouvrages existaient en très grande partie. Les manuscrits que Gharlemagne et les évêques faisaient copier dans les monastères n*étaient pas , malheureusement , les chefe-d'œuvre des écrivains de l'antiquité : il fallait, avant tout, pourvoir aux besoins de l'enseignement ecclésiastique et au service des églises. Dominé constamment par la pensée de ramener à l'unité les nations hétérogènes dont se composait son empire , Gharlemagne fit d'immenses eflRorts pour leur faire adopter le chant grégorien et une même liturgie : il n'y réussit jamais complètement. Associés par la force , toutes ces provinces , tous ces royaumes tendaient sans cesse à se séparer , et une répulsion mutuelle les éloignait bientôt l'un de l'autre , dès que la main fatiguée de Gharlemagne cessait un instant de les comprimer. Tombées de trop haut sur un sol inculte , les semences de la science ne germèrent que d'une manière incomplète, et donnèrent peu de fruits; malgré tous les efforts de Gharlemagne et de ses savants , l'instruction ne descendit pas dans les masses, qui demeurèrent à demi-barbares.

Lyon se montra plus docile. Leidrade avait reçu de Gharlemagne la mission de restaurer les églises de cette ville : on a vu avec quel zèle il la remplit ; mais l'archevêque fit plus , il institua des écoles de chantres, et n'oublia rien pour le rétablissement du culte. La lettre dans laquelle il rend compte à l'empereur du résultat de ses travaux est le plus curieux des monuments de l'histoire de Lyon au neuvième siècle ^ : « J'ai établi dans Lyon,

1. — Cette lettre de Leidrnde paraît avoir été écrite l'an S07. On présume que diverses interpolations y ont été faites : c't-st l'opinion des PP. ChifBet , Menostrier , Le Gointe, et de Colooia ; c'est aussi celle de Baluze et de Papire Masson. Quoi qu'il en soit , ce document est fort important pour l'histoire de Lyon , et je crois devoir le-reproduire en entier , d'après une copie faite, sur un manuscrit du monastère de file-Barbe (daté du 18 octobre 1487), par

« dit-il, Tordre de la psalmodie adopté dans votre palais, et

<c formé des écoles de chantres qui en savent assez déjà pour

M. Carrand, archiviste de ta ville de Lyon, el collalioniiëe par M. Chelle, archiviste de la préfecture du Rh6oe :

« Suromo Karolo imperatori Leydradus archîepiscopns Lugdunensis : Domine mi gloriosissime y constaos el sacer imperator , supplico démentie celsitudinis vestre , ut hanc brevem suggestiunculam meam sereoissigao vultu audiatis : quathinns que hic inserta jsunt , piissime prudentie vestre nota ûeri queant , et inlencio mee postulacionis ab iugeoita clementia veslra reminiscatur. Olim me exiguissimum famulorum vestrorum ad regiroen ecclesie Lugdunensis destinare voluislis , cum ego huic officio impar exislerem , et indignus. Sed vos , qui non altendilis bomioum mérita , sed vestram solitam clemenciam , egistis de me sicul ineffabili pietati vestre placuit , nullo existentc merito meo ; quo tempore ad prefalam ecclesiam regendam milterelis , nec nominare mihi dignati estis quasdam negligentias que in supra dicta ecclesia perpelrate noscebantur : pro qua re aroovere me dignati estis ut ego soUicitudinis curam gererem , negUgentie cmendarentur et perpetrande vitarentnr. Erat enim looc sepe dicta ecclesia in multis rébus destituta interius exleriusque , tam in officiis. quarn in edificiis , velin ceteris ecclesiasticis ministeriis. Ego quoque humilis servulus vester, postquam ibidem pcrvenl , que cum Dei adjulorio et veslro peregi digucmini audire , quoniam , ul inspector conscieniiarum Dominus omnipotens mihi testis est, non tali inteocione ea vobis pate£acio que dicturus sum , ut propterea in rébus augeri mercar ', neqiie aliquid taie in cogitatione mea composui , ut acquisition is mihi occasio sit , nec suggère : quoniam quotidie exitum a rébus humanis suspicor, propter inBrmitatem meam , et incessanter de morte suspectus sum. Et ideo bec suggère , ut cum benignissimis auribus vestris presentata fîierint , et clemenler inspecta , ipsum divina veslra mansuétude provideat , ut si qua bene et secundum volunta* lem vestram gessi, post meum discessum non deBciant , aut pereant, sed potius proficiantet permaneant. Denique postquam, secundum jussionem vestram, sepe dictam ecclesiam sascepi, juxta vires parvilatis mee omui industria egi , ul clericos officiales habere poluisset, sicut jam Deo favente ex magna parte nunc habere videiiir. Et ideo officio quidem ' vestre pietatis placuit ut ad petitionem meam mihi concederetis unum de Metensi ecclesia clericum : per quem , Deojuvante , et mercede veslra annuente , in Lugdunensi ecclesia restauratus est psaU lendi ordo , ut juxta vires noslras secundum ritum sacri Palatii nunc ex parte agi videatur quicquid ad divinum persolvendum ofûcium ordo exposcit. Nam habeo scholas canlorum , ex quibus pleriqne ita sunt eruditi, ut etiam alios erudire possint. Prêter bec vero habeo scholas lectorum , non solum qui officiorum leclionibus exerceantur , sed etiam qui in divinorum Ubrorum meditatione spiritalis inteliigentie fructas conseqnantur ; ex quibus noonulli de libro Evangeliorum sensum spirilalem jam ex parte adipisci possunt. Alii, adjuocto libro etiam Apostolorum , plerique vero librum Prophetarum secundum spiritaiem intelUgentiam ex parte adepti sunt ; similiter libros Salomonis , vel libres Psalmornm , seu Job. In libris quoque conscribendis , in eadem ecclesia , in quantum potui , laboravi. Similiter vettinenla sacerdotum vel ministeria procuravi. De restauratione etiam ccclesiarum , in quantum valai « Don cessavi ; ita ut ejusdem civitatis maximam ecclesiam , que est in honorem sancii Johannis Baptiste, a dovo operuerim , el macerias ex parle erexerim. Similiter ecclesie sancti Stephani tcgumentum de novo repara vi. Ecclesiam quoque sancti Nicetii de novo texi ; similiter ecclesiam saocte Marie. Prêter monasteriorum resiaurationes , domus quoque epitcopales , anam resiauravi , que jam pêne deslructa erat , quam operui. Aliam quoque doratim cum solario ediflcavi , et duplicavi ; et hanc propter vos paravi , ut si in illis partiLus Tester essel adventas , in ea suscipi posselis. Claustrum quoque clericorum construxi ; in quo orones nooc

MABGHE DE LA GIVIUSATION. — IX® SIÈCLE. 301

instruire les autres. J'ai également institué des écoles de lecteurs, non-seulement pour lire les leçons de l'office, mais encore pour méditer et pour pénétrer le sens des Livres divins, n en est qui entendent déjà en partie le sens spirituel de TEvangile , et la plupart connaissent déjà celui des Prophètes, des livres de Salomon, des Psaumes, et même des livres de Job. J'ai eu soin de faire écrire pour cette église les livres dont

•ub uno cooclaTÎ maaere ûoscuotur. In eadem cifilate alias restauravi ecclesiat : unam quidem in honorem sancte Eulalie , ubi fuit moDasterium puellarum , io honorem sancti Georgii , qaam de novo operui , et ex parle macerias ejus a fandamentis erexi. Alia quoque domus io honorem sancti Pauli de oovo operia est. Monasteriam qnoqae puellarum in honorem tancli Petiî dedicatum , ubi corpus sancti Aunemundi martyris humaium est, quod ipse sanctus martyr et episcopus instiluit , ego a fundameotis tam ecclesiam quam domum restauravi , ubi nunc sanctimoniales numéro triginta duarum , secuoduro institutionem regularem -viventes , babitare videnttu*. Quibos etiam corroboravimus qood sanelus antisies atqoe martyr Andemubdus illis concessit dum vifercti scilicet paratas cunctaruro iliarum eoclesiaram et decimationes omnium viiiearum que bactenus possederunt, vel deinceps, Deo jurante , possessure sunt ; similiter etiam oblationes vivorum , necnon cumulationes defunctorom oaDÎam, in rare ad beatum Petrum jure pertinens degenlium. Monasterinm r^ale Insole Barbare ( situm in medio Araris fluvii , quod antiqnitus est dedicatum in honorem sancti Andrée apostoli, et omnium Apostolorum, nunc autem in honore sancti Martini receos ▼idetur esse fundatum jussu Domni Karoli imperatoris , qui ibidem prefecit Doroinam Benedictom abbatem , cura quo simul direxit ibi suos codices) ita restauravi, ut lecta de novo faèrint , et aliqua ex maceriis a fundamentis erigerentur ; ubi nunc monacbi secundum regularem disciplinam numéro nonaginta babitare videntur. Oui etiam prefato abbati tradidimus l>olestalem ligandi et solvendi, uti habuerunl antecessores sui , scilicet Maximus , Ambrosius , Licinius , clarissimi viri , qui ipsum locum rexerunt : quos Eucherius , Lupus , atque Genesius , ceterique episcopi Lugdunenses , ubi ipsi deerant, aut non poterant adesse , mittebanlur, bic utrum caibolica fide recte crederelur, ne fraus beretica pullularet. Quibus illis iu tantum erat commissa cura , ul si ecclesia Lugdunensis viduaretur proprio patrono , ipsi in cunctis adessent redores , et consolatores , quousque ecclesia a Domino diguissimo illustrarelur pastore. Similiter et posteris illorum banc potestatem tradidimus. Insuper jussimus fieri décréta priscorum regum Francie , ut quemadmodum ipsi statuerunt monimenta emendî et aogendi locum in omnibus rébus , que ad presens habere videntur , vel in fuluro , Deo auxiliante , acquirere potuerint , sine ulla querimonia per secula possideant. Aliud monasterium in honore sancti Regneberti ediBcatum , ubi ejusdem saocli requiescit corpus , de novo totum reparalum est, sive in parietibus, sive in teclis , vel etiam in ecclesiis , ubi nunc mouacbi , numéro quinqnagin ta sextum , secundum regularem custodiam habilabant. In quibus monasteriis unum puellarum et duo mouachorura nemo antea erat qui regularem vitam imitari nosset antvellet, propterquod plurimum laborem et sttidium impendi ut ad hanc regularem vite observantiam pcrvenire potuissent, quo nunc pervenisse, Deo auxiliante, videntur. Aliam quoque ecclesiam in eadem parochia , que est in honore sancti Vuibaldi , ubi ejusdem sancti corpus requiescit, restauravi... »

Datoin pro copia, eollation« fsct» eum propriis orlgiatlibus litteris de vidimut nonenpatif , per me Antonlum Mejrety ekrieam , «aetoritsUlras «postollea et imperiali DOlarimn pnblieum , eursque donlni ofBetatlis Lafdanensis joraluin , teste signo meo manuali sequenti. MrraiST. — Mss. de la Biblioth. de Lyon , n® ISSd

<i elle a besoin , et je Tai pourvue d'habits sacerdotaux et de vases « sacrés. » Ainsi , la lettre de Leidrade eut deux objets : la restauration d'une partie des églises de la ville, et le rétablissement de la discipline des écoles et deToffice divin. *

Ce savant homme avait accepté Tarchevéché de Lyon comme une retraite : cependant il ne négligea aucun des devoirs de son ministère y et adressa souvent en chaire d'éloquentes instructions au peuple. Deux événements principaux marquèrent son épiscopat : l'un fut sa controverse avec Félix dUrgel , qu'il crut un instant avoir ramené des erreurs du nestorianisme , et l'autre la translation d'Afrique en France , au retour des ambassadeurs de Gharlemagne en Perse , des reliques de saint Cyprien , évêque de Carthage, de celles de saint Spérat, et de la tète de saint Pantaléon. Sa santé, très faible, ne lui permit pas de conserver longtemps son siège épiscopal; il s'en démit en faveur d'Agobard, son coadjuteur, et se retira au monastère de St-Médard , à Soissons. Cependant Leidrade remplit une fois encore les fonctions de commissaire impérial par l'ordre de Louis : on ignore la date précise de sa mort. Il ne reste de ses écrits qu'un petit nombre d'opuscules. *

Agobard a été plus heureux ^ : nous possédons les principaux de ses ouvrages , grâces au hasard qui les fit découvrir par Papire

1 . — On a cru que Leidrade avait fondé une bibliochèque dans le nonaalére de Tlle-Barbe, et qu'il en parlait dans sa lettre ; c'est une erreur ; il j avait en marge une note qu'un copiste prit pour un renToi et intercala dans le texte. J'adopte entièrement, sur ce point, l'opinion de M. Péricaud.

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