CHARLES V. — XIV* SIÈCLE
les noms des capitaines qui les commandaient le jour de la sanglante bataille de Briguais. Cet orage , cpie rien n'avait annoncé , ne laissa pas de traces durables. Jacques de Bourbon et son fils moururent, à Lyon, de leurs blessures , trois jours après la bataille de Briguais : ils furent enseveUs dans l'église des Dominicains, et une épitaphe gravée sur leur tombe consacra le souvenir du père et du fils ' , morts vaillamment en défendant la France contre des brigands. Etrangers , pendant leur vie, à la ville au secours de laquelle ils étaient accourus , ces princes infortunés devinrent Lyonnais après leur mort *. Lyon a gardé leurs restes glorieux , et bénira à jamais leur mémoire. '^
$ IV. La fin du règne de Jean ne pouvait être marquée par un événement plus déplorable, et cependant la France épuisée reçut
I. — Voiii celle épilaphe, qu'on peul coiisidcrfr comme une pièce historique :
Cy gist roesftire Jacques de Bourbon ,
eomM de U Marche , qui mourut i
Lion de U bataille de Brignri ;
qui fut l'an mille trois cens
soixante deux , le mercredi deuant
les rampos ( Rameaux ). Item.
Cy gist messire Pierre de Bourbon ,
comte de la Marche son 61s , qui
mourut & Lyon de ceste mesme
bataille l'an dessus dict.
Jacques de Bourbon , comte de la Marche , était petit-fils de Robert , comte de Clermont , second fils de saint Louis. Des deux branches des ducs de Bourbon , l'aînée s'éteignit , en 15S7, dans la personne du connétable (Charles III), mort sans enfants ; la cadette , issne de Jacques , se continua directement jusqu'à l'avènement de Henri IV, qui la plaça sur le tr6ne de France.
9. — La bataille de Briguais fut désastreuse pour la maison de Forez. Le comte de Forez périt sur le champ de bataillt: ; on transporta à Lyon son corps , qui fut inhumé à Saint-Jean dans la chapelle Sainte-Magdeleine : en sa qualité de comte de Forez , ce prince avait rang parmi les chanoines honoraires. Renaud et Louis de Forez furent faits prisonniers ; Jean , frère du comte , revint sain et sauf du combat , mais tellement bouleversé par le spectacle terrible dont il avait clé témoin , qu'il en perdit la raison : il fallut lui donner pour curateur son oncle Renaud. Après Peitinclion de la maison de Forez , ce fief passa par alliance au duc de Bourbon , Louis U. (Allier (Achille), Histoire du Bourbonnais , in-fol. , I, 468. — hjtMAKn (Jugitste) f Histoire du Forez.)
3« — J'ai suivi en partie, pour le récit de la bataille de Briguais , la Chronique si drama- ' tique de Froissart. L'étlition anglaise de ce livre a été colla tionnéu sur de bons manuscrits , et contient des additions curieuses. Voici son lilre : Chronicles of England , France and the adjoining cotmtries front the laitêr part ofthe reign of Edward H^ to the coronation ofHenHiF. Hafod, 1803-10, 5 vol. in-4».
'4ft8 XIV® SIÈCLE. — GHilRLES VI.
un accroissement inespéré * la première maison de Bourgogne s'éteignit dans la personne du jeune duc , enlevé par une épidémie meurtrière ; ses riches états fiirent réunis à la couronne de France. Charles V devint roi en 1364 ; il n'avait aucune des qualités chevaleresques de son père , mais il n'avait pas les défauts du vaincu de Poitiers. Eprouvé de bonne heure par l'adversité, fort peu aventureux , sérieux, bien avisé , ce prince avait peu de penchant pour la guerre, dont l'éloignait encore la faiblesse de son organisation physicpie. Sous un tel prince , la France ne commettrait point ses destinées au jeu hasardeux des batailles. Charles avait vingt-neuf ans, et il avait administré le royaume pendant huit années , peu considéré de sa noblesse qui le voyait incapable de monter à cheval et de tenir la lance de sa main enflée, et haï des bourgeois de Paris dont il avait réprimé les séditions sanglantes. Cependant, malgré tant de désavantages, Charles parvint à délivrer le royaume des Anglais et des Compagnies ; il contint l'odieux roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, rétabUt l'ordre au dedans, se ménagea d'utiles alliances au dehors, attendit avec patience , et , plus heureux avec une plume que ne l'avait été son père avec sa hache d'armes , il parvint à recouvrer, par des traités, les provinces que la France avait perdues. S'il ne fut pas guerrier , il eut du moins à sa disposition la puissante épée de Bertrand Duguesclin ; sans trésor , sans armée , roi d'un pays mutilé , dépeuplé et envahi par des armées étrangères et par des bandes de brigands , Charles fiit supérieur à sa position en apparence désespérée. Bien servi par Savoisy et par Bureau de la Bivière, il n'accabla pas d'impôts ses peuples ruinés, ménagea les juifs, et cessa d'altérer les monnaies : l'œuvre de réorganisation de la France était fort avancée lorsqu'il mourut.
Il est peu question de Lyon pendant les seize années du règne de ce prince ; mais les villes ne sont jamais plus heureuses que lorsque l'histoire n'en dit rien. Le pouvoir royal continuait à se consolider au palais de Boanne ; des règlements de police sagement entendus introduisirent l'ordre dans les marchés des comestibles ; d'autres eurent pour objet les corps de métiers, les monnaies, les poids et mesures. Chaque jour voyait l'administration municipale s'organiser et entrer dans une voie meilleure. C'était le duc de Berri qui était alors le lieutenant du roi dans le Lyonnais : il