‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 35 sur 229 · XVIII0 SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION · texte numérisé non relu

XVIII0 SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION

culture des beaux-arts, mais encore des savants : un de ceux-ci, Jean-Pierre Christin , fondateur de la Société du concert , est Fauteur peu connu d'une des plus grandes découvertes de la physique moderne : c'est lui qui imagina le thermomètre centigrade à mercure, pour mesurer les températures par des évaluations précises. Rebuté par les variations du thermomètre alors usité , Christin annonça , le 1 3 juin 1740 , que le mercure pourrait bien être préférable à l'alcool; il perfectionna son instrument, et en donna la description exacte en juillet 1743. Le thermomètre de Christin est antérieur à celui de Celsius d'Upsal '. Christin fonda un prix annuel promis à l'auteur d'un bon travail sur un sujet relatif aux sciences ou aux lettres ; il mourut en 1 755 , trois ans avant la réunion de la Société des beaux-arts à l'Académie. Ces deux compagnies avaient entre elles de nombreux rapports , et plusieurs de leurs membres appartenaient à l'une et à l'autre : de leur fusion résulta l'Académie des sciences, belles-lettres et arts, dont Bollioud-Mermet fut le premier secrétaire perpétuel. Sans être précisément écrivain , Bollioud avait des connaissances variées en littérature ; il parlait bien, et remplissait ses fonctions avec exactitude. On a de lui une esquisse de l'histoire de cette compagnie savante, travail qu'il se proposait de reprendre et de traiter à fond. Membre de l'Académie depuis cinquante ans , Bollioud prononça un discours fort intéressant à l'occasion de la rénovation de ses vœux littéraires. Voltaire eut de fréquents rapports avec l'Académie ; il lui envoya son poème sur la bataille de Fontenoy, et fut reçu membre correspondant peu de temps après. On trouve dans ses lettres de fréquents témoignages de son estime pour cette société savante, dont plusieurs membres étaient ses amis 2. La réception qui lui fut faite à Lyon , lorsqu'il vint dans cette ville en 1754 , accompagné de Mme Denis, ressembla beaucoup à une ovation. Voltaire fut accueilli avec enthousiasme au théâtre et à

1. — Mss. de l'académie. Fournit (J.).Sur l'inveniion du thermomètre ceuligrade à mercure , laite à Lyon par M. Christin. (Jtmales de la Société d'agricultttre de Lyon, VIII , 245.)

2. — La phrase si souvent répétée : « L'Académie de Lyon est une honnête fille , elle ne « fait pas parler d'elle , » n'est pas de Voltaire ; ou , s'il est de lui , le mot s'appliquait plutôt à l'Académie de Chalons-sur-Marue , qui s'intitulait elle-même « fille de l'Académie « française. » (Note de M. Bréghot.)

HISTOIRE DE l/ACADÉMlE; ADAMOLI. — XVIIIe SIÈCLE. 837

l'Académie ; la population se pressait sur son passage dans tous les lieux où elle avait l'espoir de rencontrer le grand poète : « Je crois, disait Voltaire à Bollioud , que Lyon sera bientôt « plus connu en Europe par ses académiciens que par ses manuel factures. » Il fit jouer sur le théâtre de Lyon sa pièce du Comte de Foix , qui obtint un beau succès. M1116 du Bocage eut à son tour les honneurs d'une réception brillante à l'Académie ; c'était en 4758 : on eût dit Corinne au Capitole. Elle lut à la savante assemblée plusieurs pièces de vers qu'on applaudit avec transport, et qui durent sans doute une partie considérable de leur succès à la beauté et aux grâces peu communes de leur auteur. Rien n'est resté de la renommée poétique de Mme du Bocage , sinon un léger souvenir.

Un événement littéraire , plus important par ses résultats que la fête dont cette femme poète fut l'objet, eut lieu, vers le même temps , dans le sein de cette compagnie : Pierre Adamoli , ancien conseiller du roi , légua par son testament une précieuse collection de livres , de médailles et de manuscrits qu'il avait formée avec amour. Vantée par les hommes de lettres, cette bibliothèque était désignée par les almanachs du temps à la curiosité des étrangers. Elle se composait de près de six mille volumes au jour de la mort d' Adamoli, le 5 juin 1769. Son heureux possesseur avait mis trente-six années à la composer; on y admirait un grand nombre de bons livres sur les antiquités , et les plus beaux ouvrages d'histoire naturelle qui fussent alors connus. Adamoli avait la passion des livres sans en avoir la science ; il ne tenait pas assez compte du mérite des éditions et de la bonne condition des exemplaires. Mais il se montra citoyen en destinant sa bibliothèque à l'usage du public ; ce fut la condition de son legs1. Adamoli faisait des vers; on a de lui plusieurs dissertations sur divers sujets d'archéologie dont l'Académie entendit la lecture avec intérêt.

t. — Pierre Adamoli donna la propriété de sa bibliothèque à V Académie, et la jouissance au public ; il invita les magistrats à en prendre soin , en cas de troubles civils , mais à la charge expresse de la restituera l'Académie aussitôt après le rétablissement de cette institution. Son testament porte la date du 25 octobre 1763 ; il a été public dans l'Histoire de l'Académie par M. Dumas, 1 , 115. Une note de la main d'Adamoli apprend qu'en janvier 1764 cette bibliothèque avait coulé à son propriétaire 51,787 livres. Par l'article 17 de son testament, Adamoli

Il existait une bibliothèque publique à Lyon avant qu'Adainoli eût donné cette destination à la sienne; l'avocat Pierre Aubert l'avait fondée en 1731 , et établie dans l'ancien hôtel de Fléchères. Claude Brossette l'augmenta beaucoup ; elle se composait surtout de livres de droit. Jean-Ferdinand Michel , chanoine d'Ainay, légua six mille volumes à cet établissement qui s'enrichit , quelque temps après , de sept mille trois cents médailles dont l'ancien directeur de l'hôtel de la Monnaie , Laisné , avait disposé en sa faveur. La bibliothèque de l'hôtel de Fléchères fut réunie en 1762 à celle du collège, qui fut ouverte au public en 1765.

La situation de cet établissement est extrêmement heureuse ; il est placé sur le quai du Rhône, et exposé au levant : on jouit, de la terrasse, d'une vue magnifique sur les plaines du Dauphiné, depuis le fleuve jusqu'aux Alpes sardes. On construisit la vaste salle de la bibliothèque vers la fin du règne de Louis XIII , probablement d'après les dessins du jésuite Etienne Martel- Ange : elle a quarante-huit mètres de longueur , onze de largeur et treize de hauteur. Une galerie règne le long du pourtour de ce vaisseau , dont elle partage les parois en deux portions inégales. Des compartiments en marbre rouge et blanc forment le pavé : on y remarquait le portrait de Louis XIV à cheval , les bustes de Camille de Neuville , de Boileau et de quelques autres personnages distingués. Entretenue avec le plus grand soin par les Jésuites dès le milieu du dix-septième siècle, cette bibÙo-

ordonne la publication du catalogue de sa bibliothèque , disposition qui n'a point été exécutée ; le manuscrit de ce catalogue appartient à M. Coste. Le médaillier contenait mille et seize pièces. Adamoli , malheureusement , n'avait pas légué de somme pour l'entretien de sa bibliothèque : plusieurs collections importantes , en cours de publication a.u jour de la mort du testateur , demeurèrent incomplètes et perdirent tout leur prix. L'héritier d' Adamoli contesta à l'Académie la possession de son legs; on transporta provisoirement les livres dans une des salles de l'Hôtel- de- Ville , et ils y demeurèrent empilés pendant longtemps. Uu jugement définitif assura l'exécution de la volonté du testateur, mais la Révolution survint : transférée provisoirement au monastère des dames de Saiut- Pierre , la bibliothèque Adamoli fut réunie pendant quelques années à celle de la ville 9 et revint enGn au Palais des Arts pendant les derniers mois de l'année 1827.

Adamoli était garde des ports, ponts et passages de Lyon ; né dans cette ville en 1707 , il v mourut en 1769. On a de lui trois Lettres à M. de Migieu sur la découverte d'une jambe de die val en bronze , retirée de la Saône , près de l'église d'Ainay, en 1766 , Lyon , 1766 et 1767 , in-8° > et divers recueils manuscrits en prose et en vers.

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thèque s'était enrichie successivement de legs qui lui avaient été faits par François Gérard, grand prévôt de l'église de Bourg, par Téchevin Mazenod et par l'archevêque Camille de Neuville : une rente annuelle de trois cents livres , portée bientôt à quatre cent cinquante, avait été affectée à son entretien par le consulat; cette allocation insuffisante reçut un rapide accroissement. De nombreux présents faits par les rois de France augmentèrent les richesses de l'établissement , dont la direction fut confiée à des hommes de mérite , presque toujours membres de l'Académie. On vit successivement dans cet emploi les PP. Millieu, Menestrier , Golonia ; puis Danton , Jouve , Tolomas et l'abbé Mongez. Les Oratoriens en prirent la direction après la retraite des Jésuites. '

L'architecte Guillaume-Marie Delorme fut un des membres les plus distingués de l'Académie; il lui communiqua un nombre considérable de dissertations qu'elle conserve encore , et entre autres son beau travail sur les aqueducs 2 : Delorme se proposait de revenir sur ce sujet; il y avait été vivement encouragé par un homme compétent, le comte de Gaylus. Delorme a donné le plan du jardin de la maison de campagne de l'archevêque , à Oullins; il avait pour émule en ce genre un autre Lyonnais, Jean-Marie Morel , qui est considéré comme le créateur des jardins paysagers. 5

A ces noms d'hommes de mérite il faut joindre celui de deux académiciens non moins distingués, Louis Claret de la Tourretle et Jacques Mathon de la Cour. La Tourrette était un naturaliste d'un ordre éminent ; il s'était occupé avec beaucoup de succès de minéralogie , de botanique et d'entomologie , avait formé une pépinière considérable dans la charmante maison de campagne qu'il

t. — Il y avait de belles bibliothèques dans les couvents de Lyon au dix- septième siècle; on citait celles du chapitre de Saint- Jean , des Augustin!, des Cordeliers de SainlBonaventurc , du séminaire de Saint-Irénée , des Picpus de la Guillolière , des Minimes , des Dominicains , etc.

2. — . DkLoasm (Guillaume-Marie), né à Lyou en 1700 , mort en 1782. Recherches sur les aqueducs de Lyon , construits par les Romsins. Lyon , 1760, in-12. L'Académie possédé vingt-cinq opuscules manuscrits de cet architecte.

3. — Moan. (Jean-Marie), Théorie des Jardins. Paris , 1772, iu-12.

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possédait au-dessus de l'Àrbresle : peu d'hommes ont fait autant d'honneur à l'Académie. La Tourrette avait voyagé souvent et avec fruit; il devait à son rare savoir des relations avec les naturalistes les plus distingués : c'est à lui que J.-J. Rousseau adressa ses lettres sur la botanique ■ ; ils avaient herborisé plusieurs fois ensemble , et fait tous deux une excursion à la Grande-Chartreuse 2. Jacques Mathon de la Cour était spécialement versé dans les sciences mathématiques et en mécanique ; son fils Charles- Joseph était un jurisconsulte fort distingué : l'Académie des inscriptions et belles-lettres couronna un mémoire qu'il avait adressé à cette société savante , sur les lois de Lycurgue. Charles- Joseph Mathon aimait passionnément les arts et les artistes , il avait mis à leur service son temps et sa fortune. 3

1. — Jean- Jacquet Rousseau est venu plusieurs fois à Lyon , et, de soo aveu, il y a été fort misérable. Le dénomeot dans lequel j il se trouvait pendant l'un des séjours qu'il fit dans cette ville l'obligea de passer plusieurs nuits dans la rue , à la belle étoile , et dormant couché tantôt sur la terre , tantôt sur un bauc ; mais alors une excellente santé et la jeunesse lui faisaient prendre garni ent son parti. Il a fait une peinture charmante d'une nuit qu'il a passée ainsi sur la rive droite de la Saône , aux Etroits , sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte pratiquée dans un mur de terrasse. Le ciel de son lit était formé par la tète des arbres ; un rossignol , placé précisément au-dessus de lui , l'endormit par son chant. Jean- Jacques passa une nuit excellente , et son réveil fut délicieux. Moins pauvre plus tard , et moins heureux, il revint plusieurs fois à Lyon: il y arriva seul, en 1768, sortant du château de Trye où l'avait si bien accueilli le prince de Conti , et logea rue Sirène , à l'hôtel Notre-Datne-de-Pilié. Rousseau herborisait fréquemment dans les environs de la ville , à Rochecardon surtout , dont la source a retenu son nom : il s'y était lié presque d'amitié avec plusieurs hommes distingués , tels que La Tourrette , Rosier , Gilibert , l'abbé Grange- Blanche, le musicien Coignet, etc. En 1770, Jean- Jacques adressa â La Tourrette la lettre si noble par laquelle il souscrivait à la statue de Voltaire. Pendant les années 1768 , 1769 et 1770, le morose citoyen de Genève établit son domicile à Monquin , dépendance du château de Sesarge , â deux kilomètres de Bourgoin. Exposé par sa misère à de fâcheuses aventures , J.-J. Rousseau a porté sur la moralité du peuple de Lyon un jugement qui ne pouvait nuire qu'à lui-même.

2. — Tourritti (Marc-Jntoine-Louis Claret de Fleurieu de la) , conseillera la Cour des monnaies , né â Lyon en 1729, mort en'1793. Démonstrations élémentaires de botanique (avec Gilibert et Rozier). Lyon , 1766, 2 vol. in-8°. — Voyage au mont Pilât, dans la province du Lyonnais. Avignon , Begnault, 1770, in-8°. — On a de Fleurieu de la Tourrette divers ouvrages manuscrits, intitulés : Remarques sur les Lyonnaisismes ; Lettre sur les Bélemnites ; Projet pour une histoire naturelle des provinces du Lyonnais , Forez et Beaujolais ; Réflexions sur les eaux de puits , etc. Il a prononcé les Eloges historiques de l'abbé Dogaiby, du chevalier de Tille, deNoyel de Belleroche, de Croset et de Montmorillon.

3. —Mathon de la Cour [Jacques), uè â Lyon en 1712 , mort en 1770. Nouveaux Eléments de dynamique et de mécanique. Lyon, PerUse , 1762-63, 3 vol. in- 12. — Quelle est la

HISTOIRE DE L ACADÉMIE ; MONGEZ. — XVIIIe SIÈCLE. 841

L'archéologie était réprésentée à l'Académie par des hommes de mérite : l'un d'eux, l'abbé Jean-Baptiste Greppo, s'était occupé longtemps d'inscriptions latines ; on lui doit un travail historique estimé sur les fortifications de Lyon ». Antoine Mongez était un excellent littérateur; il avait beaucoup de science et de goût2, éloge qu'on peut également adresser à l'avocat Clapasson r> et à l'abbé Jacquet *. On doit à l'abbé Antoine La-

maniére la plut avantageuse de suppléer à l'action du tant dans les grands vaisseaux ? (Recueil des prix de l'Académie des sciences , l. VIII. Paris, 1771). On a de Mathon de la Cour quelques articles imprimés dans le Journal de Physique et dans le Journal des Savants , et plusieurs mémoires manuscrits.

Son fils , Charles* Joseph Mathon de la Cour , né à Lyon en 1738 , mort en 1793 » a écrit un assez grand nombre d'ouvrages. Voici l'indication des principaux : Par quelles causes et par quels degrés les lois de Lycurgue se sont-elles altérées chez les Lacédéinoniens jusqu'à ce qu'elles aient été anéanties? Lyon, 1767, in-8°. — Discours sur le danger de la lecture des livres contre la religion. Paris, Lejay, 1 770 . in -8°. — Discours sur le patriotisme français. Lyon, Périsse, 1764, iu-8°. — Discours sur les meilleurs moyens de faire nattre et d'encourager le patriotisme dans une monarchie. Paris, 1788, in-8°. — Lettres sur les peintures , etc., exposées au salon du Louvre. Parts , Bouche , 1763-67 , trois parties in- 12. — Testament de Fortuné Ricard. Lyon, 1785, iu-8°. La bibliothèque de l'Académie possède plusieurs ouvrages manuscrits de la composition de Charles-Joseph Mathon de la Cour.

1. — Gatppo (Jean- Baptiste), ué à Lyon en 17 H , mort chanoine de Saint-Paul en 1767. On a de lui ces ouvrages manuscrits : Notice snr l'église collégiale de Saint-Paul. — De la Théorie de la 'terre relativement aux effets du déluge. — De la construction des murs et fortifications de Lyon (imprimé dans les Archives du Rhône). — Observations sur la méthode de M. Duhamel pour la conservation des grains.

2. — Mohgiz ( l'abbé Antoine), né a Aix en 1783, professeur de rhétorique au collège de Lyon , conservateur de la bibliothèque de l'Académie , etc. ; mort en 1783. On a de lui une Dissertation sur la décadence de l'éloquence de la chaire , un Discours sur les avantages de l'amour des lettres pour la vieillesse , des Panégyriques de Louis XIV; une tragédie intitulée : Titus ou la prise de Jérusalem ; etc.

3. — Clapassok {André), né à Lyon en 1708 , mort en 1770. Description des curiosités et des monuments de Lyon. Lyon, 1741, in-8°. On a de lui un assez grand nombre d'ouvrages manuscrits sur la peinture , la musique et l'architecture. Les Archives du Rhône ont publié sa Dissertation sur les aqueducs et ses Recherches sur (a bataille de Brignais.

4. — J acquit ( l'abbé Louis), né à Lyon en 1772, mort en 1794. Parallèle des tragiques grecs et français. Lyon, Duplain, 1760, in-12. — Le Pour et le Contre sur cette question : Le désir de perpétuer son nom et ses actions dans la mémoire de« hommes est-il conforme à la nature et à la raison? 1761, in -8°. — Discours sur ce sujet : La candeur et la franchise sont-elles communément plus utiles dans le maniement des affaires que la ruse et la dissimulation? 1761 , in-8°. Ces deux dissertations obtinrent les prix que l'Académie de Besançon avait mis an concours. — Coup d'oeil sur les quatre concours qui ont eu lieu à l'Académie de Lyon pour le prix proposé par l'abbé Raynal , sur la découverte de l'Amérique. Lyon, Bruyset, 1791, in -8°.

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croix l , autre académicien estimable , d'intéressantes recherches statistiques sur la ville de Lyon. Ses collègues , Charles-Joseph de JRuolz *, Antoine Barou du Soleil r» , les avocats Brisson * et de Sozzy s , les abbés Dugaiby ti et de Valernod 7, et Nicolas Grollier, comte de Servières^ , cultivaient les lettres avec distinction. Je

i. — Lacroix ( l'abbé Antoine) , né a Lyon en 1708 , trésorier de France, obéancier de Sainl-Just , vicaire général. On a de lui les ouvrages suivants : Etal des baptêmes , des mariages et des morts de la ville et des faubourgs de Lyon pour vingt-cinq années , depuis 1750 jusqu'à 1775. Lyon, 1776, in-4°. — Réflexions sur les sépultures dans la ville de Lyon. Lyon, 1776, in-8°. — Nécrologie de Lyon pour les années 1766 et 1767. Lyon , 1768. — Etat des naissances , mariages et morts dans la ville et les faubourgs de Lyon, pour les années 1760 1769. Lyon, 1770. La bibliothèque de l'Académie possède plusieurs ouvrages manuscrits d'Antoine Lacroix.

4.— Roolz (Char les- Joseph de ), né à Lyon en 1708, mort conseillera la Cour des monnaies, en 1756. On a de lui l'ouvrage suivant : Dissertation sur la vie et les écrits de Louise Labé. Lyon, Delaroche , 1750 , in-12. On conserve parmi les manuscrits de l'Académie plusieurs dissertations de Joseph de Ruolzsur des questions de littérature, de physique et d'économie domestique ou vétérinaire.

3. — Barod du Soleil (Pierre- Antoine), né à Paris, procureur du roi au présidial de Lyou , mort à Lyon en 1795. On a de lui : Eloge de Prost de Royer. Lyon , 1785 , in-8°; et le manuscrit suivant : Eloge de l'abbé Mongez.

4. — » Brisson (Antoine- François), né à Paris en 1748 , reçu membre de l'Académie de Lyon en 1771. Hémoires historiques et économiques sur le Beaujolais. Lyon, Réguillat, 1770, in-8°. — Instructions sur le blanchissage des toiles , etc.; 1780. — Le Moyen de faire de bon pain. Lyon, 1779. — Manière de retirer des pommes de terre la poudre blanche que l'on nomme amidon. Lyon, 1779. Il a laissé un assez grand nombre de manuscrits sur des questions de physique et d'histoire naturelle.

5. — - Sozzt (Louis- François de) , avocat au parlement , né à Paris en 1706, mort à Lyon en 1780. Lettre sur l'urne antique de plomb trouvée à Lyon. ( Revue du Lyonnais , 1. Voyez Colonïa). — Avertissement sur l'hyène qui a parn dans le Lyonnais en 1756 ; in-lî. — Traduction des Olympiques de Pindare ; 1754, in- 12. — Principes de jurisprudence sur les cassalions; 1771. — Consultation pour les syndics, consuls et habitants de Vaise -lès- Lyon. Lyon, Faucheux, 1779, in-8°.

6. — Dugaiby (l'abbé Etienne), né à Lyon en 1695, mort en 1767. Arithmétique ordinaire et abrégée , enseignée par des règles et par une suite de tables qui en épargnent l'étude. Avignon, 1754, in-8°. — Livret ou comptes faits d'additions et de soustractions. M. Dumas a donné , dans son Histoire de l'Académie , l'indication de vingt-sept ouvrages manuscrits de Dugaiby.

7. — Valernod (l'abbé Marie-Elèazar de), né à Valence en 1704 , mort chanoine d'Ainay en 1778. Mémoire sur ce problème : Diminuer des deux tiers la dépense de l'eau dans les machines mues par son choc; 1773. L'Académie de Lyon possède un assez grand nombre d'opuscules manuscrit* de ce géomètre.

8. — Grollier ( Nicolas, comte de Serviéres), né à Lyon en 1667, mort en 1745. Recueil d'ouvrages curieux de mathématiques et de mécanique , ou Description du cabinet de Nicolas Grollier de Serviéres (son grand-père). Lyon, Dav. Forey, 1719, in-4*. Paris, Ché-Ant, Jom-

HISTOIRE DE L ACADÉMIE; LA TOURRETTE. — IL VIIIe SIÈCLE. 843

ne dois oublier ni Prost de Royer conuu par ses travaux en jurisprudence ' , ni le magistrat Jacques- Annibal Claret de la Tourrette, élu trois fois prévôt des marchands, ni Jussieu de Montlucl, à qui l'on doit, entre autres productions, un ouvrage souvent réimprimé sur les conventions ou engagements divers qu'on peut prendre dans la société.

L'Académie comptait parmi ses membres associés plusieurs des savants ou des hommes de lettres les plus éminents de la France. Elle reçut par acclamation Buftbn en 178Ù , et dérogea en sa faveur à la loi qu'elle s'était imposée de n'admettre dans son sein que les candidats qui lui auraient adressé la demande écrite de cette distinction. Buffon écrivit , à cette occasion , une lettre charmante au secrétaire de la compagnie, Mathon de la Cour. Un des membres associés les plus anciens et les plus zélés de l'Académie, Ducis , avait témoigné dès l'année 1775 un vif désir de lui appartenir , en lui adressant une de ses tragédies; le recueil manuscrit de la correspondance de cette société contient plusieurs lettres intéressantes de ce poète. Une tendre amitié l'unissait, on le sait, à Thomas , qui faisait partie aussi de l'Académie de Lyon: épuisé de travail et valétudinaire, Thomas, à son retour de Nice , au mois de mai 1784 , s'était retiré près de Lyon , au village d'Oullins ; il appela auprès de lui son ami, qui s'empressa d'accourir. Thomas eut encore assez de force pour lire à l'Académie quelques chants de son poème du Czar , et une dissertation sur l'origine de la langue poétique. Son état devenait plus grave ; l'archevêque de Lyon , Malvin de

bertf 1751, in-4°, fig. Grollier a laissé en manuscrits les ouvrages suivants :' Mécanique abrégée des arts et métiers. — Moyen dont on s'est servi à Malte, en 1738, pour faire sauter un rocher tombé dans la mer à l'entrée du port. — Mémoire sur la taillanderie en fer-blanc. — De la Menuiserie.

1. — Prost De Rote» {à nloine- François), né à Lyon en 1749, successivement avocat à la Cour de Lyon , administrateur des Hôpitaux , échevin , lieutenant-général de police, etc., etc.; inorl en 1784. De l'administration des fermes. Lyon , 1782 , in-8°. — De l'Administration municipale, ou Lettre d'un citoyen de Lyon sur la nouvelle administration de celte Tille ; 1765, in-8© — Lettre dans laquelle on traite dn prêt à intérêt... Lyon, 1763 , in-8°. — Lettre sur l'administration municipale de Lyon. Lyon, 1775, in-12. — Mémoire sur la conservation des enfants. Lyon, 1778, iu-8°. •

Prost de Royer , eu société avec Riolz , a publié les sept premiers volumes d'un Dictionnaire de Jurisprudence qui n'a pas été achevé.

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Montazet , recueillit dans sa maison de campagne d'Oullins son confrère malade et l'entoura des soins les plus délicats. Thomas mourut, et fut enseveli dans l'église du village , sous un marbre que Ducis ne perdit pas de vue : une députation de l'Académie assista aux funérailles de son illustre correspondant. Raynal , à la même époque , entretenait avec cette compagnie des relations très actives ; il lui fit présent de son buste et d'une somme assez considérable, destinée à la fondation d'un prix.

§ II. L'Académie prit une part directe à quelques-unes des découvertes scientifiques les plus remarquables du dix-huitième siècle.

Après avoir fait une étude profonde de la machine à vapeur des frères Périer à Ghaillot , le marquis de Jouflroy pensa que ce moteur énergique pouvait être appliqué à la navigation. Il fit part de son idée à quelques hommes qui, bien que fort compétents, l'accueillirent avec peu de faveur, ne se découragea point et fit quelques essais, avec un bateau de son invention, sur le Doubs , petite rivière de la Franche-Comté, son pays. Sans être couronnés d'un succès complet , ses premiers efforts prouvaient du moins la possibilité de la réussite; il persévéra. L'année suivante, le marquis de Jouflroy fit construire, d'après ses idées rectifiées , un bateau qui devait être mis en mouvement par l'action continue de la vapeur , et choisit la Saône pour le théâtre de ses expériences. D désirait pour elles une grande publicité et l'examen d'un corps savant; une commission nommée par l'Académie reçut la mission d'y assister , et d'en constater officiellement les résultats. Le bateau avait cent trente pieds de longueur , quatorze de largeur , et tirait trois pieds d'eau ; on l'essaya en présence de nombreux témoins, le 19 août 1783. Mis en mouvement par la vapeur de l'eau en ébullition, il remonta le courant de la rivière pendant un quart-d'heure, et s'arrêta auprès d'une maison de Serin: ainsi l'épreuve avait réussi , malgré l'imperfection considérable du mécanisme. Un procès-verbal authentique, signé des noms suivants, Mongez, Ma thon de la Cour, Roux, Le Camus, Delandine, constata que Tunique moteur du bateau avait été une pompe à feu. Invitée à donner son avis , une commission , désignée à Paris par l'Académie des sciences,

HISTOIRE DE L ACADÉMIE; BOURGELAT. — XVIIIe SIÈCLE. 8G5

refusa de se prononcer , el l'immense découverte du marquis de Jouffîroy tomba dans l'oubli, jusqu'au jour où le génie de Fulton la reprit , pour en faire un des leviers les pins puissants de la civilisation. *

A la même époque où l'application de la vapeur à la navigation était si peu comprise , l'attention publique se préoccupait au plus haut degré de la navigation aérienne , dont les deux frères Etienne et Joseph Montgolfier venaient de faire les premiers essais. Us avaient rempli un ballon de vapeur , et ce globe s'était élevé à une grande hauteur dans l'atmosphère , traînant après lui , par sa force ascensionnelle , une nacelle qui pouvait contenir des voyageurs. Il y eut, en effet, des hommes assez courageux pour tenter cette périlleuse expérience ; leur audace excita un enthousiasme universel. Personne n'avait pris garde à l'idée du marquis de Jouffroy ; celle des aérostats eut un retentissement immense. Joseph Montgolfier vint à Lyon au mois de janvier A78& , se présenta à l'Académie , lui exposa ses idées dans un mémoire dont la lecture fut très goûtée , et demanda la nomination de commissaires pour assister aux préparatifs de l'ascension qu'il se proposait d'exécuter. Il fut admis à une autre séance académique à laquelle assistaient Saussure, Pilâtre du Rozier , le prince de Ligne , et Boissy-d'Anglas. L'ascension eut heu aux Broteaux, le 19 janvier 1784, à midi cinquante-une minutes ; sept personnes se placèrent dans la nacelle : c'étaient Joseph Montgolfier , Pilâtre du Rozier , le prince de Ligne , le comte de Laurencin , le comte de Laporte-d'Anglefort, le comte de Dampierre et Fontaine. Une affluence extraordinaire de spectateurs se pressait autour des aéronautes : contrarié par le temps, ralenti par la neige qui le couvrait, et endommagé par quelques déchirures, le ballon s'éleva majestueusement jusqu'à une hauteur de six cents toises, plana quelques minutes dans l'atmosphère , et redescendit sans accident aux acclamations bruyantes de la foule frappée d'étonnement et d'admira-

1. — Dcmas (/.-!?.). Premiers Essais de la vapeur à Lyon. (Revue du Lyonnais , XIX, 257). M. Dumas a publié le procès-verbal de la commission de l'Académie — Biographie universelle , article Jouffroy d'Abbans {Claude-François-Dorothèe , marquis de).

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tion. La ville accorda des lettres de bourgeoisie à Joseph Montgolfier. ■

Elle devait bien plus de reconnaissance à un Lyonnais, Claude Bourgelat, qui l'avait dotée , depuis l'année 1761 , d'une école dont l'objet était l'étude et le traitement des maladies , soit des chevaux, soit des bœufs, chiens et autres animaux domestiques : tel fut le commencement de la médecine vétérinaire , dont les progrès devaient être si rapides et les services si considérables. Avocat d'abord , Bourgelat aimait les chevaux avec passion ; il avait fait de l'équitation une étude approfondie 2. Son humble établissement , soutenu par une allocation provisoire de huit mille trois cent trente-trois livres , s'ouvrit le 1er janvier 1762 , dans une maison du faubourg de la Guillotière , et eut dès son origine beaucoup de célébrité. Gomme il répondait à un besoin vivement senti ,.il reçut , en 1 784 , le titre d'Ecole royale vétérinaire Cependant son importance ne fut bien sentie que longtemps après ; l'école de Lyon , négligée , se composait de deux professeurs et d'une vingtaine d'élèves : Bourgelat, aidé de l'appui du gouvernement , avait fondé au château d'Alfort une école nouvelle dans laquelle il avait amené ses élèves les plus capables. L'abbé Rozier lui succéda dans la direction de l'école de Lyon; il occupa dix ans cet emploi5 , et eut pour successeur

1. — L'Ascension faite à Lyon par Joseph Montgolfier a fourni à Boistieu le sujet d'un charmant dessin.

S. — Bourgelat (Claude), né à Lyon vers 1712, mort en 1779. Nouveau Newcastle f ou Traité de cavalerie. Lausanne, 1747, in-12. -r Eléments d'Hippialrique , ou Nouveaux principes sur la connaissance et sur la médecine des chevaux. Lyon, 1750-53 , 3 vol. in-8°. — Eléments de l'art vétérinaire. Lyon , 1765 , in-8°. — Mémoire sur les maladies contagieuses du bétail. Paris ,-1775, in-4°. — Précis analomique du corps du cheval. Paris , 1766-68 , in-8°j etc.

3. — L'abbé Rozier avait «les connaissances tellement variées , qu'il n'était nullement déplacé dans les fonctions de directeur de l'Ecole vétérinaire de Lyon. Fort instruit dans ta connaissance des végétaux , il écrivit , aidé par son ami La Tourrette , des démonstrations élémentaires de botanique. Dépossédé de sa place , il se rendit à Paris et prit la direction du journal qui paraissait sous le titre d'Observations sur la physique , sur l'histoire naturelle et sur les arts. Son cours d'agriculture, dont la publication commença en 1781, lui fit, comme agronome, une grande réputation. Rozier revint dans sa ville natale en 1788, fut nommé membre de l'Académie, et prit la direction de la pépinière de la province. La Révolution le fit curé constitutionnel d'une paroisse de Lyon.

On a de lui : Cours complet d'agriculture. Part*, 4781-1805, 1i vol. iu-4° , fig. —

HISTOIRE DE L ACADÉMIE; POIVRE. — XVIIIe SIÈCLE. 847

Flandrin que remplaça Louis Bredin. L'école de Lyon éprouva , de 1780 à 1785 , une régénération véritable : Bredin releva l'enseignement, et, bien servi par le concours de l'intendant de Fiesselles, établit sur des bases solides la belle création de Bourgelat. Toutefois elle était mal placée au lieu qu'elle occupait : aucune des parties du bâtiment n'avait été construite pour sa destination; les infirmeries manquaient d'air, de jour et d'espace; il était impossible de loger tous les élèves dans les dortoirs; enfin, l'école était visitée fréquemment par le Rhône. Une autre ère devait commencer , à la fin du siècle , pour cette institution utile.

Non moins célèbre que Bourgelat, Pierre Poivre a droit à une place distinguée parmi les Lyonnais dignes de mémoire qui vécurent pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle.

Elevé par l'institution des Missions étrangères pour de longs voyages, il avait étudié les arts du dessin et l'histoire naturelle. Son activité était extraordinaire, son dévouement infatigable: peu d'hommes ont été aussi bons observateurs. Poivre conçut le projet de transporter dans les Iles de France et de Bourbon les plantes à épices des Moluques, et il y parvint malgré des obstacles sans nombre. Après la ruine de la Compagnie des Indes , en 1758 , il se retira à Lyon, devint membre de l'Académie , et fit à cette compagnie des lectures fort intéressantes sur ce qu'il avait vu pendant ses pérégrinations lointaines. Appelé en 1767 à l'intendance des Iles de France et de Bourbon , il fit preuve dans cet emploi d'un vrai talent d'administration, et donna beaucoup d'impulsion à l'agriculture, au commerce et aux travaux publics. De retour six ans après dans sa ville natale, il y vécut entouré d'une grande considération. Poivre possédait, sur les bords de la Saône , une maison de campagne appelée la Fréta; il l'habitait

Démonstrations élémentaires île botanique (avec La Tourrelle ). Lyon , 1766, $ vol. iu-8°.

— De la fermentation des vins , etc. Lyon, 1770 , in-8°. — Quelle est la meilleure manière de brôler ou de distiller les vins? 1770, in-8°. — Mémoire sur la manière de faire et de gouverner les vins de Provence. Lyon, 1770 . in-8°. — Sur le rouissage du chanvre ; 1788.

— Observations sur la physique, etc. Paris, 1771-72, 9 vol. in-li. — Observations et mémoires sur la physique, sur l'histoire naturelle et les arts. Paris , 1783-87. — Nouvelles Tables des matières de l'Académie des sciences. Paris , 1775-76, A vol. in-4°. — Traité sur la meilleure manière de cultiver la navette et lecolxa. Paris, 1774, in-8°; etc.

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pendant une partie de Tannée , visité par tous les étrangers de marque , et regardé à juste titre comme un des hommes qui avaient rendu le plus de services au pays. !

Pendant que François Rozier donnait une grande impulsion à l'agriculture , considérée comme science pratique , Gabriel Jars s'occupait de métallurgie avec infiniment de succès 2. Son père était directeur des mines de Sain-Bel et de Chessy : Gabriel Jars ne négligea rien pour mettre à profit cette position. Elève des ponts -et- chaussées , il fit pour son instruction un voyage minéralogique en Allemagne , en Angleterre , en Suède et en Hongrie, accompagné de son frère : les faits qu'il recueillit dans cette longue exploration devinrent la partie fondamentale d'un ouvrage très estimé qu'il publia , et qu'on recherche encore. Pevenu directeur des mines de Chessy , il conduisit les travaux avec vigueur, et perfectionna les procédés d'exploitation*

Parmi les sciences pour lesquelles les Lyonnais montrèrent au dix-huitième siècle une aptitude remarquable , les mathématiques et la physique demandent une mention spéciale : elles furent portées très loin par quelques hommes , qui formèrent d'habiles maîtres3. Un de ces savants, le P. Laurent Béraud, jésuite, né au commencement du siècle , avait professé les belleslettres dans les collèges de Vienne et d'Avignon; il fut reçu comme astronome à l'Académie , et fit , pendant dix années , d'utiles études à l'observatoire du Collège royal 4. Très versé

I. — Poivre (Pierre) , né a Lyon en 1719, mort en 1786. Voyages d'un philosophe , ou Observations sur les mœurs et les arts des peuples de l'Amérique , de l'Asie et de l'Afrique. Yverdun , 1768 , in-12. — Œuvres complètes , précédées d'une notice sur sa vie , par Dupont de Nemours , et accompagnées de notes par Langlés. Parie , Fucht , 1797 , iu-8°.

S. — Jars {Gabriel), né à Lyon en 1732 , mort en 1769. L'Art de fabriquer la brique et la tuile en Hollande , etc. Parie , 1767, in -fol. — Voyages métallurgiques, ou Recherches et observations sur les mines et forges de fer, etc. Lyon , 1774-81, 3 vol. iu-4° , 6g.

3. — On peut citer comme tels les PP. François Milliel de Châles (de Chambéry), et Claude Rabuel (ué à Pont-de-Veyle). Plus ancien qu'eux , le P. Nicolas Sarrabat a joui de quelque célébrité ; il était de Lyon.

4. — Brraud (le P. Laurent), né a Lyon en 1703, mort en 1777» Les animaux et les métaux ne deviennent-ils électriques que par communication ? Bordeaux, 1749 , in-4°. — - Dissertation sur la cause de l'augmentation de poids que certaines matières acquièrent dans leur calcination. Bordeaux, 1747, iu-8°. — La Lune a -t- elle quelque influence sur la végétation

sciences; bertholon. — xvin6 siècle. 849

dans les sciences physiques et mathématiques , le P. Béraud obtint quatre prix qui avaient été mis au concours par des sociétés savantes; il n'a point fait de grandes découvertes , ses ouvrages ont vieilli comme la science de son époque , mais on n'en doit pas moins le considérer comme un des premiers anneaux de cette chaîne de mathématiciens qui s'est continuée sans interruption jusqu'à l'illustre Ampère '. Cassini l'avait en haute estime , et lui écrivait souvent. Béraud eut , pendant vingt-deux ans, la direction de l'observatoire : il a observé deux fois le passage de Mercure dans le soleil. Profond dans les antiquités , ce savant astronome a écrit des dissertations estimées sur des pierres sépulcrales tirées des catacombes de Memphis , et sur l'as ou livre romaine. Le collège de la Trinité eut pour professeur de mathématiques des hommes fort capables. Venu après eux, l'abbé Nicolas Bertholon s'occupa beaucoup de physique et surtout d'électricité ; il était de Lyon , et était entré dans la communauté des Lazaristes. Franklin entretenait avec lui un commerce suivi. Bertholon a écrit sur l'électricité des végétaux , sur celle du corps humain , sur les météores , et sur les causes qui ont fait prospérer les manufactures de Lyon. Il avait une grande facilité , et en abusait peut-être : rien de lui n'est resté *. Montucla , savant mathématicien , a laissé une répu-

el sur l'économie animale ? Bordeaux, 1760, in-8°. — Dissertation sur le /apport qui se trouve entre la cause des effets de l'aimant , et celle des phénomènes du tonnerre et de l'électricité. Bardeaux , 1784, in-4°. — Physique des corps animés. Paris , 1755 , in- 12. — Mémoire sur les éclipses annulaires du soleil , et notamment sur celle du I" avril 1764. Lyon , 1764.

Il y a quelques mémoires du P. Béraud parmi ceux des savants étrangers de l'Académie des sciences. On conserve de lui un assez grand nombre de manuscrits snr des questions d'astronomie et de physique. — Lefebvre (le P.). Eloge du P. Béraud. Lyon , 1780, in-12.

1. — Plusieurs mathématiciens d'élite appartiennent à Lyon, sinon par leur naissance, du moins par l'éducation qu'ils y ont reçue ; un des plus distingués est l'abbé Charles Bossu t.

2. — Bertholon (Nicolas) , né en 1742 , mort en 1800. Mémoire sur un nouveau

moyen de se préserver de la foudre. Montpellier, 1777, in -4°. — Quelles sont les maladies qui procèdent de la plus ou moins grande quantité du fluide électrique ? Montpellier, 1779 , in-8°. — Des moyens économiques d'entretenir les pavés; 1779 , in- 8°. — Mémoire sur les moyens qui ont fait prospérer les manufactures de Lyon , etc. Parie , 1 782 , in-8°. — Mémoire sur le moyen de déterminer le moment où le vin en fermentation a acquis toute sa force. Montpellier, 1782 , in 8°. — De l'électricité des végétaux. Paris, 1783, in-8° De l'électricité du corps humain. Lyon, 1786, 2 vol. in-8°. — Avantages que la physique et les arts

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tation infiniment mieux établie ; ses ouvrages sont encore recherchés. '

Lyon produisit, pendant le dix-huitième siècle, des médecins et des chirurgiens d'un vrai mérite, dont la plupart devinrent membres de l'Académie : de ce nombre furent Falconnet * , Pestalozzi, Rast de Maupas , Villermoz et Camille de Boissieu 3. Claude Pouteau est demeuré jusqu'à nos jours la plus grande illustration chirurgicale de l'Hôtel-Dieu ; c'était un homme de génie, bon opérateur et observateur excellent. Ses ouvrages, qu'on lit encore avec fruit , lui acquirent beaucoup de renommée et firent faire des progrès à l'art chirurgical 4. Après Pouteau vinrent dans un ordre inférieur Collomb •, Grassot et Bonnefoi. Deux pharmaciens , Nicolas Gavinet et François Tissier, s'élevèrent au premier rang dans leur utile profession; ils avaient fait une étude approfondie de la chimie.

Les trois Jussieu , que Lyon est fier d'avoir donnés à la botanique , sont comptés parmi les hommes qui ont contribué le plus aux progrès de cette branche des sciences naturelles. An-

pcuveul retirer des globes aérostatique». Paris , 1784 , in-8°. — De l'eau la plus propre à la végétation. Paris, 1786, in-8°. —De l'électricité des météores. Parts, 1787, 2 vol. in-8°. — Mémoire sur la théorie des incendies. Pom, 1787, in- 8°. — Sur le basalte de Saiul- Tibary. Montpellier, 178I,in-8°. — Preuves nouvelles de PefBcacité des paratonnerres. Paris, 1783, in-4°. — De la nature considérée sous ses différents aspects (avec Boycr). Paris, 1787- 89, 9 vol. in-8°. — Allas moderne portatif, 2« édition. Lyon, 1804, in-4*.

Chartes-Joseph de Villers , né à Rennes en 1724 , a professé longtemps la physique et les mathématiques à Lyon. Il a écrit contre le magnétisme animal, et donné une édition de l'Entomologie de Linné. Son cabinet de physique était fort beau.

1. — Montdcla (Jean-Etienne), né a Lyon en 17i5, mort en 1799. Histoire des mathématiques. Paris, Jomhert, 1758, 2 vol. in-4°. — Histoire des recherches sur la quadrature du cercle. Paris, Jombert, 1754, in-12.

2. — Falconnet (Camille) , né à Lyon en 1671, mort en 1762. On trouve plusieurs dissertations de ce médecin dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles -lettres.

3. — Camille de Boissieu était frère atuè du peintre Jean-Jacques de Boissieu. Camille était un médecin fort distingué ; il obtint de l'Académie de Dijon deux prix et un accessit sur des questions de physique médicale.

4. — Pootead (Claude), né à Lyon en 1721, mort en 1775. Mélanges de chirurgie Lyon , Begnauh , 1760, in-8°. — Essai sur la rage. Lyon, 1763, in-8°. — La Taille au niveau. Paris, 1765 , in-8°. — Œuvres poslhunips (publiées par J. Colombier). Paris, 1783 , 3 vol. io-8°.

5. —Collomb (Barlhélemi) , né à Lyon en 1718, mort en 1798. Instruction pour les mères nourrices. Lyon, 1785, in-12. — Œuvres médico-chirurgicales. Lyon, an VI, in-8°.

botanique; les jussieu. — xvmc siècle. 851

toine, l'aîné des deux frères, devint professeur de botanique au Jardin du roi, à Paris, pendant les dernières années du règne de Louis XIV: il fit, en 1716, un voyage botanique en Espagne , accompagné de son frère Bernard , et entra fort jeune à l'Académie des sciences , dont il fut un des membres les plus zélés f. Né à Lyon en 1699, treize ans après Antoine, Bernard de Jussieu se destinait à la profession de médecin. Reçu docteur de la faculté de Montpellier ;en 1720 , et de celle de Paris en 1726, il se livra peu à la pratique médicale et se consacra tout entier à sa passion pour l'étude des végétaux. Patient, doué d'une étonnante mémoire , de beaucoup de sagacité et d'une aptitude singulière , soit pour comparer les unes aux autres les parties organiques des plantes, soit pour trouver des rapports entre elles, habile à observer les plus petits objets , Bernard était né botaniste. Il était admirablement sur son terrain dans ses herborisations à la campagne ; Linné , qui l'y accompagna plusieurs fois, s'étonnait de la promptitude et de la sûreté du coup d'œil de ce grand naturaliste. A peine âgé de vingt-six ans , Bernard de Jussieu devint membre de l'Académie des sciences ; il donna au recueil des mémoires de cette société plusieurs dissertations sur des végétaux alors peu connus , et un travail estimé sur les polypes d'eau douce. Louis XV l'avait chargé, en 1758, de classer les plantes du jardin de Trianon; ce travail conduisit Jussieu à la découverte de la méthode naturelle : on sait qu'elle est fondée sur le rapprochement des plantes qui se ressemblent par le plus grand nombre de caractères, sur la structure de l'embryon et sur l'insertion des étamines et de la corolle -. Membre

1. —Jussieu (Antoine de), né à Lyon eu 1686, morl en 1758. An inveleralis alvi fluxibus simarouba? Parfaits, 1731, iu-4°. — Appendix ad Josephum Pitton de Tournefort , Institution es rei berbariae ; 1719, in-4°. — Discours sur les progrès de la botanique. Patois , 1718, m-4°. — Disserta tio de analogia inler plantas et animalia. Londini , 1741, in-4°. — Eloge de M. Fagon. Paris, 1718, in-4<>. — • Traité des vertus des plantes. Paris, 1771, in- 14.

Antoine de Jussieu a fourni un assez grand nombre de dissertations aux Mémoires de l'Académie des sciences.

4. — Jussieu (Bernard de), né à Lyon en 1699 , mort en 1776. Catalogue des arbres et arbrisseaux qui se peuvent élever aux environs «le Paris. Paris , 1735 , in-14. — Quaestio medica: An minor in fœtu quam in adullo partium solidarum abrasio? 1751, in-4°.

Les Mémoires de l'Académie des sciences contiennent quelques dissertations très bonnes de Bernard de Jussieu.

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