SIÈCLE. — LYON SOUS AUGUSTE
on plaçait devant les deux autels d'autres autels plus petits et mobiles qui servaient aux sacrifices.
Le temple était l'habitation des prêtres, ^t avait sans doute une autre destination sur laquelle l'antiquité ne nous a point laissé de renseignements certains : on ignore quelles étaient sa forme et ses dimensions. Ses débris, encore existants au douzième siècle , furent employés à cette époque aux fondations ou aux réparations des églises d'Ainay et de Saint-Jean, ainsi qu'à la construction du pont de Pierre. Il n'est resté debout, du monument d'Auguste, que les colonnes de granité du grand autel. * .
Lorsque le temple d'Auguste fut érigé , on institua des pontifes pour le desservir, des augures pour prédire l'avenir, et des aruspices pour interroger les entrailles des victimes : rien ne manqua au cérémonial du nouveau culte. Les noms des vingt premiers pontifes furent tirés au sort parmi les personnages les plus distingués de la ville ; plus tard , Tibère , Drusus , Claude
Sardaîgne ou do l'Ile d'Elbe ; on a cru reooiioallre récemmeDt en elles le granité des cirrières de Tain.
M. Jules Rénaux a fait, en 1841, un examen approfondi de ces colonnes ; voici les résultats principaux de ses recherches : Los quatre fûts proviennent de la même carrière ; ils sont composés de granité antique africain de la Haute-Egypte ; leur forme et leurs proportioM ne sont pas les mêmes ; ajustés l*un sur l'autre , ils formaient les colonnes colossales de neuf mètres de hauteur (non compris la base et le chapiteau) qui flanquaient l'autel d'Auguste. Selon M. Rénaux , les Romains transportèrent ces monolithes des bords du Nil à Lyon , en vertu du droit de conquête , et la colonie lyonnaise reçut ces trophées comme un don précieux de la munificence des empereurs.
(Origine des colonnes de l'église d'Ainay , Revue du Lyonnais , 1841 , tome XIV, p. 286.)
1. -^ Artaud a fait cesser la confusion qui existait sur les autels et'Ie temple d'Auguste t il explique le passage de Strabon avec une parfaite exactitude. Déjà Gui-Patio et Vailhint avaient signalé la méprise des archéologues ; mais l'antiquaire lyonnais me semble avoir complètemeot résolu la question.
(AnTÂiiD (Fr») , Discours sur les médailles d'Auguste et de Tibère au revers de l*antel de Lyon , lu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de cette ville. £yo«, 1820, in-4«, fig.)
Menestrier a décrit avec beaucoup de soin les colonnes de granité de l'autel de Lyon ; il est l'auteur d'un écrit curieux , intitulé : L'Autel de Lyon consacré à Louis Auguste ; Lyw. , Jean MoUard, 1657, in-4o : c'est un ballet. On a beaucoup écrit sur l'autel deLyou : la Mêpue du Lyonnais en a parlé plusieurs fois. On consultera avec intérêt , sur ce sujet , l'article AiwAt de Lyon ancien ei moderne. M. Péricaud cite dans Bei Documents deux disserUtioos peu connues sur Tautel d'Auguste : l'une de Frédéric Walchius , dans le tome m des Jcia êociêiaHs latinœ Jenensit; l'autre de Th.-L. Mûnter, insérée dans ses Parerga kistorioo-pMlolo^. Gotiin$ue, 1749, in-8^
LYON SOUS AUGUSTE. l*"* SIÈCLE. 83
et Germanicus tinrent à honneur de porter ce titre. Il était recherché par les familles les plus opulentes ; l'histoire a conservé le nom de C. Julius Vérécundarius , un de ces prêtres : une inscription a perpétué la mémoire d'un autre pontife, de Ligurius , qui se signala par la magnificence des fêtes dont il donna le spectacle à Rome. Ligurius non-seulement fît célébrer des jeux solennels et des courses en char, mais encore il combla le peuple de ses libéralités. Plus tard Tibère créa un nouvel ordre de prêtres , les Augustaux , qui inspirèrent une grande vénération aux Gaulois. Chacune des soixante nations entretenait un aruspice. i
Tant d'honneurs rendus à un homme ne doivent point être jugés avec nos idées ; les empereurs devenaient dieux de droit après leur mort , telle était la religion du temps. Auguste vit sa divinité consacrée de son vivant, et il entendit Horace lui dire :
Praesenti libi maturos largirour honores , Jurandasque taum per nomen poniraus aras.
Ce cxdte public dont il était l'objet ne le préserva point des maux qui sont la condition de la nature humaine. Désabusé de ses illusions, et accablé sous le poids de malheurs domestiques inouïs, Auguste mourut dans l'année qui vit naitre Germanicus à Lugdunum. Quatorze ans auparavant était né, dans une petite ville de Judée, un véritable Homme-Dieu qui devait faire la conquête de la Gaule , et couvrir aussi notre sol de monuments consacrés à son saint culte.* Les temples des Césars ont à peine vécu un siècle ; depuis quatorze cents ans , ceux du Christ sont encore debout.
1. -» Soixante, c'est beaucoup, c*eit trop peut-être : Spon en avait vu bien dafanlagc ; il a traduit ces mots: c. c. c avc. vrc, par ceux-ci : trtcenti augures Lugdun$nse$ , qui signifient Colonia Copia Claudia ^ugusla. Cetle inadvertance archéologique a été relevée par Cmter, P. de Marca , Joste-Lipse , Scaliger, Colonia , etc.