‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 37 sur 262 · S CHAP. II. — CAMP ROMAIN A CRAPONNE · texte numérisé non relu

S CHAP. II. — CAMP ROMAIN A CRAPONNE

pour expliquer le travail gigantesque de l'aqueduc. Rien n'est resté de ce système.

Le séjour de Farniée romaine sur le plateau de Graponne est attesté par des preuves irrécusables; il ne parait pas s'être prolongé au-delà de quelques années. On sait combien les légions entendaient Tart de se retrancher sur le terrain qu'elles avaient choisi : un bon juge sur cette matière , Napoléon , attribue la constance des succès des Romains à la méthode , dont ils ne se sont jamais départis , de se camper tous les soirs dans un camp fortifié, et de ne jamais donner bataille sans avoir derrière eux un camp retranché pour leur servir de retraite et renfermer leurs magasins , leurs bagages et leurs blessés. Le camp de Graponne avait la forme d'un carré allongé, et quatre portes. Gelle qui faisait face à l'ennemi se nommait Prétorienne ; une autre , placée du côté opposé , était la porte Décumane ; il y en avait deux autres sur les flancs. Tout l'inmiense espace que renfermait Tenceinte était traversé par une large voie que coupaient à angles égaux des voies latérales : c'est dans ces compartiments qu'étaient dressées les tentes des tribuns et celles des préfets des troupes auxiliaires; les vétérans et la cavalerie d'élite avaient un emplacement particulier. Un fossé, large de trois mètres et profond de quatre, entourait le camp ; il était défendu par des tours et des tertres en saillie. On voit encore les ruines de la porte Prétorienne à cinquante mètres de la route de Bordeaux. Des Gaulois , entrés au service des Romains, inspiraient delà défiance; le lieutenant de Gésar leur donna pour quartier une île placée au milieu de la Saône , entre Guires et Saint-Rambert : cette île a porté le nom d'Ue-Barbe (Insula Barbara).

Des che& militaires occupèrent les lieux voisins du camp principal, et leur imposèrent les noms qu'ils portaient: c'est ainsi que Marcilly tire son nom de Marcellus , et que Gassilius donna le sien à Ghasselay.

Gésar fit en dix années la conquête de la GâuIe : les vaincus se sont enorgueillis de leurs défaites par un si grand capitaine , comme ils auraient fait d'une victoire. Toute la Gaule est encore remplie du nom de son vainqueur : partout la trace des pas de l'heureux rival de Pompée est soigneusement recherchée et suivie , et il n'est pas de province qui ne montre avec un sentiment

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de fierté les ruines de son camp de César. Le conquérant qui a ravagé nos campagnes et fait périr tant de milliers de Gaulois est vénéré de leurs descendants , et le livre dans lequel il raconte nos désastres est considéré comme un de nos monuments nationaux les plus précieux.

La conquête de la Gaule par les Romains fit éprouver à ce pays une transformation complète. Avant César , le sol était occupé par une multitude de peuples divisés dlntérêt , souvent en guerre, qui ne parlaient pas la même langue, et qui différaient beaucoup, soit par leurs coutumes, soit par le degré de civilisation auquel ils étaient parvenus : après la conquête, toutes ces contrées devinrent un pays homogène , intimement uni dans toutes ses parties, et que gouvernait la même loi. César traita les vaincus avec une grande douceur : il ne les dépouilla point de leurs biens, et les assujettit seulement au paiement d'un tribut déguisé sous le nom de solde militaire. Déchus de leur pouvoir, les druides admirent les dieux de Rome parmi leurs divinités. Une civilisation rapide acheva de polir les mœurs de la nation conquise , et l'activité naturelle, que les Gaulois ne pouvaient plus employer à se faire la guerre entre eux , se dirigea vers l'amélioration de leur condition matérielle. Des marécages remplis de roseaux et des landes couvertes de bruyères se convertirent en champs fertiles ; on défiricha les forêts. Bientôt le goût national s'éveilla au contact des arts de la Grèce et de Rome. Sensibles à cette influence , les Gaulois adorèrent leurs dieux, non dans les forêts, selon leurs vieilles coutumes, mais dans des temples qu'avait élevés pour eux une savante architecture. Les Dol-men et les Men-hir , ces grossiers monuments d'une religion barbare , furent remplacés par les belles statues de l'art grec-latin. Une ère nouvelle commença pour les Gaulois : toujours belliqueux, mais plus disciplinable , toujours inconstant et avide de nouveautés, leur caractère national se plia à iine nécessité impérieuse. Subjuguée par César, laGaulelefiit pour toujours; malgré des conjonctures favorables, elle ne fit aucune tentative bien sérieuse pour recouvrer son indépendance, jusqu'à la chute de l'empire d'Occident.

Le climat et la fertilité du sol de cette belle contrée plaisaient beaucoup aux Romains : ils prirent grand soin de leur conquête, et eurent à cœur de l'embellir. Des bourgades gauloises, informes

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