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rie de cet ennemi. Les catholiquts obéissaient au comte de Saull, les protestants au baron des Adrets; mais, étrange destinée de ces deux hommes ! quelques années après , le baron des Adrets se faisait catholique et le comte de Sault passait aux protestants. Dans ce temps malheureux , la religion n'était pas une conviction, pour les chefs du moins; c'était un intérêt.
Une grande agitation régnait dans Lyon. La cour n'était pas tellement rassurée par les lettres du comte de Sault , qu'elle ne crût nécessaire d'envoyer aux informations un homme investi de toute sa confiance. Ce fut le comte de Maugiron qu'elle chargea de ce soin. Elle donna en même temps Tordre au duc de Nemours de lever des troupes en Dauphiné et en Savoie. Maugiron vint à Lyon, comprit l'imminence du danger, et se hâta de se rendre au camp du duc de Nemours.
Les protestants lyonnais ne pouvaient se méprendre sur le but de ces levées d'hommes ; c'est à eux qu'on en voulait évidemment. Ils avaient demandé la permission de se rassembler dans l'intérieur de la ville pour se livrer à l'exercice de leur culte , ils avaient réclamé la liberté de conscience , s'engageant à déposer les armes et consentant au départ des étrangers qui étaient venus se joindre à eux, et les catholiques avaient rejeté ces propositions. Leur parti était sous l'impression du massacre récent de Vassy ; ils s'interrogeaient avec inquiétude sur la mission du comte de Maugiron.
Ce qu'ils avaient appris du Dauphiné n'était pas de nature à les rassurer. Le seigneur de la Mothe - Gondrin commandait Valence ; il leva quelques troupes, et probablement aussi pour combattre les calvinistes , mais il n'eut pas le temps d'achever ses préparatifs : un fort parti de protestants , aidé par les réformés de Montélimart, de Romans et de quelques-uns des lieux voisins, assaillit ses soldats et les mit en fuite. Gondrin fut tué ; on trouva , dit-on , sur lui des lettres du duc de Guise qui l'invitait à faire massacrer les protestants de la province. C'était une calomnie, mais les calvinistes de Lyon eurent le malheur d'y croire ; ils furent persuadés que Maugiron et Nemours avaient reçu de pareils ordres. Le meilleur système de défense , c'est souvent d'attaquer ; les protestants le savaient.
Il n'y avait pas moins d'alarmes dans le parti catholique : si
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la grande majorité du peuple de Lyon lui appartenait , la force réelle était du côté des protestants : là se trouvaient , en ce moment du moins , Les hommes d'action , les soldats , les capitaines. Les catholiques considéraient avec effroi l'insuffisance de leurs moyens militaires , ils s'inquiétaient de l'inertie du comte de Sault; leurs craintes n'étaient que trop fondées.
Les protestants se rassemblent auprès de leur temple de la Guillotière, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1562, sous la conduite de trois de leurs capitaines; ils sont au nombre de mille à douze cents hommes armés. Minuit sonne, ils se mettent en marche en troupes serrées , traversent le pont du Rhône, et entrent dans Lyon : leur plan a été concerté d'avance. Chaque compagnie se dirige vers le lieu qu'elle doit occuper. Eveillés par le bruit , nombre de bourgeois se mettent aux fenêtres ou descendent dans la rue : « Ne craignez rien pour vous , catholiques , leur dirent les assaillants , nous n'en voulons qu'à vos prêtres et à la messe. » Une garde protestante est placée aux deux avenues du pont du Rhône , sur les places Confort et des Cordeliers, et aux deux avenues du pont de Saône; elle a l'ordre de ne laisser passer personne. Un détachement se dirige sur la place Saint-Nizier et s'en empare; un autre, plus considérable, marche à l'IIôtel-de-Ville où se trouvait le capitaine Maurice du Peyrat avec soixante soldats, selon une version, et vingtcinq seulement selon d'autres témoignages Cette petite troupe catholique refuse de livrer les portes, et fait feu; un combat s'engage : des soldats protestants se glissent dans le clocher de l'église Saint-Nizier, montent jusqu'au sommet, et des fenêtres qui dominent tous les environs ils tuent à coups d'arquebuses les défenseurs de l'IIôtel-de-Ville. Toute résistance est dès-lors impossible; du Peyrat se rend , et les protestants pénètrent dans l'intérieur de la maison commune : ils y trouvent des armes et de l'artillerie. Une autre troupe court à l'attaque de l'église Saint. Eloi , où se sont retranchés le capitaine du Fenoyl et vingt-cinq arquebusiers; mais les insurgés ont maintenant du canon, ils brisent les portes. Saint-Eloi est emporté de vive force ; fait prisonnier aussitôt, du Fenoyl est conduit dans la prison de Pierre-Scise. Reste encore un point fortifié, le cloître Saint-Jean : les assaillants l'attaquent par une brèche qu'ils ont pratiquée à
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la murailleiàu) monastère des Célestins. Retiré à l'archevêché , le gouvernepHi n'a aucun moyen de défense , il capitule. Toute la ville appartient aux protestants ; ils prennent aussitôt leurs mesures pour la garder, tendent les chaînes sur Ja (rivière} oeeu* pent Pierre-Scise et les tours des remparts, et placent des sentinelles aux portes. Toutefois leurs soldats laissent les catholiques sortir librement de la ville ; s'ils retiennent prisonniers quelques chanoines, c'est pour que ces prêtres servent d'otages à quatre de leurs ministres qui sont retenus dans la prison de Montbrison. Au point du jour toute la ville est occupée par les protestants.
Ainsi Lyon tomba en leur pouvoir sans essayer de se défendre : une grande ville fut prise par une troupe de douze cents hommes ; toute cette multitude exaspérée de catholiques qui l'habitaient ne fit pas la moindre résistance. Il n'y eut que deux hommes de tués à l'Hôtel-de-Ville; un prêtre de Saint-Jean et quelques religieux périrent aussi dans la bagarre. Comment le comte de Sault n'avait-il eu aucun avis de l'entreprise que méditaient les calvinistes , et comment surtout toute la garde de la ville se réduisait-elle à soixante-quinze arquebusiers disséminés sur des points divers ? La terreur des catholiques au bruit de cette attaque nocturne explique l'inertie de la population : le comte de Sault n'était informé de rien, et, lorsque le jour parut, les protestants étaient en force ; enfin , on savait le baron des Adrets dans le voisinage. l
Quel usage feront maintenant les calvinistes de leur facile victoire ?Us convoquèrent une assemblée de bourgeois, d'échevins et de magistrats à l'Hôtel-de-Ville ; le gouverneur s'y rendit. Les orateurs protestants prirent la parole, et justifièrent tout ce qui venait d'être fait. Si leur parti avait pris les armes, c'était, direntils , dans l'intérêt de sa conservation, menacée par les troupes du duc de Nemours et par la mission du comte de Maugiron. Si les
t. — « Ensuite le prince de Condé envoya d'Orléans à Lyon Poncenac pour commander la « cavalerie , ayanl donné à Changy la conduite des gens de pied ; mais comme il y eut de m la mauvaise intelligence t Cliangy souffrit impatiemment qu'on misl en sa place Hector de m la Fores l Blacons , et pour luy , il alla à Valence pour y restablir les affaires. » ( Ds Tuou , //«*., 1562, I. XXXI.)
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calvinistes s'étaient emparés de la ville, c'était pour la garder au roi Charles IX jusqu'à l'époque de sa majorité. Us entendaient si peu se soustraire à l'autorité royale, qu'ils invitaient le comte de Sault à conserver le commandement de la ville. A cette justification, de Sault fit la réponse qu'il devait faire; le gouverneur qualifia de révolte cette surprise nocturne d'une ville royale , parla en termes énergiques des conséquences de cette rébellion, et déclara qu'il ne pouvait se considérer que comme le prisonnier d'un parti ennemi du roi. Mais plusieurs conseillers firent de vives instances pour l'engager à garder le commandement ; il se rendit à leurs sollicitations , après avoir déclaré toutefois qu'il attendrait les ordres du roi. Son autorité , d'ailleurs , ne pouvait être que nominale; les protestants étaient les maîtres.
Il fallait une sorte de traité : les protestants en dictèrent les conditions. Tous les bourgeois de Lyon qui avaient quitté la ville pour fait d'hérésie obtinrent l'autorisation d'y rentrer ; on abolit la messe , et la liberté de conscience fut proclamée. Douze conseillers protestants furent adjoints aux douze conseillers catholiques : tout le pouvoir appartint de fait aux chefs militaires du parti , et surtout au baron des Adrets qui avait pris possession de la ville au nom du prince de Condé. Lyon perdit tous ses privilèges, toutes ses franchises; les calvinistes avaient proclamé la liberté , mais ils la refusaient aux catholiques et ne la voulaient que pour eux.
Les protestants étaient assez forts non-seulement pour garder Lyon , mais encore pour s'emparer des villes voisines ; c'est ce qu'ils firent. Ils prirent , sans rencontrer de résistance , Villefranche, Mâcon, Châlon; Montbrison voulut se défendre, on sait avec quelle feft>cité le baron des Adrets traita cette ville malheureuse : jamais la fureur, dans une guerre civile, n'était allée si loin.
§ IV. Maîtres de Lyon, les réformés se vengèrent de l'oppression sous laquelle ils avaient vécu ; il y eut peu d'attentats contre les personnes , il faut le dire , il y eut peu de sang versé; tout le fanatisme se concentra sur la destruction des églises. Elle fut exécutée avec une sorte d'ordre, systématiquement, avec la régularité d'une opération militaire; les démolisseurs ne se hâtèrent point, ils prirent leur temps. Au reste, aucune vue
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d'intérêt personnel ne les guidait, aucun vol ne fut commis; ils tenaient registre de la spoliation des églises, et agissaient au nom et au profit de la cause protestante. Tous les chefs-d'œuvre d'architecture et de sculpture que le génie des siècles précédents avait élevés disparurent en quelques mois; jamais les Vandales n'avaient exercé de semblables dévastations. La fureur de destruction des barbares était aveugle et soudaine; bien plus terrible, celle des protestants était raisonnée : rien ne leur échappa. C'est par l'église de Saint- Jean qu'ils commencèrent1 : ils détruisirent le jubé, brisèrent et profanèrent le maître-autel,
1. — Les dévastations commises parles protestants dans les églises de Lyon ont été contestées par M. P. Gonon, dans une note do la page 19 de l'opuscule suivant , extrait du livre de du Pinet : Plant , pour traie l et description de la ville de Lyon au seizième siècle , par Antoine du Pinet. Lyon, L. Soi Ici, 1S41 v iu-8°. Du Pinet s'exprime en ces termes dans son allocution à la ville de Lyon : « Pense à la grande grâce qu'il l'a taile, veu le « changement « qui advint en toy le dernier d'apvril de l'an passé 1562 . que le tout a esté fait sans « effusion de sang. »
La première observation à faire , c'est que du Pinet ne nie nulle part la dévastation des églises ; il dit seulement que « le tout a été fait sans effusion de sang. » Mais il n'est pas question de meurtres que les protestants auraient commis ; personne ne (es en accuse : il s'agit uniquement de la spoliation des temples , des sacrilèges. Or, du Pinet ne les conteste pas. •
Mais écartons du Pinet et examinons : il s'agit de faits matériels , de dévastations commises dans nos églises aux yeux de toute la population, de mutilations de monuments publics; comment les écrivains catholiques contemporains auraient-ils osé dénoncer publiquement de tels actes de vandalisme s'il n'en avait rien été ? Les protestants ne se seraient-ils pas écriés :
* Vous nous accusez d'avoir démoli de fond en comble vos églises des Macchabées et de « l'Observance ; mais les voici debout et intactes : vous nous reprochez d'avoir brisé vos « christs d'atgenl , vos cloches, vos statuettes, vos pierres tumulaires; mais ces pierres « tumulaires , ces cloches , ces statuettes , ces christs , nous ne les avons pas touchés , m les voilà. » On taxe d'insigne mauvaise foi les écrivains catholiques dans ce qu'ils racontent des excès commis par les protestants à L\on. Qu'on récuse le témoignage du P. Saint-Aubin et du jésuite Colouia, fort bien; mais voici d'autres attestations qui viennent d'historiens dont le caractère est infiniment respectable ; Mézcrai s'exprime ainsi : « Ceux m de Lyon ( les protestants ) qui se déficient de Maugiron , qu'on avoii envoyé de la cour pour « être compagnon, cela vouloil dire conlrolleur, au gouvernement de leur ville, à François m d'Agoult , comte de Saull ; d'ailleurs, ayant avis que La Motte- Coudriii , Saint -Cho-
* mont et les d'Apchon levoieul des troupes pour les venir voir , ils appelèrent les capi-' m laines Aisse , Morel et Grille , et le dernier d'avril ils s'emparèrent des portes et de tous m les lieux forts , sans aucun meurtre que de deux ou trois personnes , mais non sans leurs « impiétés et barbaries accoutumées envers les choses saintes, » (Histoire de France. Paris, 1685, III , 87). De Thou , qu'on a plusieurs fois accusé d'une grande partialité en faveur des protestants , tient le langage suivant : « Le prince de Condé ayant receu la nouvelle de « la prise d'une ville de cette importance (Lyon), en eut une extrême joye , mais il fut Uni-
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renversèrent les murailles du cloître, et n'en laissèrent subsister que quelques débris dans les rues de la Bombarde , Tramassac et des Deux-Cousins; toutes les maisons attenantes au cloître éprouvèrent le même sort. Il y avait un grand nombre de tombes dans l'église, on les dépouilla de leurs plombs et des plaques qui les couvraient , et on jeta au vent la cendre des morts. Un superbe christ d'argent décorait le chœur, des soldats l'arrachèrent de sa place, le traînèrent dans la rue, aux applaudissements
« ché de ce pillage des églises , qui rendoil son party odieux ; et comme il disoit qu'il a voit « pris les armes contre les infracteurs des édils du roy , il ne ponvoit souffrir que les siens « eussent failly contre Védii qui deffrndoit qu'on abbatist les statues. Néanmoins il crut « qu'il ne de voit pas trouver cela si mauvais dans les pays éloignez , puisqu'il avoil souffert,
- bien que ce fus! malgré luy , que le soldai eust fait impunément à sa veue la mesme chose « à Orléans. Car le bruit s'eslant répandu qu'un avait abbatu les statues dans une église du « faubourg , en mesme temps, suivant cet exemple , Von courut de part et d'autre dans les
- églises pour y faire le mesme désordre, comme si on en eust reçu le commandement par
- un édit du roy. Et lorsque le prince de Condé , à la prière des chanoines de la grande « église , y eut mis des gardes , ces gardes mesme ayant fermé les portes , rompirent les m statues et les images , et dirent hautement que puisque les défendeurs des images et du
• mauvais culte exerçoient tous les jours tant de cruautez sur les hommes, c'cst-a-dire sur « les vivantes images de Dieu , ils ne voyoient pas pourquoy ils n'abbattroient pas des sta-
• tues t c'est-à-dire des représentations de choses mortes et par conséquent deffendues , qui
- donnoient occasion d'offenser Dieu. » (Histoire de M. de TKou% 1. XXXI, 1562. Paris , 1659, II , 423.
Mais voici un autre témoignage non moins important et décisif , c'est celui de Calvin luimême qui écrivait à ses frères de Lyon , le 13 mai 1562 : « Nous oyons des nouvelles qui m nous causent grande angoisse. Nous sçavons bien qu'en telles esmolions il est bien » difficile de se modérer si bien qu'il ne s'y commette de l'excès , et excusons facilement si
- vous n'avez tenu la hride si roide qu'il eust été à souhaiter ; mais il y a des choses in- « supportables dont nous sommes contraints de vous escrire plus asprement que nous ne « voudrions... Ce n'est pas un acte décent qu'un ministre (Jacques Rufi ou Ruffy ) se fasse
• souda rt ou capitaine; mais c'est beaucoup pis quand on quitte la chaire pour porter
- les armes : te comble est de venir au gouverneur de la ville , le pistolet en main , et le
« menacer en se vantant de force et violence Maintenant ces vieilles playes nous ont
m été raffraischies quand nous avons ony que les rapines qu'on avoit tirées de l'esglise de m Saint-Jehan ont été exposées en vente au dernier offrant , et despeschecs pour cent douze « «sens. Mesmes qu'on a promis aux soldats de leur distribuer à chasqu'un sa portion
- Or, combien qu'il soit tard d'y remédier, si ne pouvons non pas nous tenir de vous prier, « au nom de Dieu, et exhorter, en tant qu'en nous est , que vous mettiez peine à rc-
- compenser les fautes passées , et surtout d'empescher toutes ces voleries et pi I liages
« Desia il y a du zèle inconsidéré a faire tous ces ravages qu'on a faits aux temples... De ces « batins que pourra-t-on dire? A quel litre ravir ce qui n'est à aucune personne privée? Si
• les larrons sont punissables , c'est double crime de dérober le bien public. »
Celte lettre importante a été publiée en entier^ par M. Péricaud dans ses Documents , 13 mai 1562.
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de la populace , et le mirent en pièces pour le fondre. Des onze cloches qui faisaient l'orgueil du clocher, neuf furent brisées ; on ne laissa en place que la plus grosse, qui avait été fondue en 1554. Toutes les grilles des chapelles furent abattues et enlevées, tous les vases sacrés emportés et fondus; un ministre, monté dans la chaire, applaudissait à ces spoliations. Titres, chartres, diplômes , registres de toute nature disparurent des archives ; on les brûla. Le magnifique portail de l'église éprouva des mutilations à jamais regrettables : armés de marteaux , les calvinistes se plaisaient à faire tomber les tètes des figurines et les sculptures les plus délicates. Une statuette de saint Jean surmontait le fronton de la façade; elle choqua les regards d'un huguenot, qui se fit hisser jusqu'à son niveau; arrivé sur ce point élevé, il la frappa à si grands coups qu'il en perdit l'équilibre : homme et statue tombèrent sur le pavé et s'y brisèrent.
La basilique des Macchabées était l'objet particulier de la haine des protestants; son chapitre avait refusé de permettre l'érection, dans le quartier Saint-Just, d'un temple calviniste. On n'a point oublié la magnificence de cette ancienne demeure des rois et des papes, on se souvient de sa somptueuse architecture: le baron des Adrets la détruisit de fond en comble. Quand les pierres de taille résistaient trop au marteau , il les faisait sauter avec la poudre. On transporta en Provence les colonnes de marbre et de porphyre ; on abattit les cloches, et on les brisa pour les fondre. La plus grosse se défendit par son poids; il ne fut pas possible de la traîner plus loin que la place Saint-Nizier. Cette église des Macchabées était riche en précieuses reliques , elles ne furent pas respectées : des soldats s'emparèrent de la chasse d'argent qui renfermait le corps de saint Just et de la célèbre rose d'or. Ils profanèrent les tombeaux, brisèrent les chandeliers, renversèrent les autels , et causèrent de telles dévastations qu'on évalua plus tard le dommage , pour les bâtiments seuls , à plus de quatre cent cinquante mille livres tournois. '
1. — Selofi M. Gonon, le projet de détruire l'église Saint -Just, pour cause d'utilité publique , existait déjà dix-sept ans avant l'occupation de Lyon par les protestants ; ils ne firent que le mettre à exécution. (Plant , pourlraicl et description de la ville de Lyon au seizième siècle, par Antoine du Pinel , réimpression du 1844 , p. 20). M. Cocliard dit dans sa Notice
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Saint-Nizier souffrit un peu moins : le marteau calviniste abattit les statuettes du portail septentrional, et renversa jusqu'au niveau du sol les bâtiments du chapitre, ainsi que la chapelle de la confrérie de la Trinité. Il mutila , sans la détruire , l'antique chapelle Saint- Jacques. L'église des Jacobins perdit ses vases sacrés , ses riches ornements pour la célébration du culte , ses tableaux , ses autels ; des mains avides dépouillèrent ses tombeaux de leurs croix et de leurs plaques funéraires. Ainay fut ravagé ; les protestants rasèrent son cloître magnifique , ils n'en laissèrent pas une pierre debout. Us ouvrirent les tombes , et insultèrent à la cendre des morts; ils renversèrent l'autel qui portait les reliques de saint Pothin et le corps de saint Badulphe : les ossements calcinés des saints martyrs furent encore une fois jetés à la Saône, mais aucune main pieuse ne se présenta cette fois pour les recueillir. L'abbaye Saint-Pierre ne pouvait échapper à la rage des démolisseurs; elle était parvenue au plus haut point de sa splendeur et de son opulence quand les protestants s'y présentèrent. Avertie à temps, l'abbesse Françoise de Clément avait eu le temps de fuir avec ses religieuses; mais, avant de partir, elle avait caché dans une retraite qu elle croyait sûre le trésor et les reliques du monastère. Un ouvrier révéla le secret aux calvinistes , qui s'emparèrent des vases sacrés et dispersèrent les reliques sur le sol : une sœur laie qui n'avait pas suivi ses compagnes , feignant de cueillir des herbes , ramassa les saints ossements dans son tablier et les conserva pieusement à l'abbaye. La chapelle Saint-Saturnin fut démolie. Mêmes dévastations à l'église No tre-Dame-des- Anges à l'Observance; les calvinistes la brûlèrent après l'avoir pillée. Ils ouvrirent le tombeau du frère Bourgeois, et traînèrent dans la Saône les débris du cadavre : un soldat ayant saisi l'épaule du squelette ,
sur Saint-Just : « Le chapitre de Saint-Just , en accordant aux Pères Minimes, en 1545 , ton consentement pour s'établir à la Croix-dc-Colle , s'était réservé, en cas de démolition de son église , par rapport aux fortifications de la ville, de se prévaloir des couvent et église des Minimes , en remboursant ce qu'il en aurait coûté. » (Notice historique sur le bourg de Saint- Just-lès- Lyon, p. 17.)
Quand les farouches protestants du seizième siècle abattaient les églbes , ils suivaient l'inspiration de leur fanatisme , et ne pensaient nullement à commettre cette destruction pour cause d'utilité publique.
la lança à une vieille femme qui regardait avec douleur cette profanation: «Tiens, lui dit-il, chienne de papiste, je te donne ta part ; voilà un os à ronger. » Le ministre Ruffy présidait souvent à ces dévastations; revêtu d'une cuirasse, Tépée au côté et un marteau à la main, il excitait l'ardeur des démolisseurs. Ses conseils avaient contribué beaucoup à faire adopter, par le parti protestant, le projet de s'emparer de Lyon. Telle était la violence de sa haine contre l'Eglise catholique, qu'ayant appris le siège de Malte par les Turcs , il prescrivit un jeûne public et des prières pour le succès des armes musulmanes. ■
C'est ainsi qu'un zèle exagéré fît faire à la civilisation un immense pas rétrograde ; il est le même dans tous les temps. N'y eut-il pas des excès commis , lorsque l'ardente piété des premiers chrétiens renversa les autels et les temples des faux dieux ? Combien de précieux monuments historiques, d'inscriptions, de bas-reliefs, de statues tombèrent alors sous le marteau?
1. — Les troubles causés à Ljon , de 1560 à 1573 , par la guerre entre les protestants et les catholiques , ont donné lieu , a celte époque , à la publication d'écrits dont quelques-uns sont fort rares et très recherchés. Voici les principaux :
Saconat (Gabriel d«). Discours des premiers troubles advenus à Lyon (en 1562), avec l'apologie pour la ville de Lyon , contre le libelle faussement intitulé : La juste et saincte défense de lajrille de Lyon. Lyon , Michel Jove, 1569 , in -8°. — La Généalogie et la fin des hugoenaux , et découverte du calvinisme , où est sommairement décrite l'hisioire des troubles excités en France par lesdits huguenaux. Lyon, Ben. Rigaud, 1572, in-8°.
Ricaud (Jean). Discours du massacre de ceux de la religion réformée (sans nom de
ville ni d'imprimeur); 1574 , in-12. — Discours de la vie, mort et dernier propos de feu
Mgr de Mandelot Lyont 1588, in-8°. — Ribts, 451-470. — Péiucaud (4 moine). Notkr
sur François de Mandelot (Archives du Rhône , VII, 348). — Le même : Notes et documents, 1562-1572.
La Prinse de Lyon par les fidèles , au nom du roy , le dernier d'aoust 1562. (Mémoires de Condé , III , 319 , édition de 1743 ; et Archives du Rhône , XIV, 93.)
Histoire des triomphes de l'Eglise lyonnoise , avec la prinse de Monlbrison. Lyon , 1562, in-8°.
Robts (Claude). La Résurrection de la Messe. Lyon , 1563 ( en réponse a une brochure protestante intitulée : La Mort et la Résurrection de la Messe).
Défense civile et militaire de l'Eglise du Christ ( pamphlet protestant d'une grande violence, attribué à Chartes Dumoulin).
Saint-Aubin est curieux a lire dans cette partie de son Histoire ; sou emportement contre |es prolestants est grand, et le conduit à d'intolérables exagérations.
Voyez encore le pamphlet suivant :
Description des politiques de notre temps (en vers). Lyon , Jean Pillehotte , 1561, in-fol. (4 PO-
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N*a-t-on pas bâti des églises et des ponts avec les pierres des temples , et détruit , dans l'ardeur exagérée de la foi , tous les chefs-d'œuvre qui paraissaient rappeler le paganisme , au nom d'une religion qui n'a jamais commandé cette dévastation ■ ? Les écrivains catholiques ont peint des plus noires couleurs le vandalisme des protestants , ils en avaient bien le droit : de tels écarts doivent être condamnés, quelle que soit la cause pour laquelle ils ont eu lieu. *
Il y eut peu de meurtres. Trois prisonniers traversaient le pont de Saône; deux furent jetés dans la rivière , après avoir été
I. — Det papes non moins éclairés que pieui ont sauvé des attaques du t«raps et des hommes plosienrs des plus précieux moouments de l'antiquité, en les mettant sous ta protection de la religion chrétienne.
J. — Un poème latin, longtemps manuscrit, a pour objet les guerres de religion à Ljon ; il est intitulé : De Tristihus Franciœ. Colonia l'a fait connaître par extraits , et M. Cailhava Ta publié (1) ; il appartient a la bibliothèque de la ville de Ljon. C'est un in- fol. de 102 pages , d'une écriture fort lisible du seizième siècle : l'ouvrage est composé d'environ trois mille mauvais vers et de trente- neuf dessins coloriés a l'aquarelle , très probablement de la main du calligraphe lui-même. Ce manuscrit est-il un original ou une copie? c'est ce qu'on ignore. Le dessin de la première page représente la ville sons son emblème ordinaire, oa hou ; l'animal est monté par un huguenot et traîné par des calvinistes qui ont tous une ligure de singe. On voit un ministre prêchant , et dans le fond le Christ sur la croix , percé par la lance d'un bourreau. Les figures qui suivent représentent la dévastation de régi i se de Saint-Jean , la démolition des églises de Saint- J us t et de Saint-Irénée , et les nombreuses profanations commises par les prolestants dans les basiliques. C'est une satire amère des calvinistes, écrite par un catholique dont le nom est demeuré inconnu. « On ne doit pas craindre » « dit Colouia , que tes grâces de la poésie imposent au lecteur. C'est un style décousu qui
- n'a ni nombre , ni liaison , ni harmonie; c'est une plume grossière qui écrit durement , et « qui n'a rieu , ni de la naïve simplicité des vers léonins , ni de l'élégance et de la bonne
- latinité de nos poètes des deux ou trois derniers siècles. Mais si les faits sont défigurés par « la grossièreté de la poésie , ils n'en sont pas moins véritables pour cela , et l'agrément
- des peintures supplée au défaut de la versification. » On peut étudier en effet, dans le* dessins, les costumes du temps et quelques détails curieux. Le poème commence ainsi :
Franeia, qun tnonsirit borrendis sala carebaa. Que tronquant haereseos fueras maculât» veneno, Crbis aquosœ née fermento lœsa Gebennœ , Sed pia relKgio oui Chriati et saneta phcebti , M irificis preribus quam euhu tamque decoro Ornaba* : pleba en? lantum donabat bonorem , Paneque eœlesli et vino patcebat eodem , In qua erat unum cor, vivendique una voluntas, Prineip» impartis, aonitis tanctisque parendo , lieu quam disparilt nu ne vivere more videris !
(I) De Trittibos Franeue libri quatuor, ex bibl. eura et soroptibu» L. Caithava. Lugdunt , per tw- UfdanetuU codiee , nunc primum in lucem editi dovicum Perrir , 1840, in -4° de t^p., 6g.
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percés de coups de hallebardes. Les protestants précipitèrent le troisième dans la Saône, après lui avoir fixé au cou une pierre qui se détacha dans sa chute; le malheureux se mit à la nage, et parvint à se soustraire à la rage de ses bourreaux. Le baron des Adrets gouvernait la ville avec si peu de ménagements, que le prince de Condé, mécontent de l'inutile barbarie de son lieutenant, remit à Soubise le commandement du Lyonnais. Ce seigneur protestant était infiniment plus modéré : il permit aux catholiques de se retirer partout où il leur plairait; les banquiers profitèrent de cette tolérance , et se rendirent à Mâcon. Quatorze enseignes suisses, qui formaient une petite armée de six mille hommes, vinrent se joindre aux protestants de Lyon; mais ils prétendaient n'être tenus à aucun service hors de la ville. Leur présence fatiguait également les protestants et les catholiques ; les Suisses retournèrent dans leur pays.
Cependant le gouvernement du roi Charles IX s'était ému à la nouvelle de la prise de Lyon par les protestants; trop occupé d'embarras plus considérables, il ne pouvait prendre des mesures énergiques. Tavanes rassembla par son ordre une armée forte d'environ huit mille hommes, dont trois mille étaient italiens et avaient pour chef le comte d'Anguiscola. Trop peu nombreuses pour faire le siège en règle d'une aussi grande ville que Lyon , ces troupes^ la mirent en état de blocus et la serrèrent de très près. Nemours vint se mettre à leur tète avec le titre de général en chef. Tavanes, mécontent, se retira : l'armée avait en lui une entière confiance , elle le vit partir avec un violent dépit. Les trois mille Italiens aux ordres d'Anguiscola ne voulurent pas rester; ils prirent la route de leur pays et firent , chemin faisant, un dégât affreux. Nemours ne se découragea point ; il réorganisa l'armée, et la soumit à une discipline sévère. Des capitaines expérimentés servaient sous ses ordres : c'étaient Mandelot, Clermont , Talaru et le sire de Lestang. Les troupes catholiques s'emparèrent de Vienne et de Villefranche ; elles battirent le baron des Adrets, qui était sorti de Lyon pour défendre la première de ces deux villes. Nemours établit son quartier général à Saint- Genis-Laval ; il y resta trois mois : renfermés dans les murs de Lyon, les calvinistes n'osaient plus faire de sortie.
Un capitaine d'une compagnie franche, nommé Marc Errain ,
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eu avait tenté une qui ne lui avait pas réussi ; il s'était laissé faire prisonnier. Mais on n'en voulait point de part et4 d'autre; condamné à mort, et conduit au lieu de son exécution, Marc Errain demanda à faire des révélations au duc de Nemours. Il dit qu'il s'était livré lui-même tout exprès pour ménager à l'armée catholique les moyens de prendre la ville , et s'engagea, sous serment, à remettre au duc la porte de Saint-Just au jour qui serait convenu et au signal donné. On le crut, et on le renvoya. Nemours confia cette expédition àTimoléon de Cossé-Brissac , qui marcha sur le quartier de Saint-Just, accompagné de trois mille hommes. Marc Errain donna le signal; Brissac et quelques soldats franchirent le guichet, qui se referma aussitôt sur eux. Au même instant les troupes catholiques furent assaillies par les protestants embusqués : deux cents mousquets à croc , deux mille arquebuses et huit pièces de canon chargées à mitraille vomissaient la mort dans leurs rangs. Trois cents soldats furent tués en un instant, un bon nombre d'autres tombèrent grièvement blessés , et le reste s'enfuit dans le plus grand désordre. Nemours s'avança au-devant d'eux , les reçut dans les rangs de ses bataillons, et les sauva d'une destruction complète : on dit qu'il trouva plus tard l'occasion de punir la déloyauté de Marc Errain.
Un si beau succès devait enorgueillir Soubise et le baron des Adrets : aussi, c'est vainement que Nemours employa prières et menaces pour les déterminer à remettre la ville de Lyon sous l'autorité royale. Rien n'ébranla les chefs protestants : selon eux, c'était pour le roi qu'ils gardaient la ville ; ils ne pouvaient se soumettre à des ordres qui leur venaient d'un roi opprimé par les Guise : d'ailleurs ils considéraient le duc de Nemours comme leur ennemi personnel.
Lyon resta au pouvoir des protestants pendant treize mois; enfin , la pacification du 18 mars 1563 arracha la ville de leurs mains , et ôta tout prétexte à la rébellion. Un corps de troupes catholiques, conduit par le maréchal de Vieilleville, entra le 15 juin dans Lyon et y rétablit l'autorité royale.
$ V. Une réaction catholique était inévitable ; elle rendait la position du gouverneur extrêmement difficile. Tout était à redouter de la part des catholiques , en grande majorité dans la
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ville , et qu'une oppression de treize mois et le spectacle de leurs églises dévastées avaient exaspérés. Il y avait , en outre , beaucoup de précautions à prendre avec le parti vaincu , encore nombreux , puissant, et fort de ses relations, soit avec Genève , soit avec les réformés du royaume. Sans cesse en présence, soit dans la ville , soit dans la salle d'assemblée du consulat, deux partis irréconciliables étaient toujours au momeni de s'attaquer de nouveau. Les protestants ne voulaient qu'un seul culte, le leur, et il y avait dans l'esprit des catholiques l'arrière-pensée d'expulser entièrement la réforme de Lyon. Avant tout, une satisfaction légitime était due à la religion qui avait été proscrite : il fallait rétablir la messe. Un prêtre jésuite, Emond Auger, la célébra publiquement pour la promière fois depuis l'occupation calviniste , le dimanche 18 juillet 1563 , dans l'église de Saint- Jean , en présence du gouverneur, des magistrats, des autorités constituées, et d'un concours immense de fidèles. Toutes les églises suivirent cet exemple ; il ne resta au parti protestant que celle des Cordeliers. Tous les monastères virent reparaître leurs religieux; tous les bourgeois qui avaient fui l'intolérance protestante rentrèrent dans leur domicile, et le culte catholique fut rétabli sur tous les points. Dès ce moment une réaction progressive commença.
Avant d'en suivre les développements , il convient d'indiquer une amélioration longtemps désirée, qui eut lieu cette année dans l'ordre judiciaire. Un édit royal déclara qu'il n'y aurait plus désormais à Lyon qu'un siège pour la justice, et qu'elle serait rendue désormais au nom du roi. Il supprima la juridiction ordinaire de l'archevêque, en la réunissant soit à la sénéchaussée, soit au présidial : une rente fut accordée, comme indemnité, à l'archevêque dépossédé de l'une de ses plus anciennes prétentions.
Charles IX vint, l'année suivante, visiter cette ville dont les désordres avaient fait si grand bruit ; il y fit son entrée le 13 juin 1564 avec toute la pompe du cérémonial. On revit dans le royal cortège, splendidement vêtus, les Lucquois, les Florentins , les Milanais et les Allemands; même profusion de satin, de damas et de velours ; même richesse dans les costumes des officiers de la ville. On remarqua surtout la compagnie à cheval des enfants d'honneur , portant pourpoints et chaussures de satin blanc ,
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collets de velours blanc et manteau en velours noir , la cape doublée de fin taffetas violet et de gros boutons d'or au capuchon. Une troupe dorée environnait le roi : on y voyait les maréchaux , les grands officiers de la couronne , les ambassadeurs étrangers, le duc d'Orléans et le jeune Henri de Navarre, « paré , dit la relation officielle , d'un accoustrement de velours cramoisi broché d'or et rehaussé de broderies d'or , ayant chausses et chapeau de même étoffe. » Le cortège rencontra, sur son passage, des estrades brillamment décorées et une multitude de devises et d'emblèmes dans les rues élégamment tapissées; il admira surtout , sur la Saône , deux galiotes ornées avec une richesse extrême , dont l'une était équipée en l'honneur du roi et l'autre au nom de la reine. Charles IX eut pour demeure une maison de la rue Saint-Jean; il se plut beaucoup à Lyon. Thomas de Gadagne reçut deux fois la visite du roi dans sa belle campagne de Beauregard , à Saint-Genis-Laval.
Mais l'accueil empressé des Lyonnais ne fit point oublier à Charles l'intérêt de son autorité méconnue pendant si longtemps. Il voyait dans la ville deux partis toujours au moment d'en venir aux prises , et l'un et l'autre fort peu disposés à l'obéissance qu'ils lui devaient. C'est pour les contenir et les dominer tous deux qu'on bâtit , par son ordre , avec une célérité extraordinaire, au sommet de la colline Saint-Sébastien, une vaste et forte citadelle. Trois mille ouvriers y travaillèrent sans relâche ; le roi venait les visiter très souvent, tant il avait à cœur l'accomplissement de sa volonté. Elevée pour réprimer catholiques et protestants, cette forteresse déplaisait également aux uns et aux autres.
Charles IX ne négligea point la question religieuse, et ménageait le parti protestant; mais ses sympathies pour les catholiques n'étaient pas douteuses. Avant de quitter la ville , le roi confia le gouvernement du Lyonnais à Jean de Losse.
Les réformés ne pouvaient espérer de maintenir leur prêche dans l'église des Cordeliers , qui devait nécessairement être rendue au culte catholique. Ils réclamèrent un emplacement dans la > ille, pour y construire un temple; on leur accorda une partie des fossés des Terreaux. Us mirent une grande activité dans les tra- \ aux : hommes et femmes , enfants et vieillards , calvinistes de toutes les professions et de toutes les conditions, gens du peuple ,
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dames et demoiselles réunis, venaient deux à deux faire l'office de maçon, chantant les psaumes de Marot et de Théodore de Bèze. Leur temple fut promptement bâti; mais la situation du parti devenait inquiétante.
En effet , la réaction catholique continuait ; et comme elle n'était réprimée en aucune façon, elle s'enhardissait par son succès. On accusait les calvinistes des projets les plus odieux, d'intelligences avec les étrangers et de complots contre l'Etat. On affirmait qu'ils conspiraient encore pour s'emparer de Lyon; enfin on refusait , dans le conseil de la commune , de payer les dettes que la ville avait contractées pendant l'occupation protestante. Ce n'est pas sans hésitation et sans quelque crainte que les échevins calvinistes se rendaient à l'Hôlel-de- Ville ; ils s'opposèrent vainement à une modification qui fut proposée dans le mode de nomination des électeurs maîtres de métiers. Leur temple des Terreaux subsista peu de temps; il était l'objel constant de l'exaspération des catholiques. Cependant la guerre de religion s'était rallumée en France ; elle servit de prétexte à de nouvelles mesures réactionnaires contre les calvinistes lyonnais. On élimina du consulat les quatre conseillers protestants qui y étaient demeurés ; les calvinistes en masse forent réputés suspects , et il fut défendu aux capitaines pennons de les admettre dans leurs compagnies. Il n'y eut plus de sûreté et de justice pour les marchands de la religion réformée : s'ils restaient , on les soumettait à mille vexations et à des rançons arbitraires; s'ils voulaient quitter la ville , le peuple s'opposait à leur départ, et ce n'était pas sans peine que le sieur de Chambéry, commandant de la forteresse de Saint-Sébastien , parvenait à leur faire ouvrir un libre passage.
Tout partial qu'il était pour les catholiques, Pédit de pacification parut, à Lyon, beaucoup trop favorable aux protestants. Une députation , dont Claude Rubys faisait partie, se rendit à Paris auprès de Charles et de Catherine pour obtenir qu'on y fit de grandes modifications. Selon les députés , il n'y aurait pas de tranquillité possible à Lyon tant que le prêche y serait souffert; jamais , selon eux , l'autorité du roi n'y serait bien reconnue , tant qu'on y supporterait un autre culte que la religion catholique , apostolique et romaine. Ces paroles plurent fort à la
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reine Catherine et au duc d'Anjou; ils approuvèrent beaucoup toutes les mesures que le consulat avait prises contre les huguenots. Encouragée par de si hauts suffrages , la députation revint triomphante à Lyon.
A ces dissensions , à ces discordes qui paralysaient entièrement le commerce et l'industrie, vinrent se joindre d'autres calamités : une peste terrible exerça de cruels ravages dans la ville en 1564 ; causes et symptômes, tout était semblable à ce qu'on avait vu pendant les épidémies précédentes. Quelques années plus tard, le samedi 2 décembre 1 570, une inondation extraordinaire menaça Lyon d'une ruine complète : le temps était sombre et nébuleux; il avait plu beaucoup. Pendant la nuit une crue énorme et soudaine du Rhône se déclara; jamais, de mémoire d'homme, pareil débordement n'avait été vu. A onze heures du soir le fleuve et la rivière s'étaient réunis sur la place des Jacobins ; toute la plaine était inondée à une distance immense, et la Guillotière entière était sous les eaux. Grand nombre de maisons s'écroulèrent ; quelques personnes périrent dans les villages submergés; quantité de bétail, des arbres , des lits, des objets mobiliers de toute sorte furent entraînés par les flots. On parla quelque temps de cette inondation terrible ' ; mais de plus grands malheurs la firent bientôt oublier.
François de Mandelot, qui devait jouer le premier rôle dans les tristes événements dont on pouvait observer déjà les préludes , était lieutenant du roi depuis 1566; il devint gouverneur du Lyonnais un an après l'inondation. C'était un homme de mérite, brave sur le champ de bataille , habile dans les négociations , bienfaisant , affable , rempli des intentions les meilleures , mais d'un caractère faible et bien au-dessous des difficultés de la situation. Mandelot voulait le bien, mais il n'avait ni assez de capacité ni assez de fermeté pour se faire obéir ; il détestait le crime , mais, soit hésitation, soit crainte de se compromettre, il ne faisait rien pour l'empêcher, et laissait tout faire plutôt que de
1. — Discours sur l'épouvantable et merveilleux desborderaent du Rosue dans et à t'entour de la ville de Lyon , et sur les misères et calamités qui y sont advenues. ( Par Philibert Bugnyou. Lyon, Benoist nigaud, 1570 , ii -3°. ) Réimpr. dans les Archives nouvelles du Rhonc, 1 , 20. — Autre Relation en vers par Léonard de la Ville , înâconnois.
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compromettre sa responsabilité en opposant une résistance énergique à la violence de l'esprit départi. Il se croyait absous du sang qui coulait à flots, en s'éloignant du théâtre de l'attentat, et laissait faire pour éviter une lutte dont il redoutait les conséquences. Ce gouverneur devait imiter le Pilate du peuple juif.
S VI- Charles IX et Catherine de Médîcis eurent recours à un coup d'état : surpris sans défense dans la fatale nuit du 54 août 1572, un grand nombre de protestants furent égorgés lâchement dans les rues de Paris.
Cet exécrable attentat avait-il été prémédité longtemps d'avance ? Charles IX et Catherine de Médicis s'étaient-ils concertés pour attirer dans un piège Coligny et les protestants? le projet du massacre soudain de tous les calvinistes a-t-il été communiqué à la cour de Rome ? beaucoup d'écrivains l'ont affirmé , mais sans preuves suffisantes, peut-être. Si l'on fait entrer comme élément, dans la discussion sur ce point, le récit de ce qui s'est passé à Lyon , les doutes prendront plus de consistance : on ne saurait supposer tant de maladresse et de déraison. A Lyon le mouvement fut évidemment soudain, sans préméditation, sans concert préalable entre les bourreaux; ils avaient leurs victimes sous la main; ils se sentaient soutenus par l'exaspération d'une multitude forcenée : le sort des malheureux calvinistes fut décidé en un instant. Charles IX et Catherine haïssaient et redoutaient au même degré Coligny et le duc de Guise ; ils auraient voulu les détruire l'un par l'autre , et telle fut en effet leur politique. Ni Catherine ni Charles n'étaient fanatiques, mais à Paris comme à Lyon le peuple l'était, et considérait la destruction des protestants comme un acte méritoire. Mandelot ne fut pas mis dans la confidence du projet sanguinaire qu'on attribue à la cour contre toutes probabilités; s'il y avait eu complot, il aurait reçu des ordres plusieurs jours d'avance , et aurait choisi d'autres moyens d'exécution que ceux qui furent employés.
Tout devait inspirer de la défiance aux protestants de Lyon; ils étaient persécutés systématiquement depuis que la ville avait cessé de leur appartenir. L'exercice de leur culte dans l'intérieur de la ville n'était plus permis ; on les avait mis , en quelque sorte , hors la loi. Tandis que les bourgeois catho-
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liques étaient autorisés à porter l'épée, on refusait cette permission aux calvinistes. Il y eut quelque chose de menaçant pour le parti réformé dans les réjouissances que le consulat ordonna dans la ville à l'occasion des victoires catholiques de Jarnac et de Moncontour ; aussi grand nombre de familles calvinistes s'empressèrent-elles de fuir à Genève et d'y transporter leurs biens, autant qu'elles en eurent la faculté; mais beaucoup restèrent. On vendait, avec l'agrément du roi, les propriétés immobilières de ceux des protestants qui avaient été condamnés en divers bailliages , et surtout à Lyon.
Le récit officiel du massacre des protestants lyonnais existait dans le registre des actes consulaires , mais ce procès - verbal authentique des événements du temps présente ici une lacune significative : une main intéressée a enlevé dix feuillets. A-t-elle voulu soustraire à la postérité le tableau des atrocités auxquelles se livra la vengeance populaire, et les noms des acteurs principaux qui figurèrent dans ces scènes de carnage ? tout porte à le présumer. ■
Quelques écrivains contemporains, en position d'être parfaitement informés, auraient pu donner de précieux renseignements sur les Vêpres lyonnaises; mais ils étaient catholiques , et la vérité leur aurait trop coûté. Le jésuite Saint-Aubin , si violent et surtout si prolixe quand il raconte les mutilations et les profanations commises par les protestants dans les églises, n'a rien à dire sur le massacre des hérétiques; il passe au rétablissement des foires dans la ville. Le doyen de Beaujeu , Paradin de Cuyseaulx , n'est guère moins bref: « Et huit jours après « (la Saint-Barthélemi), le même massacre fut faict à Lyon; « je n'ay rien à dire là-dessus, ajoute Paradin, sinon que ce fut « un effet de leur révolte , de leurs attentats , et de l'hérésie , « qui en vérité sont des malheurs infiniment plus funestes : je « me dispense de m'en expliquer davantage. » Témoin et acteur dans quelques-uns des événements qui précédèrent les assassinats , procureur de la ville, et à la source des renseignements , Claude Rubys aurait eu beaucoup à raconter, mais il se garde bien d'en rien faire : « Et fut suyvie (la Saint-Barthélemi) par
1 . — Le folio 144 , qtri a été épargné , contient la tin des détails de l'exécution.
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« les Vespres lyonnoises , dit-il , faictes le dimanche suyrant « 31 d'aoust à l'heure de vespres, des particularités desquelles « je ne peux et ne veux rien dire, pareeque j'estoys à Paris... » et en effet, Rubys n'en dit pas davantage. Le jésuite Colonia ne s'est aussi souvenu , dans son histoire , que de la dévastation des églises de Lyon par les protestants , qu'il raconte longuement; il ne sait rien des massacres du 31 août 1562 : telle est la justice que les victimes ont trouvée chez les anciens historiens de Lyon. Mais un écrivain exact et éloquent devait défendre la cause de la véritable religion et de l'humanité : de Thou a raconté les Vêpres lyonnaises avec d'amples détails ; c'est sa parole que je ferai entendre !. Après avoir parlé du massacre des protestants en divers lieux, le sage historien s'exprime ainsi : 2
1. — M. Rabanis a fait de ces pages mémorables de de Thou une traduction qu'ont reproduite MM. Pcricaud (Notes el documents, 31 août 4572) et Moriu (Histoire de Lyon , V, 253) ; elle n'est cependant ni très exacte ni complète. J'emprunterai à M. Péricaud quelques-unes des notes dont il a accompagné la traduction de M. Rabanis.
2. — Quelque soin que j'aie apporté à faire une traduction littérale el fidèle , le texte original de de Thou est trop important pour que je puisse me dispenser de le reproduire ; c'est un document capital :
m Maxima longe omnium Lugduni laniena édita est. Nam in ea urbe , ut populosissiina , confestim portis clausis complurcs capti et in vincula conjecti jussu Francisci Mandeloti , praefecti , sub specie , sicuti aiebat , ut custodia regia eos a populi rabie tueretur : multi tamen , dum a seditiosis quasi in carcerem ducuntur , in ricorum obscurorum corn pi lis interfecti , et statim in Ararim et Rhodanum pracipitati , Boidono (1) quodam omni seelerum génère cooperto prscipuo duce et incitatore , qui postea dignum ritae exitum sortit tis est , Claromootii in Àrvernis capilali judicio affectus. Tridunm in diripiendis sedibus aut vesligandis suspect is insumptum est ; quo exacto , Veoeris die IV kal. sept. Duperalius Liigdunensis (2) civis , sed nuper conchyliatorum equitum torque doua tus, jam a multis annis , postquam indignis communicari cœpil , vilescente hujus ordinis décore , a regina veuit , cum mandatis fiduciariis , adjunctis etiam Claudii Rubii el aliorum urbis œdiliura, qui Lutetiae et in aula res Lugdunensium procurabant , hominum ejusdem farinae , litcris ; qnibns quid Lutetiae actum esset nuntiabatur , addilo velle ac jubere regem ut Lugdunenses Parisiensium exemplum sequerenlur. Mandelotus , homo prudens , quamvis Guisianse factioni addictus crederetur , tamen ad rei atrocitatem cohorruit , cl ab instanti seditionum multi tudine aliquot dierum induciis impetratis , dum deliberaret , ut literae a rege , quas se in boras exspectare aiebat , afferrenlur, intérim publico prxconio edicit ut protestantes omnes ad prstoris aedes se sistant , ab illo de régis voluntate cogiiituri. Miseri e lalebris contt-
(i) Boîdon était capitaine de la milice lyonnaise. ensuite récompensé en lui accordant la lieutenanee
(2) Est-ce bien de Maurice du Peyrat que parle de du roi au gouvernement du Lyonnais. A quel Age au-
Thou? Né en 1855 « il n'avait que dix-sept ans i l'é- rtit-il donc été nommé chevalier de l'ordre de Saint-
poque de la Saint- Barthélemi. Ce n'est pas un enfant Michel?
qu'on aurait chargé d'un tel message , et qu'on aurait
VÊPRES LYONNAISES. — XVIe SIÈCLE. 687
« Mais la boucherie qui eut lieu à Lyon dépassa de beaucoup ce qu'on avait vu ailleurs. Gomme on avait fermé tout-à-coup
dqo egressi , quasi in tutela régis futuri , ad euro adeunl, ac jussu ejus in varios carceres dis- Iribuontur ; nam Rodamnenses régis tant» multiludinis minime capaces erant. Inler lisec , Pelrus Aiitissiodorensis (1), fisci in urbe procura tor , bomo ingenita pravitate et Hbidinibus probrosis in fa rais , per veredarios equos venit , et sine ullis literis , quasi in dignitale horainis satis ponderis acfidei essct , Mandeloto banc esse régis ac reginae voluntalem confirmait , ut protestantes , qui comprebcnsi essent et comprehendi possent , ad unum omnes quamprimum nec exspeclato alio mandato delerentur. Igitur Mandelotus, circumfusa mullitudine , cui idem secretum Àntissiodorensis commnnicaverat , instante , viclus dat manus , et ad horrende sententiae nuntium con versus : « Idem tibi , iuquit, Petre , quod Petro olim Cbristiis , edico ; quicquid ligaveris , quicquid solveris , ligatum solutumque esto. *• Confestimquc omnes ad caedes et rapinas discurrunt. Boidono Mornieltus (2) et Clavius se adjunxerunt , homines nefarii et ad omne facinus prompti ; cum carnifîcis opéra in ea re patranda uti relient , ille recusavit etlegilimi ma gi stratus sententiae se parère paratum ostendit (3), cxlerum promiscuis caedibus fatigari aut immiscere se nolle. Cum idem praesidiariis arcis mandaretur , illi pariter ultra modum commoti , non carnifices se esse , nec militari decori tam probrosum factum convenire indignabunde responderunt ; nullam a miseris bominibus sibi illatam injuria m (4). Itaque e macello et fsce plebis profligati pudoris homines ad eam rem conducuutur. Tandem cunctis factum detestantibus ad urbanam cohortem , quae CCC oppidanis constat , devenitur , qui , quod carnifices , quod homines externi constanler recusaverunt , in cives suos alacriter suscipiunt (5); delecti igitur perditissimi quique ex ea cohorte, ducibus illis , ad Franciscanorum aedem primo ruunt (id die Dominica, quae secuta est, acturo), ubi pars protestantium asserrabatur , et inde ad Cœlestinorum (6) ; magnaque caede édita , dum ad Rhodani suburbium ad tumultum a ptebe excitatum Franciscus Mandelotus cum Sallucio Manta arcis prafecto accurreret, in archiepiscopi aedes , ubi ad CCC ex prascipuis urbis protestantibus jossu prsefeeti altinebantur , impetum faciunt, et , crumenas prius sagaciler scrulali, supplices ac Dei hominumque fidem implorantes crudeliter cxdunt : miserabili utique spectaculo , cum filii patrum collo implicati , patres filios complexi , fratres , amici se ad constantiam inricem horlantes, ab efferatis laniis , bajulis , naviculariis, ceu pecudes mactarenlur , inter ululatus , lamenta , claroores horrendos , qui tota urbe personabant. Quod , tanquam se in- Tito et ignaro fieret , Mandelotus subito Guilloteria rediens , sed re jam confecta , moleste in speciem tulit , et ad locum lanieme venit , ut de re jure inquireret , adhibito regio magistralu ; confectisque per notarium publicum probationibus , per praeconem edici ridicula «lissimulatione imperat ut, qui auctores tanti facmoris norint , eorum nomina cdant, C
(1) Ce Pierre d'Ausserre ou d'Auxerre fut comblé (4) Ces ofBeiert étaient les capitaines Lue et de
de* faveurs de le cour après les Vêpres lyonnaises; Jayou. (Gmroi (Loys), Diverses leçons, lit. III,
il faisait partie, née Rubys , de la Réputation dos «b. u.)
Lyonnais qui se trouvait i Paris i l'époque de la Saint- ,. n ... ., ... k-....-«m« j'ai...
...„. ... (5) H y avait dans cette milice beaucoup d étran-
Baribélemi. Selon ce même Rubys , c était • un des ,,, .. .
. . . .. ..... gers , d Italiens surtout.
plus doctes et mieux disants nommes de la robbe qui
fust de Lyon à Paris. • Il mourut en 1595 i Lyon , (6) Golniu assure que les religieux du couvent des
après avoir été nommé premier président de la cham- Célcalins ne permirent pas le massacre des protes-
bre du parlement de Toulouse. tants que leur courent renfermait : € In hane evange-
(3) Selon Méserai , Mornieu passait pour avoir tué lieorum truculentam necem noluisse etiam consentira
son père ; Le Clou commandait les arquebusiers. diruntur eanonici in «de Cœlestinorum bie Lug-
(3) Ce bourreau est digne d'une mention dans une duni. • (Utvssss, p. 53t.) histoire de Lyon ; il se nommait Jean Sallier.
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les portes de cette grande ville si peuplée , une multitude de protestants furent arrêtés et jetés dans les fers, par Tordre du gouverneur François Mandelot , qui voulait , disait-il , les soustraire à la rage du peuple en les mettant ainsi sous la garde de la prison royale. Mais, chemin faisant, beaucoup de ces malheureux furent massacrés dans des rues obscures par les misérables qui les conduisaient, et précipités aussitôt dans la Saône et dans le Rhône. Un certain Boidon , couvert de tous les genres de crimes, était le chef principal et l'instigateur des assassins; il eut une fin digne de sa vie : un arrêt judiciaire, rendu à Clertnont en Auvergne , prononça plus tard contre lui la peine capitale. Trois jours se passèrent à faire la recherche des suspects d'hérésie et à dévaster leurs maisons; le quatrième (ven-
aureorum premio detatoribus et indicibus proposilo. Sub vesperam iidem lanîi ad Rodamnensem publicum carcerem veniunt f et novo crudelitalis génère in vinctos sœviunt , laqueisque in colla insertis miseros éructant , et semineces ad flumen proximum râptant. Nox sequens rapinis ac cxdibus t m du et a. Supellcx œdibus , merces officinis exportata» , latitantes e latebris per indicia eruti , fréquentes in fluvium abjecli. Trucidatorum cadavera in archiepiscopalium sedium area jacentia , horrore spectaculi offensus , Mandelolus navibus imponi jusserat ut ad citeriorem ripa m transportala in Athanacensis cxnobii cœmeterio , ubi olim ara Lugdunensis fuit, sepelirentur ; missi vespillones , qui eam rem curarent. Verum cum monachi se id minime passuros demonstrarent , cadavera illa sepulta indigna dictitantes , dato signo fil concursus , et a plèbe efferata in fluvium prsecipitantur , opimioribus cadaveribus ad adipera conficiendam pharmacopolis id desposcentibus conerssis. Id iia ab iis , qui haec recentibus odiis scripserunt , proditum. Nec hic sletit occidendi licentia : nam aliqunnlo tempôrc post Darutii fratres, magui nominis mercatores , Labessacus , Gallcrus et Flocardus, honesti cives, e carcere educti ac sicis jugulati in Rhodanum projiciuntur. Eamdem fortunam expertus est Ctaudius Gaudimelus, excellons nostra asiate musicus , qui psalmos Davidicos , vcrnacnlis versibus a Clémente Maroloet Theodoro Beza expressos, ad varios et jucundissimos modulationum numéros aptavit , quibus et hodie publice in concionibus protestantium ac privatim decantantur. lnter tôt caedes etapsi prxsidiariorum ope et Mantx praefecti benignitate plerique , et inter eos Jo. Ricaldus et Ânlonius Callia urbis pastores , cum Joannes Ànglus primarius pas-
tor primo tumultu inlerfectus fuissel Ad I3CCC omnis generis et sexus immaniler occisi
perii ibenlur. Interfeclorum cadavera per Rhodanum supernatantia lanto coucursu ad Turnonium coacervata sunt , ut ripas comptèrent , et oppidani casu inopiuato territi , tanquam hostis adesset , ad arma conclamarent ; mox horrore perculçi , et sceleris auclores detestati , quamvis a protestantium religiouc alieni essent , homines adhîbuerunt , qui ad amovendum spectaculum rapido fluclu delata corpora contis a ripa averterent. Tarn horrendum spectaculum et homines aversati sunt Viennae , Valentiae , Burgi , Vivarii , ad Spirilus fanum f ctiam Avenione Cavarum , ubi ma jus Protestantium odiuro. Arelate vero , ubi pnteorum et fontium penuria aquam e fluvio vicino haustara potant , ultra facinoris detestationem gravissimo incommodo oppidani conflictati sunt , cum esu piscium et aqua , qu» ipsis e solo Rhodano suppetunt, uti nollent , et a conspeclu fluminis ipsius abhorrèrent.» (Thuam (Jac*-Àug.) Historiarum lib. LU. Londini, 1753, III, 142.)
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dredi 29 août), un citoyen de Lyon, du Peyrat , qui avait reçu maguère le cordon de Saint-Michel , ordre qu'avilissaient tant de gens indignes auxquels on le donnait depuis longtemps, vint à Lyon avec des instructions particulières de la reine , de Claude Rubys et d'autres conseillers-échevins de la même trempe , qui étaient chargés des affaires de la ville à Paris et à la cour. Ces lettres racontaient ce qui s'était passé à Paris; elles ajoutaient que le roi ordonnait aux Lyonnais de suivre l'exemple des Parisiens , et que telle était sa volonté. Quoiqu'il passât pour être dévoué à la faction de Guise, le prudent Mandelot s'effraya de l'atrocité de la chose , et obtint quelques jours de retard de la multitude impatiente, pour avoir le temps, disait-il , de réfléchir et de recevoir des lettres du roi qu'il attendait d'un instant à l'autre. Il fit inviter ensuite , par le crieur public , tous les protestants à se rendre dans son hôtel, afin d'y apprendre de lui la volonté du roi à son égard. Ces malheureux sortent aussitôt de leurs retraites, et se rendent chez lui, comme s'ils avaient dû y trouver la protection royale. Mandelot les fait conduire en diverses prisons : celle de Roanne, en effet, ne pouvait suffire à une si grande multitude. Sur ces entrefaites , arrive en poste Pierre d'Auxerre , homme d'une perversité naturelle et connu par le scandale de ses débauches. Il n'est porteur d'aucune lettre, et, comme si la parole d'un personnage si digne devait avoir assez de poids et obtenir une confiance suffisante , il déclare que la volonté du roi et de la reine , c'est l'extermination , sans ordre nouveau de leur part , de tous les protestants emprisonnés et de tous ceux qu'on pourrait saisir. Vaincu par la foule qui l'entourait et que d'Auxerre avait informée de sa mission, Mandelot se rendit, et se tournant vers le porteur de la fatale sentence : «Je dirai, dit-il, « ce que le Christ dit autrefois à Pierre : « Que ce que tu lieras « soit lié, que ce que tu auras délié soit délié. » Tous courent aussitôt au meurtre et au pillage ; deux misérables, prêts pour tous les crimes, Mornieu et Le Clou, se joignent à Boidon. Le bourreau leur était nécessaire pour ce qu'ils voulaient faire ; mais, tout en se déclarant prêt à obéir au mandat légal qu'il recevait des magistrats, il refusa son ministère, et dit qu'il ne voulait point se mêler de ces meurtres et se fatiguer de ces exécutions en masse. Boidon s'adressa aux officiers de la garnison ; indignés de cette
proposition, ils s'écrièrent qu'ils n'étaient pas des bourreaux, qu'ils n'avaient reçu aucune offense de ces malheureux , et que l'action honteuse qu'on leur demandait était incompatible avec l'honneur militaire. On eut recours à des hommes perdus de la lie du peuple; aucun, quelque infâme qu'il fut, ne voulut accepter. Enfin, cette offre que tous repoussaient, on la fit aux trois cents hommes de la garde urbaine , et ce que des étrangers et le bourreau avaient refusé d'exécuter, ces gardes l'acceptèrent avec joie contre leurs concitoyens. On choisit parmi eux les hommes les plus tarés (c'est le dimanche que ceci se passa): ces brigands coururent d'abord à l'église des Cordeliers, puis au couvent des Célestins , et ils massacrèrent tous les protestants qu'on y gardait. Tandis que François de Mandelot , accompagné de Saluce de la Mante, commandant de la citadelle, s'était rendu au faubourg du Rhône pour apaiser un tumulte excité par le peuple , ces hommes forcèrent la prison de l'archevêché où l'on retenait ,*par l'ordre du gouverneur, trois cents protestants notables; ils se précipitèrent sur ces malheureux qui imploraient l'aide de Dieu et des hommes , et les égorgèrent cruellement après les avoir soigneusement dépouillés de leur bourse. Ce fut un affreux spectacle que celui des fils attachés au cou de leurs pères, des pères embrassant leurs fils, des- amis, des frères s'exhortant mutuellement au courage et tombant comme du bétail sous les coups de bateliers , de porte-faix et de bouchers , pendant que la ville entière retentissait de clameurs , de lamentations et de hurlements. Mandelot revint de la Guillotière précisément au moment où tout était terminé, et, comme si l'attentat avait été commis à son insu ou malgré lui, il montra une indignation apparente , se rendit sur la scène du carnage , assisté du procureur royal, pour informer sur ce qui s'était passé; et, après avoir fait recueillir les preuves par un notaire, il fit inviter par un cricur public, avec une dissimulation ridicule, ceux qili connaissaient les auteurs de ce crime à en révéler les noms , et promit cent écus aux témoins et aux délateurs.
« Aux approches du soir, les mêmes bouchers se rendirent à la prison de Roanne , et exercèrent sur les détenus des cruautés d'uû nouveau genre : ils passèrent une corde au cou de ces malheureux, et les traînèrent à demi-morts à la rivière voisine.
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La nuit suivante fut passée en pillages et en meurtres : on enleva aux boutiques leurs marchandises , leurs meubles aux maisons. Trahis par des indices , ceux qui se cachaient furent arrachés de leurs retraites, et beaucoup périrent dans la rivière. Blessé par l'horrible aspect des cadavres de tant de protestants égorgés dans la cour de l'archevêché, Mandelot donna ordre d'en charger des bateaux, de les porter sur l'autre rive et de les déposer dans le cimetière de l'abbaye d'Àinay, où se trouvait autrefois l'autel de Lyon. On envoya des fossoyeurs pour ensevelir les corps ; mais les moines d'Àinay déclarèrent qu'ils ne souffriraient pas que ces cadavres fussent mis en terre sainte. A un signal donné , la multitude précipita les morts dans la rivière , après avoir livré aux pharmaciens les corps les plus gras pour qu'ils en fissent de la graisse : tel est le récit d'hommes qui ont écrit au temps où les haines étaient récentes encore. Mais la licence de tuer ne s'arrêta pas là : en effet , quelque temps après les frères Darut , marchands d'un grand renom , La Bessée , Gautier et Floccard , citoyens distingués , furent tirés de leur prison , égorgés et précipités dans le Rhône. Tel fut aussi le sort de Claude Goudimel , excellent musicien de notre âge , qui avait adapté aux psaumes de David, traduits en vers par Marot et par Théodore de Bèze, des accompagnements variés et agréables que les protestants chantent encore aujourd'hui en public, dans leurs réunions, et en particulier. Parmi tant de massacres, quelques protestants réussirent à s'échapper, grâces au concours et à la pitié des officiers de la garnison , et de Mante , commandant de la citadelle : de ce nombre furent les pasteurs de la ville , Jean Rigaud et Antoine Caille ; un autre ministre, Jean Langlois, avait été tué pendant le premier tumulte. On dit que huit cents personnes de tout âge et des deux sexes périrent ainsi inhumainement. Les cadavres surnageant sur le Rhône, s'entassèrent en si grand nombre à Tournon, que les rives en étaient couvertes. Effrayés de ce spectacle inattendu, les habitants coururent aux armes comme si l'ennemi eût été proche. Indignés par un crime dont ils détestaient les auteurs , les gens de Tournon, bien qu'ils n'appartinssent pas à la religion protestante , employèrent des hommes pour écarter du rivage et livrer au courant du fleuve les cadavres des victimes. On n'eut pas moins d'horreur de cet affreux spec-
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tacle à Vienne > à Valence , à Bourg-Saint-Àndéol, à Viviers, au Pont-Saint-Esprit et même dans Avignon, où cependant la haine contre les protestants est plus forte qu'ailleurs. Arles, où la pénurie en puits et en fontaines oblige de boire l'eau puisée dans le fleuve voisin, éprouva de grandes incommodités; ses habitants, détestant le crime qui avait été commis, ne voulurent faire usage ni de l'eau ni des poissons du Rhône, bien qu'il leur lut impossible de s'en procurer autre part , et la vue même de ce fleuve leur faisait horreur. »
Il n'y a point d'excuses pour le crime; lorsque le sang innocent a coulé, la main qui l'a versé doit être flétrie, quelle que soit la couleur de son drapeau. Ce furent d'abominables meurtres que les Vêpres lyonnaises ; ceux qui les provoquèrent seront à jamais stigmatisés du nom d'assassins. Mais que l'indignation publique ne s'égare point au sujet des auteurs de cette tragédie; qu'elle n'accuse pas du massacre des protestants l'Eglise de Lyon et la foi catholique. Jamais la religion du Christ n'a commandé ou approuvé le meurtre ; on a pu abuser de son nom , mais ses dogmes la justifient. Jamais de vrais chrétiens n'ont mis aux mains des bourreaux ce fer qui a déchiré le sein d'un si grand nombre de leurs frères : leur rôle , ce n'est pas celui de meurtriers, c'est celui de martyrs. Le clergé fut entièrement étranger à cette boucherie; les Vêpres lyonnaises forent un crime politique, que la responsabilité en retombe sur une populace égarée par quelques hommes dont l'Eglise de Lyon désavoue les actions et les paroles ! Que le sang des infortunés protestants couvre d'une tache indélébile Mandelot ' et les conseillers de Charles IX ! à eux la honte et l'éternelle réprobation de la postérité.
Le nombre des morts a été évalué à plus de quatre mille par quelques écrivains , mais ce chiffre paraît exagéré. Ce détestable coup d'état avait été si maladroitement exécuté, que, quelques semaines après le massacre , le parti protestant avait pris les
i. — Les lettres île Mandelot ont été publiées dans le recueil suivant : Correspondance du roi Charles IX et du sieur de Mandelot, gouverneur de Lyon pendant l'année 1572, époque du massacre de la Saint-Barlhélemi. Lettre des Seize au roi d'Espagne , Philippe II ; année 1591 (publiées par M. Paulin-Paris). Paris, Crapelet , 1829 , in-8*.
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armes et était plus terrible que jamais. Il n'en fut pas cependant de même à Lyon, les calvinistes ne se relevèrent jamais de cette catastrophe. Beaucoup se réfugièrent à Genève et dans le Dauphiné : ceux qui restèrent étaient en trop petit nombre pour donner des inquiétudes , et un seul rôle leur demeura , celui de victimes. Après les Vêpres lyonnaises il n y eut plus dans la ville, jusqu'aux dernières années du seizième siècle, qu'un parti , se disant catholique , parti réactionnaire , violent , oppresseur, et bientôt en hostilité ouverte avec l'autorité du roi. Il accueillit avec une grande distinction le cardinal des Ursins que le pape Grégoire III envoyait en France; ce légat se vit un jour environné d'une foule de gens du peuple agenouillés qui lui demandaient sa bénédiction avec instances; c'étaient les hommes du 31 août : le cardinal leur donna l'absolution , et n'excepta pas même le misérable Boidon , Mornieu et Le Clou. Tant de meurtres commis sans prétexte, avec la plus insigne barbarie, n'inspirèrent aucune indignation, et, bien loin d'éprouver quelques remords, les bourreaux s'applaudirent de leur crime comme d'une action méritoire.
$ VIL Charles IX s'effraya d'abord de la quantité de sang qui coulait autour de lui ; il eut un moment la volonté d'arrêter les massacres , mais Catherine le rassura, et revenant à l'abominable politique de sa mère , le roi ordonna aux provinces d'imiter l'exemple de Paris. Eut-il plus tard des remords? enlendait-il, pendant ses nuits inquiètes et douloureuses , les cris des victimes qu'il avait fait égorger ? Sa mort étrange fut-elle , même à ses yeux , une expiation ? Rien n'autorise à le penser. Si Charles se repentit de quelque chose, ce fut sans doute d'avoir si mal réussi ; ses regrets , s'il en eut , ne lui vinrent que lorsqu'il vit la guerre civile rallumée et les protestants plus menaçants que jamais. 11 mourut peu de temps après la Saint-Barthélemi.
Quand Mandelot eut appris la fin déplorable de Charles, il convoqua dans son hôtel les notables ainsi que les corps de métiers, et fit reconnaître pour roi Henri III, alors en Pologne. Une députation reçut la mission d'aller présenter au prince l'hommage et les félicitations de la ville; Henri la reçut à Venise, et lui promit de passer par Lyon : il tint parole. Catherine de Médicis et son prisonnier le roi de Navarre l'y attendaient; on
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le reçut avec les honneurs accoutumés : le roi rendit aux bourgeois les clefs et la garde de la ville.
Si la guerre de religion avait cessé dans la ville , elle existait aux environs , et elle s'y maintint longtemps. L'histoire des vingt dernières années du seizième siècle est le récit sans intérêt de surprises de châteaux ou de prises de quelques villes tantôt par les protestants , tantôt par les catholiques : petits événements sans importance , même pour l'histoire locale. Une troupe de huguenots s'était embusquée dans le château de Pérault, à peu de distance de Condrieu , et fatiguait le pays par des incursions continuelles. Mandelot les chassa, et rasa le château. Il assiégea et prit bientôt après la petite ville d'Àndance, et sauva Saint-Rambert dans le Forez de l'attaque des calvinistes. Ce gouverneur avait quelques talents militaires et beaucoup d'activité ; il se mettait fréquemment en campagne, à la tête de troupes peu nombreuses, mais expérimentées.
La tranquillité de la ville n'était plus troublée par les discordes des citoyens armés les uns contre les autres; il y avait une trêve forcée entre les partis. Deux fléaux très graves compromirent, en i 573, cet état de calme : Rubys se demande si ce ne fut point pour l'expiation du sang versé l'année précédente. Toutes les vignes gelèrent à la fin du mois d'avril, et la récolte du vin fut entièrement perdue. Cette même année , celle du blé fut insuffisante et mauvaise; la mesure du poids de soixante livres s'éleva au prix énorme de sept francs , et encore ne pouvait-on s'en procurer. Il y eut une disette si grande, qu'on vit de pauvres gens se nourrir dans les champs d'herbes et de racines. La bienfaisance publique se signala comme à l'ordinaire avec éclat : des milliers de pauvres furent vêtus , chauffés et nourris aux frais de citoyens qui dépensèrent à secourir la misère des pauvres une partie considérable de leur fortune.
Cependant Henri avait convoqué les premiers états-généraux de Blois (1576); la députati on lyonnaise qui se rendit à cette assemblée avait un mandat impératif, elle réclama l'unité du culte catholique à Lyon, l'expulsion du royaume de tous les ministres protestants , et l'interdiction formelle de la liberté de conscience. C'est avec plus de raison qu'elle demanda la démolition de la citadelle que Charles [X avait fait construire sur le
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plateau de la colline Saint-Sébastien. Les inutiles états de Blois ne produisirent aucun bien. Un parti nombreux de catholiques exaltés se prononçait à Paris et dans les principales villes de la France contre le gouvernement du roi , qu'il trouvait trop modéré dans les affaires de la religion; il s'organisa en vaste association qui avait ses chefs et son mot d'ordre : gentilshommes, seigneurs , hommes d'église , bourgeois et notables s'y affiliaient chaque jour. Son but, selon elle, c'était l'extirpation de l'hérésie cl le maintien de la couronne dans la dynastie des Valois.
On atrop cru sur parole que la Ligue se composait de mécontents et de factieux vendus à l'étranger: qu'elle en ait enregistré un grand nombre sur ses listes, surtout dans les dernières années de son existence , c'est ce qu'on ne saurait méconnaître; mais beaucoup de Français entraient dans l'association avec le sentiment intime qu'ils servaient en cela la religion et le pays. Attachés de cœur à la foi catholique, ils éprouvèrent les plus vives alarmes lorsque la mort du duc d'Alençon désigna , en 1 584 , un prince protestant pour l'héritier présomptif de la couronne, si Henri III mourait sans enfants. L'exemple de l'Angleterre était peu rassurant; ce royaume s'était détaché entièrement de l'Eglise romaine. Malgré les succès du luthéranisme et du cal* vinisme en France , il était évident que la grande majorité de la nation ne voulait pas d'autre religion que le catholicisme; mais un roi imbu des opinions de la réforme pouvait faire violence au sentiment national. Quand les ligueurs firent la guerre à leur roi légitime , Henri IV n'était pas encore le grand homme qui porta si dignement la couronne; on ne connaissait de lui qu'une chose , sa religion , ennemie déclarée de la religion de l'Etat. Cette Ligue si calomniée, et que je n'ai nullement l'intention de réhabiliter, professait hautement les doctrines politiques qui sont aujourd'hui la base de notre état social, la souveraineté absolue et imprescriptible du peuple, et le droit, pour la nation , d'élire son souverain. Ce furent les intrigues et l'ambition des Guise qui amenèrent l'association catholique à devenir l'adversaire de la royauté ; ce furent surtout les vices scandaleux et l'incapacité de Henri III. Un tel monarque devait nécessairement ruiner le pays et se perdre lui-même; son abjection et la désaffection méritée de ses peuples le condamnaient Jà une déchéance