IX® SIÈCLE. — SECOND ROYAUME DE BOUEGOUKE
témoigna beaucoup de reconnaissance et d'affection ^ Louis fit en Italie une expédition malheureuse, il en revint les yeux crevés par l'ordre de son compétiteur Bérenger; trop heureux de retrouver le royaume de Bourgogne, que lui avait transmis son père. Ainsi que Boson, il rendit hommage à l'empereur, qui lui fit restituer quelques villes dont s'était emparé Rodolphe, roi de la Bourgogne trans-jurane. Infirme et hors d'état de gouverner par lui-même, Louis se vit obUgé de confier la plus grande partie de son autorité à son cousin Hugues, comte de Vienne, qui ne manqua pas de suivre les traditions de famille. Hugues se fit duc de Provence, s'empara pour son propre compte du pouvoir, et ne laissa à Louis qu'une autorité nominale. Le comte du Lyonnais, Guillaume P*", avait transmis sans contestations son gouvernement, devenu un grand fief, à son fils Guillaume H, qui eut pour successeur non moins paisible Artaud P'', comte du Forez.
Hugues de Provence devint roi d'Italie^; pour se maintenir en possession de sa. belle couronne, il fit abandon de la Bourgogne cis-jurane, héritage de Louis-l' Aveugle, au roi de la Bourgogne trans-jurane, Rodolphe H, qui transmit les deux Bourgognes ainsi réunies, pour former le royaume d'Arles, à son fils Conrad, dont l'histoire de Lyon aurait peu à dire, si un fidt très important pour elle ne se rattachait à la vie de ce prince.
Lothaire U, fils de Louis-d'Outremer, régnait en France, et.
f . — Louis, pour témoigner sa gratitude à l'arcbevéque Aorélien , Gt don à l'église SaÎDt- Etienoe de grands domaines situés dans le territoire du Lyonnais. Voici les termes de cette concession : « Coosilio gloriosissimae genitricis nostr» Hjrmingardis, et pro siucerîssimo Anreliani didascali obsequio, coocessimus ecclesias B. Stephani Lugd. cui idem venerabilis Aarelianus arcbiepiscop. prseest... » La singularité de cette expression didatcali a été remarquée.
L'arcbeféque de Lyon , Aurélien, qui senrit si bien Boson et son fils, avait une grande capacité ; il présida plusieurs conciles , un à Pont-Yon et deux à Chàlon.
S. — C'est vers ce temps ( le milieu du dixième siècle ) qu'eut lieu dans le Lyonnais l'iavasion des Hongrois. Hugues , nouveau roi d'Italie , les avait repoussés ; ils se jetèrent sur le Lyonnais et dévastèrent l'abbaye de Savigny , dont ils brûlèrent le moMstère : chartes , diplômes , archives , tout périt dans cette catastrophe sur laquelle on n'a pas de documents aulhenliques. Cette invasion des H&ngrois peut même être controversée ; elle ne s'accorde point avec les dates et avec la marche que suivirent les Barbares : peut-être a<l-elle été oonfondue avec une irruption des Sarrasins (959), que les Français taillèrent en pièoee près de l'Isère , à peu de distance de Lyon , dans une vallée nommée Val-Profonde.
SECOND mOYAVMB D8 BOURGOGNE. — IX^ SIÈCLE. 321
malgré beaucoup d'activité , d'habîkté et de bravoure , il luttait péniblement contre ce parti français qui voulait substituar le gouvernement d'un roi du pays à la domination allemande : il était écrasé par l'ascendant croissant de cet Hugues dont le fils devait fonder une dynastie nationale. Matbilde ou Mahault, sa sœur , fille , comme lui , de Louis-d'Outremer et de Gerberge, soOTr d'Othoi^le^Grand , fiit demandée en mariage par Conrad ^ qui l'obtint *. Le Lyonnais était devenu la propriété de fait des rois de Bourgogne ; les rois de France n'avaient rien à demander aux terres qui étaient situées au-delà de la Saône et du Rhône et qu'on appelait terres de l'Empire , mais ils avaient encore un droit légitime sur une partie de l'ancienne ville de Lyon et sur la rive droite de la Saône. S'ils n'avaient rien à réclamer quant à la Bresse, au Bugey, au pays de Dombes et au Dauplnné, terres bourguignonnes d'abord et ensuite impériales , ils ne s'étaient pas désistés de leurs prétentions sur le Forez et le Beaujolais. Boson et son fik Louis n'avaient pas consolidé si bien leur domination, à titre de rois de Bourgogne, sur le comté du Lyonnais que le droit des rois de France f&i
1. — L'anique aatorité sur laquelle riiittoire appuie la cession du Ljofioato faite par le roî de Fraace Lothaire II , comine dot de sa sœur Malhilde, au roi de Bourgogne Conrad , est uo passage de la Chronique de Verdun , écrite au dousiéaae siècle par Qugues | «bbé de Fia- ▼igny. Le Toici textuellement : « In hereditatem omnem Lotharius successit. Hic Hathildem sororem suam despondit Conrado régi Burgundise et in dotem dédit ei Lugdunoro , que sita est in terroîno regni Burgundi» et erat , tune temporis , juris regni Francorum. De hac Matbilde genitus est Rodulfus rex Burgundis , qui, post palrem suuro Conradum , suscepit Burgundi» regnun ; Berla eliam quan acccpH DotiLbaldi Camolensis filius , ex qua geonit Odonem... ; et de eadem Batbilde genila est Gissa, quam Gonradot imperator postmodum du&it uxorem. » (D. Booqdkt , Rtcueil des hùiorieni de France , tome VIII , p. 995. Ex Ckronko rirdunensi , auctore Hugone FlaTÎniacensi abbate. )
M, Gingios de Lassarraz a démontré que cette cession du Lyonnais par le roi de France k Conrad était nominale ; le comté appartenait de fait au roi de Bourgogne , depuis Boson. Loibaire renonça seulenicnl i des prétentions. ( St$ai historique $ur la »owMram$tè dn Ljfonnais et sur la prétendue cession de Lyon , comme dot de Mathilde , fille de Louis fr, dit d'Outremer, tome II , p. 353 et suit, de la Revue dti LyomMis (1S35).
Une autre chronique raconte les mêmes faits presque dans les mêmes termes : « Hic ( Ludovicus , Karoli Simplicis filius ) desponsa^it sororem suam nomine Mathildem Conrado rcgi , dans ei jure dotalilii Lugdunensem Burgundia urbem. » ( Ex libelle Hugonis Floriacensis moaachi de modemis Francorum regibus. Dom Bonof xt i VIII , p. 330«)
On peut consulter encore la Chronique de Flodoard (FLODOAtDt, preshyteri ecolesim H$' mensis, Chronicon, D. Bouqvxt, VIII, 176.)