ENCEINTE DE LA VILLE. XIV* SIÈCLE
après la journée de Poitiers, après la bataille de Brignais, et pendant les dernières années du règne de Charles VI : deux siècles suffirent à peine pour l'exécution complète de ce système de défense; il ne fut entièrement terminé que sous Louis XIII. ' Si Ton jette un coup d'œil sur le plan de Lyon au quatorzième siècle , on se fait une idée fort nette de l'enceinte de la ville à cette époque et de l'aspect général des fortifications 2. Au midi, Lyon dépasse peu la rue Sainte-Hélène; il s'arrête, au nord, à la porte de Bourgneuf La muraille défensive commence sur la rire droite de la Saône , à Saint-George , gravit la colline , enferme Saint-Just et Fourvière , descend à Bourgneuf, laisse au nord Pierre-Scise et l'Observance , traverse la rivière au niveau du boulevard , va gagner la porte Saint- Vincent , se prolonge le long de la Déserte , et atteint le Rhône qu'elle suit jusqu'au point de départ., au niveau de la rue Sainte-Hélène actuelle. U n'y a sur la Saône qu'un seul pont , celui dont l'archevêque Humbert a provoqué la construction; il est garni de tours à ses deux extrémités. Le Rhône ne présente également qu'un pont fortifié de la même manière. On remarque dans le périmètre de cette vaste enceinte divers points culminants : à l'ouest, sur la colline, ce sont l'église des Macchabées et le Cloître , véritable château-
i. — Les cîlojent de Ljon farent aatorUés , par lettres-patenles du roi Jean , è percevoir , pour subvenir à la dépense des fortifications , un sou par livre sur tontes les marchandises qui étaient vendues dans la ville ; ils reçurent du dauphin la permission de se clore du côté de Saint'Just. D'autres lettres-patentes leur accordèrent la faculté de prendre , en les payant, de la chaux et du sable partout où ils en trouveraient , et nonobstant toute opposition. Charles Y ordonna aux ecclésiastiques de contribuer aux fortifications pour la cinquième partie de la dépense; il leur enjoignit même de monter la garde. Au temps le plus animé de la guerre entre les Bourguignons et les Armagnacs , Antoine Chcvrier reçut du bailli de Màcon la mission de faire réparer dans le plus bref délai les forteresses du Lyonnais , en exécution d'ordres très impératifs de Charles VI, du 3i aoàt 1417. On mil en défense les châteaux de Sain-Bel , de Vindry et de Montrotier ; on répara précipitamment les murailles endommagées de l'abbaye de Savigny : mêmes mesures furent prises à Lyon. En 1420, le chapitre de Saint-Jean, qui faisait exécuter do grands travaux dans la rue Porte-Froc , voulut restaurer les fortifications de ce côté de la ville ; mais le consulat ne le lui permit point : il craignit que , sous le prétexte de pourvoir à la défense commune , le chapitre ne fit construire une citadelle dont les libertés communales auraient ensuite h se plaindre.
i.— ' On n'a aucune donnée certaine sur le chiffre exact de la population lyonnaise à cette époque; à la mort de Charles VU, il n'y avait dans cette ville que mille k douze cents feux , flit un historien , ce qui est peu vraisemblable , si l'on a égard à la vaste enceinte de Lyon.
fort qu'une haute et épaisse muraille sépare complètement de la
moyens de défense étaient les châteaux ou bastions de Pierre- Scise et de Saint-Sébastien : on ne pouvait plus compter sur le cloître de Saint-Just , démantelé après la guerre civile et le traité de 1320. Au point de vue stratégique y il y avait de grandes lacunes ; un ennemi déterminé pouvait pénétrer au cœur de la ville par le Rhône et par la Saône. Lyon , d'ailleurs , était sans défense da^is la direction de la Saône à St-Clair : on ne le ferma complèten^ent de ce côté que sous Louis XIII. Mais la muraille bastionnée qui entourait Test, Touest et le midi de la ville, n'en était pas moins une protection suffisante , sinon contre les attaques d'une armée régulière , du moins contre les incursions de partis ennemis : elle était haute, épaisse, et construite avec beaucoup de solidité. *
Quand la ville était menacée d'une attaque , on tendait de grosses chaînes de fer au travers de la Saône , à Pierre-Scise et
i. — Golnitz a donné dans son Itinéraire (1) les détails les plus exacts sur la distribution intérieure des bastions et sur le nombre de soldats qui pouvaient y être renfermés. Quoique cette description ne s'applique pas entièrement à l'état des fortifications de la ville au quatorzième siècle , je crois devoir la placer ici :
m Pierre-Scise ultra Àrarim insigne est castram positum in summo monte supra petram durissimam , et quasi incavataro , mûris suis et propugnaculis fîrmiter circumdatam , ita ut ex bac rupe tormentis bellicis facile hosli via ad urbem iotercludi possit.
« Alterum castrum est in monte Sancti Sebastiani positum , situ amœnissimo , defetisionique urbis opportunissimo ; défendit enim superiorem urbis partem , omnemque accessum per Ararim bosti intercipit ; et Sabaudiam versus , mûris fossisque muiiilum , ita ut hosiis ab omni latere excipi et abigi possit. Struclorcs bujus castrl fuerunt comités Sancti Joannis ; idque tribns sub distinctis propugnaculis formarunt. Primum très contiuet areas pro milite numeroso ezcipiendo : supremam , mediam et infimam. In mediam primus Ht ingressus , caeterss angustiores sunt ; in illa militum pnesidiariorum est domicilium : ex hac via ducit angusta, interque duo saxa excisa , passuum XXXVI , ad aream infimam , amplam , longam pass, L , lalam VIII , forma quadrangulari , babeiitem murum IV pass. crassum. Isthinc descensus est CVI passuum, antequam in Vil caméras spaliosas et longas subterraneas devenias : sufficiunt hœ commeatui multo abscondendo, capaces vel 1VCI9 bominum. Ab bis rcptandum in mediam aream; e qua alia via itio fit in supremam , eadem fere aroplitudine qua infima : «ub hac , in ipsis terrae visceribus , alii sunt fornices , priorihus minores et angustiores. Alterum propugnaculum I communiter Sancti Sebastiani dictum, elevatum est roagis primo, ita consiructum ut inferius sub eo positum ex obliquo inde possit defendi. Murum babet XV pedum crassum antiqua parte magis protuberantem ; structura interior constat multis fornicalis meatibus. Tertium dicitur la Grenouille, altius secundo , quod defendere potest , promioensque u t ex obliquo id magis defendat : triplices subterrancos habens meatus. Ilujus mnros exteriores rex
(I) Goiinx {Abrah.), UljMes belgieo-gtllieiu. Amstelodami , Eizev,, t6BS, in-13,p. 294.
/i6& XIV® SIÈCLE. MARCHE DE LA CIVILISATION.