‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 148 sur 262 · LYON , VILLE IMPÉRIALE. X® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LYON , VILLE IMPÉRIALE. X® SIÈCLE

mal définies , par les comtes du Lyonnaîs et par le9 areheTécpKs , il passa bientôt tout entier à l'Eglise : le mattre yéri^aUe^ c'était Farchevêque de LyoïL.

On a vu comment ks comtes du Lyonnais, d'abord simples lieutenants délégués par le prince, et gouverneurs amovible» en son nom, s'étaient rendus par degrés seigneurs héréditaires, et avaient transformé en fief indépendant la ville et le pays d<mt l'administration leur avait été confinée : les souverains avaient été obligés de sanctionner ce qu'ils étaient hors d'état d'empêcher.

Ainsi, dans l'origine^ les comtes du Lyonnais n'étaient que de hauts fonctionnaires révocables , selon le bon plaisir du prince , dont leur qualité annonce qu'ils étaient les compagnons {comités); leur titre passa bientôt au pays môme qu'ils gouvernaient, et c'est de cette manière que le Lyonnais deviat un comté {comitatm Lugdunensis). On voit, dès le règne de Charle&-le- Chauve, les divers comtes travailler à se rendre indépendants, dépouiller peu à peu l'autorité royale et réussir enfin à la repousser tout-à-fait Ce fut le règne de la force ; il n'y eut bientôt plus de petits propriétaires, plus de droits publics; il n'y eut que de petits souverains qui gouvernaient en maîtres absolus, mais dont l'autorité avait cependant un contre-poids dans le pouvoir rival et indépendant des archevêques et du chapitre de Lyon.

U ne faut pas confondre les comtes avec les gouverneurs : ceux-ci avaient une juridiction beaucoup plus étendue; leur administration embrassait de grandes provinces dont le Lyonnais n'était qu'une assez petite partie. Boson, un de ces gouverneurs , se fit roi.

Il y eut aussi , au^^dessus des comtes du Lyonnais , l'autorité supérieure des marchions ou gardiens des frontières (marchiones)^ qui prirent le titre de ducs : leur autorité répondait à celle des gouverneurs; elle parait avoir eu les mêmes attributions. Mais cette hiérarchie ne tarda pas à se simplifier ; Guillaume P*" devint comte du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais ^ Ce Guillaume

I . — GotKaunie ne f«t cependant ptt le prenier comte du Lyonnais ; sous le règne de Louis- le-Débonnairc, la province était administrée par an comte nommé Bertmond , àool Ago-

avait beaucoup d'ambition el d'habileté; il parvint à se rendre indépendant, soit du marchion, soit du roi de Bourgogne, et transmit paisiblement son autorité, comme un fief héréditaire , à ses descendants, que notre histoire a distingués par des numéros d'ordre. A Guillaume P*" succéda son fils aîné Guillaume II, qui eut pour successeur (vers 920) Artaud P*", comte du Lyonnais et du Forez, père de Giraud P% après lequel vint, en 990, Artaud IL Lorsque le comte avait deux fils, l'un héritait du Lyonnais , l'autre du Forez : Artaud II réunit les deux comtés après la mort d'Etienne son frère. Ses successeurs, Artaud III et surtout Artaud IV, ne conservèrent pas intacte la puissance qu'ils avaient reçue du chef de cette dynastie des comtes lyonnais , Guillaume P*"; le pouvoir s'amoindrit beaucoup entre leurs mains, et se réduisit bientôt à n'être plus que de simples prétentions mal servies par la force : ainsi le gouvernement temporel leur échappa.

On vient de voir que les comtes du Lyonnais n'étaient pas les gouverneurs de la province ; on doit également les distinguer des comtes de Lyon , seigneurs ecclésiastiques , leurs rivaux et bientôt les seuls maîtres. Mais, avant d'étudier la puissance temporelle des archevêques et du chapitre, je dois tracer la délimitation du comté lyonnais au dixième siècle , et faire connaître son organisation administrative et judiciaire.

Ce comté avait pour limites , au neuvième siècle , celles du diocèse ; il s'étendait , de l'Est à l'Ouest , depuis Nantua jusqu'audelà de Montbrison , et du Nord au Sud , depuis Gigny , dans le Jura , jusqu'à St-Etienne. Au dixième siècle sa circonscription changea, et cessa d'être celle du diocèse : il perdit Nantua, St-Claude , Gigny, ainsi qu'une partie du territoire de Montbrison, et s'étendit dans le Beaujolais. A l'avènement de Conrad-le-Pacifique , le comté du Lyonnais était formé du Lyonnais proprement dit , de la partie de la Bresse voisine de Lyon, du pays de Dombes,

bard a loué la justice el la bonne administration. Ce fut ce Bertmond qui , le premier , s'adjoignit un suppléant ou vicomte (vice-cornes) chargé de le remplacer ( Hitbard , apud D. Boo- QtiKT , VI , 67 ; AgobarJ , apud D. Bodqoit , VI, 360). Mais Guillaume l** a été le premier des comtes héréditaires et indépendants du Lyonnais.

COMTES DU LYONNAIS ET DU POBEZ. — X^-Xl® SIÈCLES. 327

du Beaujolais , jusqu'à Tramoye en Maçonnais , du Roannais et et du Forez *. On voit que son étendue était bien plus considérable qu'elle ne l'a été depuis.

Le comte du Lyonnais avait des propriétés et des revenus considérables. Il n'avait pas le droit d'abord d'aliéner, sans le consentement du roi, ses domaines , dont il n'était qu'usufruitier; mais rien n*empêchait qu'il n'eût des terres en propre , aussi ses richesses personnelles étaient-elles fort grandes. Quand ce grand seigneur féodal eut réussi à se rendre indépendant, rien ne le gêna dans la libre disposition de ses biens; comme ses revenus dépassaient de beaucoup sa dépense , il en employait l'excédant à augmenter l'étendue de ses terres. D'autres sources de revenus accroissaient sa fortune : il avait un droit dans le produit du fisc, et une part notable des amendes et des confiscations lui revenait. La libéralité des souverains ajoutait encore à tant d'avantages : elle fit de grandes concessions aux premiers comtes du Lyonnais. Il y avait plusieurs classes de receveurs des deniers publics : ceux-là percevaient les contributions pour le trésor royal, et relevaient directement du prince; ceux-ci étaient les collecteurs particuliers des comtes du Lyonnais; d'autres remplissaient le même office pour le compte de l'archevêque de Lyon et du chapitre. Lfes domaines étaient gérés par une classe d'employés qu'on appelait vidommes quand ils administraient les terres des comtes ou du souverain, et mayeurs, lorsqu'ils étaient nommés par l'archevêque ou par les abbés. Cette organisation financière se simplifia lorsque le pouvoir passa aux comtes du Lyonnais. Ces petits souverains tenaient un état de maison proportionné à leur rang ; ils avaient à leur solde une garde, et cnùretenaient des garnisons dans leurs châteaux. Titre et domaines étaient devenus héréditaires, et le Lyonnais s'était transformé en un grand fief qui ne différait pas des autres. Au reste , l'exemple que les comtes avaient donné fut imité fidèlement par des seigneurs d^un rang moins* élevé , qui releyaient de leur pouvoir: ils se rendirent à leur tour indépendants, et réduisirent , autant qu'il fat en eux de le faire, l'autorité nominale des

i. — GiNGiKS DE Lassarrax. Kqvwc du Ljonoaif, tome V, \». 150.

Page 1