CHARLES VIII A LYON. XV® 8IÉGLE
Charles, pendant son séjour à Lyon , se montra plein de courtoisie et d'aflPabilité ; il fut très gracieux avec les dames , et bienveillant pour tout le monde. On l'apercevait tous les jours fréquentant les promenades , et visitant curieusement les lieux publics, n alla voir le cabinet de Simon de Phares , professeur d'astrologie judiciaire, qui avait formé une belle collection de raretés et de li^Tes singuliers. Le roi fut si reconnaissant du bon accueil que lui avait fait la ville , qu'il accorda la noblesse aux conseillers de la cité et plusieurs privilèges aux citoyens. Ainsi son édit du mois de décembre 1495 exempta « les manans M et habitans de tous osts, chevauchées, ban et arrière-ban, « pour les fiefs et seigneuries qu'ils possederoient dans le « royaume. » Il leur reconnaît la liberté d'acquérir et de posséder des fiefs , jusqu'à cinquante hvres de revenu , sans payer au roi aucun droit de francs-fiefs et nouveaux acquêts. Il soumet tous les bourgeois , qu'ils soient privilégiés ou non privilégiés , s'ils ont possessions , héritages ou autres revenus dans la ville , au paiement de leur quote-part des impositions votées pour le service de Lyon par les conseillers municipaux. Afin que les conseillers, bourgeois et marchands puissent mieux pourvoir aux fortifications de leur ville , il les autorise à prélever perpétuellement « le dixième , qu'on appelle l'appetissement de la « mesure de vin vendu en détail dans ladite ville et fauboui^s « d'icelle , semblablement le droit de barrage du pont du Rhône. 11 leur octroie que « sur le vin crû hors de ladite ville de Lyon et « le pays de Lyonnois , autre que du crA de leurs vignes amené « en ladite ville , et en icelle vendu en gros , ils puissent lever « et faire lever dorénavant et à toujours deux sols six deniers « tournois pour chacune queue.... » Depuis cet édit, les conseillers de la ville de Lyon ont été reconnus nobles , eux et leur postérité , avec toutes les libertés et franchises dont jouissaient les autres nobles du royaume. Ce privilège fut confirmé par tous les rois successeurs de Charles VIII. *
I . — Cet édit est lellement honorable pour la ville de Lyon , que je crois devoir en ri'pro^ duire les considérauts et les dispositions principales :
« Connoissaot que les conseillers , bourgeois , marchands , et autres manants et habitants de ladite ville , en démontrant la ferme , loyale et entière obéissance qu'ils ont
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Lyon , comme le royaume , jouit d'une tranquillité profonde pendant les dernières années du quinzième siècle *. Peut-être
toujours eue euvers nos prédécesseurs , nous et la couroitoe de Fraoce , saus avoir varié , se sonl à cel égard employés en manière qu'elle s'est augmentée et augmente tous les jours , ainsi qu*on le voit par les eflets , comme aussi le bon , grand et cordial devoir en quoi lesdils conseillers , bourgeois , manants et habitants ont ci-devant employé à la réception de nous et notre Irès-cliére et très-amée compagne la Reine , à notre première et nouvelle entrée eu ladite ville qui a été à la plus grande joie , honneur et triomphe , et du meilleur cœur qu'il leur a été possible de Taire , non-seulement eu ces choses , mais eu toutes autres dont les avons fait requérir |>our nos affaires, les ayant toujours trouvés prompts, enclins et appareillés de nous obéir et complaire. En façon qu'à bonne cause sommes-nous de les élever en honneur , prérogatives et prééijaioeuces comme les en avons trouvés digues : savoir faisons , que toutes les choses susdites considérées , afin que lesdits conseillers et bourgeois , se sentant rémunérés d'aucuns privilèges et spéciales grâces , soient plus encouragés en leur bon vouloir et affection , et les autres k leur exemple et imitation faire le semblable ; par ces causes et autres à ce nous mouvant , avons de notre propre mouvement , certaine science , grâce spéciale , pleine puissance et autorité royale , à notredite ville et cité de Lyon , et auxdits conseillers , bourgeois , marchands , et autres manants et habitants en icelle, donné et octroyé , donnons et octroyons par ces présentes , les privilèges, libertés, franchises , autorités , droits , prérogatives et prééminences qui s'eusuiveni :
« Premièrement, pour ce que de toute ancienneté les faits et affaires communs de notre cité de Lyon ont accoutumé d'être régis , gouvernés et administrés par douze conseillers qui pour ce sont élus et constitués des plus notables suffisants et idoines de ladite ville , desquels douze conseillers sont chacun an déchargés , les six qui plus longuement onl servi et vaqué au consulat d'icelle ville , et au lieu d'eux sont élus autres six conseillers nouveaux , ou de ceux qui autrefois ont servi et été conseillers, ou autres à ce suffisants et idoines, tellement qu'ils sont toujours douze en nombre. Nous, pour accroître l'honneur d'iceux douze conseillers, tant présents qu'avenir , ensemble de leur juMlérité et lignée uée et à naiire eu loyal mariage , afin qu'ils aient meilleur courage et vouloir de diligemment vaquer et entendre au régime , gouvernement et administration desdits faits et affaires communs d'icelle ville, et eux y employer, et que oe soit exemple à tous autres , en manière que chacun mette peine eu soi de valoir pour parvenir à l'état de conseiller; iceux conseillers présents et à venir , s'ils n'éloient nés et extraits de noble lignée , avons ennobli et ennoblissons par ces présentes , et du litre et privilège de noblesse , eux et leurdite postérité née et à naître en loyal mariage , décoré et décorons , voulant et concédant , que au temps à venir ils et chacun d'eux avec leurdite postérité et lignée soient réputés et tenus nobles , et pour tels de tous , vi en tous faits et actes, reçus et admis. Et que des privilèges, franchises et libertés , que usent les autres nobles de notre royaume, ils jouissent, usent et puissent venir en l'état et ordre de chevalerie en temps et lieu, et acquérir en nos royaume et Dauphiné , fiefs , arrière-fieli, jurisdictions , seigneuries et nobles lénemeiits , sans pour ce ni autrement payer à nous ou à nos successeurs aucune finance -, laquelle en tant que besoin est , pour nous et nosdils successeurs , leur avons donné et remise donnons ^ quittons et remettons, à quelque somme qu'elle soit et puisse être et monter , par ces présentes signées de notre main. »
1. — C'est vers ce temps (eu 1495) qu'aurait eu lieu l'étrange frénésie des filles de Lyon: saisies d'un inconcevable dégoût de la vie, elles se pendaient, se poignardaient ou se jetaient dans des puits. J'avoue que ce fait étrange me paraît au moins suspect ; aucun
coDLvient-il de faire mention d'une ordonnance de police qui se rapporte à un fait très important : la maladie syphilitique venait de faire explosion en Europe, et les populations s'effrayaient à bon droit de ses symptômes et de ses ravages. Une ordonnance du 12 août 1497 s'exprime ainsi : « L'on faict commandement « de par le roy à tous et chascuns malades, entachés de la grosse « veyrolle et aultres maladies , demandant l'aumosne , que au- « jourd'hui par tout le jour ils ayent à sortir de cette ville, et ce « sur peyne d'estre bannis et foy tés.
« Item, l'on faict commandement de la part que dessus , que « s'il y a aulcune personne qui depuis dix jours en ça eu « maladie quelconque , qui le vieigne dire aux officiers ou aul- « très qui à ce seront depputés , et ce sur peyne de confiscation « de corps et de biens , et avec injonction que si aulcun est " trouvé faisant le contraire, l'on prendra tous ses biens, meu- « blés et ustensils de sa maison , lesquels publiquement seront « bruslés. » ^
La civilisation fit un pas immense à Lyon pendant le quinzième siècle; considérons-la sous ses points de vue principaux à cette époque : les libertés des citoyens et du pays , le
historien de Ljon n'en a parlé : on ne le trouve que dans un seul écrirain , élrnuger à la ville, qui n'était pas même contemporain. Cet écrivain est Jean Brodeau (1). Il faudrait des autorités à l'appui d'une pareille affirmation , Brodeau n'en cite aucune : il ne donne aucun détail, et se borne à une allégation vague. Cependant cet auteur recherche la cause de celte épidémie de suicide : ce n'est, selon lui, ni l'oubli des senlimenls religieux, ni l'intluence maligne des astres ; Brodeau n'y voit qu'une fureur utérine. Jacques Ferrand admet cette explication (2). M. Breghot a eu grandement raison d'appeler l'attention des annalistes lyonnais sur un fuit vraiment curieux , et dont les moiudres circonstances, s'il était vrai, mériteraient d'être expliquées par eux; le médecin , le philosophe et l'observateur pouvant en faire leur profit (3). Tout en partageant celte opinion, j'exprimerai quelques doutes stir le fait luimême : il n'a aucune aulhenticité , et me parait être une de ces fables historiques dont le point de départ est, d'ordinaire , un fait particulier qu'on a mal interprété , ou qu'on a généralisé hors de propos. Il n'y a pas d'année , à Paris, où de jeunes filles ne se donnent la mort ; faut-il donc croire à une épidémie permanente de suicide dans cette ville?
i. ^Documents sur la ville de Lyon, publiés par M. Godemard, aucien archiviste derflôleide-Ville.
(1) BaooiAO {Jean), Miseellanea. Basilea , Joan. HélaDcholie érotiqur. Paris, 1633, in-S^. Oporin^ 1K55, lib. Y, i03. (3) Mélanges liuèraires, p. 261.
(2) FiBBAio {Jaeob). De la Maladie d'amour, ou
développement du commerce au moyen des foires franches , les progrès des arts , et en première ligne l'introduction à Lyon de Fimprimerie découverte un peu avant le milieu de ce siècle.
CHAPITRK V.
PBNDANT Ll XV' SiftCLI.
% I . Libertés municipales ; du Frane-Lyoniiob. — J S. Seeeurt publics. — $ 3. Développeinefil du commerce ; foires franches ; fabriques d'étoflies de soie. — % k. Découverte de l'Inipriroerie ; introduction de la typographie i Lyon. — $ tt. Lettres et arts.
S I. L'état politique des Lyonnais, au quinzième siècle, est un point important à déterminer : il n*y avait plus de lutte entre les citoyens et Tarchevêque, leur ancien seigneur; un contrat librement signé, et vieux déjà de plus d'un siècle, réglait les droits respectifs des bourgeois, de llSglise et du roi. Des privilèges souvent confirmés, et étendus parles lettres-patentes des rois de France, assuraient à la ville de Lyon la pleine jouissance de ses firanchises aussi anciennes que la cité elle-même : ils avaient atteint le dernier terme de leur développement et de leur puissance. Considérons-les dans leur ensemble, et étudions l'organisation de cette administration municipale ou consulaire qui les avait expressément sous sa garde.
I. Au quinzième siècle il n'y avait pas en France unité de poids, de mesures , de coutumes et de lois. Le royaume ne s'était pas formé en un seul temps; il était résulté de l'agrégation suc-