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constitution de la famille et rorganisation définitive d'une société nouvelle. Ses prêtres remplaceront la magistrature romaine avec infiniment plus de pouvoir ; ses dogmes ennobliront le travail, et donneront aux pauvres ouvriers du courage et la foi. Mais cette transformation ne peut être subite, et, pour être complète , elle demande beaucoup de temps; ce n'est pas tout encore : il faut à son accomplissement des instruments convenables. Que peut faire le christianisme d'un monde en grande partie païen encore, et que doit-il attendre du petit nombre d'hommes qui confessent sa doctrine ? Oui , sans doute , la volonté forte de Constantin a fait inscrire la liberté des cultes parmi les lois de l'Etat ; mais, si l'Orient est chrétien, l'Occident et la Gaule surtout sont encore profondément attachés au vieux culte. Le cœur est demeuré idolâtre chez la plupart de ces patriciens dont la bouche a confessé la foi du Christ pour obéir à l'ordre du maître , et il y a encore beaucoup du vieux druldisme, au quatrième siècle, chez ces Gaulois dont une si grande multitude a reçu les enseignements de Pothin et d'Irénée. Cependant, toute cette société décrépite se meurt de vétusté; encore quelques jours, et elle aura cessé d'être, si une révolution soudaine ne vient la placer dans d'autres conditions. Il faut au christianisme des agents de propagation nouveaux, dévoués, et d'une grande puissance : est-ce la société gallo-romaine cpii peut les lui donner ? Voici venir l'inondation des Barbares : comme une mer débordée, «Ue couvrira de ses flots toute la surface du monde romain , et déposera dans un sol vierge des myriades de germes, d'où jaillira bientôt la végétation la plus vigoureuse. Enervé par une civilisation épuisée, le Romain de ces temps ne peut rien ni pour le salut de l'empiré, ni pour le sien. De même que la main de l'agriculteur féconde par la grefte une tige sauvage , mais vivace et vigoureuse , ainsi la Providence confiera au naturel inculte, mais jeune eténer^que des Barbares , les principes de la civilisation moderne. Païens et chrétiens, au quatrième siècle, sont dans l'attente d'un événement extraordinaire; ils ont le pressentiment d'un ordre de choses nouveau : de vagues nimeurs présagent un grand bouleversement; les populations s'inquiètent, et ne peuvent se défendre d'un profond effroi. Leur dernière heure a-t-elle donc sonné ?
Non ; quand l'ouragan du Nord aura balayé toute la sur&ce de
cette terre qui s^appelait l'empire de Rome , qaand il am-a fait table rase et dispersé comme une paille légère tous les débris du vieil édifice social , alors la famille humaine se reconstituera sur d'autres bases. Temples païens, statues des faux dieux et édifices chrétiens tomberont sans résistance sous les coups pressés de la tempête ; mais ceux-là pour toujours , ceux-ci pour renaître plus soUdes et plus nombreux. Huns , Goths, Alains, Vandales , Bourguignons, Gépides , vont se succéder comme la vague à la vague, aveugles instruments de la sagesse divine ; mais quand ce torrent dévastateur aura déblayé le terrain et préparé la moisson de l'Evangile , sa mission accompUe , il entrera docilement dans le ht que lui aura creusé le christianisme. Ces Barbares ignorants et grossiers sont, dans la pensée de la Providence, les moyens de propagation de ta foi du Christ ; ils ont abattu l'empire romain, et sont devenus les maîtres : mais , pressés de toutes parts par la puissance des idées nouvelles , assaiUis et pénétrés à leur insu par cette influence morale coati'e laquelle ne peuvent rien la hache et la francisque à deux tranchants , ces conquérants farouches deviennent en frémissant les disciples des évoques. Tandis que la force brutale , dans cette société vierge, s'amoindrit de jour en jour, la puissance de l'inteUigence , aUiée à la doctrine du Christ , ne cesse de grandir et de se consolider. D'abord uniquement intellectuel , le pouvoir de l'EgUse devient temporel à son tour et s'appuie sur le sentiment reUgieux des populations. U y a des barons, des seigneurs féodaux, des rois , des empereurs dans la société moderne ; mais il y a aussi des archevêques qui commandent , et un pape dont la sandale pèse sur les têtes couronnées. L'instruction , les lumières , le dépôt presque général des connaissances humaines appartiennent à l'EgUse , cpii représente l'organisation sociale. Défenseurs naturels du peuple , les évêques s'appUquent à développer son inteUigence , et lui enseignent ses devoirs : ib gouvernent le monde ; mais quand ils l'auront civiUsé, la société , toujours en progrès , prendra une face nouvelle, et ne voudra plus reconnaître leur pouvoir. Le champ de bataille des idées sera changé, et k son tour la domination temporelle de l'EgUse aura fait son temps. Nés du sang des Gaulois, des Romains et des Barbares, nos pères s'éveillent à la révélation de leurs droits : viUe d'abord bour-
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guignoime,pim fief de ses archevêques, Lyon ne veut appartenir qu'à lui-même : ses généreux citoyens prennent les armes pour s'affranchir d'un pouvoir illégitime, et de leur lutte sanglante avec les archevêques sort ce gouvernement municipal qui doit porter si haut la fortune de leur cité. Telles sont les révolutions qui se préparent : au début , la guerre et l'asservissement ; au dénouement , la guerre encore, puis la liberté. Cette heureuse transformation s'accomplira par transitions successives : il&ut d'abord que Rome tombe ; avec elle tout languit , même le christianisme, et le monde ne peut rester stationnaire.
Viennent donc les Barbares , les temps de la régénération de l'Europe sont arrivés.