‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 141 sur 262 · SECOND ROYAUME DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

SECOND ROYAUME DE BOURGOGNE

considérables dans le Beaujolais K II confirma Gerhard dans' la possession de son gouyemement , et ordonna la restitution à Tarchevêque Rémi , ainsi qu'au comte de Lyon , de toutes les propriétés qui avaient appartenu , soit au Gomtat, soit à l'Eglise. Gerhard fut reconnaissant * ; il se montra fidèle à la cause de l'empereur Louis II , lorsque Charles-le-Chauve vint s'emparer de l'héritage de son neveu Lothaire-le-Jeune , et il ne s'associa pas au parti le plus puissant. Mais Charles-le-Chauve prit Lyon , assiégea Vienne , et contraignit le gouverneur du Lyonnais, qui s'était réfugié dans cette ville avec Berthe sa femme, à chercher un asile aux environs d'Autun. Ses états furent composés du comté de Lyon, d'une grande partie de la Bourgogne , du Brabant et du pays de Liège. Lyon devint partie de la France et resta incorporé à ce royaume depuis Tan 869 jusqu'en 966, c'est-à-dire pendant environ un siècle. U est vrai que l'autorité des rois était à peu près nominale; elle passa de fait, sinon de droit, à leurs lieutenants.

1 . -^ Celle donalioD coolieul une phrase remarquable : le monaslére de Saini-Pierre , silué entre le Rb6ne et la SaAoe , est dans le bourg ; le roi siégeant de sa personne dans la iiité , c'est-à-dire sur la rive droite de la Saône : « Honasterium Sancli Pétri iuter Ararim et Rhodanum situm , in burgo Lugdunensi... Acturo civitaie Lugduni. » (Dom Bouquet , VOI , 409.)

Les termes dans lesquels sont conçues les donations ou concessions faites h TEglisc de Lyon par les empereurs , sont dignes de remarque { voici un extrait d'un (li|)l6mede Lothairc :

« Igitur omnium fidelium sanctae Dei Ecclesiui, noslroruraque prsesentium scilicet et

fnturorum comperiat roagniludo , quia Gerhardus illustris cornes atque marchio nobis fidelissimus f ad nostram accedens clementiam , deprecatus est pro rcdintcgrationc sanctae Lugdunensis Ecclesiae rerum, ut qus per insolentiam, cl quorurodam cu|)idilatem ab eadem Ecclesia nblatœ vel subtractae esse noscebantur , pro emolumenio nostras mercedis eidem restituerentur Ecclesiae ; videlicet in comitatu Viennensi Luccnnacus villa cum omnibus suis appenditiisi ecclesiae quoque Sancti Gervasii et Sancti Desiderii , cum universis ad se perlinentibus in comitatu Lugdunensi consistentibus. » (D. Bouquet, VIII , 389.)

Voici un passage d'un diplôme de Cbarles-le-Chauve :

m Unde hoc altitadinis nostrae prseceptum fieri , ipsique sanctae roatri Ecclesiae dari jussimus , per quod praefalas villas cum ecclesiis , domihus , aediOciis , curtiferis , viridariis , liorlis f vineis , terris, silvis , pratis , pascuis , aquis aquarunive decursibus, fariuariis , mancipiisque utriusque sexus desuper commanenlibus , vel ad easdem res juste et legaliter pertioeutibus , plenaque integritate ipsi sanctae matri Ecclesise pleniter restituimut , et restiluendo confirmamus. » (D. Bouquet , VIII , 623.)

S. — •< Gerhardus illustris cornes atque marchio... in comitatu Lugdunensi. >» (0. Bouquet, VIII, 389). Ces comtes appartiendront bientôt de beaucoup plus près à l'histoire de Lyon que les rois de France eux-mêmes.

316 l\*^ SIÈCLE. — SECOND ROYAUME DE BOUROOONE.

Charles-le-Chauve ôta le gouvernement général de la Provence et du Lyonnais au comte Gerhard, et en .investit Boson, frère de Richilde sa seconde femme, et de Richard, duc de Bourgogne. U nomma Guillaume I" comte de Lyon et des pays situés en deçà de la Saône, c'est-à-dire du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais. Guillaume n'était qu'un délégué du prince, un simple fonctionnaire , un lieutenant révocable ; mais le pouvoir manquait de force et d'unité : Boson et Guillaume profitèrent des circonstances pour consolider leur domination et se la rendre propre. C'est en vain que les archevêques résistèrent au comte de Lyon; leur heure n'était pas venue. De leur côté, absorbés par la guerre civile et étrangère, les rois de France étaient souvent hors d'état de réprimer ces usurpations , et la nécessité les obligea plus d'une fois de sanctionner ce qu'ils ne pouvaient empêcher. De sujet qu'il était, le comte de Lyon se fit seigneur souverain; son autorité n'était d'abord que temporaire, il la rendit héréditaire dans sa famiUe, et se fit grand propriétaire. On verra bientôt que , de son côté , Boson ne s'était pas oublié.

A peine Charles-le-Chauve fut-il roi d'Italie , qu'il le nomma duc de Milan. Actif, habile et ambitieux, Boson ne négligea aucun moyen d'avancer sa fortune; il enleva la princesse Hermengarde , fille unique de l'empereur Louis II , et la plus riche héritière de l'Europe. Ses noces fiirent magnifiques; Charles, à cette occasion, lui donna le gouvernement de la Provence, qui comprenait avec cette province le Vivarais, le Lyonnais, le Dauphiné et la Savoie : c'était un beau royaume. Après la mort de l'empereur , Boson se retira dans les états dont il avait l'administration. A son ambition vint se joindre celle d'Hermengarde : fille d'empereur , sa femme s'indignait à la pensée de ne pas être au moins reine; elle avait été fiancée à l'empereur d'Orient, et ne voulait pas déchoir. Ses conseils et ses instances déterminèrent Boson à profiter des circonstances ; occupés par la guerre et par les nombreux embarras qui avaient accompagné leur avènement, les jeunes rois de France, Carlomanet Louis, laissaient un champ libre à leur infidèle lieutenant. Boson pensa h se créer une souveraineté indépendante : il aurait pu l'usurper ; mais , trop habile pour ne pas se créer un droit en apparence légitime, le gouverneur de la Provence convoqua, le 15 octobre

SECOND ROYAUME DE BOURGOGNE. — IX® SIÈCLE. 3l7

879 , une assemblée d'évêques à Mantale , près d'Albigny. Beaucoup de seigneurs se rendirent à ce concile; on y vit dix-sept évoques et six archevêques : tous avaient été gagnés par les présents et surtout par Fhabileté supérieure de Boson et d'Hermengarde. Us insistèrent sur l'avantage de donner de la force et de Tunité au gouvernement , sur la nécessité d'organiser la défense du pap , et sur les talents administratif et militaires de Boson/ L'archevêque de Lyon, Aurélien, influa beaucoup sur la détermination de l'assemblée : il parla avec une grande éloquence; Boson obtint ce qu'il désirait , le titre de roi ' , et se fit cependant solliciter beaucoup pour l'accepter. 11 entrait dans sa politique de paraître avoir cédé à la contrainte ; mais ni l'opinion publique, ni les deux rois de France , Louis et Garloman , ne se laiss^ent abuser. Boson fut couronné et sacré à Lyon par l'archevêque Aurélien, et le second royaume de Bourgogne commença. C'était un démembrement de l'empire de Gharlemagne : de lieutenant du roi de France, Boson devenait roi héréditaire; il se faisait souverain des provinces dont il n'avait que l'administration. Louis et Garloman virent avec un extrême déplaisir cette usurpation audacieuse ; ils assemblèrent des troupes , et entrèrent en Bourgogne. Le nouveau roi se défendit : une rencontre eut lieu entre les deux armées , prés de M àcon ; Boson , vaincu , se renferma dans Vienne , dont il ne s'échappa qu'avec beaucoup de peine : sa fenmie et sa fille tombèrent aux mains de l'ennemi. Il avait perdu une partie considérable de ses états , et n'était pas bien sûr de conserver l'autre; la Provence pouvait lui échapper. Dans cette conjoncture critique , le roi de Bourgogne pensa qu'il n'était pas prudent de proclamer si haut son indépendance. Lyon ne lui appartenait plus ; cette ville et le Lyonnais étaient rentrés sous la domination des rois de France. Une négociation habilement conduite rétablit ses affaires : le règne éphémère de Louis et de Garloman avait fini ; Boson rendit honmaage à Gharles-le-Gros , et se reconnut feudataire de

1. — « CoDcilitim Mantalensc , in quo régis nomen Bosoiii ab Aretatensis regni episcopia proceribusque delalum est ; actum apud Hant.ilam publice anno incarnat. Dora. DCCCLXXIX, itUOcl. » (SiRMU^iDi Op, m, 496.)— Voyez D. Bodqcet, VOI, 61 j — Albericus , Tnumf,;^ Otbon de Freytingen , et les Annale» de Foldi , ano. 887.

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