X^-XI® SIÈCLES. — DOMINATION TEMPORELLE
au nom du souverain et à titre de délégués $ Burchard les £ûsait en son propre nom. C'est de son chef qu'il maintient à Fabbé Edelbert les privilèges accordés au monastère de File- Barbe par les rois de France , et il les confirme, dit-il, par le consentement dé ses yassaux des deux ordres. On a recherché quelle était Torigine de son autorité sur le temporel du Lyonnais; il la devait, a-t-on dit, à sa naissance : il avait hérité de Lyon, dot de sa mère Mathilde. Mais d'abord la cession du Lyonnais, faite par le roi de France Lothaire II , était purement nominale et n'avait aucune réalité , et, d'autre part, l'archevêque Burchard II était le fils, non de Mathilde, mais d'Adélanie^ -première femme du roi de Bourgogne Conrad. Lyon n'était donc pas pour lui un fief qui lui était venu par succession ; sa naissance royale facilita sans doute l'extension de son pouvoir sur le temporel, mais elle ne lui constitua point untitre« C'est donc ailleurs qu'il faut chercher l'origine de cette domination temporelle des archevêques de Lyon.
U est plus raisonnable de la chercher dans l'extrême confusion des pouvoirs et des droits à cette époque; Lyon n'était ni aux rois de France, ni aux empereurs, de fait du moins. Dépouillés peu à peu de leur puissance , les comtes de cette ville s'étaient vus contraints d'abandonner cette grande cité et d'aller établir leur résidence dans leurs domaines du Forez. Conrad de Bourgogne se démit volontairement, sans doute, de ses inutiles droits sur le Lyonnais en faveur de son fils l'archevêque Burchard, et, plus tard, les empereurs confirmèrent une situation que le temps avait légitimée et sur laquelle, d'ailleurs, ils ne pouvaient rien. Le comte du Lyonnais, Artaud III, eut de grands démêlés avec l'archevêque ; il considérait Lyon comme son apanage. Appuyé par son frère Gérard, comte du Forez, et peut-être excité par le roi de France, il assembla des troupes, entra dans le Lyonnais et attaqua l'archevêque; un traité et des concessions mutuelles rétablirent la paix. Cette concorde ne devait point durer ; de nouveaux conflits de juridiction éclatèrent bientôt. Les archevêcpies faisaient hommage de la ville aux empereurs; ils préféraient cette souveraineté nominale et éloignée à celle des comtes du Lyonnais, qui aurait été directe et réelle. Artaud III mourut sans enfants , et Gérard son firèrç
DES ARCHEVÊQUES. — X^-Xl^ SIÈCLES. 335
réunit le titre de comte du Lyonnais à celui de comte du Roannais et du Forez , qu*il transmit à son fils Artaud IV. La puissance temporelle des archevêques s'était consolidée complètement; Burchard II l'avait solidement établie lorsqu'il mourut , en i032. Un de ses neveux, du même nom que lui , usurpa son siège épiscopal et ne put s'y maintenir. Le comte du Forez, jugeant l'occasion favorable, fit élire archevêque de Lyon un de ses fiils, à peine arrivé à l'âge de puberté; mais l'empereur Gonrad4e-SaUque envoya à Lyon des troupes qui chassèrent le père et le fils.
Maîtres de fait de Lyon, les archevêques organisèrent un système d'administration fort habile , qui éprouva , toutefois , de grandes modifications du dixième au treizième siècle.
§ III. Avant de continuer Thistoire du pouvoir temporel des archevêques, véritables et uniques souverains de Lyon, jetons un rapide regard sur l'état de la civilisation pendant le dixième siècle. U était déplorable; jamais plus de ténèbres, même au temps des Barbares, n'avaient enveloppé l'esprit humain. A quelques exceptions près , l'ignorance était universelle : elle était grande, non-seulement parmi le peuple, mais encore chez les classes les plus élevées de la société et même chez les prêtres d'un haut rang; très peu de laïques savaient lire et écrire; il y avait si peu de notaires publics, que le plus grand nombre des transactions étaient verbales et n'avaient de force qu'autant qu'elles avaient reçu la ratification de l'archevêque ou des abbés. Les moines et les prêtres étaient astrologues, médecins et notaires; ils cimiulaient les professions libérales, sans posséder, au plus faible degré, les connaissances que supposaient ces titres. Très peu d'évêques étaient capables d'enseigner au peuple les vérités de la religion ; beaucoup s'adressaient à des clercs pour en obtenir des discours qu'ils avaient à prononcer, ou lea instructions que réclamaient les besoins de leur diocèse. Il y avait des abbés qui savaient lire, mais qui n'entendiaient pas ce qu'ils lisaient ; beaucoup de grands dignitaires ecclésiastiques n'étaient pas si avancés. Cette grossière ignorance portait ses firuits , et une dépravation profonde marchait de pair avec l'abrutissement de l'esprit humain. Des intelligences aussi peu développées devaient haïr et méconnaître la science lorsqu'elle se