‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 184 sur 262 · BATAILLE DB BRIGNAIS. — XIV^ SIÈCLE. UU · texte numérisé non relu

BATAILLE DB BRIGNAIS. — XIV^ SIÈCLE. UU

tombant de toutes parts avec une incroyable raideur, brisaient casques, lances , cuirasses et boucliers; hommes et chevaux tombaient les uns sur les autres , et bientôt Tencombrement devint extrême. Les barons et les chevaliers périssaient d'une mort ignoble, frappés non par la hache ou par Fépée, mais par des cailloux que lançaient, sans crainte de représailles, de misérables routiers. Ce grave échec de Tavant-garde ne rendit pas Jacc[ues de Bourbon plus avisé ; il persista aveuglément à faire attaquer par des cavaliers , et de face , une colline inexpugnable. D'autres bannières vinrent se heurter contre les mêmes obstacles devant lesquels les premières étaient tombées : ainsi avait fait le roi Jean à Poitiers. La valeur de la noblesse française devenait un malheur de plus ; toujours irréfléchie et sans prudence , elle conduisait à la mort une multitude de seigneurs et de chevaliers. Quelcpies détachements de troupes françaises côtoyèrent la montagne , et cherchèrent un endroit accessible pour arriver jusc[u'aux gens des Compagnies; mais, chemin faisant, ils étaient forcés de défiler devant leurs ennemis qui les écrasaient sous leurs projectiles. Ces attaques meurtrières firent perdre à Jacc[ues de Bourbon un nombre considérable de ses plus braves gentilshommes; mais bientôt la scène empira encore.

Tandis que Farmée française est ainsi fatalement engagée dans Pattaque d'une position formidable , des bataillons ennemis que masquait une colline débouchent tout-à-coup sur ses flancs par un vallon. Ils accourent en rangs serrés , aux cris de : « Saint « George ! » mille fois répétés , et rien ne résiste à l'élan de ces troupes fraîches. Ces hommes des Compagnies ont leurs lances coupées à la mesure d'environ six pieds : ils frappent, renversent et assomment écuyers, chevaliers et barons, mal protégés par leur armure de fer. C'est là que succomba l'élite de l'armée fhinçaise, le comte d'Uzès , le comte de Forez , Robert de Beaujeu, Louis de Chàlon , et plus de cent chevaliers , qui moururent sur le champ de bataille. Arnaud de CervoUes et grand nombre d'autres, grièvement blessés , fiirent faits prisonniers. Jaccpies de Bourbon et Pierre son fils combattirent vaillamment, et furent transportés , frappés à mort, dans la ville de Lyon. Il n'y eut plus de résistance ; à la mêlée succéda une déroute horrible : écuyers ,jchevaliers et gendarmes s'enfuirent dans toutes lesdi-

kti6 XI V^ SIÈCLE. — LES GRANDES- COMPAGNIES.

rections , poursuivis avec acharnement par les Tard- Venus, qui tuèrent tous ceux des vaincus dont ils n'espéraient aucune rançon. Cette journée fiit désastreuse pour la noblesse française.

On sut bientôt à Lyon que les Grandes-Compagnies avaient anéanti l'armée du prince , et toute la population de la grande ville fut frappée de stupeur. On ne s'attendait pas à une telle catastrophe ; personne n'aurait pu croire que tant de brillants chevaliers, si bien armés et d'un si grand courage, auraient été repoussés et écrasés, à coups de cailloux, par une troupe de bandits. L'eflfroi des Lyonnais ftit profond : qu'allaient faire les vainqueurs? continueraient-ils leur marche, désormais assurée, sur Avignon , ou reviendraient-ils sur leurs pas pour s'emparer d'une grande ville sans défense , où les attendait un si beau pillage ? Riches et pauvres étaient plongés dans une désolation profonde, et ne savaient à quoi se résoudre. A chaque instant des voitures amenaient des morts et des blessés : la consternatioù était générale. Marchands , bourgeois, chanoines-comtes et gentilshommes sortirent précipitauunent de la ville et allèrent chercher un refiige dans les châteaux fortifiés du voisinage , tandis que les paysans des alentours accouraient dans Lyon, conduisant leur bétail et des chars encombrés de tout ce qu'ils avaient pu emporter de leurs habitations. Plusieurs villages frirent entièrement abandonnés ; la campagne, à grande distance aux environs de Briguais , était entièrement déserte. On garda avec un soin extrême les portes de la ville ; le chapitre et l'archevêque garnirent leurs domaines de tous les hommes d'armes qu'il leur fut possible de rassembler. Des partis ennemis tenaient la campagne jusqu'aux portes de Lyon; la procession des Merveilles n'eut lieu que dans l'intérieur de la ville. Cependant cette terreur panique se calma peu à peu , et tout rentra dans l'ordre accoutumé. Trop faibles pour s'emparer d'une ville comme Lyon, les Tard-Venus résistèrent à l'enivrement de leur victoire; ils continuèrent leur route sur le Midi '. On ignore

i . — Chemin faisant , les Tard- Veiias pillaient et dévastaient les deux rives du KMue. Un de leurs chefs s'appelait Ami de Dieu , ennemi de tout le monde. Un autre , nommé Seguin de Balafol , capitaine gascon , se cantonna à Anse , et c'est là qu'il mil à rançon les seigneurs faits prisonniers dans la bataille de Briguais.

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