COMTES DU LYONNAIS ET DU FOEEZ. — X*-XI® SIÈCLES
priTUéges en matière judiciaire : quelques-unes de ses basiliques avaient droit d'asile ; on. ne pouvait y poursuivre les criminels qui s'y étaient réfîigiés. C'est aux abbés et à l'archevêque qu'il appartenait exclusivement de prononcer dans les causes des veuves, des orphelins ou dès pauvres; ils réformaient même quelquefois les arrêts rendus par le tribunal du comte. La législation dans le Lyonnais, au dixième siècle, était un mélange de lois romaines, bourguignonnes, firanques et carlovingiennes; tous les codes s'y trouvaient représentés, et elle manquait essentiellement d'unité. Des. aliénations de terres avaient lieu, tantôt selon la loi Salique, tantôt selon la loi Gombette; il n'y avait pas de science du droit, point de jurisprudence fixe. On maintint longtemps les épreuves canoniques; elles résistèrent à la censure d'Âgobard. Au second concile de Ghâlon, présidé par l'archevêque Aurélien, un lûoine de Lyon, appelé Gerfred, accusé d'avoir empoisonné l'évêque d'Autun Adalgaire, offirit de se justifier, en présence des évêtpies , par le jugement de Dieu : une mort soudsâne devait I0 frapper au moment de la communion, s'il était coupable. On lui accorda sa demande, et, comme il sortit sain et sauf de Tépreuve , son innocence fat proclamée.
n y avait des conflits fréquents entre les comtes du Lyonnais et l'archevêque de Lyon, soit pour les attributions judiciaires, soit pour le temporel. Guillaume P' et ses successeurs avaient bien réussi à se transformer , de grands officiers amovibles et révocables qu'ils étaient, en seigneurs indépendants d'un fîefhérédi taire ; mais les archevêques de Lyon n'avaient point accepté leur domination. Ils ne se bornèrent pas à défendre les immunités de leur église, et à se maintenir enpossession de leur part de pouvoir : d'empiétements en empiétements, ces grands dignitaires ecclésiastiques étendirent leurs privilèges. On vit les comtes du Lyonnais et du Forez s'effîicer de jour en jour devant l'ascendant toujours croissant de l'archevêque et de son chapitre, dont les membres prirent plus tard le titre de comtes de Lyon. Il fallut transiger : Artaud IV, comte du Lyonnais et du Forez , ne sortit pas vainqueur de la lutte qu'il essaya de soutenir pour le temporel avec l'archevêque Humbert; bientôt ces puissants seigneurs féodaux durent se borner au titre de comtes du Forez. Ils n'avaient guère, à Lyon, d'autre domination que celle qu'ils pouvaient exercer dans Ten-
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ceinte de leur palais ; et comme la position n'était plus tenable , ils finirent par l'abandonner, sans toutefois renoncer à leur prétention , qu'ils soutinrent plus d'une fois à main armée. Lyon cessa d'être leur résidence : ils l'établirent dans leurs châteaux du Forez. Ces comtes du Lyonnais et du Forez s'étaient constitués souverains indépendants, au préjudice du droit légitime des rois de Bourgogne et des empereurs; ils fiirent, à leur tour, dépossédés par les archevêques.
§ IL L'étude de la domination temporelle des archevêques du neuvième au treizième siècle est une partie importante et souvent obscure de l'histoire de Lyon; il est rarement facile de bien établir la question de droit , et même d'apprécier certains faits avec exactitude. Il y a souvent insuffisance ou absence complète de documents authentiques; abondants pour d'autres époques, les titres originaux font défaut ici.
U y avait à Lyon , à la fin du dixième siècle , un archevêque dont la haute naissance contribua beaucoup à l'établissement de la domination temporelle de l'Eglise; il était de race royale *. Fils de Conrad-le-Pacifique et d'Àdélanie , première femme de
1. — L'archevêque Burchard II était de race royale ; lui-même Ta déclaré. Quel était son père et quelle fut sa mère ? Ces deux points ont été cootroversés. Oo n'a point cootetté qu'il ne f6t le fils de Conrad ; mais il y a eu , presque dans le même temps , deux souverains de ce nom : un roi de Bourgogne surnommé le Pacifique , et un empereur appelé le Salique. Paradin , Rubys et Severt affirment que l'archevêque Burchard était né de ce dernier ; les savants auteurs de \* Histoire littéraire de la France et de la Gallia chrisHana ont démontré que cette assertion était une erreur. Lorsque Conrad , dit le Salique , devint l'héritier du royaume de Bourgogne après la mort de Rodolphe III , fils de Conrad-le- Pacifique , il était déjà empereur d'Allemagne ; Burchard , qui a parlé des titres de son père , n'aurait pas omis le plus édataot de tous. Des actes authentiques ont prouvé que le père de l'archevêque Burchard II était roi en 950; cette date se rapporte parfaitement au règne de Conrad de Bourgogne (937-954). L'empereur Conrad ne devint roi de Bourgogne qu'en 1032; comment aurait-il pu élre le père de Burchard , né bien avant celte époque? L'archevêque Burchard n'était-il pas frère de Rodolphe III , le dernier des rois de Bourgogne , avant que ce pays fût annexé & l'empire? L'archevêque Burchard était si peu le fils de Conrad-le-Salique , qu'il soutint à main armée 4ine guerre avec cet empereur, non pour la libre possession du Lyonnais qu'on ne lui contestait point , mais pour l'étendue de ses possessions dont il avait porté trop loin les limites.
Ainsi , Burcliard II était le fils de Conrad-le-Pacifique ; mais ce roi de Bourgogne eut deux femmes : Adélanie, la première , était fille du roi de Saxe , Olhon II ; Malhilde , la seconde , eut pour père Louis-d'Oulremer , et était la sœur du roi de France , Lolhaire II. La plupart des historiens de Lyon ont donné à l'archevêque Malhilde pour mère ; mais d'irrécusables Autorités établissent que Burchard était fils d'Adélanie.