‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 54 sur 262 · CLAUDE. — 1*' SIÈCLE · texte numérisé non relu

CLAUDE. — 1*' SIÈCLE

« entière sont entrés dans le sénat ; qu'enfin, reculant nos limites « jusqu'aux Alpes , nous avons associé au nom romain , non « quelques hommes isolés , mais des nations et des contrées « entières. Ce fut un temps de tranquillité profonde au dedans <i et de gloire au dehors, que celui où les peuples d'au-delà du '« Pô furent admis dans la cité , et où , pour remédier à l'épui- « sèment de l'empire , les plus vaillants hommes des provinces « furent incorporés dans nos légions dispersées sur toute la « terre. Faut-il donc regretter que les Balbus soient venus d'Es- « pagne , et d'autres hommes non moins illustres de la Gaule « Narl^onnaise ? Leur postérité subsiste encore, et leur amour « pour la patrie n'est point inférieur au nôtre. Quelle autre cause « de la ruine des Athéniens et des Lacédémoniens , malgré la « gloire de leurs armes, si ce n'est qu'ils ont repoussé les vaincus « comme des étrangers ? Mais notre fondateur Romulus eut une si « grande sagesse, cju'il vit le même jour la plupart des peuples « d'abord ses ennemis, puis ses concitoyens. Des étrangers régnè- « rent sur nous , des magistratures ont été conférées à des fils « d'aflBranchis , et ce fut, non une chose nouvelle, comone on l'a « cru à tort, mais un usage fréquent chez nos ancêtres. Mais nous «( avons eu la guerre avec les Sénonais ? Apparemment les Eques « et les Volsques n'ont jamais rangé contre nous d^armées en u bataille. Nous avons été les prisonniers des Gaulois? Mais « n'avons-nous pas donné des otages aux Toscans , et subi le « joug des Samnites? Cependant, si nous récapitulons toutes »< nos guerres , nous trouverons qu'aucune n'a été terminée en « aussi peu de temps que celle des Gaulois , et depuis lors la « paix a été soUde et durable : ils se sont déjà mêlés à nous, à « Rome , par leurs mœurs , leurs alUances et leurs arts. Qu'ils « nous apportent leur or et leurs richesses, plutôt que d'en jouir « seuls. Tout ce qui parait le plus ancien , Pères Conscrits , a « été nouveau autrefois ; les magistrats plébéiens sont venus w après les patriciens , et les autres nations de l'Italie après les « Latins. Notre décret aussi vieillira ; et ce que nous défendons « aujourd'hui par des exemples, servira d'exemple à son « tour. » '

1. — Le Discours de Claude est uue des pages éloquentes de Tacite. « His atque talibus haud permotus princeps, et statiro contra disseruit, et vocato senatu, ita exorsus est : « Majores

9/^ i^** SIÈCLE. LYON SOLS LA DOMINATION ROMAINE.

Lliistorien de Lyon s'estime bien heureux quand il peut faire entrer dans son tiexte des paroles aussi éloquentes et aussi graves que celles de César , de Tite-Live ou de Tacite ; de tous nos titres les plus précieux , ce sont ces pages dans lesquelles ces grands écrivains parlent de nous : aussi est-ce pour moi un devoir de n'en rien perdre. Claude obtint un sénatus-consulte en faveur des Eduens, qui sollicitaient pour leur Autun le rang de municipe. Tacite ne dit pas que Lugdunum eut la même fortune , mais c'est ce qui résulte des faits ultérieurs. Beaucoup de Lyonnais se rendirent à Rome , et s'y établirent.

$ ni. Tacite a prêté, sans doute, à Claude son admirable langage, mais la parole même de l'empereur existe toujours vivante sur l'airain qui l'a conservée. Ce discours avait une si grande importance pour Lugdunum , dont il relevait bien haut la condition politique, que la ville le fit graver sur deux tables de bronze: le premier monument authentique de notre histoire nationale , a dit M. Michelet , et le titre de notre admission dans cette grande

•• mei I quorum anliqaiisiinus Clausus , origine sabina , limul in cirilaleni roraaoam cl in « fanilias patricionnn adicitui est , horlaolur uli paribus consiliis Remp. capesàam , Irans- « ferendo hue quod usquam cgregium fuerit. Neque enim igooro Julios Alba , Coruncanios «« Camerio , Porcios Tusculo ; et ne retcra scratemur , Etruria Lucaniaqne , et oroni It«lia , •• in seuatun accitos. Postremo iptam ad Alpes promotam , ut non modo tinguli viritioi , sed m terne gentesque in noineo noslrum coalcscerent. Tune solida doroi quiea , et adversus ex- M terna floruimus, cum Transpadaui, in civitatem receplî,cum specie deductarum per orbem « terrœ legionumi additis proviocialium validissimîs , fesso imperio tubTentum est. Num « pœnitet Balbos ex Hispaeia, nec minus insignes tiros e Gallia Narbonensi traosivtsse? •< Maoent posleri eorum, nec amore in banc patriam nobis concédant. Quid aliud exitio La- •< cxdemoniis et Atheniensibus fuit , quauquam armis pollerent , nisi quod vietos pro alieni- •« genîs arcebant? At conditor noster Romulus tanlnm sapienlia taluit , ut pterosque populos •• eodem die hostes , dein ciyes habuerit. Adreos io nos regnaverunt ; libertiDorum filiis M nagistratus mandari , non, ut plerique fallunlur, recens, sed priori populo faclitatum est. •• At cum Senoiiibus pugnavimus , scilicet Voisci et /£quî nunquam adversam nobis aciem - struxere? Capti a Gallis sumns , sed et Tuscis obsides dedimus , et Saronitium jugum subi- «* ▼inns. Allaneo si cuncta bella receoseas, nullum breviore spatio quam adversus Gallos coq- M fectum : continua inde ac fida pax. Jaro moribus , artibus , affinitalibus nostris mixli , m aumm et opes suas inférant polius quam separati habeant. Omnia , P. C, qus nune Telos- « lissima creduntur , no^a fuere , plebeii magislratus post palricios , latini post plebeios ; m càeteraruro Italias genliuro post Latiuos inveterascet hoc quoque , et quod hodie exeroplis « luemur, înter exempla erit. » (CoaN. Taciti Ânnalium lib. XI, S4, Opéra, ad usure Delpbini. r^nsfits , 1708 , in-4<», lom. H, p. 164.)

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initiation du monde ^ Après avoir été enfouies pendant plus de quatorze siècles , ces tables ont été retrouvées et placées avec honneur à THôtel-de- Ville * : elles ont souffert peu d'altérations ^. Claude s'y exprime ainsi :

I" TABLE. « Mai$ ne vous révoltez pas contre la proposition que je fais, et ne la considérez point comme une nouveauté dangereuse et contraire aux usages de Rome. Considérez plutôt . combien de changements ont eu lieu dansxette cité , et combien, dès Forigine , les formes et l'état de notre république ont varié. Des rois ont gouverné Rome autrefois ; il ne leur arriva point , cependant, de transmettre le pouvoir à des successeurs dans leurs familles : ils sont venus du dehors ; quelques-uns furent étrangers. Après Romulus régna Numa , originaire du pays des Sabins ; il était notre voisin , sans doute , et étranger cependant, de même que Tarquin l'Ancien , successeur d'Ancus Martius. Issu d'une mère de sang noble , mais que sa pauvreté avait obligée à

i. — Histoire de France , seconde édition. Paris , 1835 , tome ï , p. 79.

Le Discours de Claade fak autorité à plus d'iui titre. « Pertinet auiem hoc moniimentum , dit 11. Cbarles Zell , nanc quidem aliqutnto accoratius a nobis quaai a viris doctis modo enumeratis Iraclatum , ad oraliones principain : igitur ad id pubticoruni monumentoriun genus , quod juris roroaui pnblîci et privati , quale sub imperatoribus fuit , magnam partem eootÎBet, et a veteribus jurecoosullis fireqaentissine ttsurpatnr. •• {Clandii impemioris Oratio, p. 9.)

î. — Les tables de Claude furent acquises par l'admiBÙtration consulaire , sur la pro- * position de Claude BellièTre , et payées à leur possesseur cinquante-huit écus d'or au soleil , c'est-à-dire moins de deux cents francs de notre monnaie actaelle. Elles avaient été découvertes non en 1528, comme le disent tous les écrivains , nais en 1514, ce que prouvent les premières ligves du procès-verbal de la séance consulaire du 12 mars 15C0(n. s.): « Uessire Claude Bellièvre a exposé que^ depuis quatre ans en ça, un nommé Roland Gerbaod , " habitant de cette ville, faisant miner une sienne vigne en la coste de St-Sebastien , a • trouvé deux grandes tables de cuivre ou d'areyu antiques et toutes escriptes , lesquelles « sotHen vente.... »

Les conseillers échevins firent placer les tables de bronze à Tancien h6teUie-viUe , alors derrière Téglise de Sl-Nizier; elles furent transportées en 1657 au lieu qu'elles occupent aujourd'hui dans rii6tel-de-ville bftti par Mauptn : leur place naturelle est au musée lapidaire du Palais des Arts. ( Voyes les Nouvelles Archwei du département dti Rhône , tome II , et les Documente de M. Péricaud , apnée 161^9.)

5. — Noos n'avons que deux tables de Claude , et il y en avait probablement quatre : la troisième a dû contenir la fin du discours de l'empereur , et la quatrième le décret du sénat.

Un fac-simUe exact du texte de ces tables fait partie du Recueil des inscriptions latines qui termine ce volume.

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