‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 90 sur 262 · M. Miohclet · texte numérisé non relu

M. Miohclet

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Mais aussi tout ce qui fait la vie et la force d'un grand état manque à la société romaine, telle que l'ont faite la corruption et le malheur des temps. Sur quoi pourrait-elle s'appuyer, et qui lui donnerait les moyens de résister ? Est-ce son aristocratie ? influente encore à Rome , elle ne l'est plus dans les provinces , et surtout chez les Gaulois de Lugdunum. L'anarchie militaire a détruit toutes les résistances : il y a des chefs d'armée puissants, mais le sénat n'est plus. Quelques familles ont d'immenses richesses ; aucune n'a la moindre action politique , et le despotisme des empereurs a tout nivelé autour de lui. Est-ce au peuple que Rome expirante peut demander son salut ? Mais il n'y a point de classes moyennes; et les classes inférieures , c'està-dire le plus grand nombre des citoyens , dans une énorme proportion, n'ont ni droits, ni titres, ni propriétés à défendre, et sont désintéressés dans la question de la conservation de l'empire. Leur misère est extrême; une oppression intolérable pèse sur le peuple; il est accablé d'impôts qu'il ne peut payer. L'agriculture, cet élément si puissant de la fortune des nations, n'existe pas, en quelque sorte : comment pourrait-elle prospérer, lorsque pas un Lyonnais n'a la certitude de garder une année la propriété de son champ , et dans un temps où les guerres civiles achèvent de détruire ce qui a pu échapper aux ravages de la guerre étrangère ? Gomment est constituée la société galloromaine ? Un édit de Garacalla a proclamé tous les habitats de l'empire citoyens romains; tous les droits attachés à ce titre sont concédés aux Lyonnais. Leur ville , comme toutes les cités romaines, est administrée par des magistrats c[ui ont à leur tète un sénat et un corps municipal; les membres de ce corps sont les curiales , et rien ne saurait exprimer le malheur de leur position. Ils sont responsables du paiement des impôts , et le fisc ne cesse de les pressurer ; il faut qu'ils lui livrent , aux dépens de leur fortune personnelle, ce que la profonde misère des populations n'a pu fournir. Ces infortunés curiales n'ont pas même Tespérance d'échapper par la mort à l'intolérable position que Rome leur a faite. L'hérédité est, chez eux , d'obligation absolue ; ils sont condamnés pour toujours à garder un titre qu'ils échangeraient bien volontiers contre celui d'esclaves. Et que sont les paysans du Lyonnais ? des serfe sous le nom de colons. Attachés au sol

et partie intégrante de la terre qu'ils arrosent de leurs sueurs , ils n'ont pas le droit de la quitter : on les vend avec le champ qu'ils cultivent ; ils jouissent cependant delà liberté individuelle, mais sous la double condition de ne s'écarter jamais de leur glèbe, et de payer une redevance annuelle au propriétaire. Ce ne sont ni des esclaves ni des hommes libres; le paysan du Lyonnais n'est pas le maître de sa prairie ou de son vignoble , il est colon. De grands propriétaires possèdent le sol en totalité, mais les moyens d'exploitation sont insuffisants; chaque année, chaque jour voit augmenter la dépopulation dans les campagnes et dans les villes. Tandis qu'une décadence rapide frappe les arts industriels, d'insurmontables obstacles arrêtent l'essor de l'agriculture : comme les moyens de conservation matérielle manquent aux populations , elles deviennent de plus en plus misérables. Il n'y a plus de bras pour cultiver la terre ; les campagnes de la Gaule, naguère si florissantes, sont maintenant en firiche, et des forêts couvrent les champs qu'enrichissaient jadis d'abondantes récoltes. Un voyageur les parcourt pendant une journée sans rencontrer un seul village : tout est désert autour de lui , et c'est de loin à loin seulement qu'il peut trouver, dans une misérable cabane, un abri pour ses membres fatigués. Telle est la dépopulation dans cette Gaule , autrefois si fière du grand nombre de ses enfants , qne les empereurs en sont fortement préoccupés ; Probus fait transporter dans nos campagnes des colonies de Grermains et des troupeaux de bœufs. Il n'y a pas de pain pour le peuple, et le peuple, amoindri de jour en jour, va bientôt disparaître. C'est l'industrie qui renouvelle sans cesse la fortune publique ; c'est elle qui fournit au fisc les contributions énormes dont vivent les sociétés modernes : grâces à son puissant concours , une nation est toujours riche ; mais il n'y avait pas d'industrie dans les Gaules au quatrième siècle et à Lyon, depuis le règne du cruel Sévère. Quels étaient donc les éléments de vie de cette société gallo-romaine qui n'avait ni ouvriers , ni paysans , ni forte aristocratie , ni hommes libres , ni commerce, ni agriculture ? Etaitelle donc condamnée à périr sans retour ?

Le christianisme aurait-il assez de puissance pour la sauver ? Oui, sans doute , il renferme en lui-même tous les principes de la régénération du monde : à lui l'avenir de l'Europe , à lui la re-

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