V® SIÈCLE. LES BARBARES
disparait dans ce grand bouleversement, et seul, parmi ces ruines , le christianisme reste debout. Esquissons à grands traits le tableau de cette révolution, et recherchons, parmi tant de nations barbares , celles qui ont laissé l'empreinte de leurs pas sur le sol lyonnais.
Lorsque , par l'irrésistible ascendant de son génie et de la discipline militaire, Rome eut entièrement subjugué les peuples de l'Italie et de la Gaule , elle se trouva face à face avec les Barbares, en Orient et sur les bords du Rhin. Il n'y avait point de paix à espérer avec ces nations sauvages ; ni les Romains , ni les Barbares n'en voulaient. Une lutte mortelle s'engagea donc dès l'instant que des points de contact furent établis entre la nation conquérante et ses voisins. Rome semblait condamnée à vaincre toujours ; elle attaqua ses ennemis du Nord avec avantage pendant plus de deux siècles, et les refoula au loin, sans jamais les assujettir tout-à-fait. Bien loin de là, d'immenses échecs la mirent à deux doigts de sa perte , même au temps de sa plus grande puissance : c'est à l'époque la plus prospère du règne d'Auguste que les Germains écrasèrent Varus et ses légions; quelques années auparavant, les Parthes avaient exterminé Crassus et une des plus belles armées romaines. César, Drusus, Tibère, Germanicus, Agricola, Vespasien, et après eux d'habiles généraux , continrent les Barbares dans leurs forêts et ne réussirent pas toujours à protéger les frontières de l'empire. Souvent renversé, l'ennemi se relevait toujours; il se multipliait de toutes parts, et devenait de jour en jour plus diflBcile à vaincre. n était facile de prévoir que Rome ne serait pas toujours la plus forte.
Ce' moment arriva. Rome n'eut plus la même énergie et les mêmes ressources ; ses soldats n'eurent plus la même discipline et peut-être le même courage ; elle n'eut plus d'aussi habiles capitaines, et la réaction commença aussitôt. Les Barbares sortirent de leurs marais , franchirent leurs^fleuves glacés, culbutèrent les légions qui gardaient les frontières , et se jetèrent sur ce Midi dont ils convoitaient depuis si longtemps le soleil chaud et les terres fertiles. Rome apprit avec stupeur le nom d'ennemis dont elle ne soupçonnait pas l'existence , et fut amenée à les craindre après les avoir longtemps méprisés. Devenu trop grand,