INTBODUCTION. — LE BUONE. IS
Son cours , depuis les hauteurs de la Pape , est digne d'attention. Parvenu sur cet éperon fortement en saillie, le Rhône se heurte contre les berges du plateau de la Bresse ; repoussé par cet obstacle , il se dirige à droite et décrit un grand arc de cercle, en foimant un des plus magnifiques panoramas du paysage lyonnais. Depuis ce point jusqu'à son entrée dans la ville, il coule au pied d'une chaîne de riantes collines. Sa rive droite touche à ce grand escarpement; il n'y a, au-delà de sa rive gauche , qu'un inmiense terrain très déprimé et que ses eaux menacent d'envahir. On a redouté longtemps que le Rhône, grossi par, une forte crue, n'abandonnât un jour les balmes bressanes et nos quais , pour aller se creuser au loin un lit vers les balmes viennoises. Ses eaux débordées ont attaqué et corrodé souvent les terres peu compactes de sa rive gauche. Elles ne peuvent rien contre les escarpements très résistants de la rive droite , mais rien ne paraît capable de les retenir de l'autre côté- Ces craintes ne sont fondées ni en théorie ni en fait : quelle que soit la nature du sol sur lequel elles coulent , les rivières n'abandonnent plus les côtes lorsqu'elles y ont une fois établi leur lit. Si le Rhône avait dû quitter jamais celui qu'il occupe , il aurait abandonné notre ville depuis longtemps. Des cartes de cadastre conservées aux archives des hôpitaux , et dont l'une date de plus d'un siècle , prouvent que l'érosion des terres de la rive gauche est assez peu de chose. Ce terrain n'est point une surface plane; son plan est incliné légèrement en remontant du fleuve aux balmes viennoises. Plusieurs bras du Rhône, qui sortent du fleuve et s'allongent dans la plaine , loin de continuer à s'avancer suivant cette direction, se replient bientôt et regagnent le Ut commun Ml est donc démontré que le lit du Rhône n'a pas
1. — Slrabon a décril le cours du Rb6nc avec exaciilude ; il parle de son passage au travers du Inc Léman, de sa jonction avec la Saône et avec l'Isère, et de son embouchure dans la mer. Ce géographe n'oublie ni sa rapidité, ni les principaux accidents de son long trajet, ni les populations qui habitent ses rives :
« Is (Rhodanus) ab Alpibus magnus magno deOuit impelu , qui etiam ubi magnum lactira exil, alveum suum ad roulta stadia conspicuum exhibât , indoin campostria Allobrognm el Segnsianoniro lapsus, apud Lugdunum cum Arare concurril, arbem Segusinnorum. Fluit Arar ex Ali^ibus, terminus Sequnnorum , Heduorum el Lincasioram ; deinde excipîens Dubin fluvium ex iisdem ortum montibus , cumque navigabilem : itaque ex utroquc confcctus Arar, Rhodano miscetur.
iU INTRODUCTION. — LB RHONE.
varié sensiblement dans le sens horizontal , depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Une autre preuve sera fournie par Tétude d'un canal latéral , dont l'histoire , très controversée , appartient à un autre ordre de faits. *
Le Rhône se charge , à Lyon , de tous les produits agricoles et des marchandises que lui apporte la Saône des parties centrales de la France; il les transporte à la mer avec une rapidité merveilleuse , desservant , sur son passage , les intérêts commerciaux de villes importantes, dont les principales sont .-Vienne, Toumon, Valence, Montélimart, Avignon, Beaucaire, et l'antique cité d'Arles. Son volume d'eau est considérable , et toujours suffisant pour les besoins de la navigation. Une température soutenue de 17® au-dessous de zéro peut seule rendre ses eaux immobiles; mais le Rhône, on l'a vu, ne gèle que pendant des hivers très rigoureux et fort rares dans nos cUmats. Cette grande artère de la navigation de la France est donc toujours à la disposition du commerce, hors le cas peu fréquent d'une très forte crue. Lyon doit au Rhône un de ses principaux éléments de prospérité.
n pourrait lui emprunter ses eaux potables. Examinée chimiquement, l'eau du Rhône convient parfaitement comme boisson: elle est d'excellente qualité , et c'est ce que démontre non-seulement la science , mais encore la vigoureuse constitution des populations riveraines* Mais une observation importante doit être faite ici : trop froide en hiver et beaucoup trop chaude en été , l'eau du fleuve présente de plus l'inconvénient d'être sou-
Inde Rhodanu9 nomen obtioens , Viennam versas dclabitur. » (StrabO!(1s Reritm geographicaritm liber qoarlus. Âmtt$lœdami, 1707, in-fol., p. 283.)
Le Rhône ne commence , pour Strabon , chez quelques auteurs , qu'au point de jonction des deux Qenves.
1.— Cette opinion, que le Rhône n'abandonnera pas la côte escarpée de sa rive droite, pour se jeter sur les terrains bas de la rive gauche , me parait bien démontrée dans les dcui ouvrages suivants :
MoKU {Jean'Marie). Uémoirt sur la théorie des eaux fluaniei, appliquée au cours du Rh6ne, depuis la pointe de la Pape jusqu'à la Molalière. (Mss. de rAeadémie , in-4 * n. il9.) Ce travail a été imprimé dans Im ArehiTes de statistique du département du Rhône, 1. 1, p. 411.
FooawiT (/.)• Sur le lit du Rhône, à Ljon. Revue du Lyonnais , I8i3, t. XVI , p. l(Kt.
LoanT. De l'importance du Rhône. Revue do Lyonnais, 1843, t. XVI , p. 105.
On peut aussi consulter Touvrage suivant , de M. l'ingt'nicur Durooiit : Essai sur l'eneaiesement du Rhônr; I8i2.
vent jaunâtre et limoneuse : on ne saurait l'appliquer aux usages domestiques que sous la double condition de la filtrer et d'en abaisser la température. Riche en sources d'eau d'une limpidité parfaite et d'une température toujours égale , notre sol peut se passer de celle du Rhône pour abreuver ses habitants. Le Lyonnais n'est pas nécessairement le Rhodani potor d'Horace; il peut faire mieux.
On vient de voir quels sont, sous leurs rapports généraux, les deux grands cours d'eau qui baignent le territoire de Lyon; ce sol, quel est-il ? n'a-t-il subi aucune transformation , et se montret-il aujourd'hui ce qu'il a toujours été ?
§ rV. Lorsqu'on examine la structure intérieure du sol de Lyon et celle des chaînes de montagnes qui en sont voisines , on aperçoit aussitôt les traces d'immenses bouleversements. Si L'on regarde avec attention un fragment d'une de ces roches qui sont si communes au Mont-d'Or, on y reconnaît les débris très visibles d'animaux qui vivent dans le sein des mers ; si l'on prend à la main un de ces cailloux si abondants aux alentours de la ville, et qui s'élèvent sur les coteaux des environs de Lyon jusqu'à une hauteur de trois cents mètres , on y retrouve le grès des Alpes , dont les parcelles ont été roulées par myriades dans le bassin du Rhône et de la Saône; enfin, si le géologue jette un regard sur la chaîne du Mont-d'Or , il remarque aussitôt que les roches primordiales ont été soulevées, fracturées et redressées dans une direction déterminée. '
1. — On comprendra facileroeul qu'il esl impossible , dans une histoire de Lyon , de parler de la coDStitation du sol aatremenl qa*en termes très généraux ; ce n'est qn'â grands traits qu'on peot esquisser ce sujet. Je renvoie les détails à des ouvrages spéciaux, que j'indiquerai bientôt. La géologie du sol lyonnais est, à beaucoup d'égards, une science nouvelle ; il y a vingt ans au plus f elle se réduisait à quelques renseignements vagues et peu exacts sur l'organisation intérieure , soit du bassin de la Saône , soit des montagnes. MM. Yaluy et Leymerie ont fait de la géologie du Lyonnais une étude plus sérieuse. L'Académie a servi cette tendance , en mettant chaque année au concours un prix promis à l'auteur du Mémoire le meilleur sur la géologie d'une commune quelconque du département du Rhône. M. le professeur Foumet a fait davantage encore : ses cours , suivis par un grand nombre d'auditeurs , ont transformé en enseignement complet et régulier l'histoire intérieure du sol ; observateur exact et patient, il a beaucoup ajouté aux recherchés de ses prédécesseurs.
On consultera avec avantage , sur la géologie du département du Rhône , les ouvrages suivants :
\k%x\ {Si.'F.)» Noliees géologiques et minéralogiques , arec des notes de H. I^eym(ft'ie. Annales de la Société linnéenne de Lyon, 1836, în-8.
n fiit un temps où des reptiles d'une taille gigantesque , dont l'espèce est perdue, rampaient sur le sol où est Lyon. On a trouvé dans les couches du lias des débris fossiles d'un ichthyosaurus qui avait plus de six mètres de long. Placée dans des conditions atmosphériques et géologiques bien différentes de celles qui existent aujourd'hui , la terre lyonnaise était couverte de grands végétaux sans analogues aujourd'hui , et eUc nourrissait alors des espèces particulières d'animaux qui n'existent plus. De grandes commotions ont fait périr ces êtres organisés , et d'autres créations eurent heu , suivies à leur tour d'une destruction et d'une génération nouvelles.
Dans des temps géologiques beaucoup moins reculés , les éléphants habitaient , en grand nombre , les forêts qui couvraient les plateaux de nos coUines , et ils descendaient en troupes sur les bords <du Rhône et de la Saône. Leurs ossements brisés sont exhumés chaque jour à une médiocre profondeur, aux Broteaux, à Saint-Clair, à la Croix-Rousse, aux abords du confluent, à Serin, à Perrache, et sur presque tous les points du terrain d'alluvion qui compose en grande partie le sol lyonnais.
Ces bouleversements de notre territoire ont été successifs , et séparés par des intervalles dont la durée ne saurait être déter-
LiTiMii {Alexandre}* Notice lur le Monl-d'Or. Bullelin de la Société g^logique, l. IX, in-^.
— Mémoire sur la partie inférieure du système secondaire du département du Rhône. Mémoires de la Société géolo^qnede France. Paris ^ 1839, in>4, p. 8IG.
FooBRrr (/.). Mémoire sur les sources des enrirons de Lyon. Annales de la Société royale d'agriculture de Lyon, i889, t. Il, in-8, p. 187.
— Etudes pour servir & la géographie physique et & la géologie d'une partie du bassin du Rhône. Annales de la Société royale d'agriculture , 1838, t. I , in-8 , p. 1.
— Cours de géologie du département du Rhône. ( Manuscrit. )
BaiDii. Eléphants Tossiles et os de grands mammiréres, trouvés à la Croix-Rousse en août 1824. Archives historiques et stat'tstiques du département du Rhône, 18i!(, in-8, t. I et II.
TniouiBB. Etudes géologiques sur le Mont-d'Or lyonnais, avec une carie géologique au 1/40,000. (Manuscrit. )
— Mémoire sur la géologie du canton d'Anse , et d'une partie des cantons de Yillefranebe , de l'Arbreale et du Bois-d'Oingl. ( Manuscrits de l'Académie. )
DoratsiioT et Eui de BiaoïoRT. Explication de la carte géologique de France. Paris ^ 1841 1 iii4, t. I.
Uuo carte géologique spéciale du déparlemenl du Rli6ue a été commencéei depuis plusieurs Années , par l'ingénieur du département du Rhône.
Un des ouvrages les plus utiles qu'on puisse étudier sur le sol lyonnais., c'est le livre écrit par la nature dle-mème, dont M. le professeur Jourdan a rassemblé les pages, pour en former le beau cabinet de géologie du Palais des Arts. La collection géologique de la Faculté des sciences n'est pas moins digne d*étre consultée.
Ces travaux divers , complétés et modifiés chaque jour par des observations nouvelles , ont fourni à la science de la terre des données qui paraissent certaines , bien que la géologie du sol lyonnais n'ait pas dit , à beaucoup près , son dernier mot.
minée avec précision. La croûte sur laquelle nous marchons est composée de couches distinctes, dont chacune est contemporaine d'une révolution du globe : les plus inférieures contiennent une espèce- particulière de fossiles incoimus aujourd'hui ; la couche au-dessus est d'une organisation différente, et ainsi de suite jusqu'à la surface.
Un premier soulèvement a eu lieu dans le territoire lyonnais, après la formation du gneiss ; les roches primordiales ont percé la croûte qui les recouvrait, et redressé les couches dont les plans inclinés indiquent la direction de ce grand mouvement. Une immense inondation marine suivit bientôt; les eaux se précipitèrent au Nord et au Sud, et accumulèrent sur le sol lyonnais une couche épaisse de sables très fins et d'argile, qui furent l'origine de nos schistes.
Un second soulèvement eut lieu, et fiit plus considérable : le Mont-d'or parut.
Un troisième soulèvement, encore plus fort, modifia de nomveau la constitution du sol lyonnais. Les eaux arrachèrent aux sommités des Alpes une quantité prodigieuse de fragments de grès , en partie encore sur place , et les entassèrent sous forme d'innombrables cailloux roulés dans les excavations que présentaient les sables marins et les terrains primordiaux. Les bassins du Rhône et de la Saône furent , en quelque sorte , comblés par les dépôts laissés par les grands courants. Ce fut pendant une dernière révolution qu'une masse d'eau énorme , provenant d'une grande débâcle , se précipita sur le sol lyonnais ; de forts courants excavèrent les terres à une grande profondeur; ils creusèrent les vallées du Rhône et de la Saône, et donnèrent à notre territoire la configuration physique qu'il présente aujourd'hui. Depuis cette dernière crise , rien ne parait avoir changé dans la constitution extérieure et intérieure de notre sol.
Etudié aujourd'hui , tel que l'ont fait les derniers bouleversements du globe , le territoire lyonnais se montre sous deux aspects : le fond du bassin ou le 30I proprement dit, et les montagnes.
L'écorce du sol, dans une grande partie des environs de Lyon, est composée de quatre couches qui appartiennent à des formations différentes. On rencontre d'abord à la surface cette terre
diluvienne qu'on nomme en langue vulgaire terre à pisé , et que les géologues appellent Lehm : elle est composée de parties argileuses ou sablonneuses , dont les proportions sont variables. Immédiatement au-dessous de cet épiderme , se trouve un banc de cailloux roulés mêlés de sable et d'argile, tantôt sans adhérence entre eux , tantôt agglomérés en masses irrégulières fort compactes. En creusant plus profondément, on arrive à un sable marin très fin et abondant , souvent absolument pur , d'autres fois argileux; souvent sans cohérence, et quelquefois lié en grandes masses consistantes par un ciment calcaire. Enfin, une quatrième et dernière couche, la plus inférieure, est représentée par la roche primordiale, toujours dure et compacte, mais tantôt schisteuse et tantôt granitique. Ainsi composée, l'écorce du Lyonnais est très perméable. *
Le Rhône charrie dans ses eaux rapides une grande quantité de graviers , dont le lit se déplace souvent et fournit une masse inépuisable de matériaux pour les remblais; de nombreux attérissements sont dus aux dépôts que laissent incessamment les eaux du fleuve. Toute la partie basse de la ville est une terre d'alluvion.
De nombreuses collines et plusieurs chaînes de montagnes donnent une grande variété à l'aspect du pays lyonnais : celles-ci sont le sol même de quelques-uns des quartiers de la ville; celles-là, placées dans la campagne, ornent le paysage à l'horizon, et servent de délimitation aux diverses sections du territoire A ces chaînes se rattache le point de partage des eaux. Considérées dans leur ensemble , les montagnes du Lyonnais appartiennent au plateau central de la France. Placées à l'Est et à rOuest , elles forment deux bandes d'une hauteur à peu près uniforme , qui courent du Nord au Sud. Mais si l'on examine leur massif, on reconnaît bientôt que ces groupes présentent plusieurs allures distinctes : ceux-ci marchent du Nord au Sud, et ceux-là de TEst à l'Ouest. Un savant , qui les a étudiés en détail , admet cinq systèmes de lignes de partage d'eau , qui sont , y compris leurs parallèles , les massifs de Pilât, dTzeron,de Boucivrc, de Beaujeu et de TArdière^. Mais le cadre du géologue
l.~ For«!iiT (/ ). Mémoire tor lei sotirees des environs de Lyon.
i.— Le même. Etudes pour servir & la g^ograplùr plirsiqiio et à la géologie d'une partie du btssin du Rhdoe.
a plus d'étendue et d'élasticité que celui de Fhistorien, et nous ne reculons pas à une aussi grande distance la chaîne des montagnes lyonnaises. Toutes ces crêtes n'ont qu'une élévation médiocre ; le point culminant de la montagne de Dueme , audessus dTzeron, est à la hauteur de 921 mètres au-dessus du niveau de la mer. Des trois sommets du massif qu'on nomme le Mont-d'Or, Pun , le Mont-Verdun , a 625 mètres d'élévation; l'autre, le Mont-Toux, 612, et le troisième, le Mont- Cindre , û67.
Peu de montagnes offrent autant de sujets d'études intéressantes que le groupe du Mont-d'Or ; telle de ses crêtes pourrait suffire à la vie d'un géologue. Ses inombrables fossiles ne sauraient être décrits ici : nous n'en indiquerons que quelques-uns. Parmi les reptiles , dans les couches du Uas , le grand ichthyosaurus communis ; parmi d'autres espèces animales , d'énormes ammonites, des nautiles, des bélemnîtes, des troques, des peignes variés , beaucoup de bivalves , et quelques débris de crustacés. On a trouvé dans le Lehm, ou terre à pisé, des fragments fossiles d'ossements de cerfs , de boeufs , de sangliers, de dinothériums , d'hyènes , d'éléphants , de mastodontes , etc. Le calcaire de Saînt- Fortunat , dont les constructions , à Lyon , consomment chaque jour une quantité si considérable , n'est autre chose qu'un immense amas de gryphites , d'anmionites , de bélemnites , de térébratules et autres coquillages transformés en pierre , mais parfaitement reconnaissables , et dont plusieurs sont si bien conservés qu'on retrouve en eux jusqu'à leurs Unéaments les plus déliés. Tous ces animaux n'ont pas vécu à la même époc[ue; ces bancs de fossiles ne sont pas tous de la même formation ; ces lits compactes ne sont pas superposés immédiatement , et l'on rencontre souvent entre eux un calcaire argileux rempli de nautilites qu'on ne rencontre pas dans les couches inférieures. Ce calcaire jaunâtre , de nature argilo-siliceuse , dont les couches minces sont la croûte extérieure et en quelque sorte l'épiderme de la montagne, a ses fossiles particuhers. Le Mont-d'Or contient en abrégé l'histoire des grandes révolutions du globe
Une coupe transversale de ce massif représentera à la pensée la composition géologique du groupe. Qu'on la supposé étendue de Limonest jusqu'à cette crête peu élevée qu'on nomme la Longe,^
on trouvera d'abord un granité qui se décompose facilement, puis les grès^inférieurs qu'on ne quitte plus jusqu'à mi-côte. A ce terrain arénacé succède la série des calcaires du choin-bàtard ; on rencontre ensuite l'assise des calcaires quartzifères , et enfin les calcaires à gryphées. En allant plus loin, on reconnaît un effleurement de granité; puis l'oolithe inférieure , caractérisée par les ammonites et les bélemnites , l'oolithe ferrugineuse, et enfin le calcaire à entroques. On a ainsi , dans un bien court espace , toute la série des terrains du Mont-d'Or , sauf le calcaire marneux à bucarde. ^
Mais, quelque attrayante que soit l'histoire des révolutions du sol lyonnais , écrite tout entière sur quelques fragments de coquillages , je dois l'abandonner à une science spéciale , et ne point aller au-delà de quelques aperçus.
Une double chaîne de collines, étendues du Nord au Sud le long des deux rivas de la Saône , occupe une partie considérable de l'enceinte de la ville : ce sont , à l'Ouest, et du Nord au Midi, les plateaux de Fourvière et de Pierre-Scise , continués par ceux de Saint-Just et de Sainte-Foy ; et sur la rive gauche de la rivière , le plateau de la Croix-Rousse , point extrême d'une chaîne qui sépare les deux fleuves. Le massif de Saint-Just et de Fourvière est formé , à sa base , par du gneiss que coupent , en difierents sens , des ^filons de granité ; la couche superficielle est un terrain d'alluvion. C'est aussi sur du gneiss , traversé par des filons de granité et de diorite, que repose le plateau de la Croix- Rousse , surtout au Nord et à l'Ouest : l'écorce extérieure est un diluvium alpin. Tout le rocher de Pierre-Scise n'est qu'un grand filon de granité, flanqué sur les côtés de gneiss passant au micaschiste.
Tels sont , sommairement , les caractères principaux du sol lyonnais; c'est ainsi qu'il est sorti de la dernière révolution du globe, et c'est ainsi qu'il sera jusqu'au temps où un bouleversement nouveau commencera pour lui d'autres destinées. Quelles sont ses productions ?
S V. Les expositions du sol , dans le Lyonnais , sont très diverses; sa surface peu étendue réunit, aux forêts près, toutes
1.— LstNiRii {Aiexandre). Mémoire sur la partie inrérieure da 9}'sUme sceondaire du départemenl du Khânc , 1859.
les variéiés de terrains que présente un grand pays. Là sont des prairies déprimées que traversent les deux grands cours d'eau ; ici des régions montagneuses , couvertes , malgré leur élévation, d'une végétation prospère; plus loin , de frais vergers arrosés par de nombreux ruisseaux; ailleurs, des coteaux plantés d'excellents vignobles , et sur les plateaux, de vastes champs semés de toutes les espèces de céréales. Des vins renommés , du blé , des fruits abondants et savoureux , du foin que fait rechercher sa bonne qualité : tels sont les principaux produits agricoles du Lyonnais. Il faut ajouter à ces cultures celle ^du mûrier, qui a pris un grand développement , et ne point oublier la riche exploitation des chèvres du Mont-d'Or , dont le lait sert à faire des fromages qui jouissent au loin d'une réputation si méritée *, Le département du Rhône n'est point au nombre des grands départements agricoles : chez lui, c'est le commerce et l'industrie qui tiennent le premier rang , et cependant les produits de son sol fertile sont aussi les éléments de la richesse nationale ; ils seront rappelés plusieurs fois dans les parties de ce livre consacrées à l'étude de l'agriculture et du commerce aux différentes périodes de l'histoire de Lyon. *
Il est un rapport sous lequel les alentours de cette grande viUe ne redoutent aucune concurrence , soit en France , soit à l'étranger : c'est celui de la beauté du paysage; le voyageur qui a vu beaucoup , et de la seule manière qui permette de bien voir , ne saurait nous démentir. On ne rencontre , dans le Lyonnais , ni de grands lacs , ni des glaciers, ni les hautes crêtes des Alpes; ces merveilles de la nature sont d'un ordre exceptionnel, et rien ne peut leur être préféré. Mais combien , dans un genre plus gracieux , les campagnes du Lyonnais sont en droit de prétendre au parallèle ! C'est un spectacle délicieux , sans doute , que celui
i.— Grofnier a publié , dans les ArehWes de gtttistique du Rh^ne , no Mémotre inlércsMai sur rexploiUlioo desfironages do Hoot-d'Or, et tu^I'imporUnee de ee commerce.
2. — Plus heureux que récrÎTaio , ie peintre a une palette à sa disposition ; il ne dit pas ce que sont les objets , il les montre. Les pages colorées de Rousseau ou de Chateaubriand pourraient seules rendre les paysages du Lyonnais avec autant de vérité que ronrfa^t tant de fois les pinceaux de Grobon , de Guindrand , de Duclaux el de Fonville. Nos campagnes ont fourni d'innombrables sujets d*études aux paysagistes , et garni do dessins grand nombre d'albums. Nous aimerions & citer le grand voyage pittoresque aux environs de Lyon , publié sous le nocq de M. de Fortis , si le taleut du graveur ne laissait pas tant à désirer.
22 ISTRODICTION. — PAYSAGKS DU LYONNAIS.
des forêts des Pyrénées , par une belle matinée du mois de juin, lorsque les premiers rayons du soleil dorent la cime de ces sapins gigantesques et éclairent de leurs lueurs, voilées par le feuillage , des clairières ouvertes , comme un décor d'opéra , au milieu d'élégantes colounettes, et tapissées d'un gazon moelleux et parfumé. C'e8t une charmante mélodie , le soir , au fond d'une vallée de l'Oberland , que le mélange du chant national au tintement argentin des clochettes de centaines de vaches, paissant, sous les mélèzes, l'herbe odorante de ces prairies si vantées. Mais ces contrées n'ont pas de monuments antiques; elles n'ont point de passé , et leur paysage n'est pas poétisé par ces ruines qui rendent les nôtres si éloquents; mais le sombre et noir feuillage de leurs sapins est sanp nuances , et cette végétation exubérante est toujours et partout la même; mais l'aspect continuel de ces géants des montagnes a quelque chose de monotone qui fatigue, et l'iumiensité du cadre gâte, à la longue, quelque chose de la beauté du tableau. Oui , sans doute , disons-le encore , la Suisse est belle; c'est autre chose, mais est-ce mieux que le paysage du Lyonnais ? Dirai-je la délicieuse et continuelle variété , dans nos champs , de vallons , de coteaux , de vignobles et d'arbres divers , dont le feuillage présente toutes les nuances de la plus belle verdure , depuis la teinte la plus sombre jusqu'à la plus riante ? Parlerai-je de ces sentiers ravissants , que bordent des deux côtés de fertiles vergers entourés de haies d'aubépine en fleur, et souvent animés par le murmure de limpides ruisseaux .►^ Rappellerai-je ces points de vue, toujours différents et toujours admirables, que l'œil charmé découvre si souvent du haut de nos colUnes ? Qui ne connaît la fontaine de Rochecardon , ilnmor-r taUsée par le souvenir de Jean-Jacques , et ce vallon, unique parmi les plus beaux , qui conduit le promeneur d'enchantements en enchantements jusques au-delà de Saint-Didier ? On vante le paysage des bords de la Saône; mais, pour l'apprécier tout ce qu'il vaut, il ne faut pas l'examiner, d'un œil distrait, du tillac d'un bateau à vapeur ; il faut pénétrer dans l'intérieur de la campagne, suivre la lisière des bois, et gravir la pente des collines. On exalte avec raison la magnificence du spectacle qui se déploie autour du voyageur sur le point cuhninant du Righi , mais n'avons-nous pas un aspect non moins saisissant du som-
met du Mont-Cindre, et si, de ce point, Foeil n*erre pas sur trente lacs , n'a-t-il pas , plus près de lui , dans une bordure presque aussi vaste , une peinture beaucoup plus variée ? Qu'on en juge : ici les flots argentés du Rhône, courant en long ruban, depuis les nues , au point le plus reculé de Fliorizon , jusqu'au pied du mont Pilât , et par-delà encore , dans une immense longueur , les crêtes neigeuses de la chaîne du Mont-Blanc : là , une immense profusion de vignobles, de bois, de jardins , d'élégantes villas , de vallées arrosées par les eaux indolentes de la Saône , sur un sol accidenté de la manière la plus pittoresque. L'historien du Lyonnais pourrait-il oublier cette solitaire vallée de Bonand , si fréquentée par les peintres , qu'ont rendi^e si célèbre ses aqueducs en ruines et presque entièrement recouverts de lierre verdoyant ? S'il ne peut décrire tous les sites remarquables de nos alentours , ne doit-il pas indiquer du moins la coursière d'Yzeron et ses châtaigniers millénaires , les vallées cuisses de Dueme ; la vue de la rivière , par une belle soirée d'été, du milieu du pont de l'Ue-Barbe ; les sauvages solitudes du mont Verdun, le riche coteau de Sainte^Foy; l'aspect des sinuosités du Rhône et de la plaine du Dauphiné , vues des hauteurs d^ la Pape; enfin, les bois touffus et si verts de Tassin et du plateau de Charbonnières? Louons les sites des contrées voisines, mais ne soyons pas ingrats envers la nature qui a doté si richement les nôtres : allons visiter les vallées des Pjrrénées et des Alpes , mais revenons sans regrets dans nos campagnes, et ne nous souvenons de l'étranger que pour apprécier et aimer davantage notre beau pays.
$ VI. Le cUmat du Lyonnais est tempéré ; il est rare que le froid , pendant l'hiver , dépasse une moyenne de huit degrés au-dessous de zéro, et que la chaleur , pendant le mois de juillet, se maintienne longtemps au-dessus de vingt degrés. Mais les variations de température sont communes et considérables dans une même journée , et le sol doit aux conditions locales dans lesquelles il est placé de véritables inconvénients.
n faut placer sans doute au premier rang la fréquence et répaisseur des brouillards , dus sans doute au passage des deux fleuves , à la différence de température des vapeurs et à la disposition du sol. Rien n'est plus ordinaire , surtout pendant Tau-
tomne et pendant l'hiver , que de voir Lyon plongé dans une masse blanchâtre de brouillards : la lumière douteuse du jour la traverse avec peine , tandis qu'un soleil parfaitement pur dore le faîte des collines voisines. De longues traînées de ces vapeurs condensées suivent à grandes distances le cours des deux fleuves, et particuUèrement celui du Rhône ; mais , à quelques myriamè* très plus loin, l'atmosphère cesse d'être brumeuse; elle commence à présenter l'aspect du ciel du Midi à la hauteur de Valence. On voit assez souvent , pendant l'hiver , les brouillards du matin d'une épaisseur telle qu'ils enveloppent de leurs ténèbres visibles les rues , les places et les quais , à tel point qu'il devient difficile d'y reconnaître son chemin.
Les pluies sont fréquentes à Lyon , et d'ordinaire elles durent longtemps ; elles sont , au reste , distribuées avec une régularité remarquable dans toute l'étendue du bassin de la Saône. On en voit peu de locales : permanentes et considérables , elles sont ordinairement marquées le même jour dans toute l'étendue du bassin; ce sont les vents de Sud-Ouest, d'Ouest et du Sud qui amènent les plus grandes. Aux pluies correspondent les crues de la rivière , dont l'étude a tant d'importance pour la ville de Lyon. Plusieurs jours s'écoulent entre la chute sur le sol d'une grande quantité d'eau pluviale et le maximum de l'augmentation du volume d'eau que débite la rivière grossie ; cette lenteur si remarquable de la crue est le résultat de l'inégale déclivité du lit de la Saône. Ainsi, le versant oriental de la partie supé* rieure montre des cours d'eau avec une pente moyenne de cinq mètres, et trois mètres par kilomètre, tandis que le versant occi^ dental en présente avec des pentes d'un mètre à deux mètres. Dans la partie inférieure, au contraire, le versant oriental a des pentes de deux mètres par kilomètre , tandis que celles du versant occidental sont de seize mètres par kilomètre *. Des observations météorologiques bien faites, dans la partie supérieure du bassin de la Saône , permettent aujourd'hui d'annoncer une pluie qui déterminera une crue sensible à Lyon.
La température du climat lyonnais a-t-elle sensiblement changé ? nos hivers sont-ils plus froids et pl^s longs , ou nos étés
4.— Lo»TBT. Rapporl sur l«s (rjivtux de U Commission Aydromélrique, en 1144 f présenté à M. le Moire dp Lyon. Lyon , 184K , in-8 , p. H .