‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 47 sur 229 · AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIU0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIU0 SIÈCLE

Pour bien apprécier le jugement de Chalier, il faut se reporter au temps et tenir compte des circonstances. Deux partis politiques se faisaient une guerre à mort ; aucun terme moyen n'était possible* il fallait tuer pour ne pas être tué. Vivant et vainqueur, Chalier, sans remords et sans pitié', eût fait exterminer ses nombreux adversaires par son tribunal révolutionnaire : il était de très bonne foi dans son projet de faire couper plusieurs centaines de têtes , projet qu'il avait médité longtemps et dont il tenta plusieurs fois l'exécution. En mettant à mort Chalier , les Lyonnais girondins usèrent donc du droit de défense personnelle : pouvaient-ils et devaient-ils faire grâce ? c'est une question qu'il est bien facile de résoudre après l'événement. Délivré , et reporté au pouvoir par le cours inévitable de la Révolution , le vaincu du 29 mai eût-il , à son tour , accordé un généreux pardon à ses adversaires ? bien certainement non. Chalier était un fanatique révolutionnaire , un vrai raonomane dans ses sanguinaires utopies ; il eût infailliblement fait périr ceux qui l'auraient épargné. Mais son arrêt de mort a-t-il été légal ? toutes les formalités judiciaires ont- elles été observées dans son jugement? c'est ce qu'on ne saurait affirmer. Le droit de récusation appartenait à l'accusé. Chalier, pendant les débats, fat constamment l'objet des manifestations malveillantes et passionnées de l'auditoire ; juges et jurés étaient évidemment sous les impressions de l'esprit de parti. Mais l'argument principal , c'est que Chalier était sous la sauvegarde d'un décret formel de la Convention, auquel le tribunal devait obéissance : il fut traité , non comme un accusé , mais comme un vaincu. f

de Pain , io-8° (sans date) — Actes de décès de Chalier et de Ryard de Beauveruais. (Lyon <r/i!793, p. 13.)

Voyez dans le chapitre IV le récit de l'apothéose de Chalier , et la même justification dans l'ouvrage suivant : Lyon en 1793. Procès - verbaux authentiques et inédits du Comité de surveillance de la section des Droits de l'homme , par P. -M. Goiion. Lyon, À. Mo thon , 1847, in -8°. — Notices sur Chalier (Bioyraphie universelle , et Revue du Lyonnais , 8e livraison 1835, par M. César Oertholon. )

1. — Devenu sécréta ire- greffier de la commission militaire instituée parles vainqueur» du 49 mai , Moulin fut incarcéré après le siège 4 et eût probablement péri s'il ne se fût prévalu de la défense de Chalier. Il fut mis en liberté (à Paris) le 8 fructidor. (Mémoire justificatif présenté à la Convention nationale ; au Comité de sûreté générale , aui jacobins , à la République

962 XVIIIe SIÈCLE. — SUITES DE INEXÉCUTION DE C HA LIER.

Chalier avait annoncé que sa mort serait vengée : il disait vrai ; les représailles devaient être terribles. Soixante - quinze autres vaincus du 29 mai attendaient dans les prisons leur jugement , mais on avait trop à faire pour s'occuper d'eux ; le jacobin Hyddins se pendit aux fenêtres de son cachot. La position de Lyon relativement à la Convention avait beaucoup empiré ; Chalier était cher aux montagnards de F Assemblée , et d ailleurs sa mort avait eu lieu en violation formelle d'un décret. Tout se disposait pour l'attaque et pour la défense; arrêtés dans les communes voisines de la ville et amenés à l'Hôtel-de- Ville , les représentants Noël Pointe , Santeyra et Lesterpt-Beauvais furent mis le lendemain en liberté. D'autres qui étaient en mission auprès de l'armée des Alpes écrivirent à la Convention ,. peignirent sous les plus noires couleurs l'esprit public des Lyonnais, et exprimèrent la crainte que la ville contre -révolutionnaire ne parvînt à s'emparer de Mâcon K On annonçait d'autre part à l'assemblée (et c'étaient les représentants Rouyer et Brunel qui mandaient cette nouvelle ) que le Conseil général du département de Rhône- et-Loire était en pleine dissolution, et que plusieurs de ses membres , dont ils envoyaient les rétractations individuelles, demandaient à ne point encourir la responsabilité des décrets de la Convention. Us étaient mal informés, du moins quant à l'opinion de l'immense majorité des Lyonnais.

entière , par le citoyen Moulin , défenseur officieux du martyr Chalier. Parist imprimerie de Champon , 1793 , in-4°.)

Le jugement rendu par le tribunal criminel énonce ( page 4) une accusation que le jury parait avoir écartée ; la voici : « Il est enfin établi au procès , par une lettre missive « d'Oberlustat , sous la date du 22 mai dernier , qui parait être la vingtième écrite audit « Chalier, portant le timbre de Rheinhausen , et une signature mystérieuse Mi*... de Saint- « V... , interceptée au bureau de la poste le lendemain ou le surlendemain de rarrestatiou « dudit Chalier , en conséquence d'un arrête du Conseil général provisoire , que , sous le « manteau du patriotisme , Chalier servait la cause des ci-devant nobles, et qu'on lui pro- « met de grandes récompenses de leur part ; que celte lettre atteste un projet de contre- « révolution , par lui conçu , qui a été fortement goûté du prince , et que Chalier a des rela- « lions avec divers particuliers de l'intérieur, qui se sont engagés à marcher au même but. »

Celte lettre pouvait avoir été écrite uniquement dans le but de compromettre Chalier.

1. — Les corps administratifs séant à Lyon , et les délégués de la section du peuple français dans le département de Rhône-et-Loire , formant le Comité de salut public; séance du 3 août 1793, l'an II de la République. Lyon , A. -F. Delaroche, 1793 , in-4°.

L'Assemblée décide qu'elle prendra le titre de Comité général de surveillance et de salut "public dn département de Rhône-et Loire.

AN 11 DE LA RÉPUBLIQUE (1793). — XVIIIe SIÈCLE. 963

Convoqués extraordinairement , les corps administratifs de la ville de Lyon acceptèrent la constitution donnée à la France ; de leur côté , les assemblées primaires reconnurent formellement la Convention et protestèrent de leur soumission à la République une et indivisible !. Malgré cet acte solennel d'obéissance à la représentation nationale , les Lyonnais interceptaient les convois de munitions et de vivres qui traversaient leurs murs pour se rendre à l'armée des Alpes; ils les avaient d'abord laissés passer librement, mais ils se ravisèrent. Une proclamation du général de Précy, affichée le 19 juillet, annonça que le moment était venu, non de délibérer, mais d'agir2. Les rôles d'inscriptions pour le service militaire ne se remplissaient pas avec assez de promptitude; le général invitait les citoyens à les compléter, et à travailler aux redoutes et aux fortifications avec activité. Son appel fut entendu : le k du mois d'août , tous les travaux de défense étaient terminés , et Lyon attendait l'ennemi.

1. — Municipalité provisoire de Lyon; convocation des assemblées primaires pour le 28 juillet 1793... pour la présentation de la Déclaration des droits de l'homme et. du citoyen , et de l'Acte constitutionnel , en vertu du décret de la Convention nationale du 27 juin 1793. Lyon, le 26 juillet an ÏI , in-foi. — Procès-verbaux de l'acceptation unanime de la commune de Lyon de l'Acte constitutionnel du 24 juin 1793 , présentés à la Convention nationale , le 3 août , par les membres de la municipalité provisoire de Lyon. Lyon, A. -P. Delaroche , 1793, in- fol. — Adresse de la municipalité provisoire à la Convention nationale , du 2 août 1793 , l'an II de la République. Lyon, J.-P. Delaroche , 1793, in-4o. — Extrait du procès-verbal de l'acceptation et proclamation de l'Acte constitutionnel dans la ville de Lyon. — Extrait des registres des délibérations du Conseil général de la Commune provisoire de Lyon, du 30 juillet 1793 , an IL Lyon , J.-F. Delaroche , 1793 , in-4°.

11 résulte des procès-verbaux que les assemblées primaires de Lyon acceptèrent à l'unanimité l'Acte constitutionnel.

2. — Proclamation do général Perrin-Précy aux sections de Lyon , du 19 juillet 1793 , l'an II de la République. Lyon , A.~V. Delaroche , 1793 , in -fol. — Extrait des registres de la Commission de salut public , du 12 juillet 1793 , an II.

C'est le procès-verbal de la présentation par l'assemblée , au général Précy , des officiers dont les noms suivent : Louis-Joseph Julien , adjudant-major-général ; Melchior Durand et Bartbélemt Ferrus-Plantigny , aides-de-camp du général ; Jean Vallès , commissaire des guerres ; Grandval , général de brigade ; Gabriel Julien , adjudant-général ; Souletle , colonel ; Gingenne , lieutenant- colonel; Gabriel et Gai le t , adjudants-majors; Jean-Louis Faure , aide- de -camp du général Grandval ; Louis Griffct, ingénieur militaire.

CHAP1TBB IV.

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