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« pas arrivée , le feu du peuple reprend , et ne cessera plus que « la justice nationale ne soit satisfaite.» Il y avait lieu à délibérer : les administrateurs du département convoquèrent les trentedeux sections; mais cette réunion prit du temps, et, le délai étant expiré, le feu recommença. Ce fut dans la Loge du Change que les sections se rassemblèrent ; les membres du Comité de salut public et du Comité militaire étaient en permanence à l'Hôtelde- Ville, songeant aux moyens de gagner du temps pour faciliter l'évasion de Précy. On ne pouvait songer à une capitulation, la Convention n'en voulait pas, et c'était à discrétion qu'il fallait se rendre ; le général lyonnais Arnaud adressa dans la journée à ses troupes une proclamation énergique, mais qui ne changeait rien à l'état de la question. Toute résistance sérieuse était impossible : des attroupements de jacobins commençaient à se former; jusqu'à ce jour comprimés et perdus dans la foule, les amis de Chalier sortaient de leurs retraites et se ralliaient. Trente -deux députés des sections se rendirent au quartier général ennemi , à Sainte-Foy : ils avaient reçu la mission de traiter de la reddition de la ville , et devaient refuser de livrer aucun des citoyens compromis; mais, dans la situation désespérée des affaires, il n'y avait pas de conditions à exprimer. Couthon signifia aux commissaires qu'il n'y avait pas lieu à délibérer : l'ordre d'entrer dans la ville fut donné aux troupes.
Pendant ce temps Lyon s'abandonnait lui-même; les postes qui tenaient encore furent désertés; leurs défenseurs avaient reçu l'ordre de les évacuer, et de se rallier à Vaise pour la retraite. Avertis tard des intentions du général , des canonniers, à Trion , furent les derniers à tirer sur l'ennemi ; ils quittèrent à regret la batterie, et firent leur retraite par Champvert et Gorge-de-Loup. Le bombardement n'avait pas cessé; plusieurs maisons de Saint- Just et le collège de Saint-Irénée étaient en flammes. C'est à la lueur de l'incendie que les premiers bataillons de la Convention entrèrent enfin dans le faubourg de Saint-Just et pénétrèrent au cœur de la ville^subjuguée , mais non soumise. '
1. — Voici le chiffre de la quantité des munitions et projectiles que les assiégeants consommèrent pendant le siège : boulets , 27,691 ; bombes , 1 1,074 ; obus , 4,641 ; cartouches à balles pour le canon, 5,377; cartouches à fusil, 326,136; poudre de guerre, 148,766 kilogrammes.
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§ IX Avant de raconter l'entrée à Lyon des généraux et de Farinée de la Convention victorieuse , je suivrai Précy dans son mouvement de retraite , jusqu'au moment où le sort de ses derniers compagnons d'armes sera décidé.
Précy avait fait pour la défense de la ville tout ce qu'il était possible de faire ; il avait résisté pendant soixante-deux jours à une armée bien supérieure en nombre à la sienne et munie d'un énorme matériel de siège, et non-seulement il s'était défendu, mais encore il avait remporté des avantages signalés dans plusieurs rencontres. Toute résistance étant devenue inutile, soit par la disette des vivres et des munitions, soit par les progrès de l'ennemi, une sortie fut convenue. C'était une extrémité cruelle, mais aucune autre chance de salut ne pouvait se présenter ; et ce n'étaient pas seulement des soldats et des hommes valides qu'il s'agissait de conserver à leurs familles , le général avait encore à sauver une multitude de Lyonnais de tous les rangs, que menaçait la vengeance de la Convention; les chefs des sections , les administrateurs du District , les membres des Comités , grand nombre d'employés civils et militaires , enfin des femmes et des enfants qui ne pouvaient se séparer de leurs époux et de leurs pères. A minuit , Précy envoya aux canonniers des redoutes l'ordre d'enclouer leurs pièces , d'évacuer sans bruit les postes , et de se rendre , hommes et chevaux , dans le parc de la Grande-Claire, à Vaise, au-dessous de la Duchère. Quinze cents hommes de toutes conditions s'y étaient rassemblés ; des détachements d'infanterie et de cavalerie y venaient en silence avec tous les effets d'équipement qu'ils avaient pu ramasser : (oute cette masse confuse sentait la nécessité de faire diligence, et de s'entourer de silence et de réserve. Il ne pouvait être question d'une retraite militaire faite selon les règles de la tactique et selon un plan combiné d'avance, les circonstances ne le permettaient point. Cependant Précy essaya de mettre quelque ordre dans ce pêle-mêle : il divisa ses hommes en deux colonnes qui devaient se suivre , au départ , à demi-heure de distance. Forte d'environ douze cents combattants , dont cent cinquante cavaliers , l'avantgarde emmenait environ trois cents citoyens- sans armes et marchait sous la protection de six pièces de quatre. Précy en prit le commandement ; Virieu conduisait l'arrière-garde , composée
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d'environ irois cents hommes : il avait deux pièces de quatre , et était chargé du caisson dans lequel se trouvait le trésor de l'armée. Citait la nécessité qui avait tracé l'itinéraire : Précy se proposait de remonter la Saône jusqu'à Trévoux en évitapt tout engagement , de gagner le plateau de U Bressç., et , de, marcher sur le Jura par Sainte Claude. Les Lyonnais se mirent en marche le 9, octobre , à deux heures du matin.
Quelque connaissance qu'eût Précy de, la. vigilance de son ennemi y il ne s'en était point fait cependant encore une idée suffisante, Dubois-Crançé avait tout prévu, .savait tout, observait tout , et avait pris ses mesures pour qu'aucun Lyonnais ne lui échappât. L'heure et l'itinéraire de la çortie lui étaient connus, des espions le tenaient ,au courant des .moindres mouvements de la colonne; de forts détachement d'infanterie gardaient lesi passages , des escadrons de cavalerie les appuyaient; des canons en batterie garnissaient les hauteurs; enfin , ayertie depuis plusieurs jours , la population, des campagnes s'était levée en masse , et se disposait à tomber sur les fugitifs dès qu'ils paraîtraient. l
La colonne avait dépassé la plaine qu'on nomme le Plan de Vaise , et elle commençait à s'engager dans le chemin de Saint- Cyr> lorsqu'elle reçut, presque à bout portant, les décharges de
1. — Tels avaient été , an reste , les ordres du Comité de salut public ; il écrirait aux représentants du peuple qui dirigeaient le siège : « Enfin les rebelles sont taiocus , sont-ils tous
• exterminés ? Comment se fait-il que deux mille se soient évadés ? est-ce qu'ils ont passé « sur les rangs de nos soldats? Point de faiblesse , point de grâce , que tous soient frappés.
v « M'épargnez que les patriotes et les indigents persécutés par les riches. » ( Gazette nationale , ou le Moniteur universel, le 22 du 1« mois, an H.)
Doppet avait annoncé , par une lettre à la Convention , la prise de Lyon et l'évasion des rebelles : « Il est pourtant probable , disait-il , qu'ils n'iront pas à deux lieues ; plusieurs « colonnes les cernent , pondant le temps que je dispose des forces militaires dans la
- ville , pour nous mettre à l'abri du la trahison , de même que pour y maintenir l'ordre. » Cette nouvelle excita une vive indignation au sein de la Convention : « On vous apprend , m s'écria Bourdon de l'Oise , que Lyon est pris , mais que tous les hommes armés en sont
- sortis; il est inouï qu'une pareille chose arrive quand une ville est bloquée... On vous
- prépare de nouveaux malheurs ; ils vont aller faire une Vendée de la Lozère t il vaudrait
• mieux que Lyon ne fût pas pris. » Fabre d'Eglantine parla dans le même sens ; il croyait que trente mille Lyonnais avaient pris la fuite , mais il ne savait s'ils étaient sortis par Perracbe ou par Vaise. Albitte défendit Doppet et le ministre de la guerre , que Bourdon de l'Oise taxait d'imbecilité.
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cinq batteries. Prise de face et en écharpe, elle passa cependant, mais non sans éprouver une perte considérable. Le jour commençait à poindre quand elle atteignit Saint-Rambert : une violente canonnade l'accueillit aussitôt qu'elle parut; il y eut de l'hésitation dans ses mouvements , et pendant quelques instants elle s'arrêta. Engagés dans une sorte de ravin j les Lyonnais succombaient sous un feu meurtrier , et n'avaient aucun moyen de nuire à l'ennemi. Embusqué avec des canons à l'Ile-Barbe, le général Petit-Guillaume lança deux escadrons de hussards et mille hommes d'infanterie contre l'avant-garde qui recula. Pendant ce temps l'arrière - garde était écrasée auprès de Roche- Gardon , et perdait Virieu «on chef et la caisse militaire qui contenait cinq cent mille livres en louis d'or, vingt mille francs en assignats et cinq cents marcs d'argent en lingots. Un obus avait fait explosion dans ses rangs par accident , et tué quelques hommes. Ce début de la retraite était terrible.
Quand les débris de la colonne eurent atteint Saint-Cyr ( on ne saurait leur donner le nom d'armée ), Précy avait encore avec lui deux pièces de canon qu'il fut impossible de conduire plus loin; on les encloua. Il n'espérait plus traverser la Saône; des forces supérieures gardaient tous les passages, et occupaient des positions inexpugnables sur le terrain si accidenté de ce versant du Mont-d'Or. On ne pouvait plus continuer à s'avancer en colonne, le plus sur c'était de s'éparpiller en groupes peu nombreux : un détachement s'obstina à descendre vers la rivière ; il fut atteint par la cavalerie ennemie , et périt tout entier. Précy , suivi de quelques centaines d'hommes, arrive au château de Poleymieux et se dirige sur Morancé ; mais le tocsin retentit de toutes parts : des paysans sont embusqués derrière des murs ou des haies; ils font feu sur tous les hommes isolés, se jettent sur eux après les avoir renversés , et les dépouillent. Ce sont les ennemis les plus dangereux; leur connaissance parfaite des localités laisse aux fugitifs peu de chances de salut. Deux cents hommes environ, exténués de faim et de fatigue , sont assaillis au Bois-d'Oingt par des gardes nationales de la campagne ; beaucoup succombent : le reste, qui a continué sa marche rapide, rencontre auprès de Bagnols un attroupement de paysans , des troupes de ligne et un escadron de cavalerie. Tous les villages