XV® SIÈCLE. — ENTRÉE DE CHARLES VIII A LYON
vaillamment et de bon courage , et feit plusieurs bons coups d'espée ; et aussi y furent plusieurs seigneurs de France , lesquels feirent plusieurs beaux faits d'armes à pied et à cheval. Et en mémoire d'icelles joustes furent faits et dressez trois pilliers de pierre, ausquels sont encore à présent escripts aucuns vers en langue latine , composez pour icelles joustes en grande singularité * :^car ledit roy Charles VIII estoit le principal tenantn est pareillement à sçavoir que ledit roy, avant son voyage de Naples , av oit fait magnifiquement eslever le corps du docteur Séraphique , saint Bonaventure , estant sépulture aux Cordeliers de ladicte viUe de Lyon ; et depuis Monseigneur de Bourbon et Madame Anne de France, sa femme , feirent couvrir de fin argent la chasse dudit saint docteur; et aussi le roy dessus dit fonda le couvent des Cordeliers de l'Observance en ladicte ville de Lyon , qui est un heu devotieux ; et après qu'il eut séjourné aucxms jours à Lyon , il déhbera de marcher plus avant en France pour son voyage à Saint-Denis... » **
1. — L'inscription qui avail rlc placée sur les irais piliers pour porpéluer le souvenir Je ces joàtes , est peu digne (fétre conservée ; elle commençait ainsi :
Ne TÎrtus Unguerct iners , dum belU qui«s«unl , Ipse armis Iota juvencs agitabai in urbe , Karolus et magni belli simularra ciebal.
2. — Autres nouvelles Chroniques , Charles VIII , p. 97. In-Fol., étiit. de 1603.
La relation qu'a donnée de ces fêtes la Mer des Hjstoires , relation que M. Gonon a reproduite (Lyon, 184 1), ajoute quelques circonstances à ce récit : « On joQSta en la Grenelle , devant les Cordeliers. Et estoit la Rujne dessus la porte avec les dames et daraoiselles , en ung jardin plain de lis blancs et jaunes. Et dessus Icdict jardin j avoit ung bras & une manche de taffetas blanc semée d'ermines ; ta main estoit d'art^ent et le pouce d'or , laquelle tenoit um* cliantepicure : c'est ung pot de terre plaiii de perthuis dessoubs , dont on arrouse les jardins . et dessoubs cesluy jardiu j avoit une porte de boys et deui tours tie damas gris et compassés de petits rubeiis de soye blanche qui semblojt que ce fust pierre de taille. El (ut ledit damas donné aux Cordeliers , dont ils firent des chnppes pour l'église.
•• Les manleaulx de la porte estoient couverts de satin bleu , et sembloil que ce fust une porte fermant à veoir de loing , et par là passojent ceux qui lenoienl les rens , lesqueU esloient dedans la closturc des Cordeliers. Le reste estoit si bien faict que merveilles.
« En la rue de la Juifrie y fut pareillerociil fait jousie , et sortoient ceux qui tenoient les rens hors de une nef couverte de drap d'or. Puis en ung autre lieu nommé le Palet, où estoit une montaigne dont sortoient ceux qui tenoienl les rens. Et lousjours le roy estoit premier et dernier en bataille , faisant de beaulx faicls d'annes. Et dura trots jours. Et les seigneurs p.'H' les rues, \h ils se rencontroient , faisoient trois coups d'espées , tant à [de^ que à cheval ; car après, en plusieurs lieux de ladicte ville , furent faictes toutes sortes de joustes. Et y estoit monseigneur Dunois , petit et jeune, qui selon sa jeunesse faisoit de beaulx coups. »