XVIII0 SIÈCLE CONVENTION NATIONALE
d'autres redoutes croisaient leur feu avec celle Àe Gingenne ; défendues par les accidents naturels du terrain , elles étaient en outre protégées par des tranchées profondes. Ce côté de la ville n'avait rien à craindre d'un coup de main, et pouvait être à peu près considéré comme imprenable.
Au Midi , en avant du pont de la Mulatière et au-dessus du pont d'Oullins , se trouvait une batterie qui faisait face à la route de Sain t-E tienne; une autre redoute commandait le chemin de Saint-Genis : ainsi la tète du pont de la Mulatière était suffisamment fortifiée.
En gravissant à l'Ouest les hauteurs de Sainte-Foy, on voyait sur le plateau deux batteries placées , la première en avant de la terrasse de la maison Morel , la seconde sur une petite colline voisine; en avant du petit Sainte-Foy, deux autres étaient établies, Tune sur la butte de Brulay, l'autre dans le jardin de la maison Julien. Des redoutes formidables, construites en avant des portes de Trion et de Saint-Irénée , plongeaient dans les chemins de Francheville et de Champvert. Huit pièces de canon et un fort retranchement défendaient la montée de Ghoulan; il y avait, enfin , d'autres batteries à Loyasse et à Fourvière.
Ce sont des plaines qui bordent la rive gauche du Rhône, en regard de la longue ligne du quai : au-delà du pont Morand, des batteries protégeaient les Gharpennes ; d'autres avaient été établies sur la rive droite du fleuve, et pouvaient croiser leurs feux; Tune d'elles était placée sur la terrasse de la Bibliothèque. De toutes ces redoutes , la plus considérable était celle que Chenelette avait établie à la tête du pont Morand, du côté des Broteaux, et qui portait le nom de ce commandant : construite avec une très grande solidité , en pierres de taille et en terrassements , elle avait la forme d'un fer-à^cheval : un fossé de vingt pieds de profondeur la défendait , et huit pièces de canon s'y trouvaient en batterie. Cette redoute des Broteaux, placée en avant du pont Morand, était un travail considérable; elle pouvait contenir quatre à cinq mille hommes et cinquante bouches à feu. Une batterie sur le quai du Rhône et un grand nombre de chevaux de frise protégeaient le pont de la Guillotière , que défendait en outre son pont-levis.
Les abords du faubourg de Vaise avaient été mis sous la
AN 11 DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIIIe SIÈCLE. 977
protection de la redoute et des retranchements de la Duchère; des batteries faisaient face aux routes de Paris, et étaient appuyées par des postes avancés.
Tant que le blocus de la ville ne fut pas complet, il y eut suffisamment des vivres : Lyon en tirait du Forez ; le côté de l'Ouest était libre. Mais la disette ne pouvait tarder à se montrer dans une ville décent cinquante mille âmes, dès qu'elle serait investie de toutes parts.
Tels étaient les moyens de défense de Lyon ; la population était déterminée à se bien défendre, et son courage valait mieux que des murailles '. Il s'agissait, pour les Lyonnais, de combats bien autrement sérieux que ceux qu'ils avaient eu à soutenir autrefois contre les troupes mercenaires de leurs archevêques: c'était une armée régulière et munie d'une nombreuse artillerie qui se disposait à les assiéger. Mais toutefois la lutte n'était pas insensée: quand elle commença, la Vendée triomphante menaçait Paris; l'armée sarde s'ébranlait pour venir au secours de Lyon; Toulon était aux Anglais, et le Midi n'était pas contenu si bien qu'il ne donnât de grandes inquiétudes à Gartaux : il ne s'agissait que de gagner du temps. De leur côté, les émigrés se proposaient de forcer les lignes de Weissembourg et de tenir l'armée républicaine en échec , tandis que le prince de Condé, à la tête d'un corps d'armée d'élite , marcherait sur Lyon par la Franche - Comté. Une de ces combinaisons pouvait et devait réussir; les Lyonnais avaient donc des chances pour eux.
§ IV. Considérons maintenant quels étaient les moyens d'attaque :
Us ne furent pas proportionnés d'abord à la grandeur de l'entreprise. Les représentants du peuple détachèrent de l'armée des Alpes douze bataillons de troupes de ligne , de quatre cents hommes chacun , six cents chevaux et une centaine de canonniers ; c'était , tout au plus, un effectif de six mille soldats ,
1.— Des poteaux , dressés en avant des travaux de défense, portaient en grosses lettres rouges cet article de la Déclaration des droits de l'homme : « Quand le gouvernement viole les « droits du peuple , l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le « plus saint et le plus indispeusable des devoirs.* »