GHAP. II. CONQUÊTE DES GAULES PAR LES ROMAINS
de dettes, et acheta tous les Romains qui étaient encore à vendre. *
Un camp romain était nécessaire dans la Gaule pour les opérations militaires que réclamait un pays nouvellement conquis, et dont la soimiission n'était pas, à beaucoup près, complète. C'est au centre même de la Gaule, sur le territoire des Ségusiens, que Marc- Antoine pensa à l'établir : cette position lui permettait de surveiller les Allobroges , les Eduens , ainsi que les nations voisines , et de se porter sur tous les points menacés. Ces camps ne ressemblaient pas aux nôtres : on a vu qu'ils étaient établis avec solidité , et qu'ils ressemblaient, sous beaucoup de rapports, à une ville improvisée. Tout y était calculé pour la commodité , la sécurité et la célérité du service. Avant tout, il importait de bien choisir leur situation : les Romains les plaçaient toujours sur des plateaux que rien ne dominait , et avaient grand soin de mettre à profit les accidents de terrain comme moyens de défense naturels. Ce point déterminé , ils allaient à la recherche de l'eau pour le service du camp, et, s'ils ne la trouvaient pas à leur portée, ils la faisaient venir de lieux éloignés par des travaux hydrauliques qu'ils exécutaient avec une grande intelligence.
Le camp romain fut établi auprès de la ville naissante qui s'élevait sur la coUine voisine du confluent du Rhône et de la Saône. Est-ce à Ecully qu'il fut placé ? des historiens l'ont aflirmé : on a cru reconnaître des traces de son existence dans les alentours de cet emplacement, et c'est sur ces indices qu'on a déterminé ses hmites. Longtemps adoptée , cette opinion a peu de partisans aujourd'hui. Marc-Antoine et les généraux qui lui succédèrent
1. — On me dispensera, je l*espère , de réfuter l'opiaion de quelques écrivains qui ont placé le camp d'Antoine auprès d*un Lugdununi de leur création , ville que leur imaginalion complaisante a remplie de monuments magni6ques , toujours sur la foi de la légende de Momorus. Placé sur une colline élevée , ce camp était menacé de manquer d'eau ; mais ces savants antiquaires ont conjuré le danger en faisant construire les aqueducs de St-Irénée, tout exprès pour la commodité des soldats de Marc-Antoine. Aucun historien latin , aucun arcltéologue sérieux , aucun monument irrécusable n*a rendu témoignage à l'existence de cet opulent Lugdunum du temps de César : un système aussi complètement déraisonnable n'a pas résisté à la critique , et n'a plus sans doute de partisans. Qu'il y ait eu , auprès du camp romain , quelques groupes de maisons gauloises , une bourgade , une petite ville même si oa le veut absolument , c'est ce qui a été possible , à la rigueur, quoique rien ne le pronve. Quant à la grande ville aux splendides palais , c'est un conte d'une palpable absurdités
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auraient manqué à la première des règles de Fart militaire s'ils avaient assis le camp dans une vallée étroite et humide, privée d'eau potable, resserrée entre des montagnes et dominée de toutes parts. Aucun témoignage authentique n'a démontré l'existence d'un camp romain à EcuUy , et on ne l'a admise dans ce lieu inconmaode que sur la foi de vagues conjectures démenties par l'inspection des localités.
C'est sur un terrain bien plus convenable que les Romains le placèrent : ils lui donnèrent pour assiette le plateau vaste et élevé où se trouvent les villages de Tassin , de Grézieu , de Craponne et de St-Genis-les-ODières. Le camp eut pour limites, à l'Ouest, la chaîne des montagnes du Forez , et au Nord les coteaux de St-Didier et du Mont-d'Or. De profonds ravins l'environnaient et protégeaient ses flancs. '
Mais le camp manquait d'eau : les Romains en demandèrent au versant de la chaîne de montagnes qui courait à l'Ouest , et ils construisirent pour le service des légions l'aqueduc souterrain de Craponne ou de Montroman , qui subsiste encore aujourd'hui presque entier. Quelque considérable qu'ait été ce travail, il était possible cependant, et l'on comprend que les Romains l'aient exécuté pour les usages d'un camp de vingt à trente mille hommes. Mais on ne saurait dire la même chose du gigantesque aqueduc de Pilât : un monument aussi prodigieux n'a pu être construit qu'au prix de sommes inmienses , et beaucoup d'années ont été nécessairement dépensées pour son exécution. Il est déraisonnable de penser qu'une telle œuvre ait été accomplie , soit pour le service passager d'un camp , soit pour les usages d'une viUe encore au berceau et peuplée à peine de quelques milliers d'exilés et de colons : ce n'est pas pour une consommation aussi hmitée qu'on aurait fait venir d'aussi loin l'énorme masse d'eau que débitait cette rivière artificielle. Une erreur devait en amener une autre : lorsque quelques écrivains eurent admis sans réflexion la construction des longs canaux venus du mont Pilât par les soldats d'Antoine , ils se virent obligés de créer une ville opulente
1 • — Cette opinion a été présentée avec beaucoup de vraisemblance et de (aient par A. Flacbéron.