‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 36 sur 229 · XVII»0 SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION · texte numérisé non relu

XVII»0 SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION

des plus célèbres sociétés savantes de l'Europe , Bernard de Jussieu termina en 1777 sa glorieuse carrière1. Un de ses meilleurs ouvrages fut son neveu , Laurent- Antoine de Jussieu , qu'il avait appelé auprès de lui pendant les dernières années de sa vie : une même chambre servait de domicile au jeune homme et au vieillard; ils ne se quittaient point, toujours occupés l'un et l'autre de leur science favorite. Présenté par son oncle pour la place de professeur-suppléant de botanique, Laurent fut agréé par Buffon. Reçu à vingt-cinq ans membre de l'Académie des sciences, il lui donna un bon mémoire sur la famille des renoncules, et fit paraître en 1774 l'exposition d'un nouvel ordre de classification des végétaux, que suivit quatre ans plus tard le Gênera plantarum, ouvrage qui fit époque en botanique et classa son auteur parmi les savants du premier ordre. Laurent- An toi ne de Jussieu vécut jusqu'à une époque très voisine de la nôtre. 2

§ III. Lyon ne donna pas aux beaux-arts , dans le dix-huitième siècle , autant d'hommes éminents qu'en avait produit le dix-septième ; mais un seul artiste , Jean-Jacques de Boissieu , suffirait à l'illustration de cette époque.

INé en 1736, dans une famille originaire d'Auvergne, il fut destiné à la magistrature; mais il avait une autre vocation. Un goût impérieux l'entraînait vers le dessin; enfant encore, et sans avoir reçu de leçons, il s'essayait à copier des tableaux. Ses premiers professeurs , Lombard et Frontier, peintres d'histoire , dirigèrent ses heureuses dispositions; mais ses véritables maîtres furent les grands artistes de l'école flamande , dont il chercha toute sa vie à imiter l'originalité et le fini , et surtout la nature

1. — Joseph de Jussieu, frère d'Autoine el de Bernard , et lyonnais comme eux, accompagna , en qualité de botaniste , les astronomes que l'Académie des sciences avait envoyés au Pérou; il voyagea beaucoup dans l'Amérique méridionale, et fut absent de Paris pendant trentesix ans.

Grognier a lu a l'Académie de Lyon , le 28 août 1817, une notice historique sur Bernard de Jussieu.

2. — Jossiec {Antoine-Laurent de) , né à Lyon en 1748 , mort en 1836 Gênera plantarum secundum ordines nalurales disposita. Pai+siùt , 1789, in-ʰ.

Il y a beaucoup de dissertations de Laurent de Jussieu dans les Mémoires de l'Institut el dans les Mémoires dti must'mm d'histoire naturelle.

BEAU* -ARTS; J.-J. DE BOISSIEU. XVIIIe SIÈCLE. 853

qui n'eut jamais d'interprète plus vrai. De Boissieu étudia beaucoup les chefs-d'œuvre de la peinture , soit à Paris , soit en Italie ; inspiré par ces modèles , son talent devint plus correct et plus pur. Peintre,, dessinateur et graveur, de Boissieu s'est acquis , dans cette triple carrière , une belle réputation. *

On n'a de lui qu'un petit nombre de tableaux ; l'odeur huileuse de ses couleurs qu'il préparait lui-même, et la faiblesse de sa constitution , l'obligèrent de renoncer à la peinture. Il avait une prédilection particulière pour le genre dans lequel se sont illustrés Miéris , Van-der-Welde et Ruisdaël , sous le rapport du coloris et du fini de l'exécution , sans les égaler toutefois. On cite parmi ses meilleures compositions en ce genre , la Marchande de melons, un Tableau de famille, et une Vue du château de Pierre-Scise. Un ton de couleur un peu trop uniforme , et quelque froideur, sont les critiques qu'on peut adresser à son pinceau.

Comme dessinateur , il n'a recueilli que des éloges ; il a une manière à lui , et tellement caractéristique , qu'on reconnaît ses productions au premier coup d'œil. Ce qui a frappé en elles , c'est une grâce naïve , le fini achevé des détails et l'effet de l'ensemble. De Boissieu excelle à rendre le mouvement de l'eau et du feuillage , la transparence de l'air et des ombres , la perspective et les accidents de lumière. Ses dessins sont nombreux et de genres divers; il les a exécutés à la sanguine, à la mine de plomb , avec la pierre noire d'Italie et au lavis , toujours original dans cette variété de procédés. De Boissieu a dessiné à la sanguine un grand nombre de portraits et de têtes de caractère , ainsi que quelques autres compositions remarquables par la vérité, l'expression et la vigueur. Aucun artiste avant lui n'avait tiré un parti aussi habile de la mine de plomb ; il dépassa tout ce qu'on avait fait avec ce crayon : ses dessins en ce genre sont de petits chefs-d'œuvre; on y admire beaucoup de fini

1. — Jean de Boissieu , aïeul paternel de Jean-Jacques, fut secrétaire des commandement s et exécuteur testamentaire de Marguerite de Valois. Son fils (le P. Antoine de Boissieu, jésuite) est auteur de l'ouvrage suivant :

Le -saint Evangile de Jésus-Christ , expliqué en méditations pour chaque jour de l'année , selon l'ordre de l'Eglise; nouvelle édition. Lyon, Rusand, 1821, 4 vol. io-12.

85Û XVIIIe SIÈCLE. MARCïIi: DR LA CIVILISATION.

sans mollesse, et d'expression sans dureté. Les ouvrages que fit de Boissieu avec la pierre noire d'Italie ont de plus grandes dimensions : ce sont des têtes d'étude et des portraits. Pour arriver à plus de vigueur, il alliait l'estompe au crayon, et parvenait à rendre parfaitement la vérité des formes et le modelé des chairs. Les artistes dont il se rapproche le plus dans cet ordre de compositions , sont Corneille Wischer et le graveur Nanteuil. Mais le genre dans lequel de Boissieu excelle particulièrement , c'est le paysage au lavis ; il le dessinait à Pencre de Chine , sur papier blanc, ou sur papier gris tantôt rehaussé de blanc et tantôt animé par quelques touches de bistre : le pinceau et la plume s'y associent quelquefois. De Boissieu a produit beaucoup d'ouvrages en ce genre : ses paysages au lavis sont d'un effet ravissant ; l'artiste y place quelquefois de naïves petites figures, qui leur donnent plus d'intérêt.

Ces titres divers suffiraient à la célébrité d'un homme; de Boissieu en a un autre encore, et d'un mérite non moins relevé : il est un des premiers graveurs à l'èau-forte. Conduit en quelque sorte par le hasard à travailler dans cet art qu'il n'avait point étudié, il couvrit d'abord de petites planches de tètes, de figures et de griffonneraents divers ; bientôt plus sur de lui , il grava d'une pointe fine et spirituelle des paysages et des têtes d'étude : deux planches remarquables, l'Ecrivain public et surtout le Tonnelier , commencèrent sa réputation. De Boissieu aborda ensuite de plus grandes compositions : il fit paraître sa grande Forêt, ses Vaches, son Winantz et son Ruisdaël !. Ses eaux-fortes n'ont ni sécheresse ni dureté; on y remarque autant d'harmonie que si elles avaient été exécutées avec le crayon le plus doux. Telles sont les qualités que présentent au plus haut degré sa Vue de l'Oratoire, et surtout cette Entrée de Lentilly , appelée les Petits Maçons, qui est peut-être , selon l'opinion de Denon , le chef-d'œuvre de la gravure à l'eau-forte. De Boissieu

1 . — On Ironve , parmi les cent sept pierres à l'eau • forte gravées par de Boissieu . plusieurs vues de Lyon ou dVs environs. Voici les principales : vue de Saint-Andéol , vue prise aux environs de Rive-de-Gier , la fontaine de Chonlau , vue prise aux environs de «'Àrbresle, l'ancienne porte de Vaise , promenade de Pie VII sur les bords de la Saône , vue de l'Ile Barbe.

commerce; tarare. — xvme siècle. 855

arrêtait d'abord le trait avec l'acide , et, les premiers effets obtenus , il faisait un emploi fort intelligent de la pointe sèche et de la roulette.

Il conserva jusqu'à la fin d'une vie assez longue une main sûre et son talent tout entier. Sa dernière gravure , la Vue de Tivoli, est une des plus finies; son dernier dessin au lavis , exécuté pendant les instants de relâche que lui laissait la maladie , présente une touche pleine de vigueur : c'est une Vue de la Saune prise d'une des fenêtres de l'appartement qu'habitait l'artiste mourant. De Boissieu a passé à Lyon une grande partie de sa vie , non moins aimé pour la simplicité de ses habitudes et la bonté de son caractère qu'honoré pour son beau talent *. Les peintres Révoil , Grobon et Richard ont reçu de lui d'excellents conseils.

$ IV. On vient de voir combien le Lyonnais a été fécond, pendant le dix-huitième siècle , en hommes de lettres , en savants et en artistes distingués; il n'est pas moins digne d'attention si Ton étudie le mouvement commercial. De nouvelles industries vinrent se réunir à la fabrique des étoffes de soie , et fournirent à une partie de la population de la province des moyens puissants et féconds pour améliorer sa condition matérielle.

Il y avait au commencement de ce siècle , dans le Lyonnais , sur la route de Paris, au pied d'une haute montagne , effroi des voyageurs, deux lignes inégales de masures qu'on nommait Tarare. Rien n'était plus misérable que l'aspect de cette bourgade , formée d'une seule rue étroite , tortueuse , sans pavés, et couverte d'une boue épaisse presque dans toutes les saisons de Tannée. Une centaine de familles habitaient ces maisons chétives; elles ne connaissaient d'autre commerce que celui de futaines et de toiles grossières , en grande partie fabriquées par des

1.— Eloge historique de J.-J. de Boissieu, par Dugas-Monbcl. Lyon, Bull anche, 1810, in-8°. — Biographie universelle. — Nouvelle Biographie des contemporains. — Histoire de l'Académie de Lyon , par J.-B. Dumas , I, 326; II, 99* — Documents (inédits) pour servir à une nouvelle notice biographique sur Jean-Jacques de Boissieu.

On a de Boissieu , dans les Manuscrits de l'Académie , un Discours sur la peinture , prononcé en séance publique le 18 avril 1780. C'est son discours de réception.

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tisserands à demi-sauvages , épars dans le groupe des montagnes de cette partie du Lyonnais. Quelques fileuses de coton furent appelées de la Normandie dans le Beaujolais ; plusieurs vinrent s'établir à Régny : leur industrie trouva un grand obstacle dans les préjugés populaires. Elle ne lutta pas sans peine avec la filature du chanvre , et ne fut naturalisée dans le pays qu'après un long espace de temps.

En 1756, Georges-François Simonet conçut le projet d'introduire la fabrication de la mousseline à Tarare, sa ville natale; il était bon dessinateur, et parfaitement au courant du tissage des étoffes de soie. Tout était à créer; les Suisses faisaient des tissus de coton , comment s'y prenaient-ils ? Pour le savoir, Simonet se rendit à Saint-Gall , y demeura pendant un mois , vécut avec les ouvriers qui ne connaissaient nullement son projet , et surprit , comme on l'a dit , l'industrie sur le fait. Ainsi familiarisé avec les procédés de tissage de coton , Simonet revint chez lui et établit un petit atelier de trois métiers dans une maison qu'il possédait à Tarare; ses instances et beaucoup d'argent déterminèrent une famille de tisserands suisses à venir le joindre : ils fabriquèrent, avec du coton du Bugey, filé à Nantua, des mousselines très grossières et d'une grande imperfection. Simonet avait bien pensé aux métiers et aux ouvriers, mais il ne s'était point occupé des moyens de se procurer des cotons, fins et cependant forts, pour en former ce qu'on appelle la chaîne du tissu. Ses mousselines étaient très inférieures à celles des Suisses, qui filaient du coton bien préférable à celui de Nantua. Ce n'était pas assez que d'avoir des métiers, il fallait encore de bonnes matières premières : Simonet se roidit vainement contre un obstacle insurmontable. Il perdit dans ces essais son repos et sa fortune, et alla mourir pauvre et ignoré dans une petite maison aux environs de Charbonnières.

Mais le germe industriel qu'il avait déposé à Tarare ne devait point périr; d'heureuses circonstances favorisèrent son développement. Brisson , inspecteur du commerce et des manufactures dans le Lyonnais, fournit gratuitement aux fileuses de Tarare un certain nombre de cardes et de rouets; on fit mieux , on demanda à la Suisse une forte quantité de ses cotons filés. Dès-lors tout marcha très bien ; il y avait déjà , en 1789, six cents

commence; tolozan. — xvme siècle. 857

métiers de moasseline à Tarare ou dans ses environs : <ce nombre s éleva, en 1800, à quatre mille. Cette industrie prit un accroissement extraordinaire , et occupa bientôt quarante mille ouvriers. En moins d'un demi-siècle un bourg misérable fut transformé en une ville grande et belle , dont la prospérité n'a point atteint son terme. '

Bien plus heureux que Siinonet , et parti de plus loin , un autre homme d'une rare capacité , Tolozan de Montfort , avait acquis, à Lyon, beaucoup d'opulence et de renommée dans la carrière de l'industrie. Paysan du haut Dauphiné, son père était venu chercher fortune à Lyon , en sabots et avec une pièce de vingt -quatre sous dans sa poche : c'est de là qu'est partie cette illustre famille pour arriver à un haut degré de richesse et de considération, Antoine Tolozan, son chef, était un homme actif, économe et industrieux ; il fit le commerce des étoffes de soie et de la banque, dès qu'il eut amassé un petit pécule D'heureuses spéculations en firent un des premiers capitalistes de Lyon. Devenu riche , Tolozan fit bâtir , de i7i0 à 1746, les deux maisons immenses et magnifiques qui portent son nom , l'une sur la place du Plâtre, l'autre au port Saint-Clair. Tolozan fit l'acquisition du fief de Montfort qui relevait de la baronnie de Chasselay, et en prit désormais le nom ; il mourut en 1754. Son fils Louis continua les traditions de la famille , et fit prospérer pendant vingt-cinq années la maison de commerce et de banque de son père; il fut longtemps trésorier de la ville, et devint prévôt des marchands. Louis Tolozan de Montfort avait une vive intelligence des affaires , et un talent d'administration dont il donna plusieurs fois la preuve ; il jouissait d'un crédit et d'une considération bien mérités. Comme les Médicis de Florence, ces Tolozan ont prouvé que la science du commerce peut conduire des hommes laborieux et économes à une grande fortune et au faite des honneurs.

Branche principale de l'industrie de la ville de Lyon, la fabrique d'étoffes de soie fit des progrès pendant la dernière

1. — Napoléon fie, en 1804 , ooe pension viagère a la veuve de George - Antoine Simonel , créaient des manufactures de mousseline de Tarare. (Journal la Rhône , n°« des 9 , 10 et 1 1 décembre 18.46.)

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moitié du dix-huitième siècle , et prospéra malgré sa mauvaise organisation et les fautes de l'autorité. Elle dut son essor nouveau au génie de quelques hommes qui en perfectionnèrent les procédés : un d'eux , Philippe de la Salle , eut sur elle une influence considérable. Né à Seysselen 1723, cet habile mécanicien s'était occupé d'abord de dessin ; Sarrabat , peintre d'histoire , avait été son maître. La Salle épousa la fille d'un fabricant de soieries, s'établit à Lyon, et s'appliqua avec un zèle infatigable à perfectionner le tissage des étoffes brochées , et surtout à faire exécuter sur le métier des groupes de fleurs et de fruits qu'il peignait avec beaucoup de goût. U réussit , et l'ingénieux mécanisme qu'il inventa dota Lyon d'un genre de fabrication très important. La Salle fit exécuter sur le métier , par un ouvrier en soie, de très beaux portraits de Louis XV et de Catherine II; toutes les tentures du palais de l'impératrice de Russie sortirent des ateliers qu'il dirigeait. U a imaginé une navette volante pour la fabrication des gazes et autres étoffes en toutes largeurs , et donné plus de perfection aux moulins à soie. Philippe La Salle fut le précurseur immédiat de Jacquard, qui rendit des services plus signalés encore à la fabrique. !

§ V. Après avoir examiné les progrès de la civilisation à Lyon, pendant le dix -huitième siècle, sous le rapport des lettres, des sciences et des beaux- arts, il convient d'étudier les améliorations que cette ville a éprouvées dans ses conditions matérielles pendant le cours de la même époque. Elles ont été considérables , surtout durant la dernière moitié du siècle. On construisit deux théâtres, plusieurs ponts , une prison, des rues, un quai magnifique, et le plan de la ville fut notablement modifié par la création de quartiers nouveaux.

Plusieurs rues nouvelles lurent percées; on ouvrit la rue d'Auvergne, et la rue de l'Arsenal se prolongea jusqu'aux remparts d'Ainay. On continua la décoration de la place Louis-le- Grand; Simon Petitot , bourgeois de Lyon, donna le plan des

i . — Après avoir traversé , non sans orages , la Révolution à Lyon , La Salle mourut en 1804. La Commission administrative du Palais des Arts fit placer, en 1805 , au haut du grand escalier, une inscription qui exprime la reconnaissance de la ville envers un des. hommes qui ont été le plus utiles à ses manufactures.

TBAVAUX PUBLICS; RUES, PONTS. XVIIIe S1ÈGLB. 859

deux fontaines monumentales dont le consulat avait ordonné la construction sur ce bel emplacement. L'eau était puisée sous une des arches du pont du Rhône par quatre corps de pompe qui donnaient en vingt-quatre heures trois mille muids d'eau , et alimentaient un jet d'eau de trente-cinq pieds d'élévation. Le couvent des Célestins avait été supprimé par un bref du pape Pie VI ' ; il offrait à la spéculation un emplacement très considérable dans la situation la plus heureuse. On créa un quartier nouveau ; plusieurs rues furent percées , et vinrent s'ouvrir sur une place publique. On eut l'idée de transformer l'église du monastère en salle de spectacle destinée au vaudeville et aux pièces du genre secondaire. Ce théâtre, très mal disposé au point de vue de l'architecture, était un puissant élément de vie pour ce quartier nouveau ; il y appela une population nombreuse. Plus au nord, le quai Saint- Antoine fut achevé; il n'y avait sur la rivière , au-delà du pont de Pierre , qu'un vieux pont en bois construit en 1637 par l'architecte Marie, et qu'on avait réparé à la fin du siècle : on le remplaça , en 1715, par la passerelle Saint- Vincent , bâtie sur les plans d'Aubert. Le quartier de l'Ouest demeura stationnaire pendant une grande partie du dix-huitième siècle; il était abandonné par le commerce : cependant on y construisit deux édifices remarquables, destinés au logement du chapitre de Saint-Jean. La Manécanterie s'érigea, en 1768, sur les dessins de l'architecte Décrénice : cette immense maison, bâtie avec autant d'élégance que de solidité, contrastait avec la mesquinerie et le mauvais goût du palais archiépiscopal. Enfin , l'architecte Bugniet fut chargé, en 1785, de remplacer une partie de l'ancien hôtel de Roanne par une prison; il n'oublia pas de lui donner le caractère sombre et sévère que réclamait sa destination, mais il négligea trop les conditions de salubrité.

La circulation entre les deux rives de la Saône était tellement active , que la passerelle de Saint-Vincent , le pont de Pierre et le pont Volant ne pouvaient suffire à ses exigences : un pont de bateaux avait été établi vis-a-vis de l'Archevêché , mais il ne pouvait être que provisoire, et une voie de communication plus commode et plus monumentale était reconnue nécessaire depuis

t. — Eu 1778.

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860 XVIIIe SIÈCLE MARCHE DE LA CIVILISATION; SOUFFLOT.

longtemps. Saint-George, Saint- Just et la rue Saint-Jean la réclamaient avec instances. Le consulat se rendit à. leur voeu : il décida, en 4788, qu'un pont de pierre. serait construit sur ce point; mais la révolution, qui éclata bientôt, fit ajourner l'exécution de ce projet.

La navigation sur la Saône reçut quelques améliorations : au-dessus de la ville , on coupa le rocher qui faisait saillie en avant de l'Ile-Barbe , et on détruisit en très grande partie celui contre lequel la rivière venait se heurter vers la porte d'Halincourl.

Si nous passons au Nord et à l'Est de la ville, nous trouverons des améliorations plus nombreuses et des oeuvres d'art d'un caractère plus élevé.

Un architecte d'un rare mérite , Jacques-Germain Soufflot , attacha son nom à quelques-uns des édifices publics qui furent construits sur ces points à cette époque.

Il n'y avait pas de salle de spectacle, commode du moins et digne de la seconde ville du royaume : on représentait la tragédie , le ballet et l'opéra dans une maison très mal disposée et d'un abord difficile, située derrière l'Hôtel-de-Ville , entre le jardin et le Rhône. Ces considérations déterminèrent le consulat, en 1754, à faire bâtir un théâtre sur l'emplacement même du jardin dont il fit le sacrifice peu regrettable. Soufflot, déjà connu fort honorablement, fut chargé du travail; il s'inspira, dans l'exécution , de ses souvenirs des théâtres de Parme et de Vérone. Celui qu'il bâtit se composait de trois rangs de galeries superposées; un quatrième fut ajouté en 1788. La façade avait peu d'élévation ; elle était ornée d'une statue d'Apollon, de groupes de génies et de divers attributs dramatiques. Limité par l'espace, Soufflot n'eut pas la liberté de donner des proportions grandioses à l'édifice ; mais la salle avait du moins un mérite peu commun, à cette époque surtout : elle était commode et on voyait bien de toutes les places ". Ce théâtre fut inauguré le 30 août

1 . — Le théâtre était très fréquenté , à Lyon , pendant la dernière moitié thi dix»hnitième siècle; on s'y portait eu foule, à l'Opéra surtout , qui prit le titre d'Académie royale de Musique. Des artistes d'un grand talent parurent devant le public lyonnais , qui avait déjà I* réputation d'être connaisseur et difficile. Larive y commença sa réputation ; Fleuri vint à son tour , et fit partie de la troupe dont M,lt Lobreau avait la direction. Il ne fut pas gâté par le parterre , dont il ne se plaint cependant pas trop dans ses spirituels Mémoires.

BEAUX- ARTS; SOUFFLOT. — XVIIIe SIÈCLE. 861

1756; Clairon vint à Lyon , et joua le rôle d'Agrippine dans Britannicus. i

Soufflot eut bientôt après une autre occasion de montrer la puissance de son talent: il construisit la façade monumentale de l'Hôtel-Dieu sur le quai du Rhône; c'est l'un de ses plus beaux ouvrages. Cet architecte avait tracé un plan, fort bien conçu, pour régulariser les constructions , nombreuses et d'époques diverses, qui composent cet établissement. Considéré dans son ensemble, l'Hôtel-Dieu forme un carré long, limité à l'Est par le quai du Rhône, à l'Ouest par les rues Bourgchanin et de l'Hôpital, au Nord par la rue de l'Attache-des-Bœufs et l'espace qu'occupe aujourd'hui un beau passage , au Midi par la rue de la Barre. Quatre grands corps de bâtiments remplissent parallèlement l'espace intérieur; ils sont séparés par des cours étroites et resserrées, dans lesquelles l'air et le soleil ne pénètrent pas avec assez de facilité. Une seule des faces de l'édifice , celle qui regarde le quai , est entièrement libre; les autres sont plaquées de maisons, en grande partie du moins , mais il entrait dans les idées de Soufl&ot de les dégager entièrement. La façade, à deux étages, est d'un aspect majestueux : on y remarque au premier étage un rang de fenêtres très hautes et d'un bon style, un beau portail, et le dôme dont l'aspect grandiose le serait bien davantage encore , si l'architecte Loyer n'avait pas eu la malencontreuse idée de retrancher le soubassement , et le malheur de faire adopter celte modification inintelligente au plan de Soufflot par le bureau de l'administration. Ainsi corrigé, le dôme parait écrasé et lourd. Soufflot eut le tort de n'avoir pas conduit lui-même les travaux ; il en abandonna l'exécution à un subalterne , qui prit de trop grandes libertés-. Ces constructions de luxe à l'Hôtel-Dieu ne faisaient

1. —La jolie salle de Soufflot ne devait pas avoir une longue durée ; elle fui démolie en 1827: ainsi, son existence n'a pas dépassé soixante-dix années.

2. — Soufflot a exécuté H Lyon d'autres travaux d'architecture : il avait envoyé de Rome, où il était pensionnaire du roi , le plan de l'interminable église des Chartreux , au temps où Servandooi construisait dans l'intérieur de cet édifice le baldaquin du maître-autel , qu'il décora d'ornements d'assez mauvais goût , mais d'un effet riche et gracieux.

La réputation que Soufflot s'était acquise h Lyon le fit appeler à Paris pour y bâtir la magnifique église de Sainte-Geneviève , aujourd'hui le Panthéon. Né à Irancy prés d'Auxerre , en

862 XVIIlf SIÈCLE. MARCHE DE LA CIVILISATION; MORAND.

point oublier le nécessaire ; il n'y avait pas un nombre de lits suffisant , deux et quelquefois trois malades couchaient encore sur le même matelas : c'était un inconvénient majeur. L'administration des Hospices prit la résolution d'établir trois cents lits nouveaux , et fit un appel à la philanthropie des citoyens : elle avait évalué la dépense à quatre-vingt-dix mille livres; mais les souscriptions volontaires produisirent, en peu de semaines, une somme beaucoup plus forte, et qui suffit largement à tous les besoins. ■

Mais la façade monumentale de l'Hôtel - Dieu n'était pas le seul embellissement que la ville de Lyon devait recevoir dans cette portion de son périmètre; on continuait avec activité le quai du Rhône , que l'ingénieur Nicolas de Ville conduisit , en trois années , jusqu'à la place des Terreaux : ce fiit la métamorphose d'un vieux et sale quartier en constructions magnifiques; cette partie importante de la cité éprouva une régénération complète. On ne s'arrêta point : la grande route de Genève partait du plateau de la Croix-Rousse, et rien n'était plus incommode pour les voitures et pour les voyageurs. Il n'y avait sur la rive droite du Rhône, depuis les Terreaux jusqu'au faubourg de Bresse, qu'un passage resserré pour le service du halage; on résolut, en 1717, de transformer ce sentier en route royale , et ce projet fut exécuté. Il eut un beau résultat : le quai du Rhône reçut un long prolongement depuis la rue Puits-Gaillot jusqu'au-delà de Saint-Clair, et s'embellit de maisons superbes dont plusieurs furent bâties par un architecte habile , Antoine Rater. Ces grands travaux rendirent beaucoup plus faciles les communications de Lyon avec Genève et avec la Bresse.

La ville reçut un agrandissement considérable à l'extrémité méridionale du quai du Rhône. Elle avait acquis au-delà d'Ainay,

1714 , il est morl en 1781. On lui doit la construction du temple des Protestants, baii de 1747 a 1750 sur l'emplacement de la loge du Change. L'architecte Roche fut associé à Soufflol pour ce travail.

1. — Je rapporterai , aux améliorations que la ville reçut dans sa partie Est, le déblaiement exécuté, vers 1770, des abords du pont de la fiuillolière, qu'embarrassaient sur la rive droite des constructions de diverse nature , entre autres une chapelle et un vaste réservoir pour les eaux du Rhône , qui interrompaient désagréablement la ligue du quai.

PRESQU'ILE PERRACHE. XVIIIe SIÈCLE. 863

en 1735 , d'immenses terrains appelés l'île Moignat; un bras du Rhône, qui atteignait la rivière auprès de l'abbaye, les enfermait de ce côté, et arrêtait au Midi l'extension d'une ville dont la population condensée prenait chaque année un notable accroissement. Michel Perrache ' , architecte, conçut en 1760 le projet, déjà annoncé par Delorme, de transformer l'île en presqu'île , de reculer jusqu'à la Mulatière le confluent du Rhône et de la Saône, et d'allonger ainsi beaucoup la ville dans sa partie méridionale. Il fallait, pour l'exécution de ce plan, mettre à sec le bras peu profond du Rhône qui formait l'île Moignat, élever une longue chaussée sur la rive droite du fleuve jusqu'à la jonction des deux cours d'eau, et construire sur la Saône, au point le plus reculé de la presqu'île, un pont qui mît en communication le nouveau territoire de la ville avec la Mulatière et la route de Saint-Etienne. Ces travaux accomplis, il ne resterait plus qu'à faire disparaître , au moyen de remblais , les vastes marécages que la Saône formait au-delà de l'abbaye d'Ainay. Ce projet, définitivement arrêté en 1765, commença à être mis à exécution en 1768: l'île Moignat, ajoutée tout entière au sol de la ville , prit le nom de presqu'île Perrache. Une compagnie se forma , et rencontra beaucoup d'obstacles et de résistances : la dépense dépassa les devis dans une forte proportion, et, comme spéculation , l'entreprise n'eut pas de succès. Perrache n'a exécuté que la suppression du bras du Rhône ; la construction de la belle chaussée qui fut ornée pendant un demi-siècle par un double rang de peupliers, et celle du pont de la Mulatière, appartiennent à d'autres temps. Il y eut de fréquentes interruptions dans les travaux: propriétaire de vastes terrains aux environs de la presqu'île, l'administration des Hôpitaux ne voulait pas faire la concession gratuite des graviers dont l'entrepreneur avait besoin pour les remblais. Un arrêt du Conseil d'Etat , rendu en 1 786 , ordonna la reprise et la continuation de ces grands ouvrages. Le pont fut construit, de 1789 à 1792, sur les plans très médiocres de l'ingénieur Lattier ; bâti en bois , il se composait de onze travées, et avait cent quatre-vingt-un mètres de longueur.

1.— Perrache était le fils d'un sculpteur, Michel Perrache ; né à Lyon eu 1685, et mort en 1750. On a de cet artiste un assez grand nombre d'ouvrages , dont aucun n'est très remarquable.

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Le plan d'extension de la ville dans sa partie méridionale avait quelques défauts. Enfermée dans les terres et rejetée à grande distance du confluent , l'abbaye d'Ainay perdit son aspect pittoresque: ce n'était qu'un petit inconvénient, mais Lyon ainsi reculé s'allongeait démesurément, et ce n'était pas dans cette direction qu'il convenait de l'agrandir pour établir quelque proportion entre sa largeur si peu considérable et son extrême longueur. Telle fut, en 1762, la pensée de l'architecte Jean- Antoine Morand, élève de Servandoni et de Soufflot *. Morand observa que la ville était resserrée au Midi par le confluent et à l'Est par le Rhône , mais qu'en franchissant le fleuve au moyen d'un pont , placé dans l'axe de la place des Terreaux , on aurait aux Broteaux un espace immense pour des constructions nouvelles. D'après ce plan on agrandissait la ville dans le sens de sa largeur , et on rétablissait l'équilibre entre ses deux dimensions. Une compagnie se forma pour la construction d'un pont de bois; elle acquit la cession de tous les baes et trailles qui existaient sur le Rhône, depuis Saint -Clair jusqu'au pont de la Guillotière , et parvint à écarter l'opposition de l'administration des Hôpitaux , propriétaire de l'une de ces voies de communication. Investie du droit de passage exclusif dans l'espace désigné , elle obtint la concession d'un péage pendant quatre-vingt-dix-neuf années. Le ppnt Morand a deux cent neuf mètres de longueur et treize de largeur : il avait, au temps de sa construction , dix-sept arches d'une forme svelte , mais incommodes à la navigation et qui manquaient de solidité. Morand avait des idées grandes; il voulait établir une large avenue depuis son pont jusqu'à la route d'Italie; mais l'administration des Hôpitaux, qui avait d'autres idées et à qui appartenait le sol de la rive gauche du Rhône , ût construire une maison tout exprès pour rompre la ligne droite et arrêter la perspective. Cependant le pont Morand avait donné une valeur considérable aux champs si vastes dont se composait le fief de la Part-Dieu,

1. — Morand était né à Besançon en 1727 (il mourut en 1794); c'est lui qui bâtit, en 1757, la salle de spectacle dont Soufflot avait donné le plan. Morand contribua beaucoup à l'embellissement de la ville de Lyon ; on lui doit une partie des superbes maisons du quai Saint- Clair.

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et il était pour le peuple un moyeu de communication bien plus commode que les bacs établis , en 1743 , pour le passage d'une rive à l'autre. On construisit grand nombre de guinguettes aux Broteaux , et la classe ouvrière contracta l'habitude de s'y rendre le dimanche. On établit des promenades; des ormes furent plantés , on défricha de vastes terrains abandonnés jusqu'alors aux ronces et aux broussailles ou aux envahissements du Rhône; quelques maisons d'une belle apparence s'élevèrent, et on traça des rues et des plans d'alignement. Il existait déjà , en 1785, un projet général pour faire une ville aux Broteaux: les terrains y sont divisés en grandes masses, elles-mêmes partagées en compartiments réguliers. Depuis la fin du dix-huitième siècle , la population a montré beaucoup de tendance à se porter sur la rive gauche du Rhône ; l'affluence des promeneurs, les dimanches et jours de fêtes, y était plus considérable encore avant la Révolution qu'aujourd'hui.

$ VI. La part de l'ancienne Académie dans le mouvement scientifique , artistique et littéraire du dix-huitième siècle , à Lyon , avait été fort grande ; cette compagnie savante le dirigea presque toujours , ou y fut représentée par quelques-uns de ses membres. Elle était fréquemment consultée par l'administration, tantôt sur des questions d'archéologie , tantôt sur des inscriptions destinées à des monuments publics. Les prix qu'elle mettait chaque année au concours étaient pour elle une autre manière de se rendre utile : Christin en avait fondé un ; Àdamoli en institua deux , un de huit cents livres , l'autre représenté par une médaille d'argent de vingt -cinq livres; Raynal en établit un troisième. Quarante-cinq prix furent proposés par l'Académie depuis 1700 jusqu'en 1793; ils avaient pour objet la solution de problèmes de physique , de chimie , de médecine , de littérature ou de philosophie. L'Académie appelait spécialement l'attention publique sur des sujets utiles à la ville de Lyon : ainsi elle proposa pour question de prix les moyens de procurer à la ville de l'eau potable , le meilleur système de construction des moulins sur le Rhône , le moyen le plus convenable .d'occuper les ouvriers des manufactures lorsque le commerce est suspendu, le perfectionnement de la teinture de la soie en noir, le procédé

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le plus économique et le plus durable du pavage de nos rues , l'appréciation des causes qui ont fait prospérer la fabrique de soieries et de celles qui peuvent en ralentir l'essor , etc. Elle demanda > en 1791 , la solution de ce problème philosophique : Quelles vérités et quels sentiments importc-t-il le plus d'inculquer aux hommes pour leur bonheur ? Seize concurrents se présentèrent : l'un d'eux était Napoléon Bonaparte. Son mémoire n'était pas bon , lui-même en convenait à Sainte-Hélène ; empreint des idées radicales de l'époque et d'un matérialisme grossier, il ne fit aucune sensation. Celui de Daunou obtint le prix; c'était en 1 793. Le manuscrit de Napoléon n'en était pas moins un autographe très précieux; un préfet du Rhône , auquel Talleyrand le fit demander, en a privé la bibliothèque de l'Académie. !

Le tableau qui vient d'être esquissé des progrès de la civilisation à Lyon , pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, est celui d'une époque de prospérité : malgré quelques instants d'arrêt, la ville ne cessa de grandir sous le rapport de ses conditions morales et matérielles; son commerce prit une extension considérable, ses ouvriers eurent une position meilleure, quoique insuffisante encore ; elle montra plus d'aptitude pour les sciences et pour les beaux-arts. Louis XVI avait des intentions excellentes; informé des tiraillements que l'institution du Conseil supérieur avait amenés dans le sein de l'administration , il rétablit l'ancienne juridiction. Quelques impôts mal assis , ou d'une perception difficile, furent supprimés. Le ministère parut moins bien inspiré , lorsqu'il déposséda la ville de la régie des octrois. Cependant la cour entrait, d'un pas timide il est vrai, dans la voie des réformes; un édit rendu en 1777 abolit les corporations, et facilita l'admission des ouvriers dans les communautés d'arts et métiers. Un droit de réception fut déterminé : le gouvernement en percevait les trois quarts , et l'autre quart appartenait au service de la communauté elle-même. Mais ces tentatives de réorganisation ne répondaient pas , à beaucoup près, à ce besoin de régénération complète dont la société était travaillée : privé de tous ses points d'appui , le gouvernement royal s'affaissait

i. — Voy.z Y Histoire de l'académie de Lyon t par M. Dumas, et les Mélanges de M. Bréghol du Lut . p. 105 e( 129.

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sous son propre poids , et cette grande machine administrative , ruinée dans ses fondements et attaquée de toutes parts, ne pouvait ni résister ni fonctionner. Lyon, comme Paris, était agité par le mouvement fébrile qui entraînait la France vers un ordre de choses nouveau: il n'y avait plus ni monarchie ni religion; profondément corrompues , les classes supérieures avaient perdu tout leur prestige , et ks inférieures ne croyaient à rien , si ce n'est à leur force.

La Révolution éclata.

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