‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 213 sur 262 · BATART A LYON. — XV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

BATART A LYON. — XV* SIÈCLE

grand matin chez Toncle , par un de ces batelets qui sont amarrés sur les rives de la Saône ; ils descendirent à Ainay. Déjà informé du motif de leur visite , Jacques Terrail leur fit très fi*oid accueil ; mais Bayart et Bellabre pérorèrent si bien , qu'il donna cent écus et un petit billet par lequel il invitait son fournisseur à remettre, aux deux amis tout ce qui serait nécessaire pour l'équipement du chevalier. La somme n'était pas fixée ; Bellabre proposa à Bayart de mettre à profit l'imprudence de l'abbé. « Le bon chevalier, qui ne demandoit pas mieux, se « prist à rire et luy dist : « Par ma foy, mon compaignon, « la chose va bien ainsi ; mais , je vous prie , hastons-nous , car « j'ay grant paour que s'il s'apperçoit de ce qu'il a fait , que « incontinent n'envoyé ung de ses gens déclairer pour combien « d'argent il entend qu'on me baille d'habiUement. » Ils se rendirent à l'instant chez le fournisseur Laurencin, et se firent livrer ce qu'il y avait de plus beau en drap d^ soie et velours. L'abbé n'avait pas entendu s'engager pour plus de cent ou cent vingt livres ; la dépense dépassa huit cents livres. Bayart , bien vêtu eut le bonheur de se procurer de bons chevaux ; il parut enfin au tournois qui eut Heu un lundi du mois de juillet , dans un pré , à la Guillotière , non loin de la Magdeleine. <c Le bon che- « valier , sur le dix-huytieme an de son aage , qui estoit fort « grande jeunesse (car il commençoit à croistre, et de sa nature a estoit meigre et blesme), se mist sur les rens pour essayer à « faire comme les autres , et là faisoit son jeu d'essay qui estoit a assez rudement commencé , car il avoit à faire à ung des plus « apperts et duytz chevahers de guerre qui feust au monde. » Bayart s'en tira très bien , soit que le chevalier de Vauldray l'eût raiénagé , soit que son adresse l'eût bien servi. « Et de ce les « dames de Lyon lui en donnèrent le los : car, comme déjà a « esté dit dessus , il falloit , après avoir fait son debvoir , aller c< le long de la hce veue descouverte ; parquoy , quand il con- « vint que le bon chevalier le fist , assez honteux , les dames « en leur langaige lyonnois luy en donnèrent l'honneur en « disant : Vey-vo cestou malotru , il a mieulx fay que tous los f< autres. » *

1. — Le loyal servileur, 498. — De Ti:rrkiia8Sb (^tfred). Vie de Bajarl.

Page 1