‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 56 sur 229 · XV1I10 SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON · texte numérisé non relu

XV1I10 SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON

sont hostiles , partout un péril imminent de mort se présente. Enfin quatre-vingts hommes environ, dernier tronçon de la malheureuse colonne , ont atteint un bois sur une des crêtes de Saint-Romain-de-Popey , près de la route de Tarare; mais ils ont été suivis de près par les hussards et les dragons , et des masses de paysans armés les environnent de tous côtés. Dans ce moment suprême , Précy se détermine à se séparer des Lyonnais que leur extrême fatigue a livrés enfin à l'ennemi : il s'échappe accompagné de deux hommes, dont l'un connaît bien le pays. Tous trois désespèrent cent fois de leur salut; ils se cachent le jour dans des taillis ou dans des cavernes, marchent la nuit , évitent les lieux habités , et voient fréquemment passer auprès d'eux des paysans qui vont à la chasse des Lyonnais. La faim , la soif, le froid, le sommeil les accablent; ils continuent cependant à fuir dans la direction du nord; et après des périls inouïs, mille fois renouvelés pendant huit mortelles journées , Précy parvient enfin à franchir la frontière suisse. Le commandant de Chenelette a réussi également à se sauver. l

Dépouillés et maltraités par les paysans , les Lyonnais faits prisonniers à Saint-Romain-de-Popey n'entendaient autour d'eux que des cris de mort , et ils furent plusieurs fois au moment

i. — Voici en quels termes Châleauneuf-Raudon rendit compte a la Convention de la destruction de la colonne lyonnaise :

« Au quartier général de Limonest, le 10 octobre 1793. — Les rebelles furent poursuivis par « les détachements de la Charente , de la Côte-d'Or , de l'Arriége et des Gravilliers ; du m 1er régiment de hussards, du 9« et du 18« de dragons, et du ci-devant Pologne cava- « le rie , dont la plupart étaient entrés les premiers à Lyon avec le général Doppel et moi. « Rcverchon , qui était particulièrement attaché au camp de Limonest , formé m face de « Vaise , a bientôt fait réunir toutes ses forces pour courir après ces scélérats qui , suivant m tous les rapports , ne doivent cependant effectuer leur sortie que par Montessuy et la Pape, » pour gagner la Suisse , et où nos divers collègues avaient pris , avec tous les généraux , m les précautions convenables. La poursuite a été si active que les deux colonnes de ces m rebelles ont été dispersées , que six cents ont été tués , que six cents autres se sont ren- « dus après avoir abandonné leurs armes dans les vignes. Tout le reste de leur train en « artillerie, en vivres et en trésors clé pris. Ce dernier était composé d'un million en assi- « gnats. On estime la destruction de ces contre- révolutionnaires , depuis leur sortie de Vaise , m à douze cents et a six cents prisonniers ; cependant un plus graud nombre d'armes ont été « ramassées , et , si Ton peut croire à la sincérité de quelques rapports , dans une ville si « longtemps rebelle , ils n'étaient que dix-huit cents a deux raille en sortant de Lyon. »

Dans la séance du 23 du I«r mois , les représentants du peuple , Gauthier et Dubois - Crancé , furent décrétés d'arrestation par la Convention.

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d'être massacrés. On leur lia les mains derrière le dos ; on plaça les blessés sur des charrettes, et tous furent dirigés sur Lyon par la route de Paris. Leurs dangers recommençaient au passage de chaque village : hommes , femmes , vieillards et enfants accablaient d'injures et de coups des malheureux obligés de se traîner à demi-morts de faim et de froid, par une glaciale journée d'octobre, sur une route couverte d'une boue épaisse. On les jeta dans la prison de Saint-Joseph , où les attendaient de nombreux compagnons de misère; ils ne devaient pas avoir longtemps encore à souffrir. !

1. — Une relation du siège de Lyon exigerait un nombre de volumes considérable si l'écrivain voulait n'omettre aucun épisode , aucun des innombrables faits particuliers, aucune des pièces officielles qui s'y rattachent. J'ai dit autre part que plus de trois mille écrits avaient été publiés à l'occasion de cet événement mémorable ; leur analyse a été beaucoup t rop négligée par les historiens , elle leur aurait fourni une foule de renseignements d'une grande importance.

J'ai cru devoir écarter à peu près tous les faits individuels , d'abord parce qu'ils ne rentraient pas directement dans le cadre , nécessairement étroit , d'une histoire générale ; et ensuite (c'est la raison principale), parce que le plus grand nombre n'ont pas un caractère sufGsant d'authenticité. Chacun a son anecdote particulière h raconter sur le siège de Lyon , et ce sont toujours des témoins ou des acteurs qui parlent. Un écrivain très estimable n'a pas évité cet éctteil ; il a rempli son livre d'anecdotes , qui ont l'inconvénient du roman , sans en présenter toujours l'intérêt : quelques-unes ont un fond de vérité que gâte l'exagération ; ainsi une relation fait tuer douze cents des soldats de la Convention , à l'assaut d'une redoute, par vingt -cinq Lyonnais. Les faits d'armes des habitants de Lyon , pendant le siège , ont été assez beaux pour ne rien perdre à être racontés avec simplicité : l'emphase ne grandit pas , elle rapetisse.

Voici les principaux ouvrages qu'on peut consulter sur le siège de Lyon :

Gcillon (Aimé). Relation du siège de Lyon, contenant le détail de ce qui s'est passé d'après les ordres et sous les yeux des représentants du peuple français. Londres, 1794, in-8°. — Sur le siège de Lyon et les malheurs qui l'ont suivi ; janvier 1794 , in-8°. (Voyez, au chapitre Ier, l'indication des antres ouvrages de l'abbé Guillon sur la révolution à Lyon , et celle des Histoires de MM. Balleydier et Morin). — Compte rendu à la Convention nationale des représentants du peuple à l'armée des Alpes, Dubois Crancé et Gauthier, depuis le 3 mai jusqu'au 12 octobre 1793 (vieux style) , l'an second de la République française , une cl indivisible ; par Du bois -Crancé. A Commune- Affranchie , chez Carret , in-8°. — GoEftftE. Histoire de la révolution dé Lyon , servant de développement et de preuve à une conjuration formée en France contre tous les gouvernements et contre tout ordre social. Lyon, Fegnanlt , 1793 ,.in-8°. — Destruction de la Vendée lyonnaise , ou Rapport des événements y arrivés jusqu'à la reddition de Ville-Affranchie; par E.-A. Doppct. 1793 , iu-4°. — Discours sur le siège do Lyon , prononcé au club des jacobins , à Taris , par le citoyen Dubois- Crancé. Lyon , 1793 , in-8°. — Eclaircissement sur la fuite et l'arrestation des fuyards de Lyon, par le général Doppet. Ville franche , 1793 , in-8°. — Rapport sur le siège de Lyon , par te citoyeu Doppet , général en chef de l'armée des Alpes , publié sur le manuscrit original pnr P.-M. Gonon. Lyon, Mothon , 1846 , in-8°. — Récit sommaire des opérations du siège

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de Lyon en 1793 , suivi d'une carte des environs de Commuue-Affranchie. Lyon , Marie , 18i6, in- 8°. — Lyon en 1793, procès-verbaux authentiques et inédits du Comité de surveillance de la section des Droits de l'homme pendant le siège. Lyon , Dorier, 1847 , in -8°. — Le Siège de Lyon, ou l'héroïsme républicain , par Mermel ; in-8°. — Le Siège, ou l'héroïsme républicain , mélodrame à grand spectacle, eu un acte et en prose... , par un citoyen de VilleAffraiicliie(Macors). Mb- Affranchie, in-8°. — Relation du siège de Lyon , contenant le détail de tout ce qui s'y est passé. NeitfchAtel , 1794, in -8°. — Histoire du siège de Lyon , ou Récit exact des événements qui se sont passés dans cette ville sous le commandement de Précy, et des horreurs qui s'y soûl commises par ordre des proconsuls Collot-d'Herbois, Albille, Fouchc et autres scélérats; par un officier de l'étal-major du siège , échappé du carnage et réfugié en Suisse (Paul-Emilien Béraud). Lausanne (Lyon), 1795, in-8°. — Lesi-kadi (P.-F.). Histoire politique et militaire du siège de Lyon (Prospectus). Cet ouvrage défait contenir des documents inédits , et former quatre volumes in -8°. — Rapport à la ville de Lyon par M. Defrémiiiville , ci-devant commissaire du roi , et député par la ville en différents départements. Lyon, Rusand, 1814, in- 8°. — Discours de l'abbé Bonnevie, prononcé à Lyon le 5 décembre 1817 , pour l'anniversaire des victimes immolées au siège de cette ville en 1793. Paris t Palade , 1817 , in-8°. — Pémcaud ( Antoine). Notes et documents , etc. — Détail des troubles de Lyon , et relation du siège mémorable de cette ville par l'armée républicaine en 1793, par J.-B. Petit. Paris, Chassaignon, 1831 , in-18. — Un épisode du siège de l.yon , trait de bravoure d'un Auxonnais ( Bocquillon ). Auxonne , Saunié , 1840, iti-8°. — Siège de l.yon ; Histoire de Commune-Affranchie, 1789-1796, recueillie dans les conversations d'un soldat du siège. Lyon , Rey, 1843 , in-8*. — Bulletins du département de Rhoneet-Loire » du 8 août au 30 septembre 1793 , imprimés par ordre du Comité général de salut public de Lyon (publiés par M. Cbaravay ). Paris, Maulde , 1845, in-4°.

En 1824 , l'Académie de Lyon proposa un prix à l'auteur de la meilleure pièce de vers sur le siège de Lyon ; elle reçut soixante-une compositions. MM. A. Bignan et F. Coignet le partagèrent ; en .1825 , M. Monlandon obtint une mention honorable. Ce concours donna lieu aux publications suivantes : Massas (Charles). Le Siège de Lyon, et poésies diverses. Lyon, Durand et Perrin , 1825, in-18. — Coicxrr (F.). Le Siège de Lyon , poème dithyrambique. Lyon , Pésieiur , 1825 , in-8°. — Bignan (A.). Le Siège de Lyon en 1793 , poème lyrique. Lyon, Batret, 1825, in- 8°. — Pbrenon (L.-M.). Le Siège de Lyon , poème historico-didactique en cinq chants , précédé d'un prologue aux Muses et d'uue préface poétique , et suivi d'uu grand nombre de faits inédits , de la lettre du général Précy sur la mémorable sortie des Lyonnais , de chansons de l'époque , de notices biographiques et historiques des personnages des deux partis, et orné du portrait du comte de Précy. Lyon , Brunet , 1825, in-8°. — Le Siège de Lyon , dans tes poésies épiques de Mm* Tas lu. — Eloge des martyrs de Lyon , présenté à S. A. R. le duc d'Angoulême , par A. S. , de Lyon (Alexandre Sonnerat). Lyon, Bottrsy , 1815 , in-89'. — Eloge poétique des victimes du siège de Lyon , précédé de la description de la cérémonie religieuse qui a eu lieu à l'ouverture du monument des Broteaux , le 29 mai 1819 , et suivi d'un mélange de poésies par A. S., de Lyon. Lyon , Bowsy, 1819 , in-8*.

Il sera question autre part du monument religieux , aux Broteaux.

En 1828 , l'Académie , sur le rapport de Régny , fopma une commission permanente , composée de ceux de ses membres qui avaieul pris part aux événements du siège de Lyon , ou qui avaient pu en être les témoins. Cette commission devait recueillir , rassembler et mettre en ordre tous les matériaux propres à élever un véritable monument historique. «-Douas (J>-B.). Histoire de l'Académie de Lyon, II, 340.

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