SIÈCLE. LYON SOUS LA DOMINATION EOHAINB
premier pontife , Julius Vérécundarius. Tous les biens dea coindamnés forent confisqués. Galigula vendit à Lyon , à Tencan et en détail, les meubles de ses sœurs qu'il avait exilées, faisant lui-même Tofi&ee de conunissaire-priseur, et vantant démesurément chaque objet : ce Ce vase , disait-il, appartenait à mon aïeul Antoine , Auguste le conquit à la bataille d'Âctium. » Un Lyomiais le contemplait sans mot dire : c< Que vois-tu donc en moi ? lui dit l'empereur. — Rien autre chose qu'un magnifique radotage. » L'humble condition de cet homme le sauva; c'était un cordonnier : Galigula n'osa se venger. Ayant fait condamner à mort , dans un autre temps, des Gaulois et des Grecs, il ajouta la dérision à la cruauté , en disant qu'il venait de subjuguer la Gallo- Grèce ^ Sa cupidité se montra dans une autre circonstance, mais du moins, cette fois, sans effiision de sang. On était au l***" janvier : Galigula eut Vidée de solliciter en personne des étrennes ; il se- tint sur le seuil du palais impérial , et là , tendant la main aux passants , il faisait im appel à leur générosité. G'est par ce mélange de bassesses et d'assassinats que l'extravagant empereur parvint à dépouiller les plus riches des familles de Lugdunum. Qu'on ne s'étonne point de la longanimité de nos pères; le génie d'Auguste et le joug sanguinaire de Tibère avaient brisé, dans les provinces, toute pensée de résistance; et d'aiUeurs» comment Lyon aurait-il montré un courage dont Rome ellemême ne donnait pas l'exemple? Les actions les plus criminelles et les plus monstrueuses de Galigula étaient toujours saluées par les adulations enthousiastes des sénateurs ; ils se prosternaient aux pieds de l'empereiur régnant, et ne se relevaient qu'au moment où se présentait l'occasion de le tuer.
Gefiit l'année suivante que Galigula institua des jeux nouveaux, nommés MÊLÉS ( /oc^/ mwce//«), c'est-à-dire composés de genres divers. L'empereur dépensa, pour les faire représenter avec ma^
1.— « lo GaUia queqne, cvtm damoâlanim tororum ornamenla et sapeUeelilen, et sertot , atque etiam libertos immensis pretiis feodidiaaet, invilatua lucro, qaidquid initrumentî Teteris aolao erat , ab urbe repeliit : comprebeoais ad deporiandam meritoriis quoque vehiculia et pistrinenaibua jamenlis , adeo ut et panis Romae saepe deficeret , et litigatorum pleriqoe , quod occarrere abseotea ad TadimoDium doo poasent , causa cadcreot. » ( Sdétox. , i/i CatOf XXXIX, édit. citée, tome II, p. 51.)
GAUGULA. — 1" SIÈCLE. 87
gnifieence^ane partie considérable de For qu'il avait an'aché aux Gaulois mis à mort par son ordre. C'est devant Tautel d'Auguste que ces fêtes avaient lieu; elles réussirent , et si bien, que Rome et. les provinces voulurent en avoir de semblables : on parla beaucoup de ces jeux gaulois. Desicombats littéraires soutenus, soit en grec, soit en latin, en étaient la partie principale; les juges s'assemblaient, et, après avoir écarté les concurrents, ils prononçaient leur sentence K EUe était terrible aux vaincus; on reconnaît dans la rigueur du châtiment l'âme du fondateur de ces luttes de l'intelligence. Le vaincu devait faire l'éloge de son heureux rival, et fournir lui-même le prix promis au vainqueur; ce n'est point tout : il pouvait être condamné encore à eftacer avec sa langue ses propres écrits, sous peine d'être châtié avec une férule ou précipité dans le Rhône qui coulait à quelques pas du tribunal. De telles chapces devaient effrayer singulièrement les Gaulois qui auraient désiré disputer les prix. Aussi Juvénal , faisant allusion à leur effiroi, a-t-il dit en1>eaux vers :
Paileat ut nutlis prcssil qui calcibus anguem , Aut Lugduiicnsem rhetor diclurus ad aram. ^
On a dit que les conditions du Concours n'intimidèrent pas tous les hommes de lettres de ce temps ; les jeux étaient très fréquentés, et, disputée toujours, la palme fut toujours décernée. Caligula ne vécut point assez pour maintenir dans toute leur rigueur les clauses de son programme , dont on ne conserva sans doute que l'esprit. ^
1. — Il e«l curieux de retrouvera Lyon les combats littéraires après dix-huit siècles, malgré la dissemblance des temps et des mœurs : en 1845, un défi solennel fut porté par un improTisateur i M. Eugène de Pradel, qui l'accepta ; cette lutte eut lieu dans la salle dn Cercla musical , en présence d*un public fort nombreux , présidé par M. Reyre , premier adjoint du nai^ , et d'an jury composé de notabilités littéraires. Juges et auditeurs suivirent avec attention et vîf intérêt toutes les épreuves du concours. Proclamé vainqueur, M. Eugène de Pradel eot la recette entière pour récompense , et, traité avec une grande courtoisie, le vaincu se relira sans avoir été soumis à Talternative d'effacer avec sa langue des vers qui n'avaient point été écriU , ou d'être précipité dans la Sa6ne. Il y a eu progtës.
3.— Voyez, sur les Ludi vmceUi institués è Logdunom par Caligula : Juvénal, Dion , Suétone , l'Histoire littéraire de la France (tomeI«', p. 157.), Tillemont, Crévier , Menestrier et Colonia. C'est le texte suivant de Suétone qui est la base de tout ce qn'on. a écrit sur ces
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Il est un autre fait qui se rattache au séjour de Galigula dans le palais impérial de Fourrière : c'est l'exil , à Lyon , d'Hérode Antipas. Ce prince avait épousé Hérodiade, sœur d'Âgrippa; il était tétràrque de Galilée : l'ambition de sa femme désirait davantage. Hérode vint à Rome; mais, bien éloigné de le servir, Agrippa l'accusa auprès de l'empereur d'avoir pris part à la conspiration de Séjan, sous Tibère, et de méditer une révolte, dessein dont il trouvait la preuve dans un vaste arsenal que faisait construire le tétràrque de Judée, Alarmé de cette révélation, Galigula, alors à Baies, manda auprès de lui Hérode, qui ne nia pas. L'empereur lui ôta sa tétrarchie , donna ses biens à Agrippa, prononça contre lui un arrêt de bannissement perpétuel , et l'exila à Lugdunum. Hérode se soumit. Lorsque Gaïus vint à Lyon, il redouta l'exilé et lui intima l'ordre de se rendre en Espagne. Hérode obéit encore , et périt misérablement avec sa femme sur la terre des Ibères '. Galigula mourut bientôt après sous les coups de Gassius Ghéréa.
lulies liuéraires : « Edidit et peregre speclacala : in Sicilia Sjracasis asiicos Indos , et in Gallia LugduDÎ miscellos ; sed et cerlamen quoque griecx latinaeque facuodiae , quo certamîoe ferunt victoribus victos prxmîa contulisse, eorumdem et laudes compoDere coaclos. Eos aatem qui maxime displicuissent , scripta sua spongia lingaave delere jussos , nisi feralia objurgari , aut flumine proximo mergi malaissent. » (G. Scetoïiii TRàKQuiui Duodeeim Cœtarês , éd. Beoed* Hase {in Cato , XX) y yo\, posterius , îd-S^. Parisiis , 1828 , p. 26.)
i. — Cette anecdote sur Hérode a été racontée par Josépbe et par Dion. Josèphe s'eiprime ainsi : « Caius credenda eue existimant qu» ei de defeclione objiccrentur , adeniptam illi telrarcbiam Agrippa regno adjecit , itidemque pecaniam Agrippas donavit et Herodem perpetuo exsilio damnaTÎt , Logdano Galliao oppido ei ad habitandum assignato. »
(Flavii JosBPHi qos reperiri potuerunt, Opéra omniai graece et lat., éd. Jo. Hudson et Sigeb. Hafercampas {Jntiquii. Jud,, lib. XVIU, cap. vu), /ivutelodami, 1726^ in-fol., tom. priro,, p. 898.)
Jos/iphe ajoute (de BeUo Gallico, lib. II, éd. cit., tome II, p. 168 ) : « Islis persuaios , Herodes ad Gaium Yeniebat , a quo ob avaritiam muictatur in exsilio et in Hispaniam relegatur. Eum quippe sequutus est accasator Agrippa , cuietiam telrarcbiam iIKus adjecit Gaius, et Herodes quidem in Hispauia , uxore etiam iii fuga eam comitata , diero supremum obiit. m
Ce texte est très précis. Puisque Hérode est mort en Espagne , le tombeau dit dêê deux amant», qu'on a tu si longtemps à Lyon , n'a pu être le sien.
Moins complet que Josèphe , Dion s'exprime en ces termes : « Herodes PalsMtiuus accu satus a Ira tribus , trans Alpes est relegatus , ac pars ditionis ejos in publicum redacta. *• Dion, liv. LV, éd. cit., in-fol., tome II, p. 201). Dion rapporte cet érénement à l'an de Rome 759, sous le consulat d'/£roilius Lepidat et de L. Arruntius.
t CLAUDE. 1®' SIÈCLE. 89
S IL Son successeur, Tibérius Claudius Néro , frère de Ger-
nianicus, et comme lui né à Lugdunum, devait occuper une bien plus grande place dans les annales de cette ville. Fils de Drusus l'ancien et d'Antonia, Claude ne paraissait point destiné au pouvoir suprême ; sa mère l'appelait im monstre informe , une ébauche de la nature , et son aïeule Livie le traita toujours avec mépris. Il n'était cependant pas dénué de toute capacité ; Claude avait étudié beaucoup , et montra une sorte de talent comme rhéteur. Il faudrait prendre une grande opinion de son mérite , s'il était l'auteur des harangues que Tacite a mises dans
, sa bouche. Claude était bon grammairien ; il voulait enrichir de
trois lettres l'alphabet latin ; mais une sorte de pesanteur dans l'esprit, une grande timidité et un caractère faible devaient faire un mauvais prince du successeur improvisé de Caïus. Il y eut des empereurs plus cruels ; aucun n'a laissé un nom plus déconsidéré.
Et c'est cependant à Claude que Lugdunum a dû non-seule-^ ment quelques-uns de ses travaux publics les plus importants , mais encore son élévation au rang éminent de colonie romaine. Claude, il faut le dire maintenant que le jugement sévère porté sur lui par l'histoire est connu, Claude aima toujours d'une vive affection la ville qui l'avait vu naître ; il la protégea de tout son pouvoir, obtint pour elle tous les droits dont jouissait Rome elle-même , et voulut qu'elle portât son nom. Pour bien faire connaître la grandeur du bienfait, il faut dire brièvement en quoi il consistait.
Lorsque les Romains s'emparaient d'un pays , ils ne le traitaient pas en esclave; leur politique mieux avisée identifiait par degrés à l'empire le territoire conquis. Une partie des terres cependant était distribuée aux soldats, qui l'affermaient ou l'exploitaient par eux-mêmes; mais la presque totalité du sol
I demeurait aux vaincus, qu'un intérêt commun et de continuelles
alliances unissaient bientôt aux vainqueurs. Les grands centres
il de population , c'est-à-dire les villes , recevaient des titres qui
■^ leur conféraient des droits politiques déterminés : ces villes
étaient municipes ou colonies , deux degrés différents de l'affi- Uation du pays conquis ou allié à la grande famille romaine.
I Tous les citoyens d'une ville municipe avaient qualité pour
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aspirer aux charges et aux magistratures de Rome; le droit de bourgeoisie leur était accordé , mais ils ne {)ouyaient prendre part aux élections et ne possédaient pas le droit de suffrage. Une ville municipe n'étant pas régie par le droit romain , elle avait ses lois et son administration particulières. Sa condition était inférieure.
n n'en était pas ainsi de la colonie romaine : elle était, sous le rapport des droits , parfaitement l'égale de la mère-patrie. Aucune différence entre elles ; le colon non-seulement était admissible à tous les emplois y mais il avait , de plus , qualité pour voter aux élections. Sa ville était une image parfaite de Rome elle-même, les deux cités obéissaient aux mêmes lois, et le droit romain les régissait au même titre. On donnait à la colonie romaine des titres que ne portait point la ville municipe : elle était appelée ornalissima, valentissima y et recevait quelquefois la qualification diAugustay le plus relevé des titres d'honneur qui pouvaient lui être conférés.
On comprend dès-lors le haut intérêt qu'avaient les villes de province à devenir d'abord -municipes , puis colonies romaines si elles le pouvaient. Toute distinction entre l'allié ou le vaincu et le Romain cessait par le fait ; ils devenaient unis par les mêmes intérêts, et participaient aux mêmes avantages. Des nations ont entrepris de grandes guerres avec Rome, tout exprès pour en obtenir le droit de bourgeoisie ; elles ont risqué plusieurs fois leur existence politique, uniquement pour* faire la conquête du titre de colonies. Il y avait dans cette qualification des privilèges d'une grande importance , et qui valaient bien la peine qu'on en fit une recherche aussi ardente. Rome , de son côté, ne trouvait pas un bénéfice moindre à incorporer dans le sénat les personnages les plus opulents et les plus influents des provinces : en les appelant dans ses murs , elle s'assurait une participation considérable à leurs richesses , et neutralisait les velléités d'indépendance qu'ils auraient pu avoir. Par cette sage conduite, Rome s'appropriait tous les grands talents et toutes |es grandes fortunes ; elle donnait à son pouvoir des bases plus larges et plus fermes. A cette considération si importante, venait s'en joindre une autre : dépeuplé par la guerre étrangère ou par les discordes civiles, le sénat aurait trouvé trop de difficultés à
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se recruter exclusiyement au sein de familles patriciennes (pie le malheur des temps avait étefntes ou appauvries. L'adjonction à cet ordre illustre des notabilités de chaque province alliée , devenait pour ce corps affaibli ce qu'est l'introduction d'un sang jeune et vigoureux dans des veines épuisées. Cependant de vieux Romains s'indignaient toujours, dans le sénat , contre l'admission d'étrangers dont ils redoutaient les richesses , l'avidité et l'ambition, et qu'ils raillaient de leurs manières gauches et de leur langage barbare.
Lugdunum, sous Auguste , était ville municipe; Tibère lui reconnut ce caractère , auquel il attacha des droits politiques plus étendus : selon quelques écrivains , il le lui donna. Mais Lugdunum n'en était pas moins dans une condition inférieure > dont Claude entreprit de le relever. Ce n'est pas à nous , Lyonnais, de nous montrer trop sévères pour un prince qui a tant fait pour nos pères ; assez d'autres jugeront le mari de M essaline et d'Agrippine, ne nous souvenons que de ce qu'il a fait pour nous.
L'occasion paraissait favorable : Claude , qui avait accepté la censure l'an de Rome 800 , donna au peuple des fêtes magnifiques. De grandes crises avaient ébranlé l'Ëtat jusque dans ses fondements, et le moment était venu de faire un inventaire exact de ses revenus et de ses forces. C'est avec efiroi que l'empereur considéra le degré d'exténuation dans lequel était tombé le sénat, épuisé par les tyrannies sanguinaires de Tibère et de Caligula. Précisément au même temps, un peuple allié puissant, les Gaulois de la Gaule chevelue, sollicitaient pour quelques-unes de leurs villes la qualité de municipe et de colonie. Ils représentaient avec force les services qu'ils avaient rendus , parlaient de leur sang versé pour la cause de Rome , et réclamaient comme un droit des titres que tant de villes de l'Italie avaient obtenus sans les mériter. Claude crut à la justice de leurs prétentions, et se fit leur avocat dans le sénat.
Il rencontra une opposition violente , et Lugdunum, qui voulait devenir colonie romaine , faillit échouer. « Quoi donc ! s'écrièrent grand nombre de voix , l'Italie est-elle si malade qu'elle ne puisse fournir assez de membres au sénat? Ne Fa- t-elle pas fait autrefois avec les citoyens nés dans ses murs , et avec les seuls