I. — César. De Bello Gallico , lib. VI
3i CHAP. II. — LE LYONNAIS AVANT LES ROMAINS.
Helviens '. Selon ropinion la plus accréditée, ce pays se composait de ce cpi'on a depuis appelé le Franc-Lyonnais , la Dombe, la Bresse et le Bugey. Il y a eu de vives contestations parmi les érudits sur sa situation^; mais le texte de César, arbitre souve-
1 . — Les Scgasiens ont 6lc appelés de ces noms divers: Segusiani , Segusiaci el Segusiates. Il existe plusieurs leçons du mol de César; des commentateurs ont lu Sogusianot , Robert Elieunc dit Séctmanon, Hotman a rétabli le texte et fait prévaloir le mot Seyiuianos , qui a pour lui, indépendamment de l'autorité de César, celles de Strabon, de Ptolcroée el de Pline ; on le trouve sur plusieurs inscriptions.
2. — La situation du petit pays des Ségusiens a été l'objet d'une longue et vive controverse , qui n'est pas sans intérêt pour l'bistoire de Lyon , puisque cette ville a été bâtie sur le territoire de ce peuple. J'écarterai des hypothèses insoutenables qui ont placé les Ségusiens en Savoie, el même en Italie, et je ne mellrai en présence que les deux opinions principales. Dans l'une , le pays des Ségusiens , placé sur la rive droite du Rhône , au nord de Lyon , est ce qu'on nomme aujourd'hui la Bresse et le Bugey; dans l'autre, situé à l'ouest de laSa6oe , co même pays des Ségusiens est le Forez , dont Feurs , la ville principale , est le Forum Segu' sianontm des anciens. Chacun de ces systèmes est appuyé de l'autorité des livres et de celle des inscriptions : rapporteur exact , je reproduirai avec fidélité les arguments pour et contre , et je conclurai.
1" L'opinion qui place le pays des Ségusiens sur la rive droite duRh^e, dans la délimilaiion actuelle de la Bresse et du Bugey, a été soutenue par un ancien avocat , Collet , qui eut, sur ce point , une discussion en régie avec le P. Menestrier, et, de nos jours , par M. Chapuis , de Bourg, auteur d'une dissertation , lue, en 1808 , h la Société d'émulation de l'Ain (1). Cette conjecture s'appuie spécialement sur les paroles formelles de César : « Ab Allobrogibus in Segusianos exercitum ducit ; hi sunt extra Provinciam trans Rhodanum primi. » Ce texte est clair et net : parti du pays des Allobroges , César conduit son armée dans le pays des Ségusiens; c'est le premier peuple hors de la Province au-delà du Rhône. Comment appliquer ces paroles au Forez , qui n'est point placé sur les bords du fleuve ? il y a entre le Rhône et le Forez toute l'épaisseur du Lyonnais, c'est-à-dire une dislance de deux rayriamétres au moins. César, après avoir traversé le Rhône , ne pouvait entrer par aucun point dans le Forez; et pourquoi y aurait-il conduit son armée? il eôt agrandi beaucoup son chemin, et il était pressé d'arriver. Les traducteurs de César se sont partagés : par le mot Segitsianos , Gaguin, d'Ablancourt et d'autres entendent la Bresse, pays qui a compris sous une dénomination générique le Bugey, le Valromey et le pays de Gex. Le dernier traducteur de César, M. Baudement , entend par Segusianos un peuple du Forez.
M. Chapuis cite, comme preuve historique en faveur de son opinion, des médailles de Humbert aux Blanches -Mains , comte de Mauriennc au commencement du onzième siècle , sur lesquelles il a lu distinctement le mot Segusia. Selon M. Chapuis, ces médailles ne sont autre chose qu'une monnaie frappée dans le Bugey, ou qui du moins avait un cours légal en ce pays. Les paroles de César ont plus d'autorité.
S'» Dans l'autre système , le pays des Ségusiens était placé à l'occident de Ja Saône ; il avait deux villes principales, Feurs (Forum Segusianorum) et Lugdunum. Cette opinion a été dé-
(I) CiiArcis de Bourg. Rfcbercbes sur le pa^s des Ségusiens, in-l" de 7 pages. {Mss. de l'Acaticmie de
LES SÉGUSIENS. 35
rain, paraît devoir trancher la question. « Ab AUobrogibus in Segusianos exercitum ducit ; hi sunt extra provinciam trans Rho-
fendue avec chaleur par le P. Menestricr(l), conlre l'avocat Collet ; elle a pour elle, selon le savant jésuite , des autorités irrécusables , celles de Ptolémée , de Strabon et de César.
Ptolémée dit en termes exprés (Geogr,, lib. n , c. xicvii) : « Segusiani et eorum civitates « Rodumna (Roanne ) et Forum Segusianorum (Feurs)... *• Puisque Roanne et Feurs étaient situées à Toccident de la Saône, le pays des Ségusiens, dont elles étaient les villes principales , devait nécessairement s'j trouver aussi. Strabon a dit de Lyon : « Praeest base urbs « geoti Segusianorum. » 11 décrit ainsi les pays voisins : « In Sequanis mons est Jurassus qui « eos ab Helvetiis distinguit : super Helvelios et Sequanos , versus occasum , habitant Hedui « et Lingoncs; super Médiomatrices Leuci et pars Lingonum, populi qui trans Rhodanum et « Ararim , ioter Ligerim et Sequanam sont ad septentrionem ; adjacent AUobrogibus et Lug- «> donensi agro. Horum clarissimi sunt Ârverni. » 11 est dès-lors notoire que si les Auvergnats avaient au nord les Lyonnais et les Allobroges , dont ils étaient séparés par le Rhône , le pays des Ségusiens devait être situé à l'occident de la Saône. « Segusiani liberi : in quorum agro colonia Logdunum ,» a dit Pline. Ces paroles sont formelles : comment les entendre du Bugey? Lyon n*a pas été bâti sur la rive droite du Rhône.
Le témoignage des inscriptions n'est pas moins décisif. Lamure en cite une fort explicite qu il a vue dans le cloître du chapitre de Feurs ; elle est écrite ainsi : nvm. avg. dbo silva;<o fABRi TiGKVAR Qvi FORO SEGVS. coKSiSTVNT. D. S. p* P. {de 8ua pecHtiia postterunt). On a dit qu'on avait fait du mot Seg. Ségusia , déesse inconbue , tandis qu'on aurait dû lire Segetia. Mais l'inscription , telle qu'on la lit dans le Journal des Savants (année 1697, p. 329 ) porte SEGVS., et non seg. : cette critique n'est donc pas fondée. On lit distinctement la légende Ségusia sur une médaille placée par Uontfaucon parmi les monnaies celtiques.
Comment décider entre ces assertions , ces citations et ces raisonnements contradictoires? Défenseur trop ardent de ce qu'il considère comme Pintérét lyonnais , le P. Colonia ne mérite pas une entière confiance ; nous verrons bientôt le savant Menestrier se livrer à des subtilités peu dignes d'un historien aussi grave , pour échapper à l'accablante autorité de César. Sur la géographie de l'ancienne Gaule (S), d'Anville , qui est si compétent , rappelle , d'après César, dans ses Recherches, que les Segusiani sont les premiers au-delà du Rhône, en sortant de la Province romaine. Il reproche à Strabon de les avoir placés entre le Rhône et le Doubs ; Strabon aurait dô dire entre le Rhône et la Loire, dont le cours est renfermé dans le territoire des Ségusiens. Si l'on examine la grande carte qui accompagne l'ouvrage de d'Anville , on trouve le pays des Ségusiens placé à l*ouest de la Saône , et prolongé au midi jusqu'à une très petite distance du Rhône. Il est traversé par la Loire , à l'ouest de laquelle est situé Forum Segusianorum, et , plus au nord , Rodunna. Lugdunum est enclavé dans ce territoire triangulaire parallèle au Rhône , dont il n'est séparé que par une bande étroite de terrain. La carte de d'Anville , qu'ont reproduite, en l'améliorant, HM. Lapie. dans leur Atlas, répond à toutes les difficultés, et rend parfaitement raison des mouvements militaires de César. La Géographie ancienne de d'Anville s'exprime ainsi (tome I , p. 66) : « La ville de Lyon avait été fondée sur « la rive droite de la Saône , dans le territoire d*un peuple gaulois , les Segusiani ; mais c'était •« une ville romaine , et le peuple avait son chef-lieu appelé Forum , et ce lieu conserve le
(!) MiBcsniBi (le P.). Trois LeUres au Journal des découvertet sur l'état de rancienna Gaule du temps
savants , année 1697 , in-4*, p. 5^ , 363 et 400. de César. 1697.
— Par le même : Préparation à l'histoire citile ou Cowiii. Histoire littéraire de Lyon, tome l^', p. 15. consulaire de la ville de Lyon, in-fol., p. S.
— Salirs. Réponse aux passages tirés du livre de (2) D'Asviui. Notice de l'ancienne Gaule, tirée des N. de Mandajors , maire d'AIei, intitulé : Nouvelles monuments romains. Paris, 1760, in-i** , p. 593.