‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 212 sur 262 · CHABLES VIII A LYON. XV** SIÈCLE. 5H · texte numérisé non relu

CHABLES VIII A LYON. XV** SIÈCLE. 5H

combat entre le diable et saint Michel : le diable succomba au moment où le roi passoit , et fut précipité dans un gouflre de résine qui figuroit merveilleusement l'enfer. Mais ce qui flatta singulièrement le jeune prince, fut de trouver devant la maison de Jean du Peyrat une bergerie des plus belles filles de Lyon , vraiment habillées en bergères , avec des chiens et des brebis ; plus d'une fit bondir son cœur : près d'icelles couloit une fontaine de vin clairet pour tous ceux que la marche avoit altérés. Quand le roi passa au carrefour du Change, les trois fleurs de lis du grand écu de France, qu'on y avoit placées, se changèrent soudain en trois jolies figures déjeunes filles de quinze ans, choses qui le charmèrent infiniment. Puis, près de l'hôtel de Jean Caille, en la place appelée le Petit-Palais , on lui montra la cité de Jérusalem avec le mystère du roi Salomon et de la reine de Saba. Non loin de là, à l'hôtel Balavin, il vit le cheval Pégase et dessus lui la Renommée avec sa longue trompette d'une main , et de l'autre coupant le cou au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne. Enfin, sur le portail de Porte-Froc, il vit représenter l'immolation d'Isaac. Il faut dire aussi que le paUion étoit magnifique , tant le ciel comme les pendans , en velours bleu avec des franges de soie diversement colorées , surmontées de belles fleurs de lis de fin or, d'un bon demi-pied. Toutes les rues étoient tendues de toiles d'azur. Sous ledit paUion chevaucha le roi depuis la porte de Bourgneuf jusqu'à la grande église . cathédrale , en laquelle il fut reçu par le doyen et le chapitre , ainsi qu'il appartient, puis de là retourna jusqu'au Change, puis traversa le pont de Saône , tirant à l'hôtel de maître de Varey, et regardant tout au long des rues les mystères des particuliers , où il prit grand plaisir et en fut fort content. »

L'histoire n'aurait presque rien à dire de ce séjour que fit Charles VIII à Lyon, si un nom cher à la France n'avait commencé alors sa brillante renommée : c'est à Lyon et dans un tournoi que Bayart se révéla , bien jeune encore , au pays K Un gentilhomme

1. — C'est à Lyon que le cheralier Bayart arait gagné le surnom de Picquel. Voici le récit du loyal serviteur : « Si monta Tescuyer sur nng cheval , et Kst monter le bon chevalier sur son roussin , lequel estoit si bien peigné et accousiré que rieu n*y défailloil; et s'en allèrent attendre le roy et sa compagnie en la prairie d'Esnay, car le prince s'esloit mis par eau sur

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très distingué de la Franche-Comté, Qaude de Vauldray,une des meilleures lances de l'époque , demanda Fautorisation de donner un tournoi, Tobtint, et fit suspendre son écusson dans un des carrefours de la ville. Bayart , alors au service du comte de Ligny, vint à passer et vit Fécu; il aurait bien désiré paraître au tournoi, mais tout lui manquait, un équipement convenable, un cheval et des armes. Un bon conseil, du moins, ne lui fit pas défaut; son ami Bellabre prit sur lui de lever toutes les difficultés. Bayart s'empressa d'aller se faire inscrire chez le héraut d'armes : « Hé quoi ! lui dit Mont-Joye , vous qui n'avez pas de la barbe « au menton, vous osez toucher l'écu d'un si grand et si brave «< chevalier? — Mont-Joye, mon ami, répondit Bayart, ce que « j'en fais n'est pas orgueil ne oultrecuydance , mais seuUement « désir d'apprendre peu à peu avecques ceux qui me le peuvent « monstrer; et Dieu, s'il luy plaist, me fera la grâce que je « pourray faire quelque chose qui plaira aux dames. — De quoy « Mont-Joye se prist à rire , et s'en contenta très fort. » '

Cependant le temps pressait; il n'y avait plus que trois jours avant le tournoi , et le moment de tenir parole était venu pour l'officieux Bellabre. A défaut d'argent, Bayart avait un oncle prieur d'Ainay ; c'était Jacques Terrail. Bellabre proposa cette ressource : « Pardieu ! s'écria Bayart , tu dis bien , l'oncle est « octroyé psrr nature thrésorier à nepveu, et ce qu'on prend à « moine est bien pris. » Les deux amis se firent conduire de

la Saône. loconlinent qu'il fut hors du bateau , va voir sur la prée le jeune Bayart sur son roussiii , avecques son escuyer. Si luy commença à crier : « Page , mon amy , donnez de Pespron à votre cheval ; » ce qu*il fist incontinent ; et sembloit , à le voir départir , que toute sa vie eust fait ce roeslier. Au bout de la course , le fist bondir deux ou trois saulx , et puis sans rien dire s'en retourna à bride abatue pareillement devers le roy, et s*arresta tout court devant Iny en faisant remuer son cheval. De sorte que non-seulement le roy , mais toute U compagnie , y print un singulier plaisir. Si commença le roy à dire à monseigneur de Savoie : « Mon cousin , il est impossible de mieux picquer ung cheval. » El puis, s*adressant au page, luy dist : « Picque , picque encore un coup. » Après les paroles du roy , les pages lui crièrent : n Picquez ! picquez ! • dt* façon que depuis , par quelque temps , fut surnommé Picquet. >• {Collection Michnud et Poujoiilat, \^ série , IV, 492.)

1. — Très joyeuse , plaisante et récréative histoire , composée par le loyal serviteur , des faicis , etc. , du bon chevalier sans paour et sans reproche , gentil seigneur de Bayart. ( Collection Michaitd et Poujoulat , IV, 493. )

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