‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 262 sur 262 · POÉSIE; LOUISE LABÉ. XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

POÉSIE; LOUISE LABÉ. XVI® SIÈCLE

Le petit volume qui renferme les œuvres de Louise Làbé est le plus beau monument de la littérature lyonnaise au seizième siècle ; on ne se lasse point de le réimprimer. *

Il y avait beaucoup d'élévation dans l'esprit de Louise; on peut en juger par les conseils qu'elle donne à Clémence de Bourges. Louise invite son amie à l'étude , et lui en fait valoir le charme et les avantages ; elle exprime le vœu que les femmes parviennent à égaler et même à surpasser les hommes^ non-seulement en beauté , mais aussi en science et en vertu.

Les femmes de Lyon , au seizième siècle , n'étaient pas moins remarquables par la solidité de leur mérite que par les grâces de leur personne. On ne renfermait point leur éducation dans quelques connaissances superficielles et dans la culture de quelques arts d'agrément; beaucoup savaient le latin, beaucoup lisaient les grands écrivains de l'antiquité et mordaient bien à cette forte nourriture. Marie de Pierre-Vive , épouse d'Antoine de Gondi , seigneur du Perron, alliait aux grâces d'une jolie femme la science d'un érudit de profession; Catherine de Médicis la nomma gouvernante des enfants de France, Merveille de son temps , Louise Sarrasin savait, dit-on, à huit ans l'hébreu, le grec et le latin. Des femmes d'un haut rang et de grande noblesse se livraient à de fortes études et faisaient des vers, à

i. — Il existe plusieurs éditions précieuses des œuvres de Louise Labé : Evvres de Louise Labé , lionnoise. A Lion , par fan de Tourne», M.D.LV, petit iu-8" . première édition , d'une extréine rareté. — Les mêmes. Lyon , /. de Tournes , 1556 , petit ia-8^» édition fort recherchée , qui n'est qu'une réimpression avec corrections de la première. — Evvres de Lovise Labé, lionnoise. Lion, par Tan de Tournes ^ 1556, in - 46. — Les mêmes , par Ion Garon , 1556 , iu-16 (avec le Débat de Folie et d'Amour). —Les mêmes. Lyon f Duplain , 176i , in-IS^*. Cette édition de 1762 est fort jolie, elle est ornée de culs-delampe, de fleurons et de vignettes d'après Nonotte. Il est difficile de comprendre Tespritde dénigrement qu'on remarque dans plusieurs passages de la Notice. On trouve, joint à quelques exemplaires , le Discours sur la personne et les ouvrages de Louise Labé , par Ch.-Jos. de Ruolz. Lyon, jfimé Delaroche ^ 1750, in-i2. La Notice sur Louise Labé est attribuée par »• Bréghot à Jac. -Annibal Claret de la Tourelle de Fleurieu. — Les mêmes Œuvres. Brest , Michel, 1815, iu-8<>.

L'édition la meilleure est cellenii : Ewres de Lovise Labé , lionnoise. jf Lion , par Durand et Perrin, 1824, in-8® (avec des notes et un glossaire par M. Bréghot, une notice biographique par M. Cochard , etc. ). — Œuvres de Louise Labbé. Lyon , Léon Boitel , 1844 , in 16. — Œuvres complètes de Louise Labé et de Pernelle du Guillet , avec un Essai par J.-B. Monfaîcon sur les dames de Lyon, poêles au seizième siècle. Ijfon , 1847, grand in-lî. Un exemplaire , avec les majuscules peintes en or et couleurs , a été lire sur vélin.

65/!i XVI® siÈCLe. — marche de la givillsation a lton. Fexemple de Louise Labé * : ainsi Philiberte de Fuers , dame de la Bâtie , composait, à l'occasion de la mort de Jean de la Baulme , sire de Martenay , son mari , an poème de cinq cents vers, intitulé : Les Soupirs de la viduité. Anne de Bretagne se plaisait beaucoup à la conversation animée , instructive et spirituelle de Sibylle Bullioud. Je n'ai cité encore ni Claudine Péronne qui écrivait si bien en vers et en prose , ni l'aimable et savante Catherine de Vauzelles , ni Julia Blanche , ni la charmante Marguerite de Bourg. Telles étaient les femmes de Lyon au temps de Louise Labé , mémorable époque non-seulement dans les annales littéraires de cette grande ville , mais encore dans le tableau des progrés de l'esprit humain.

On ne connaîtrait point complètement Louise Labé , si on ignorait qu'elle fut aussi bienfaisante que belle : eUe n'oublia point les pauvres dans son testament , et légua une dot à trois filles indigentes ^. Sa maison de la rue Confort devint plus tard, pçar l'effet d'une substitution, une des propriétés de THôtel-Dieu. La petite ruelle sur laquelle s'ouvrait l'un de ses côtés n'était qu'au service de quelques habitations, cheminait le long d'un enclos planté de vignes qui appartenait au couvent des Jacobins^ et aboutissait à Bellecour dont on n'avait point fait encore une place publique. Elle se transforma en une rue bien percée lorsque Bellecour eut cessé d'être une propriété privée , et s'appela successivement rue Neuve- de -Confort, rue Régnier, et enfin rue Belle - Cordi ère , nom gracieux que lui donna le peuple et qu'elle conservera toujours : la ville de Lyon devait bien cet

i — C*e8l à une époque antérieure aux premières années du seizième siècle qa*î1 faut , sans doule , rapporter les singuliers ouvrages suivants :

La Réforuiation des dames de Paris , Taicte parles dames de Lyon. (A la fin) : Cy fine la Réformation des dames de Paris par les Lyonnoises. (Sans date et sans indication de liea) , petit in-8^ golh. , pièce eu vers de dix syllabes.

Les dames de Paris ripostèrent avec aigreur :

Réplique (s'ensuit la) faicle par les dames de Paris coiitre celles de Lyon sur le Rosne. On les vend à Paris au Palays,., (Pièce en douze strophes de huit vers. ^ Rescription (la) des f'-mmes de Paris aux femmes de Lyon. ( Sans date et sans indication de lieu), petit in-8^.

2 — Voyez le Testament de Louise Labé, publié par M. Bréghot.

poésie; LOUISE LABÉ. XVI® SIÈCLE. 655

hommage à une muse charmante qui est , depuis trois siècles , une de ses gloires. *

La tradition de la belle Cordière demeura populaire; elle ne s'eftaça point pendant les orages de la réyolution : au contraire; un bataillon de la garde bourgeoise, celui du quartier de THôtel-Dieu , inscrivit sur son drapeau le nom de la femme d'Ennemond Perrin. Quand les passions politiques s'exaltèrent davantage encore , elles transformèrent en héroïne républicaine la jeune fille qui s'était si virilement montrée au siège de Perpignan. Un artiste de l'époque arma Louise d'une pique , et la coiJSa du bonnet de la liberté ; on lisait au bas du portrait cette devise :

Ta prédis dos destins , Charly , belle Cordière , Car pour briser nos fers tu volas la première.

Louise n'avait nullement prédit la révolution de 1789, et ce n'était pas précisément pour rompre les chaînes du peuple que le capitaine Loys avait si bien appris à manier les armes et à gouverner un cheval.

Interprète de la reconnaissance publique , le Conseil municipal a fait placer, de nos jours, le buste en marbre de Louise Labé dans une des salles du Musée.

Mais l'historien de Lyon doit s'arracher à l'étude si attrayante des arts et des lettres , dans cette grande ville , durant les

1 . — Qu'il me soit permis de citer encéfe une fois M. Sainte-Beuve : « Du Verdier eut

«c beau faire , dit-il , lui et ceux qui le copièrent : malgré l'injure des doctes qui voutureni

•« transformer sa vie en une sorte de fabliau grivois , la belle Cordière resta populaire dans

« le public lyonnais ; la bonne tradition triompha , et quelque chose d'un intérêt vague et

•* touchant continua de s'attacher à sou souvenir , à sa rue , à sa maison , comme à Paris

« on l'a vu pour Hcloîse. C'est qu'aussi Louise Labé , telle qu'on la rêve de loin ut telle que

•* nous l'avons devinée d'après ses aveux , demeure , par plus d'un aspect , le type poétique

•« et brillant de la race des femmes lyonnaises , éprises qu'elles sont de certaines fêtes natu*

« relies de b vie , se visitant volontiers entre elles avec des bouquets à la main , et goûtant

M d'instinct les vives élégances . tes fleurs et les parfums. Que «i l'on nous pressait trop sur

M cette théorie des I^jonnaises , que nous ne croyons que vraie , il serait possible de citer à

« l'appui , aujourd'hui encore , celui des noms célèbres de femmes qui résume le mieux l-i

<« grÂce elle-même (1). Mais nous ne parlons que de Louise. » (Portraits divers , m , 187.)

(4) Ce ne peut être que M"*® itéeamier , qui est en effet de l^yon; M"^ de Lespinassc en était aussi.

656 XVl^ SIÈCLE. — MARCHE DE LA GIVILISATIOII A LTOH.

soixante premières aimées du seizième siècle; de tristes tableaux rappellent. C'est précisément à Fépoque du plus haut degré de déyeloppement de l'esprit humain , et lorsque des mœurs Êieiles et élégantes placent la société lyonnaise au rang le plus élevé parmi les nations civilisées , que l'explosion des passions religieuses vient ramener les âges de barbarie. Il faut raconter la destruction, régulière et faite de sang-froid, de tous les che&-d'œuvre de l'architecture chrétienne; il £iiut retrace des scènes de sang et de deuil ; il faut montrer nos rues obstruées par les cadavres; le Rfaène portant jusqu^à la mer les corps mutilés des victimes, et la ville , fidèle à la religion et à ses rois, livrée à Tesprit de parti et à l'anarchie. Gomment des enfants de la terre des martyrs renoncèrent-ils aux enseignements de Pothin et d'Irénée pour les doctrines de Luther et de Calvin , et quelle révolution inouïe eut le pouvoir de transformer pendant quelque temps la cité mystique en ville protestante ? C'est ce que dira le chapitre suivant.

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