‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 135 sur 262 · IX* SIÈCLE. — LOIJIS-LE-DÉBONNAIRE · texte numérisé non relu

IX* SIÈCLE. — LOIJIS-LE-DÉBONNAIRE

gâtait ces qualités précieuses par Tindécision de sa volonté, n aimait les lettres, lisait et étudiait beaucoup, et recherchait avec empressement le commerce des hommes de science. Son début sur le trône ne manqua cependant pas d'énergie : excitée par un neveu de l'empereur , le roi Bernard , l'Italie avait essayé encore une fois de s'affranchir de la domination étrangère ; mais c'est en vain qu'elle ferma tout accès dans ses provinces aux troupes impériales; Louis triompha de sa résistance, et Bernard vaincu vint implorer à Chalon-sur-Saône la clémence de Tempereur. Louis ne maintint pas avec moins de fermeté l'intégrité de ses états contre les incursions des Slaves , des Danois et des Bretons ; mais il ne soutint pas ces heureux commencements. Gomme Gharlemagne , il crut à la nécessité de partager ses domaines trop vastes entre ses fils : tel fiit le point de départ des malheurs de sa vie Ses enfants ingrats trouvèrent que leur' père avait régné trop longtemps : Louis en avait trois d'un premier mariage, et un quatrième de Judith, sa seconde femme. U nomma Lothaire roi d'Italie et son successeur , donna la Bavière à Louis, l'Aquitaine à Pépin , et réserva la Souabe et la Suisse au dernier de ses fils. Son autorité affaiblie fiit bientôt méconnue; les grands, les cheis militaires et les évêques soutinrent la cause des princes révoltés.

Gomment Louis , qui avait fondé ou doté tant de monastères, et qui était l'humble disciple des prêtres , eut-il le clergé pour ennemi? Un grand scandale l'avait firappé : entraînée par les moeurs du temps , l'Eglise était devenue militante. On voyait dans les armées des évcques superbement armés , la lance au poing, le casque en tête, et vivant de la vie des camps. Ces pré-^ très conunandaient les soldats, bâtissaient des forteresses, et assiégeaient des villes en personne. L'empereur les rappela à leur ministère de paix ; il ôta aux évêques leurs brillantes cuirasses , leurs éperons dorés et leurs chevaux de bataille , et les renvoya à leurs églises. A ce motif d'irritation se joignirent sans doute d'autres griefs d'une nature plus grave : quels qu'ils aient été , ils n'expHquent pas Thoslilité des grands dignitaires ecclésiastiques contre un prince qui avait tant fait pour eux.

Une assemblée d'évêques et de seigneurs prononça la déchéance du fils de Gharlemagne, qui fut jeté dans un monastère:

l'archevêque AGOBARD. — IX® SIÈCLE. 291

Lothaire avait réussi. Mais l'infortune de Louis lui acquit des partisans ; soutenu par les Saxons , les Frisons et les Francs, il remonta sur son trône et pardonna à ses fils rebelles ; mais une nouvelle coalition de ses fils et des évêques lui enleva de nouveau le pouvoir, et le précipita du trône, avili par une dégradation volontaire et publique.

Je voudrais pouvoir taire la part que prit un archevêque de Lyon à la révolte des fils de Louis. Leidrade avait appelé auprès de lui un jeune homme que reconmiandait un grand mérite : né dans la Gaule Belgique , selon les uns , et en Espagne , selon d'autres, il l'ordonna prêtre ,1e sacra ensuite évêque, et le désigna bientôt après pour son successeur. D'un caractère vif et impétueux , mais timide cependant devant les grands , doué d'une imagination brillante et d'une grande ténacité, savant et d'une élévation d'esprit supérieure à son siècle , Âgobard n'était point indigne de sa fortune. Son élection fut trouvée irrégulière par quelques évêques : soumise à Texamen des évêques assemblés au concile de Mayence , elle obtint leur adhésion. Elle fiit sans doute ratifiée par l'empereur , si elle ne vint pas de lui : Âgobard n'en prit pas moins ouvertement le parti de Lothaire en rébellion contre son père. L'archevêque de Lyon fit bien plus : il se déclara l'apologiste de la plus odieuse des révoltes. Rien n'égala la violence de ses attaques contre le débonnaire monarque, et de ses invectives contre l'impératrice Judith : m Ecoutez , ô nations « de la terre ! » s'écrie Agobard, dans un pamphlet poUtique qui eut un grand retentissement; » que du levant au couchant, et du nord au midi , l'univers l'apprenne : les enfants de l'empereur ont eu raison de se soulever contre leur père , et de s'unir entre eux pour purger la cour et le palais des orgies scandaleuses qui s'y conmiettent Cette femme (l'impératrice), oubliant son devoir et les lois de la pudeur , s'est permis de honteuses libertés ; elle a fait entrer dans le palais des gens suspects , avec lesquels elle a eu un commerce secret d'abord et ensuite public jusqu'à l'impudence '. » Toute la pièce

1. — M Audite haeC; omnes geiites ; audial terra el pleniludo cjut a solis orlu et occasu , ab aquUone el aiari , el sciant et recogitent pariler Domoi el imperatoris Hludovici filiot juste fuisse el iodigoalos , et beoe sentire et inlendere ad eipurgaoduin paternum palatinm a sor-

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est sur ce ton : elle eut , on ne saurait en douter, beaucoup d'iur fluence sur Vopinion, alors si importante , du clergé ^ Âgobard accompagna Lothaire en Italie , lorsqu'un retour passager de la fortune eut reporté Louis au pouyoir ; cité en 835 devant le concile de Thionville , pour rendre compte de sa conduite , il ne s'y rendit pas et ftit déposé : mandé , Tannée suivante , devant une autre assemblée d'évêques, à Siramîacum, près de Lyon ^, il n'essaya point une justification impossible. Cependant l'empereur avait pardonné à ses enfants ; il comprit dans cette amnistie rarchevèque de Lyon , qui reconnut et déplora sincèrement sa faute. Âgobard Ait assez heureux pour recouvrer la faveur impériale : Louis lui demanda plusieurs fois ses conseils ^* L'empereur et l'archevêque moururent réconciliés pendant le cours de la même année , en 8&0 , laissant dans une situation critique la France à l'ingrat et ambitieux Lothaire, et l'Eglise de Lyon au savant et pieux Âmolon.

dibus facinoram et iniquis factiooihus , et regoum ab amarissimiB et tumultuosis inquietudinUms ; taolum ut inter eos germaDa fides et fraterna siocerilaft Deo digna et omni fideli populo b^neplacilA persistât et inriolabiliter persereret* » (S. Acobarm archiep. Lagduneiisis operam tonius II, (edente Stepb. Baluzio, p. 61.)

1. — La ooodmle d*Agobard n'a point d'excuse , et je n'admets pasPespèce de justiffcation que Théophile Rayoaud en a faite : selon Thistoneo des Saints de l<jon , Agobard fot entralaé i la révolte par la crainte de contrevenir au serment qu'il avait prêté i Lotbaire. J'aime mieux celte opinion des auteurs de la Gallia chriêtiana : « Annus 833 nigro notandus lapillo , et PftBcise dedecus , utpete Ludovici imperatoris exautoralione infamis , lauli facinoris historiam etema oblivione delendam , ac vix uUt non notam hic retexere nec nececsariom est nec congruum. Optandum sane tanli criminis participes non fuisse ecdesiae Gallicauas antistites : sed quod res est negare , piaculum historico. Prxcipuus LoiharianiB faciionis incenior Ebbo Remensium archiepiscopns , secundus ab illo Agobardus praesul Lugdnnensis : vir sane magous y sed qui hoc uno crimine illostria sua' facioora prax:larasque virtutes commaculatit ; in partes enim Lolharii iransgressus, laiita animi contentione ac pertinacia eas tuitus est, uteditis opusculis tantum scelus agnoveril, ac vindicare conatus fuerit. • (Gallia chrittiana, IV, 57). Le« savants et judicieux auteurs de V Histoire Ultèrairû de la France ne s'expriment pas avec moins de netteté : « Celte action (la rébellion d'Agobard) ne pourra jamais , disent-ils, bt>uver de justification dans l'esprit de ceux qui savent ce que doivent des sujets k leur prince légitime. » C'est condamner en termes très modérés une conduite que les circonstances rendaient particulièrement blAmable.

2. — Stramiactan, Tramoje en Bresse, suivant les uns; Crémieu en Dauphiué, suivant les autres.

3. — L'empereur Louis est venu plusieurs fois i Lyon ; il y attendit, en 828, des nouvelles do l'armée que son 61s Lothaire avait conduite en Espagne par son ordre pour repousser les Arabes^

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