MAISONS, RUES A LYON. — XIV^ SIÉCLB. A
$ II. On vient de voir quelle était la circonscription de la ville au quatorzième siècle; entrons maintenant dans la cité et examinons la disposition des rues, ainsi que le mode de construction des maisons. Une partie de la vieille ville existe encore , et permet d'apprécier les habitudes de nos pères , sous le double rapport de la commodité et de la salubrité.
Us tenaient peu à la régularité des lignes architecturales , à la largeur et à la propreté de la voie publique Les rues , dans la vieille ville , sont étroites , tortueuses, mal percées, mal éclairées par la lumière solaire; elles n'offrent à Tair qu'un accès difficile. On ne connaissait rien de mieux. Ces quartiers si malsains étaient habités cependant par de riches marchands et par des officiers royaux : ils étaient encombrés par des obstacles de toute nature ; il n'y avait pas de règlements bien précis sur la voirie. Tout bourgeois bâtissait sa maison à peu près comme il l'entendait; il empiétait fréquemment sur la voie publique, et prenait peu de souci de l'alignement. Aucune rue n'était éclairée pendant la nuit ; quand les habitants sortaient après le coucher du soleil , ils se faisaient précéder par des valets porteurs de lanternes ou de torches , ressource qui manquait aux gens des classes inférieures. Il n'y avait de pavé d'aucune sorte : on ne commença à paver les rues principales qu'au quinzième siècle , à l'occasion dé l'entrée solennelle du roi Charles VI : aussi était-il difficile de circuler d'un quartier à l'autre sur un sol constamment sillonné d'ornières profondes et recouvert d'une couche épaisse de boue qu'on n'enlevait jamais. On avait si bien l'habitude des rues étroites et tortueuses , que la rue Juiverie , lorsqu'elle fiit construite , parut quelque chose de prodigieux ; des tournois y furent donnés pendant le seizième siècle : elle ne serait cependant aujourd'hui qu'une rue de troisième classe. Au quatorzième siècle, des tuyaux en saillie, sur la rue , recevaient les eaux pluviales des toits , et les versaient abondamment sur
seigoement. {Notes et documents , 1839 , p. 2). Cocbard donne aiie autre étymologie plus vraisemblable : •* La Guillolière , dii-il , était anciennement divisée en deux paroisses et por- « tait le nom de Bechevelein. Une maison , bâtie au pied du pont dans le quatorzième siècle, « oooupée par le nommé Guillot , et très fréquentée des oisifs de Lyon, occasionna ce cban- •« gemcnt de déuomiuation : la grange de Guillot , ou la Guillolière , fit oublier Beche- •• velein. ••
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les passants; il n'y avait sur la façade des maisons de recrépissage d'aucune sorte , aussi des murs nouvellement construits étaient bientôt enfumés. On ne voyait des vitres qu'aux maisons des riches; presque toutes les fenêtres consistaient en châssis garnis de papier huilé , pratique qui s'est conservée dans les quartiers pauvres jusqu'à une époque très voisine de la nôtre. * L'intérieur des habitations témoignait davantage encore de l'ignorance des lois de la salubrité. Une allée étroite et obscure conduisait à un escalier tournant également privé d'air et de lumière, qu'on ne pouvait monter ou descendre sans péril. Aucun architecte ne songeait à écarter ou même à dissimuler ces foyers d'infection que l'homme appelle toujours autour de lui ; les fenêtres étaient resserrées et mal percées ; on ne connaissait pas les premiers éléments de l'art de chaufter les appartements. Lyon n'était, au reste , ni mieux ni plus mal que Paris; il a fallu bien des siècles pour faire l'éducation des grandes villes, sous le rapport des commodités de la vie et de la salubrité. ^
1. — « iEdificia iis inaedificata non sunt vuigaris ordinis ; alta, ul aer sanus ea perflare possit. Tria vero sunt quas formam eorum deturpant : nimirum 1^ canales lignei de lectis in médias plaleas exporrecli , pluviam in praetereuntcs evomenles , restesque iaquinaotes ; S** fenestrœ e papyro , cui oleum inductum , faclœ, qus funiculo sursum, deorsamque allrahuntur ; S** domus , quarum frontispicîa , laterculo crudo , nulla calcc sunt veslila. Haec singula junciiio ubi adspicis , praesertim in fœtidis plateis , non te diu sislent aut morabuntar. » (GoLNiTZ, Umerarium hefgiro-gallicMm, 297.)
2. — L'accroissement rapide de la yille dans la plaine a été le résultat de la constraclion successive des ponts , des églises et des monastères ; c'est ce que Cochard indique fort bien : « L'église de Sainl-Nizier donna naissance , dil-il , à la rue Rlercière , à la rue Longue et â la « rue de la Poulaillerie. On lia ensuite ce nouveau quartier à celui de Saint-Pierre, enou- « vrant les rues Malpertuis et Sirène. Le pont du Rhône détermina h élever le Bourgcliaoîn , « et l'église de Saint-Michel fit éolore le bourg de même nom. Insensiblement , et à mesore •« que Ton parvint à dessécher les parties inondées , on réunit ces parcelles isolées , et la « ville s'étendit dans la partie basse. Mais ce qui détermina plus particulièrement la popa- « lation à s'y porter , ce furent les établissements que formèrent à diverses époques, sur ce « terrain d'alluvion , les Templiers , les Jacobins , les Cordeliers , les Anionins , etc. Ces m corps religieux appelèrent dans leur voisinage les arts et Tindustrie dont ils avaient besoin, « et les retinrent en leur fournissant du travail. Ainsi , dans un intervalle de quatre à cinq « siècles , cette langue de terre , auparavant occupée par les eaux, fut couverte d'édifices « somptueux et devint le siège de la plus active industrie. Le quartier de Bellecour est « le dernier qui ait été soustrait aux ravagps du . fleuve. •• ( Gitidê du voifogettr à Lyon , 27. )
Ccrlnins ror[»s de métiers étaient dissémii.'js par loute la ville : ceux , par exemple , qni
U y avait peu de quais ; Bourgneuf était une rue ; la rive gauche de la Saône , depuis Saint- Vincent jusqu'au pont , était garnie d'un double rang de maisons à deux étages. La succession des âges amena sans doute de grands changements dans la condition des deux bords de la rivière : c'était l'opinion d'Artaud *.
foornissenl aux besoins les plus indispensables ; on trouvait partout des boulangers , des bouchers , des épiciers et des taTerniers. D'autres états choisissaient de préférence certains quartiers: ainsi l'on voyait les changeurs aux environs de Saint-Nizicr ; la friperie et la bonneterie habitaient la rue de Veudran , les draps Bns préféraient la rue de TAumône. Il y avait beaucoup de merciers , de parchemiuicrs , de cordonniers et de drapiers encore dans la rue Mercière ; les marchands de vin n'avaient pas quille les ports et la rive de la Saône.
1 . — « La masse de rochers sur laquelle est construit le pont du Change nous porte à croire que très anciennement la rivière ne devait pas former un coude si exagéré vers la place Saint-Vincent , où elle n'était pas retenue par des rochers; que, de là , elle devait se diriger vers les places de Saint-Pierre et des Terreaux, comme nous le prouverons bientôt ; que plus tard les Romains auront tourmenté ce contour pour gagner du terrain et porter le confluent vers l'abbaye d'Ainay, où était le temple d'Auguste , ainsi qu'on l'a relégué à Perrache dans le siècle passé. Néanmoins , lorsqu'on a bâti la maison de M*"' Dubois, et construit la nouvelle rue qui va aboutir à celle des Bouchers, nous avons remarqué des vestiges d'habitations romaines , des restes des fondations de l*égli^e de Saint-Vincent assises sur ces mêmes mines , des tombes en pierre du temps du christianisme , etc. , etc. Du côté de la rue des Bouchers, dans celle de la Martinière, qui traverse le jardin du bâtiment des Augustins , on a rencontré beaucoup d'amphores , des briques romaines et des médailles , etc. , etc.
« Tous ces indices prouvent que cet endroit a été habité par les Romains , et ensuite par les chrétiens qui leur ont succédé. Alors la Saône a dû être encaissée dans ce quartier , FJnsi que vers la place de la Déserte , où l'on a trouvé des mosaïques de différents siècles.
« Il parait aussi que dans le moyen-âge on a encore rétréci le lit de la Saône pour former les quais des Augustins , de Villeroy et le Port-du-Temple. Dernièrement , en refaisant le quaî des Augustins , ou a mis à découvert , entre l'égoôt de la Boucherie et celui de la rue du Ressard , deux inscriptions antiques , qui ont été placées dans le vestibule du Palais des Arts; dans le même endroit , et à dix pieds au-dessous du sol actuel , sur le bord de la Saône , on a fait jouer la mine pour détruire un massif de maçonnerie de vingt pieds de largeur, composé de moellons, de gneiss et d'un ciment où la cliatix prédominait. C'était vraisemblablement un mur de quai lié au canal des Terreaux , lors des fortifications du moyenâge , dans l'endroit appelé Fausse- Porte , où l*on a établi le Palais de Justice et le quai des Comtes , dont l'espace devait être plus développé , lorsqu'un amphithéâtre et un panthéon étaient élevés près de la place qui porte le nom de Saint-Jean. Cette conjecture , que nous avons émise d'abord , s'est changée en certitude , puisque dernièrement , en creusant le long de la rue Mercière , depuis la rue Ferrandière jusqu'h la maison Thomé , pour établir les cornets de l'éclairage au gaz , M. Renaud , directeur des travaux , a reconnu , â trois pieds de profondeur, l'existence d'un quai qui servait de voie romaine. Le pavé de ce quai était formé de gros blocs de granit gris , irrcguliers (opus htsertum) ; il était bordé de trois r.ings de pierres de choin de Fay , de quatre pieds de long sur deux de large. Celle rencontre rst d'autant plus intéressante, qu'elle fixe le cours antique de la Saône depuis la place Saint-
J'ai déjà fait observer que tout l'espace compris dans l'enceinte de la ville , sur les rives de la Saône et du Rhône , n'était pas occupé par des maisons ; il y avait un grand nombre d'enclos cultivés et de terrains arides ; l'intervalle qui s'étendait de Bourgneuf au cloître de Saint-Jean n'était qu'une continuité de jardins.
Si les maisons particulières manquaient de goût et d'élégance, quelques édifices publics, des églises, entre autres, réhabilitaient l'architecture : on ne construisit pas de grands monuments à Lyon pendant le quatorzième siècle , mais on en restaura plusieurs : l'église de Saint-Jean fut de ce nombre ; des travaux splendides avaient été commencés dans cette basihque , mais Targent manquait pour les continuer. Ce n'était pas assez, pour les reprendre , que l'expédient trop souvent employé des aumônes des fidèles, si on ne les stimulait par un appel spécial. Le pape Clément promit à ceux qui aideraient l'église Saint-Jean de leur bourse , les mêmes indulgences qu'obtenaient à Rome ceux qui visitaient les églises de Saint- Jean-de-Latran et de Saint- Pierre. On fit aussi des réparations importantes aux bâtiments fort endommagés de l'église Saînt-Nizier : elle avait été brûlée, en 1253, par les Vaudois. L'archevêque Humbert de Villars permit aux chanoines de Saint-Niziér d'appliquer aux dépenses de cette restauration les dons et les legs qui étaient faits aux pauvres. Il y avait peu d'indigents dans Lyon à cette époque , a-t-on dit pour exphquer cette mesure de l'archevêque ; mais cette assertion n'est pas probable. Lyon n'avait ni industrie ni agriculture , il était ruiné par la guerre; comment admettre qu'il n'y avait pas de pauvres dans la ville ? D'autres éghses encore furent réparées , l'église Saint-Michel, entre autres, qui était dans un grand état de délabrement. '
Pierre jusqu'à celle des Jacobins. Il y a lieu de croire égalcmenl qu'un palais aniique atait existe dans l'emplacement où l'on édifia ensuite le palais des rois de Bourgogne. Celui-ci était voisin d'un autre petit palais, auquel avait succédé l'hôtel de l'ancien gouvernement, sur la place de ce nom, qu'on appelait encore dans le mojen-Âge place du Petit-Palaii. ( Lyon souterrain^ p. 178.)
1. Artaud a donné quelques renseignements sur cette ancienne église, dont le souvenir est presque perdu :
•« Une église , dit-il, dont on avait perdu la trace, était celle de Saint-Michel : en 1351,