‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 49 sur 229 · VIIIC SIÈCLE. SIÈGE DE LYON · texte numérisé non relu

VIIIC SIÈCLE. SIÈGE DE LYON

l'opinion républicaine vaincue à Paris au 31 mai , ou celui des départements méridionaux coalisés en fédération?

Ce qu'on sait déjà de la lutte des partis à Lyon , depuis i 787 , laisse peu de doute sur les véritables sentiments de la très grande majorité des Lyonnais au mois d'août 1793, lorsque le siège de leur ville, par l'armée de la Convention, devint inévitable, Mais, sous la Restauration , une singulière opinion prit beaucoup de crédit : selon elle, Lyon s'était armé pour la cause de la monarchie déchue; Lyon voulait une contre-révolution dans l'intérêt de la royauté ; Lyon , semblable à la Vendée , avait soutenu une guerre à outrance avec la Convention pour relever le trône et l'autel.

Tels furent , en effet , les griefs ou les prétextes de la Convenr tion ; elle présenta Lyon comme une ville contre-révolutionnaire, entièrement engagée dans l'intérêt monarchique, et les soldats de l'armée qu'elle lança contre cette ville adoptèrent cette opinion. Pour eux, ces Lyonnais qui leur faisaient une si rude guerre, ces muscadins qui se battaient si bien, étaient des royalistes. Cette accusation n'était pas entièrement dénuée de vraisemblance : quel général avaient choisi les corps administratifs de Lyon? Perrin de Précy , un des hommes les plus connus par leur dévouement sans réserve à la monarchie. Plusieurs de ses officiers supérieurs partageaient ses sentiments; quelques agents des princes étaient entrés en communication avec lui; enfin , un certain nombre de royalistes s'étaient enrôlés sous ses drapeaux , et correspondaient avec les émigrés de l'armée du Rhin.

Ces faits sont vrais, mais on ne saurait en déduire la conclusion que la majorité des Lyonnais n'était pas républicaine. Je l'ai dit déjà, Précy fut mis à leur tête, quoique royaliste : la bonne réputation qu'il avait laissée à Lyon comme militaire , la fermeté connue de son caractère , et peut-être encore ses relations avec quelques membres influents de la Commission départementale > telles furent les causes de sa nomination. Ce général n'exerça aucune influence politique; il prit la cocarde tricolore, prêta serment à la République , et parla le langage républicain dans toutes les circonstances qui le demandèrent : s'il fit quelques tentatives en faveur de la cocarde blanche , ce qui" n'est pas prouvé , elles ne firent aucune sensation. Que Précy fût au fond royaliste très prononcé, c'est ce qu'on ne saurait nier ; mais ce

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qui n'est pas moins évident , c'est que le général avait loyalement accepté le commandement d'une armée républicaine , et que l'arrière -pensée qu'il nourrissait, sans doute, n'eut aucune influence sur sa conduite militaire. Quant aux Lyonnais , tous leurs actes annoncent qu'ils étaient sincèrement dévoués à la République ; ils voulaient aussi la liberté et l'égalité , mais avec le règne de la loi. On ne trouve nulles traces de royalisme , ni parmi les ouvriers , ni parmi les classes moyennes : il faut, pour en rencontrer, les rechercher dans les classes supérieures ; encore sont-elles peu sensibles , et limitées à quelques individus dont l'opinion n'engage pas celle de l'immense majorité des citoyens. Depuis le mois de mai , époque de la scission de la ville avec la Convention , jusqu'à la fin du siège , les corps administratifs , expression légale de la cité , publièrent un très grand nombre de proclamations et d'adresses. Toutes, sans exception, tiennent le même langage ; toutes protestent de l'inébranlable dévouement des Lyonnais pour la République une et indivisible : qu'elle soit destinée aux citoyens du département , à la Convention , aux soldats des armées , c'est toujours la même profession de foi. Parmi vingt pièces officielles que je pourrais citer, celle-ci mérite d'être connue; elle parut le 31 juillet. La Commission populaire républicaine et de salut public de Rhône -et- Loire s'adresse aux gardes nationales requises de marcher contre Lyon, et leur dit :

. « Citoyens soldats , on nous accuse d'être rebelles ! mais on « ne voit flotter chez nous que les drapeaux tricolores : la cocarde « blanche, symbole de la rébellion, n'a jamais paru dans nos « murs. Nous des rebelles! mais qu'on nous cite les lois générales « que nous ayons méprisées, les trophées de la liberté que nous « ayons abattus.

« On nous accuse de royalisme: quelle imposture! Les cris « de « vive la République! » se font entendre ici de toutes parts. « Par un mouvement spontané , nous avons tous prêté le serment «< de courir sur quiconque proposerait un roi, un dictateur, « des triumvirs. Nous défions qu'on trouve sur nos monuments « publics aucun attribut de royauté. Dans nos assemblées pri- « maires , nous avons examiné et. reçu avec empressement la

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« constitution républicaine qu'on nous offre. Nous avons juré « plusieurs fois de maintenir la République une et indivisible. « Enfin , on nous taxe de fédéralisme. Frères et amis , cette « espèce de gouvernement nous révolte. Si nous avons rompu « quelques jours avec la Convention nationale , à la moindre ce apparence d'intégralité, nous nous sommes ralliés autour d'elle,

c< comme centre d'action Frères et amis , si tant de vérités

« ne vous frappent pas , soyez du moins sensibles aux cris de <( l'humanité. Quand on fait mordre la poussière à un brigand de « l'Autriche , à la vue des attributs de l'esclavage , le sang de « l'homme libre bouillonne , il frémit d'horreur. Mais à l'om- <e bre des drapeaux tricolores, en voyant nos symboles de la <e liberté , en entendant nos accents républicains , oseriez-vous ee lancer un plomb meurtrier? Non, citoyens; un frère n'aime

ce que les embrassements de son frère Nous portons l'olivier

ce de la paix , et des armes : l'olivier sera offert à tous les vrais ce républicains; nos armes nous serviront de défense contre ce quiconque voudrait nous asservir, »

Ce langage est formel. Louis XVI est qualifié de tyran dans plusieurs des arrêtés de l'administration postérieure au 29 mai , et dont quelques-uns prononcent des peines sévères contre tout individu qui serait trouvé détenteur d'emblèmes de la royauté. Les fêtes républicaines forent célébrées avec empressement, même pendant le siège , et nulle part le serment civique n'était prêté avec autant d'enthousiasme qu'à Lyon. Même pendant le siège encore , les prêtres réfractaires étaient poursuivis par la vindicte publique et obligés de se cacher; ils avaient sans doute grand nombre d'adhérents , leur opinion religieuse rencontrait beaucoup de sympathie, mais Lyon n'en mettait pas moins à exécution le décret de la Convention qui les concernait. Précy , je le répète , porta la cocarde tricolore , il prêta serment à la République , et commanda une armée républicaine pour le service de Lyon républicain. *

Mais, après avoir établi ce fidt historique, il convient de faire une observation : Lyon haïssait et redoutait les doctrines sangui-

1 Pendant le siège , des statues de la Liberté et de l'Egalité , exécutées en plâtre avec

beaucoup de talent par Chinard , furent placées sur la façade de l*B6tel-de -Ville.

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naires de Chalier et des montagnards de la Convention encore plus qu'il n'aimait la République , et , plutôt que d'accepter leur joug abhorré , il aurait dérivé insensiblement jusqu'au royalisme Si le siège eût été levé, si les Lyonnais s'étaient réunis aux habitants de Marseille , de Toulon et de Bordeaux , vainqueurs dv leur côté , il est fort probable que le mouvement contre-révolutionnaire aurait fini par prendre, avec le temps, une couleur monarchique. Lyon s'était mis en insurrection ouverte contre la Convention, assemblée nationale qui représentait légalement la France républicaine; sa cause et celle de la monarchie marchaient parallèlement en se rapprochant Tune de l'autre , et se seraient nécessairement confondues dans un temps donné. '

$ II. La situation de la Convention au moment où Lyon proclama sa volonté de résister à l'oppression par les armes , n'est pas moins digne de remarque : elle était extrêmement critique. Ce n'était point un mouvement isolé que l'insurrection de Lyon ; soixante départements faisaient cause commune avec celui de Rhône-et-Loire , et tendaient à s'agglomérer. Tout le Calvados était en rébellion flagrante , et l'incendie se propageait avec célérité : Toulouse , Nîmes , Montauban s'étaient aussi révoltés contre le joug des montagnards, et tout l'Ouest était en feu. Armés ouvertement pour la cause ue la monarchie et de la religion , les Vendéens s'étaient levés contre l'oppression comme un peuple de géants; de6 paysans s *n?; discipline, mais dévoués , braves et bien commandés , avaient remporté d'éclatantes victoires sur les troupes de la Convention : Stofflet , Cathelineau, Charette , Lescure, La Rochejacquelein , Bonchamp, généraux improvisés , révélaient leurs noms, jusque-là peu connus, par les batailles qu'ils gagnaient sans canons et quelquefois sans fusils sur les armées de la République. Au Midi , les Marseillais liaient leurs mouvements avec les insurgés du Gard , et Toulon se livrait aux Anglais. Lyon , levant au centre l'étendard de la résistance , jetait dans la balance un poids considérable, et, par le fait de sa position géographique , se mettait à la tète de la

1. — Nous verrons les Lyonnais poussés au royalisme, après le siège , par les atroces mesures employées contre eux pour les punir d'une opinion qu'ils n'a? aient pas encore.

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fédération contre-révolutionnaire. C'est sur cette ville que marchaient les révoltés du cours supérieur du Rhône; si la jonction se faisait , Paris était sérieusement menacé : ainsi, près des deux tiers de la France échappaient à la Convention.

A l'extérieur , mêmes dangers : vers l'Est il n'y a rien à craindre, pour le moment du moins ; la Suisse est neutre , elle redoute la Convention et la contagion des passions révolutionnaires qui déjà travaillent et menacent sa partie française. Mais la Sardaigne est inquiétante : on voit percer un esprit évident d'hostilité au travers des irrésolutions de la cour de Turin ; elle fait des préparatifs militaires, et , s'il faut ajouter foi aux royalistes , soixante mille soldats sardes se disposent à donner la main aux Lyonnais par Chambéry et les vallées latérales. Jamais le langage des émigrés n'a été plus confiant ; jamais les émissaires des princes n'ont prodigué plus de promesses et travaillé avec plus d'activité à la contre-révolution. Battues au Nord et aux Pyrénées , les armées républicaines , après la défection de Dumouriez , sont entièrement démoralisées; elles n'ont confiance ni dans leurs généraux ni en elles-mêmes. M ayence a capitulé , les frontières sont entamées.

Et cependant la Convention n'a pas désespéré un instant de son salut ; elle a une grande force de volonté , un plan d'attaque bien conçu et une excellente position centrale , tandis que ses ennemis , à l'extérieur comme à l'intérieur, agissent séparément , les uns après les autres , sans tactique , sans aucune vue d'ensemble. La seconde coalition est bien autrement formidable que la première; l'Angleterre, l'Espagne, la Sardaigne, Naples, le Saint-Siège , toute la Confédération germanique en font partie. Aux Alpes sont quarante-cinq mille Autrichiens ; aux Pyrénées , cinquante mille Espagnols; en Belgique et sur le Bas-Rhin , cent dix mille Anglo-Bataves; entre la Meuse et la Moselle trentetrois mille Autrichiens , et cent mille Autrichiens et Prussiens sur le Haut -Rhin. Mais, commandées pour la plupart par des généraux inhabiles , ces armées ne marchent pas de concert , ne lient point leurs opérations , et ne savent pas profiter de leurs premiers avantages. La Convention aura le temps de faire face à tous les périls.

Ce qui lui importait d'abord , c'était d'isoler les Lyonnais des

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insurgés du Midi : Dubois-Crancé et Gartaux , suivis de quatre mille hommes d'infanterie et de la légion des Âllobroges, se hâtent d'occuper le cours du Rhône supérieur; Us interceptent toute communication entre les Marseillais et les Lyonnais , mettent les Nîmois en déroute, et s'emparent du Pont Saint-Esprit. Cartaux franchit la Durance ; son avant-garde , commandée par Doppet , bat les Marseillais dont une partie passe sous ses drapeaux ; les gorges de Septèmes sont forcées. Aucun secours ne viendra aux Lyonnais du côté du Midi; ils ne doivent rien attendre des départements fédérés, assez occupés du soin de se défendre euxmêmes. La Vendée poursuit à l'Ouest sa marche triomphante , mais elle ne sera pas toujours combattue par des généraux ineptes; Nantes lui résistera, et le temps de ses immenses désastres est proche. Grenoble, qui avait promis son concours, n'a pu tenir parole ; Dubois-Crancé a dénoncé aux sociétés populaires les sections de cette ville , dont il se défiait avec raison, et il a été assez habile pour faire élire une municipalité montagnarde. Ainsi , point de secours à espérer du côté de l'Isère ; le département de Saône - et - Loire , loin d'être un point d'appui pour Lyon, manifeste un esprit hostile, et les dispositions du département de l'Ain ne sont pas plus rassurantes.

Restent le côté de l'Est et l'armée sarde , mais elle ne s'est pas mise encore en mouvement; l'armée française des Alpes l'observe , et Kellermann aura sans doute le temps de lui barrer le passage.

Ainsi , les Lyonnais n'ont rien à espérer que d'eux - mêmes. Quels sont leurs moyens de défense, comparés aux moyens d'attaque ?

§ III. Les moyens de défense que Lyon possédait étaient de divers ordres: je comprendrai dans leur appréciation la situation topographique de cette ville au point de vue militaire ; l'armée , composée des volontaires lyonnais , et des gardes nationales des campagnes voisines; les fortifications, redoutes et retranchements.

Il a été déjà question plusieurs fois, dans ce livre, des avantages de la situation topographique de Lyon au point de vue commercial ; je les ai énumérés surtout dans l'histoire de l'insti-

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tution des foires '. Au point de vue militaire d'autres considérations se présentent, et doivent être étudiées avec attention.

Les bassins du Rhône et de la Saône sont séparés du reste ' de la France par une longue chaîne dont les Vosges fornuent l'extrémité au Nord , et qui se rattache aux Gévennes par la montagne du Four. A l'Est sont le Jura et les Alpes , défense naturelle qu'appuie une ligne de places fortes du Rhin à la frontière maritime , depuis Belfort jusqu'à Antibes. Chef-lieu de cette portion isolée du territoire , Lyon est le nœud des communications du pays avec la Suisse , la Savoie et l'Italie; les deux grands cours d'eau qui le baignent sont des voies militaires toujours ouvertes pour ses relations avec le Maçonnais et la Bourgogne , d'une part, et d'autre part, avec le Dauphiné, la Provence , le Languedoc et la mer 2. Au moment du siège , les Lyonnais , réduits à leurs seules ressources , perdaient en très grande partie les avantages de la situation topographique de leur cité : on l'a vu, maîtres du cours supérieur du Rhône, Gartaux et Doppet interceptaient la communication avec Valence , Avignon et Marseille ; très influent dans le département de Saône-et-Loire , le représentant Reverchon s'était emparé de la navigation de la Saône depuis Gray jusqu'à Belleville. L'Ouest était libre pour les communications avec le Forez, et c'était de l'Est que Lyon attendait le concours, impatiemment désiré, de l'armée sarde. Les Lyonnais ne pouvaient point reculer leur ligne de défense à plus de cinq ou six kilomètres des murailles, encore n'était-ce pas sur tous les points : ils ne devaient donc mettre à profit que les accidents du terrain qui se rencontrent dans cette étroite circonscription. Dès -lors, non - seulement l'armée de la Convention pouvait les serrer de très près sans rencontrer aucun obstacle , mais encore elle disposait du concours des masses de gardes nationales que les représentants du peuple mettaient en réqui-

1. — Page 536 (XV* siècle). Je ne sais s'il est indispensable de relever ici une inexactitude qui a été commise dans ce chapitre t ce n'est pas Ljon , c'est te Lyoonais qui n'est séparé de la Loire , è l'Ouest , du côté de Saiut-Symphorien-ie-Ch&teau , que par la faible distance de quelques lieues. Lyon est à soixante-dix kilomètres de la Loire; mais l'ancien Lyonnais louchait presque au fleuve.

î. — L'imjiortance militaire de la ritle de Lyon sera indiquée, avec plus de détails, au chapitre rir les fortifications actuelles.

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sition dans toutes les provinces Voisines , et précipitaient sur Lyon comme une avalanche.

Située au pied de deux chaînes de collines , la ville est dominée à l'Ouest par le plateau de Fourvière , d'un accès facile pour une armée ennemie marchant dans cette direction ; au Nord , par le large massif de la Croix-Rousse, dont les versants commandent par Cuire la Saône, et le Rhône par Montessuy. Un autre plateau, prolongement de la longue chaîne du Mont-d'Or, finit au château de la Duchère , colline élevée qui défend le faubourg de Vaise placé au fond du bassin. A quelque distance de ces points culminants sent , au Nord , la route de Paris et la montagne de Limonesft; au Midi, les collines d'Oulii os et de Samt- Genis , entrecoupées de ravins profonds ; à l'Ouest , les hauteurs de Sainte-Foy ; et au Nord-Ouest , la route de M ontbrison sur un sol qui s'élève progressivement du pont d'Àlaï jusqu'à Duerne ; à l'Est , les plaines ouvertes des Broteaux et du Dauphiné qui regardent en fece les quais Saint-Clair , de Retz , de l'Hôtel-Dieu et de la Charité, dans toute la longueur de la presqu'île de Perrache. Cette indication topographique donne la situation nécessaire des armées assiégante et assiégée. Renfermés dans un rayon étroit, les Lyonnais devaient établir leurs points principaux de résistance à la Duchère , à Grézieu , au pont d'Oullins, à Cuire , à Fourvière , à Sainte-Foy et à la tête du pont du Rhône , et c'est ce qu'ils firent en effet. Appelées sur les points qui dominaient la ville et maîtrisaient le cours du Rhône et de la Saône , les troupes de la Convention occupèrent les hauteurs de Limonest , du grand Sainte - Foy et de Montessuy , sans négliger cependant les autres points. La colline escarpée et très accidentée de Fourvière était un excellent moyen de défense ; aussi les Lyonnais en tirèrent-ils un très grand parti.

Leur armée se composait de huit mille hommes d'infanterie , d'un très petit corps de cavalerie et d'une compagnie de canonniers f ; des gardes nationaux peu nombreux occupaient les postes de l'intérieur et faisaient le service de la place. Il y avait quelques anciens militaires et des sous -officiers expérimentés dans la

1. — La garde nalionate de Lyon fournit sept miUc deux cents hommes , et celle des autres districts , deux mille quatre cents.

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plupart des bataillons; les communes voisines avaient fourni un certain nombre de volontaires : toutes ces forces réunies ne donnaient pas un chiffre de dix mille combattants. Il n'y avait point de troupes régulières. Disséminée sur une multitude de points, cette petite armée devait être bientôt excédée de fatigues; mais son moral était excellent1. Derrière elle se trouvait une population considérable, dont les divers éléments s'unissaient dans un même sentiment de patriotisme et de haine contre la Convention : il n'y avait pas de recrutement possible pour elle; toutes les campagnes furent bientôt occupées par l'ennemi. Ni la poudre ni les projectiles ne manquaient; Saint-Etienne avait envoyé des fusils, et l'Arsenal contenait des munitions de guerre. Un corps de tirailleurs, composé déjeunes gens alertes et adroits, s'était muni des armes de l'ancienne compagnie des arquebusiers ; il s'exerçait fréquemment au tir , et rendit de 1res grands services. Les canons n'étaient pas en nombre suffisant ; les fonderies travaillaient avec activité, et fournirent des pièces de quatre, de huit et de douze : l'artillerie était suffisamment pourvue quand le siège commença.

Il fallait de l'argent, et beaucoup, pour faire face aux dépenses ; une somme préalable de trois millions , votée par le Conseil général, pourvut aux besoins les plus urgents -. Douze commis-

1. — * Les jeunes gens appartenant aux professions lettrées , a dit un témoin oculaire , leur compagnon d'armes , exécutaient ponctuellement leur service ; mais ils obéissaient plutôt au sentiment du devoir qu'à leur inclination naturelle. Ceux du commerce étaient la force véritable de l'armée lyonnaise; ils étaient braves et hardis. Ceux qui tenaient aux classes élevées de la société eurent , eu général , une conduite convenable. Il y eut nombre d' ouvriers pleins de dévouement et de courage. Les poltrons furent , sauf tes exceptions , tes gens à écriloire , ceux qui par quelque minime emploi tenaient à ce qu'on appelle la basoche. • (Nohlac , Souvenirs de trois années de la Révolution), Lyon, 1844, in-12, p. 2tt. Beaucoup de domestiques combattirent bravement parmi les soldats du siège , et l'on vit même des prêtres dans les rangs des combattants. Des femmes servirent aussi ; une jeune fille , Marie Adrien , se vêtit en homme et s'enrôla parmi les canonniers. Une femme de vingtsept ans , Marie Cochet , se battit parmi les fantassins.

2. — La Commission populaire , républicaine et de salut public de Rhône-et-Loiro , à tous les citoyens du département. Lyon, 4,-V. Delaroche, 1793, in-4°.

Proclamation relative à la souscription ouverte pour subvenir aux dépenses de la défense. Extrait des registres de la Commission populaire , républicaine et de salut public, du 20 juillet 1793. Lyon, J. -F. Delaroche , 1793 , in-4°. Il concerne la contribution de trois millions.

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saires désignés par les sections avaient été chargés de faire la répartition de cette somme entre tous les citoyens dont le revenu dépassait trois mille francs ; il y eut des dons assez considérables en argent. Les volontaires avaient un uniforme , ils portaient la cocarde tricolore , et on lisait cette devise sur leurs drapeaux : liberté, fraternité, égalité. Une solde avait été fixée pour les officiers de tous les grades , y compris le général en chef. *

Les fortifications , commencées sous François Ier et terminées sous Louis XIII, n'étaient d'aucun service; leurs bastions ne pouvaient protéger la ville qui les débordait presque sur tous les points, et d'ailleurs, comme on l'a vu, le système d'attaque des places avait changé. Il fallait donc leur substituer des moyens de défense plus puissants et plus en harmonie avec les progrès de l'art de la guerre : c'est ce que fit avec activité et talent un ingénieur fort habile, le commandant de Chenelette. Il établit des batteries et des retranchements sur les points les plus favorables , et tira le plus grand parti possible des localités.

C'était par le plateau de Montessuy et au Nord que devait venir l'attaque la plus sérieuse : les hauteurs de Galuire , de Cuire et de la Croix-Rousse, qui le continuent, sont découpées en amphithéâtre et creusées, sur plusieurs points, de ravins profonds : c'est là que Chenelette disposa quelques - unes de ses batteries les plus formidables. La fameuse redoute nommée Gingenne , du nom de son intrépide commandant , était placée à l'embranchement des chemins de la Croix-Rousse et de Cuire; elle battait toute la campagne à droite , et enfilait le chemin de Cuire dans une grande partie de sa longueur. Un peu plus à gauche, au point culminant de la colline de Cuire, du côté du versant de la Saône , était le poste du cimetière , appuyé fortement sur deux autres postes, dont l'un occupait les jardins de la maison Panthod , et l'autre les jardins de la maison Combe. Plusieurs terrasses avaient été utilisées, et des maisons crénelées;

!• — Tarif des appointements et solde de la force départementale de Rliône-el Loire, approuvé par la Commission populaire , etc. Lyon , A.-V. Delaroche , 1793 , in-fol. — Solde du général en chef de Précy, 25,000 livres ; pour équipement , 8,000 nv. ; pour les 27 officiers composant l'état -major (dont 4 chefs de brigade) , 128,600 liv. ; cavalerie , composée de 210 cavaliers , 147,810 liv. ; infanterie , 9,707 hommes , 6,300,232 liv.

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