‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 204 sur 262 · U90 XV® SIÈCLE. — CHARLES VU · texte numérisé non relu

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naïve, mais élevée jusqu'à Théroïsme par l'ardeur de sa foi. Jeanne d'Arc fut pour la France une providence visible ; la confiance entière qu'elle avait dans ses voies, les populations l'avaient en elle. Jeanne annonçait aux Français découragés le secours de Dieu, et les Français la croyaient : c'est une force irrésistible qu'elle apportait au secours de Charles. La vue seule de sa bannière frappait de terreur les Anglais , complètement démoralisés par l'apparition de cet ennemi auquel ils attribuaient aussi une puissance surnaturelle. C'est à l'histoire générale de raconter les exploits des Français sous la conduite de Jeanne d'Arc, la levée du siège d'Orléans par les Anglais, le couronnement merveilleux de Charles VII à Reims, la prise de l'héroïque jeune fille sous les murs de Compiègne , son jugement inique et sa mort. Jeanne ne parut guère qu'une année sur la scène du monde , mais ce temps si court suffit pour la délivrance de la France. L'année lfti9 vit enfin la décadence de la puissance anglaise. Tout avait jusquelà réussi à Bedford, mais la fortune passa enfin sous les drapeaux du roi de France ; Charles Vil revit à lui , avec eUe , les seigneurs du royaume : ils accoururent en foule, et Richemont, le connétable, vint à son tour. L'armée firançaise gagna la mémorable bataille de Patay sur les Anglais dont le général Jean Falstoffprit la fiiite, tandis que lord Talbot , lord Scale et d'autres vaillants capitaines furent faits prisonniers.

Cependant^ la guerre continuait, et plusieurs provinces en étaient le théâtre : Louis , prince d'Orange, envahit le Dauphiné qui avait pour gouverneur le sire Raoul de Gaucourt. D'horribles ravages signalèrent les incursions des bandes bourguignonnes : elles se hvrèrent aux plus grands excès , et ne respectèrent ni la faiblesse des enfants et des vieillards ni la pudeur des femmes. La jeune fille d'une noble dame , dont elles avaient surpris le château , périt victime de la brutaUté d'une troupe entière de misérables^aventuriers. Gaucourt n'avait ni soldats ni argent , mais ce gouverneur était un homme de cœur et de tête : il s'entendit avec le sénéchal de Lyon, Humbert de Grôlée; des compagnies armées ■ de Lyonnais et de Dauphinois s'organisèrent sous leurs^ordres ; mais les moyens de défense ne répondaient pas encore à la grandeur et à l'imminence du danger. Il y avait alors dans le Velay un capitaine espagnol , nommé Rodrigue de Villan-

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drada , qui conduisait à Charles une petite troupe , formée de soldats levés de toutes parts : c'était un homme de guerre habile et vaillant. Villandrada se réunit à Humbert de Grôlée et à Raoul de Gaucourt : leurs forces combinées ne présentaient pas un nombre de combattants bien considérable ; Gaucourt n'hésita pas cependant : il marcha aux Bourguignons^ et se rendit maître du fort du Colombier. Les deux armées se trouvèrent en présence à cinq lieues de Lyon , aux environs d'Anton et sur la rive gauche du Rhône.

Celle du prince d'Orange était plus nombreuse , plus homogène et mieux disciplinée : on y comptait dix-sept cents combattants d'élite , huit cents nobles cavaliers et nombre de se igneurs , parmi lesquels on distinguait le sire de Varambon , Humbert Maréchal , Amédée de Viry, le seigneur de Salleuove et Jamin du Clos ; forte en cavalerie , elle l'était aussi en archers et en fantassins. Si le prince d'Orange gagnait la bataille , il devenait le maître du Lyonnais , du Dauphiné et du Languedoc ; Louis ne croyait pas qu'il lui fût possible de la perdre , tant était profond son mépris pour les troupes ennemies : il était parfaitement convaincu qu'au premier choc tout ce ramas de Lyonnais et de Dauphinois mal équipés prendrait aussitôt la fuite. Ses cavaliers étaient armés de maillets en fer et en plomb apportés de Bourgogne , et dont ils comptaient faire bon usage ; cette armée était forte d'environ trois mille cinq cents hommes. Le sire de Gaucourt n'avait que seize cents soldats , encore n'en était-il pas très sûr ; levées précipitamment , ses troupes ne se connaissaient point et avaient peu de confiance les unes dans les autres. Mais si l'armée française manquait d'unité et de cavalerie , si elle était inférieure en nombre , elle était bien commandée : Humbert de Grôlée, Rodrigue de ViUandrada et le sire de Gaucourt valaient des bataillons. Villandrada réclama avec instance le poste le plus périDeux , l'avant-garde ; il craignait la désertion de ses soldats dans tout autre heu : « Accor- « dez-moi cet honneur, dit-il au sire de Gaucourt, et, avec l'aide " de Dieu , je me comporterai de telle façon (jue vous serez « content. » Sa demande fut accueillie. Gaucourt confia le commandement de l'aile droite au seigneur de Mauclerc et à Valette, capitaine de routiers.

iOi W"" ^^GLB. BATAILLE DANTON.

Anloa est situé sur la rive gauche du Khôue y une vaste plaiae Téloigae de Colombier : il y avait alors au-devant du village une forêt; le prince d'Orange occupait le village, et le bois le séparait des tJToupes fir^mçaises. Ce terrain est peu accidenté, il n'y a des collines qu à une assez grande distance.

Une bataille était inévitable ; les deux chefs s'y préparèrent. Après avoir assisté «^ la Célébration de la messe au milieu de ses troupes, Humbert de Grôlée se disposa à ffdre son devoir : c'était le 1 1 juin l'i30 , vers l'heure de midi *. Le prince d'Orange sortit d'Anton, ses Bourguignons traversèrent le bois, et commencèrent à former levirs bataillons dans la plaine. Villandrada ne voulut pas leur laisser le tempsi d'achever leurs dispositions; après avoir expressépient reconamandé à ses soldats de ne point perdre le tefpps à faire des prisonniers pu à piller, il donna le signal. Un choc terrible eut lieu, et bientôt la mêlée devint générale : Lyonnais et dauphinois combattirent avec acharnement en poussant de grands cris. Les Bpurguignons ne firent qu'une médiocre résistance , et avant deux heures après midi tout était terminé. Dè^ le commencement du combat le comte de Fribourg et le sire de Montaigu prirent la fnite : beaucoup de leurs soldats suivirent leur exemple , beaucoup furent tués ; trois cents gentilshommes périrent sur place. Grand nombre de cavaliers , démontés , cherchèrent leur salut dans les retraites les plus obscures de la forêt ; un d'eux se jeta dans le creux d'un chêne , ne put en sortir et y périt : son squelette , encore revêtu du casque et de l'armure, fut trouvé, plus d'un siècle après, lorsque la hache d'un bûcheron jeta l'arbre à terre. Plus de cent vingt gen-

i. . Pernelti e( les auteurs de V^rt de véHfier les dates JisenI que la bataille d'Anton a é\é livrée en 14t9 ; j'ai suivi l'opirnoo la plus générale , et surtout celle d'Aymar du Ritail.

La plupart des auteurs écrivent Anton ; Monstrelet et M. de BarAnle disent àalhoo. 11 est facile d'obtenir des renseignements exacts en explorant les lieux : Anton existe toujours sur la carte du Rhône , k la hauteur désignée (cinq lieues au-dessus de Lyon) ; le bois a disparu depuis lopglegips. Il y a bien encore un lieu nommé Colombier , mais il est situé à peu de distance du Péage-de-Roussillon , et ne |)eut être celui de l'histoire. Malgré quelques incertitudes , le champ de bataille est nettement déterminé : ce fut une plaine dans le Dauphiné , sur la rive gauche du Rhône , entre Anton et le fort du Colombier. On y a trouvé une grande quantité de débris de casques , d'armures et de fers de lances rongés par la rouille et enfouis dans le sol.

BATAILLE d'aNTON. — XV* 8IÈCLB. ft9S

tilshommes tombèrent aux mains des Lyonnais et des Dauphinois , qu'ils enrichirent par de fortes rançons : on remarquait parmi eux le sire de Varambon , Jean de Ghissey , Gérard de Beauvoir, et Jean de Ruppel. D'autres essayèrent de traverser le Rhône à la nage, et périrent misérablement dans le fleuve; grand nombre d'Allemands, qui s'étaient cachés dans les bois, furent massacrés parles paysans. Le prince d'Orange s'était vaiUamment comporté : demeuré un des derniers sur le champ de bataille, et hors d'état de se défendre plus longtemps , il se jeta , couvert de son armure, dans le Rhône, sur son cheval bardé de fer; et, plus heureux que ses compagnons , il atteignit sain et sauf l'autre bord. Dès qu'il eut touché la terre, il descendit de son cheval, s'agenouilla devant lui comme devant son libérateur et lui baisa les pieds. On dit que nul ne monta depuis ce cheval; le généreux animal fut considéré par le prince comme un fidèle domestique auquel il devait la vie et l'honneur. Tout était perdu pour les Bourguignons; Lyon avait recouvré sa sécurité, le Dauphiné et le Languedoc étaient sauvés. ^

Quand la nouvelle de la journée d'Anton parvint à Lyon, elle y causa une grande joie; le Consulat fit hommage de deux torches à Notre-Dame de Saint -Nizier, et vota des présents à Rodrigue de ViUandrada et à Raoul de Gaucourt, que la ville accueillit avec enthousiasme. Les Lyonnais, bien rassurés, célébrèrent dans des chansons satiriques la défaite du prince d'Orange; tout le pays, entre leurs murailles etMâcon, était Ubre d'ennemis. Cette journée d'Anton, peu digne de remarque si Ton n'a égard qu'au petit nombre de combattants, eut de très grands résultats ; les Lyonnais s'y comportèrent avec honneur. -

1.— THOMAftsm. Histoire maDuscrite du Dauphiné. — Momstkilit. Chronique U , 62. — CaoftiKR. Histoire du Dauphiné» II, 427. —De Baramtb, III, 403 (édition de 1842).

2. — La mémorable bataille d'Anton a été racontée arec beaucoup de détails par deinc écrÎTains , Munatrelet et Aymar du Rivail ; leur récit présente quelques différences qu'il est feot-ètre convenable d'indiquer : ce sont deux teites en quelque sorte originaux. Voici celui de Monstrelet :

« En l*an dessusdit, le jour de la Trinité (1450) se meit sus le Prince d*0renge à tout doute cens combattans ou enuiron; lesquels il mena au pays de Langaedoch , où il meit en son obéissance plusieurs chasteaux tenant le party du Roi Charles. Et pareillement feit en Dtulphiné , dont grandement despleut audit Roy et à ceux de sa partie. Si fut par hiy ôonclud

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Charles VII vint à Lyon trois années après la bataille. Lorsque le corps municipal eut la nouvelle certaine de son arrivée ,

nuecques ceux de sou Conseil pour j résister , que le seigneur de Gaucoort , gouaemeur de Daulphiné , roessire Ym^jert de Gauler , seneschal de Lyon sur Rosoe , et Rodrigue de VilUndras feroieut leur assemblée des nobles hommes du pays , et ce qu'ils pourroient recounrer de gens de guerre et fleur de droicles gens d'armes d'eslite , pour iceluy pays deffendre et recouurer , lesquels , quand ils furent mis tous ensemble , se trouuerent de quinze à seize cens combat tans. Si s'en allèrent mettre le siège deuant une forteresse nommée Coulembier, laquelle en assez brief terme se rendit ajix dessusdits capitaines , et eulretemps entra le prince d'Orenge dessusdit qui s'esloit retraict en sa marche , sçachant ses ennemis à puissance estre sur les champs , et que desjà a voient assiégé irelle forteresse que ses gens tenoient , enuoya hastiuement et sans delay ses lettres et messagiers deuers les seigneurs , nobles et gens de guerre du pays de Bourgongne , et aussi d'autres lieux où il «uoit ses amis, alliez et bieo-ueillans. Si fait si bonne diligence qu'en assez briefs iours ensuiuans il assembla un tresgrand nombre de nobles hommes , lesquels il conduisit et mena vers le pays oà estoient ses ennemis , espérant secourir ladicte forteresse , qui par auant , comme dict est , s'estoit rendue en la main des François : lesquels François par leurs espies sçauoient la venue des Bourgongnons : et pource s'estoient préparez en grande diligence pour les receuoir et combattre. Et de fait tous ensemble par tresbonne ordonnance se meirent à chemin pour aller audeuant d'eux , et les rencontrèrent entre Coulembier et Hanton : mais les dessusdits Bourgongnons venoient parmy un bois , et ne se peurent pas du tout bonnement rassembler ne mettre en pleine ordonnance de bataille , parce qu'iceux François les cnuahirent sonbdainement et vigoureusement. Toutesfois de première veuo y eut tresdure et merueillense rencontre. Entre lesquels de ceux de la partie de Bourgongne se meit à pied un moult vaillant cheualier nommé messire Loys de la Chappelle , et auecques luy aucuns de ses gens ; mais il fut lantost mis à mort ; et finabtement, cl pour briefue conclusion, les François oblindrent et gaignerent le champ et demourèrent maistres. Si y furent morts sur la place enuiron de deux à trois cens Bourgongnons largement, et si en y eut de prins six vingt ou plus : desquels prisonniers furent les principaux le seigneur de Bussy fils au seigneur de Sainct-Georges , le seigneur de Varemhon , lequel eut le nez abattu d'une taillade , messire Jean Loys fils au seigneur de Conches seigneur de la Frété , Thibault de RougemonI , le seigneur de Ruppes , le seigneur d'Escabonne, messire Jean de Vienne , le seigneur de Raix , Jean de Baude , messire Duc de Sicon, Girard de Beauuoir, et plusieurs autres jusques au nombre dessusdit. En laquelle journée se départirent plusieurs Bourgongnons en grand desarroy : lesquels pou voient estre enuiron de seize à dixhuict cens combattans , desquels furent les principaux le dessusdit Prince d'Orenge. Et fut iceluy Prince chassé jusques à Anthun, où il se sauuaà grand peine, le comte de Fribourg , le seigneur de Hontagu , c'est k sçauoir messire Jean de Neufchastel qui porloit l'ordre de la Toison-d'Or qui luy futostée, le seigneur dePasmes et moult d'autres notables gentils-hommes s'en allèrent en fuyant par plusieurs parties cl en diuers lieux. Et fut cette besongne enuiron l'heure de tierce ; en laquelle se porta tresvaillamment le dessusdit Rodrigue de Viliandras , qui menoit l'auaotgarde des François; lesquels François, après cette besongne, se rassemblèrent et eurent mouh grande joye de leur bonne victoire en rcmerciaot et louant Dieu leur créateur. » ( Ekgubr. ds Monstrelet , volume II des Chroniques, Paris , VHuiUier, 1572, p. 6«.)

Aymar du Rivail est plus exact que Monstrelet ; il parait mériter toute confiance. Cet hisluricn s'exprime ainsi :

n Ipsa etiam die décima quod sabbaturo eral , nuntium Delphinatem Groleaeque MarescaHi

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