XVIII* SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE
« et qu'il ne me reste qu'une grâce à demander au peuple de « Lyon : c'est que je sois la seule victime , et qu'il pardonne « à tous les autres. » '
La guillotine venait d'arriver de Paris , c'était Chalier qui devait en faire le fatal essai; disposé sur un plan presque horizontal , le couteau n'avait pas cette direction triangulaire qui donne tant de force et d'action à son tranchant : trop resserré entre les deux jumelles , il entama profondément le col et ne le coupa point. Le bourreau, Jean Ripet, le releva et le laissa retomber sans mieux réussir; un troisième coup agrandit l'horrible plaie; un quatrième ne trancha qu'incomplètement les os. Alors Jean Ripet tira un long couteau de sa poche et acheva la section de la tête , qui tomba enfin dans le panier. Chalier n'avait pas de cheveux; Jean Ripet saisit par l'oreille la tête sanglante , et la tint quelques moments suspendue pour la montrer au peuple. On enterra le cadavre au lieu réservé pour les suppliciés; le lendemain une femme patriote l'exhuma en secret , emporta la tète chez elle, et la conserva précieusement *. Ryard de Beauvernais périt du même supplice le 22 juillet, à six heures du soir.
1. — La relation officielle des derniers moments de Chalier (Moniteur universel du 2 septembre 1793) ne dit rien de ces paroles qu'il aurait prononcées sur l'échafaud : « Je donne « mon âme à l'Eternel, mon cœur au* patriotes, et mon corps aux scélérats; » ni de celles-ci qu'il aurait ajoutées en se tournant vers le bourreau : « C'est toi qui seras mon exécuteur « testamentaire. » Selon une autre relation peu digne de foi, Chalier, frappé au col d'un premier coup du couteau, se serait adressé au bourreau , et lui aurait dit : « Attache donc une n cocarde sur ma poitrine; je meurs pour la liberté. » Le Journal de Lyon (numéro du 17 juillet 1793) donne les détails de l'exécution :« Quelques claquements de mains, « dit-il , furent étouffés par l'indignation que fit éprouver le mauvais succès de l'instru-
« ment Il (Chalier) essaya le premier cette sainte guillotine dont il demandait la
« permanence. »
2. — Jugement du tribunal criminel du département de Rhône-et-Loire , qui condamne
Joseph Chalier, âgé de 46 ans , natif de Beaulard en Piémont , président du tribunal du district de Lyon , y demeurant , place du Grand-Collège ( maison du Tambour) , à la peine de mort, pour avoir provoqué au meurtre et au pillage , et attenté à la vie et à la liberté des citoyens. Lyon , Maire et Mare , 1793 , in-4°. — Procès de Joseph Chalier, condamné à mort par jugement du tribunal criminel de celte ville le 16 juillet 1793 , l'an II de la République , suivi de sa défense prononcée par le citoyen Moulin , son défenseur officieux. Lyon , in-12. — La vie , la mort et le triomphe de Chalier , avec les lettres originales que ce martyr de la liberté a écrites , pendant sa détention , a son ami Bernascon , et qui ont été conservées avec soin par ce dernier , conjointement avec U citoyen Lauras. Parie , impr.