‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 155 sur 262 · XI* SIÈCLE. DOMINATION TEMPORELLE · texte numérisé non relu

XI* SIÈCLE. DOMINATION TEMPORELLE

montrait quelqae part : les savants Gerbert et Âbbon de Fleuri s'occupaient avec un grand succès de Fétude des malhématicpies; on les prit pour des magiciens. Des phénomènes naturels, les éclipses ou les comètes, devenaient un objet de terreur pour les populations. Une armée d'Othon P*" était en marche , lorsque le soleil voila tout-à-coup sa lumière : aussitôt les soldats épouvantés se dispersèrent, et cherchèrent de toutes parts des cavernes pour s'y cacher; ils ne retrouvèrent quelque assurance que lorsque le jour eut reparu. On croyait généralement à la fin prochaine du monde; elle était annoncée pour la dernière année du dixième siècle, et grand nombre de gens attendaient avec une extrême anxiété que l'époque fatale des mille ans révolus vînt changer la face de la terre. Il y avait des pratiques ou des croyances superstitieuses, et très peu de religion.

Gomment l'ignorance n'aurait-elle pas été générale ? Il n'y avait pas d'éducation publique, et tous les moyens d'instruction manquaient à la fois. Presque toutes les bibUothèques avaient été pillées , saccagées ou brûlées par les Arabes ou par les Hongrois ; celles qui avaient échappé à la guerre étrangère ou aux discordes civiles, pourrissaient abandonnées : aussi les livres étaient- ils devenus fort rares et d'un prix excessif; on les déposait , comme chose infiniment précieuse , sur l'autel des églises. On n'entendait et on n'estimait plus les grands écrivains de l'antiquité grecque et romaine ; toute la littérature de cette triste époque se réduisait à un petit nombre d'écrits , sur des matières de controverse ecclésiastique. Il y avait encore des écoles , mais on n'y faisait que de faibles et insuffisantes études.

Celle de Lyon avait beaucoup perdu de son ancienne renommée ; elle n'attirait plus , comme autrefois , un grand concours d'étrangers : bien loin de là , les élèves qui en sortaient étaient obhgés d'aller compléter ailleurs leur instruction misérable. Le clergé lyonnais était bien éloigné sans doute de la dépravation des moines et du haut clergé de l'Italie, mais il n'avait pu échapper à l'influence de l'époque , et la couleur si obscure de ce siècle de barbarie s'étendait jusqu'à lui.

Il y avait cependant des écrivains au dixième siècle. On ne doit certainement leur demander ni goût, ni discernement, ni naturel , ni respect pour les bonnes traditions de style et pour

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les lois grammaticales ; ils parlaient uu patois composé de mots latins , celtiques et burgundes , mais du moins l'imagination ne leur manquait pas. Hors d'état d'écrire l'histoire , ils l'inventaient : les documents authentiques leur faisaient défaut, et peut-être n*auraient-ils pas su en faire usage , mais ils n'en prenaient aucun souci et substituaient aux faits des fictions d'amour et de chevalerie. Ce dixième siècle , si méprisé , a vu cependant naître un genre de littérature qui était appelé à une bien haute fortune , le roman.

Jamais l'éclipsé de l'esprit humain n'est totale ; on retrouve toujours quelque part le génie de la civilisation. Ces lumières, cette saine philosophie, cette haute moralité qu^on chercherait en vain dans tous les rangs de la société pendant le dixième siècle , brillent d'un vif éclat dans les conciles qui eurent lieu à cette époque de corruption et d'ignorance. Ils attaquèrent avec intelligence les croyances superstitieuses de cet âge, et entreprirent avec grand courage la réforme de l'Eglise et des monastères. Les deux conciles qui Airent tenus à Anse , à la fin du dixième siècle , sont, sous ce rapport, très dignes de remarque; ils firent honneur à l'Eglise de Lyon.

S IV. Plusieurs archevêques paraissent avec distinction dans rhistoire du onzième siècle : ils rendirent quelque lustre à l'Eglise de Lyon, et jouirent eux-mêmes de beaucoup de liberté. Un d'eux , le bourguignon Halinard , avait reçu une excellente éducation par les soins de Brunon, évêque de Langres, qui le fit membre du chapitre de sa cathédrale. Le jeune chanoine avait une véritable passion pour l'étude ; on le voyait toujours un livre à la main , sans cesse occupé de doctes recherches dans les auteurs, soit profanes , soit ecclésiastiques. Il écrivait avec talent, s'exprimait avec éloquence , et était profond dans l'intelligence des Livres saints et dans Igi science ascétique. Halinard avait une aptitude singulière pour les langues étrangères; il les parlait avec aisance , sans accent, et comme un naturel du pays aurai t pu le faire ' . Un mérite aussi peu commun le mi t en relation

1. — « ha proférerai vernaciilum sonum loquet» uiiiu§cujuiquegenlis...,ac si eadem palria etsel progeDÎtus. •• {Chron, de sairU Benig,)

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