MF. LOY
2- — La mort de Henri III fut l'occasion de la publication d'un grand nombre de pamphlets ; voici les principaux de ces écrits : Discours de l'estrange et subite mort de Henri III de Valois (attribué à Edmond Bourgoin , prieur des Jacobins). Lyon , Jean Pillehoti* , 1589, in-8°. — Les Meurs , humeurs et comportemens de Henry de Valois ( par André de Rossant). (Sans nom de lieu), 1589, in-8°.— Histoire mémorable, récitant la vie de Henry de Valois et la louange de frère Jacques Clément... 1589, in-8° — La Vie et faits notables de Henry de Valois , 1589, in-8°. Ce pamphlet est attribuée Jean Mercier; M. Péricaud pense qu'il
est sorti des presses de Lyon Admirable et prodigieuse mort de Henry de Valoys. Lyon ,
Louis Tantillon , 1589, in-8°.
3. — Les états de la province se réunirent, au mois de septembre 1589 (9-15 septembre), à l*Arbre8le , dans la maison de Lagrange-Crémeaux; Etienne de la Barge , archidiacre et grand vicaire de l'archevêque Pierre d'Epinac , avait convoqué les trois ordres. Ce fut l'avocat Pierre Matthieu qui prononça le discours d'ouverture; l'assemblée renouvela le serment de fidélité à l'Union , et vota la levée de douze cents hommes en douze compagnies , et d'un corps de cavaliers.
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ron , gouverneur de cette ville , et il se rendit maître du château de Pipet , ainsi que des forts de Sainte-Colombe et de la Bâtie. Son armée comptait dix mille fantassins et douze cents cavaliers. Cette occupation de Vienne émut beaucoup le Dauphiné ; mais Lesdiguières et d'Ornano accoururent avec des forces supérieures , l'armée des ligueurs se désorganisa d'elle-même , et Nemours revint à Lyon , qui commença à s'alarmer sérieusement des rapides succès de la cause royale. L'argent manquait , mais non le courage : les hommes de la Ligue employèrent tous les moyens pour ranimer la confiance de leur parti ; ils réclamèrent le secours du duc de Savoie. Malgré leurs revers , ils ne désespérèrent de rien , et envoyèrent quelques troupes dans le Dauphiné et dans le Forez.
La cause de la royauté avait des partisans dans Lyon; on les nommait les politiques. D'abord peu nombreux et sans influence, ils se concertèrent entre eux : leur parti grandit, et se crut bientôt assez fort pour disputer le pouvoir aux hommes de la Ligue; mais le moment n'était pas encore venu. Quelques imprudences commises par les royalistes devinrent l'occasion de persécutions contre les Lyonnais de leur foi politique : on surprit des lettres adressées par Bailloni, sieur de Saillans, à La Guiche; elles ne laissaient aucun doute sur les projets des partisans du roi. Bailloni ne dissimulait nullement ses sentiments d'aversion contre le gouvernement des ligueurs ; il se plaignait de l'emprisonnement, à Pierre -Scise , de son beau-père, de Jons, et de ses amis, Servières et du Soleil; il parlait des mesures de surveillance qu'on avait prises contre lui, et de sa maison gardée à vue. Il annonçait au grand-maître de l'artillerie que le roi avait à Lyon beaucoup de partisans , et l'entretenait des services qu'il était en mesure de rendre à la cause royale. Ces lettres firent sensation '. Un autre événement de nature plus grave augmenta les inquiétudes des ligueurs : une conspiration formée par Bothéon , pour rendre la ville à Henri de Béarn , fut orga-
1. — Voici l'indication de pamphlets curieux qui se rapportent aux événements de ce temps :
La Rodomontade de Pierre Bailloni. Lyon , 1590 , in -S0. — Discours sur une lettre escrite par ledit Bailloni , contenant la trahison malheureuse couspirée par le sieur Bailloni et ses complices contre la ville de Lyon. Lyon, 1590, in-8°.
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nisée au mois de mars 4590, et aurait réussi, peut-être, sans un fâcheux concours de circonstances qui la fit découvrir. Bothéon n'avait pas eu le temps de prendre ses dernières mesures et d'enrôler un nombre suffisant d'hommes d'action : le consulat mit la main sur quelques chefs en sous-ordre, et en fit une justice rigoureuse. Mis à la torture , ces malheureux firent tous les aveux qu'on leur demanda; quatre furent exécutés, comme traîtres, sur la place Confort. Quelques jours après, le capitaine Montgriffon eut le même sort; il subit la peine capitale sur le pont de Saône '. Il y avait eu évidemment négligence de la part des chefs de la milice urbaine; ils furent réprimandés par les échevins, qui, tout en poursuivant les royalistes, n'en parlaient pas moins hautement de leur dévouement au roi. S'ils avaient pris les armes , disaient- ils, contre Henri III , c'était pour maintenir dans Lyon la religion catholique , apostolique et romaine. Leurs moyens militaires ne paraissaient pas pouvoir leur suffire; ils sollicitèrent du roi d'Espagne , Philippe II , l'envoi à Lyon de trois cents cavaliers qu'ils s'engageaient à payer pendant quatre mois. Un fait d'armes, dans lequel leur parti eut l'avantage , releva beaucoup leur courage et enfla singulièrement leurs espérances. Alphonse d'Ornano était sorti de Vienne à la tête d'une troupe de cinq cents hommes , et s'était porté à la rencontre du marquis de Saint-Sorlin , qui commandait le petit corps d'armée des ligueurs : les royalistes furent battus; d'Ornano, leur chef, tomba aux mains de ses ennemis, et n'en sortit qu'au prix d'une forte rançon -. C'était une guerre continuelle : on se
1. — Response à l'Anti -Espagnol semé ces jours passés par les rues et carrefours de la ville de Lyon (par Claude Rubys ). Lyon, Jean Pillehotte , 1590 , in-8°. — Response à certain prétendu manifeste publié et semé... de la part des hérétiques de Vienne , leurs fauteurs et adhérens. Lyon , 1590, in-8°. — Discours au vray de la desloyale trahison et détestable conjuration brassée par le sieur de Bothéon et ses complices sur la ville de Lyon. Lyon , 1 590 , in-8°.
Remontrances «l'un fidèle sujet du roi aux habitans de Lyon ( Nouvelles archives du Rhône , II , 116). — Response des habitans de Lyon à certaine remotistrancc à eu* envoyée de la part d'un bigarré politique. Lyon , Jean Pillehotte , 1590, in-8°. — Response au cartel d'un politique bigarré qui ne s'est osé nommer. Lyon , 1590 , in-8*.
2. — La deffaite des compagnies d'Alphonse de Corse, prés la ville de Lyon... Paris, 1590, in-8°. — Le Fouet des hérétiques politiques et traislres de la France. Lyon, Loys Tan-
LYON ADHftAE A LA LIGUE. — XVIe SIÈCLE. 7U5
battait , on négociait des deux parts ; on s'emparait de châteaux qu'on perdait bientôt après. Les Lyonnais occupaient Givors ; Us en avaient fait une place d'armes très commode pour tenir Vienne en respect , et ils y entretenaient une forte garnison» Cependant tous leurs efforts pour s'y maintenir échouèrent : assaillis par les Dauphinois , Givors leur fut enlevé au mois de juin 1591. Charles de Lorraine sentit vivement cet échec; il excita les échevins et les chefs du parti de la Ligue à reprendre promptement l'offensive. Malgré le nombre et l'importance des affaires dont il s'était chargé, le duc de Mayenne ne perdit jamais un moment Lyon de vue ; ce prince écrivait souvent aux échevins , et ne cessait de leur recommander la plus grande vigilance. Ses émissaires et ses lettres conseillaient la résistance ; il promettait continuellement des secours, qu'il n'était pas toujours en mesure d'accorder. Ce fut par son conseil que le consulat demanda aux Suisses de nouvelles troupes pour garder la ville; quatre compagnies de soldats de cette nation faisaient le service dans l'intérieur de la cité, et en occupaient les postes les plus importants. Sans l'appui de ces étrangers , les ligueurs lyonnais auraient eu beaucoup de peine à maintenir leur domination.
Leur chef, le duc de Nemours , revint se mettre à leur tête ; il avait défendu Paris d'une manière brillante , et s'était acquis une bonne renommée. Pierre d'Epinac reparut aussi dans son archevêché. Ces deux chefs du parti s'aperçurent que l'Union n'avait plus la même puissance ; ils remarquèrent des symptômes de défection et de découragement. Ce fut pour stimuler le zèle de leurs adhérents , et pour engager Lyon plus avant dans les intérêts de la Ligue, qu'ils conçurent le projet d'une procession générale 1. Elle eut une grande solennité; tous les corps constitués de la ville, tous les ordres religieux et un clergé nombreux y assistèrent : on y vit , auprès du gouverneur général ,
tillcm , 1590 , in-8°. — Discours véritable des ira) sons descouvertes de la ville de Lyon el de Montbrisoii en Forest. Lyon, Jean Pillehotte , 1591, in-8°. — Manifeste des cotisulz , cscbevins , bourgeois et habitana de ta tille de Lyon . sur te fait de ta prise de Vienne j rupture de la tref?e , et entrée de l'armée de Mgr te duc de ffemoars dans le pays de Dauphioé. Lyon , Jean PUUhoite , 1592 , in-8°<
1. — Elle eut Heu le ÎS mai 1501 ; c'était une re?ue des forces du parti.
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son frère le marquis de Saint-Sorlin, et Claude Rubys avec les insignes de sa dignité. Il y eut dans les églises des prédications violentes contre les protestants ; rien ne fut négligé par Pierre d'Epinac et par Nemours, et, grâces à leurs efforts persévérants, la Ligue retrouva toute son énergie. Le marquis de Saint-Sorlin se distingua beaucoup à la tête des troupes de l'Union : capitaine expérimenté , très brave de sa personne , et d'une activité extraordinaire , il était l'espoir des ligueurs et le principal soutien du duc de Nemours , son frère. Conduite par un chef qui avait toute sa confiance , la petite armée des ligueurs s'empara de Trévoux et marcha sur la Dombes. Tantôt vaincu , tantôt vainqueur dans de petits engagements qui se succédaient fréquemment, Saint-Sorlin tenait tête aux troupes de Henri IV : s'il était attaqué avec trop de vigueur dans les campagnes du Lyonnais , il se repliait sur la Bourgogne, et reparaissait dès que les conjonctures lui paraissaient favorables. Cette guerre que se faisaient les deux partis se prolongea pendant plusieurs années, sans résultat décisif. C'était la population des campagnes qui en faisait tous les frais; on se ferait difficilement une idée de sa misère : amis et ennemis la pillaient avec une égale ardeur. Ces champs si fertiles présentaient partout l'image de la désolation ; on ne les ensemençait plus ; les vignobles étaient abandonnés , il n'y avait plus de bras pour cultiver la terre. Frappés de ce spectacle , les chefs des deux partis proclamèrent la neutralité des paysans et invitèrent leurs soldats à les ménager; mais cette trêve des laboureurs (tel fut le nom qu'on lui donna) ne pouvait guère être observée. Cependant les ligueurs lyonnais perdaient du terrain ; leurs ennemis les resserraient dans un espace de plus en plus étroit , et faisaient des courses jusqu'aux portes de la ville. Claude Rubys ne perdit pas courage , il ne négligea aucun moyen d'attaque et de défense. C'était par la rive gauche du Rhône et les plaines du Dauphiné que les troupes royales s'avançaient ; les habitants de la Guillotière reçurent l'ordre de placer une sentinelle dans le clocher de leur église de la Magdeleine , de creuser de profondes tranchées aux avenues des chemins et de faire bonne garde aux barrières. Celle des portes et de la tête du pont du Rhône fut confiée à des citoyens notables , qui se relevaient à tour de rôle. Les ligueurs
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de Lyon croyaient à la prochaine arrivée d'une armée et du duc de Mayenne ; ils attendaient le duc de Parme et ses Espagnols; toutes leurs espérances reposaient sur l'intervention étrangère.
Nemours était le maître dans Lyon ; tout lui obéissait , tout se faisait en son nom , et l'autorité du consulat n'était plus que nominale. Tous les points fortifiés dans la ville avaient reçu des soldats aux ordres du duc ; ses troupes occupaient les châteaux et les villes des environs ; il levait lui-même sur les citoyens les subsides destinés à les payer, et ne rendait pas de comptes ; il épuisait Lyon d'impôts, et demandait toujours. Sous son gouvernement, aucun des privilèges de la ville n'était respecté; elle avait perdu complètement ses franchises et ses privilèges ; jamais la domination temporelle des archevêques n'avait été si absolue : c'est ce que les bourgeois se disaient les uns aux autres. Nemours avait formé depuis longtemps le projet de faire de Lyon la capitale d'un état indépendant dont il serait le souverain, sous la protection du roi d'Espagne ; c'était pour servir son ambition personnelle qu'il voulait démembrer la France : peu lui importaient les prétentions des ligueurs , le droit du roi de France , les vœux des Lyonnais et le bien du pays. Il espérait, non sans quelque probabilité, réunir au Lyonnais le Dauphiné et une grande partie de la Provence ; ses troupes étaient nombreuses : il avait dans le marquis de Saint-Sorlin , son frère, un lieutenant habile et dévoué.
Mais de tels projets ne pouvaient être cachés longtemps aux yeux clairvoyants qui l'observaient. Nemours devint fort suspect au roi, à Mayenne, chef de la Ligue, et surtout aux bourgeois de Lyon. Détruire complètement les libertés de la ville , tel était le premier pas qu'il avait à faire ; il se croyait fort avancé à cet égard : un commandant à ses ordres occupait Pierre-Scise , et ce château-fort lui répondait de la tranquillité de l'intérieur. Comme tous les partis à cette époque , il rechercha l'intervention de l'étranger; il comptait sur le concours du duc de Savoie : ses plans , fort mal conçu» , et exécutés plus mal encore , devaient bientôt amener sa chute.
Nemours était devenu fort impopulaire parmi les Lyonnais; on le haïssait, on n'avait en lui aucune confiance, mais .on le
redoutait. Une opposition sourde se forma dans le consulat contre son administration; les vieux ligueurs, qui s'étaient emparés des affaires, avaient accepté un protecteur, mais ils n'avaient jamais entendu se donner un maître : une circonstance de peu d'importance fut l'occasion du commencement de la lutte. Nemours voulut faire percevoir directement par ses agents la solde] destinée à quatre compagnies suisses; il y eut opposition obstinée de la part du consulat. Quelques autres actes d'administration arbitraire envenimèrent le différend : on accusait Nemours de projets alarmants, entre autres de vouloir reconstruire cette citadelle de Saint-Sébastien dont la démolition avait coûté tant de peine; on affirmait qu'il avait appelé les troupes campées dans le voisinage, pour occuper militairement Lyon et y établir le pouvoir absolu. Benoît du Troncy se fit en plein conseil l'organe des doléances des citoyens : il révéla courageusement ce qu'il savait de l'entreprise du gouverneur. Présent à cette dénonciation, Nemours, furieux , se précipita sur du Troncy : il le fit arrêter et conduire en prison ; mais le conr sulat , qui commençait à sentir sa force , protesta contre cette violence illégale : il se disposait à faire mettre en liberté son secrétaire, lorsque Nemours ordonna l'élargissement du prisonnier. Peu de semaines après, Pierre de Montconis, seigneur de Liergues, peignit avec énergie aux échevins la profonde détresse du peuple : il leur montra les campagnes désolées , le commerce détruit , la famine imminente et l'indépendance de la ville menacée par les troupes suspectes dont Lyon était environné. Montconis renouvela toutes les accusations que du Troncy avait portées contre le gouverneur; la situation du prince devenait extrêmement difficile.
Elle se compliquait du côté de la Ligue. Mayenne, qui se défiait à juste titre des projets ambitieux de Nemours, avait envoyé à Lyon l'archevêque Pierre d'Epinac tout exprès pour surveiller ce qui se passait et contenir le gouverneur. D'Epinac fut bientôt d'intelligence avec les mécontenta. CependantNemours> qui voyait grossir Forage, résolut de prévenir ses adversaires : il donna Tordre à Dizimieu, son lieutenant à Vienne, de se rendre à Lyon avec toutes ses troupes. Informé de ce dessein , Farchevèque s'empressa de le communiquer aux membres du consulat; d'éner-
giques mesures forent prises aussitôt : le moment d'agir était venu. Des compagnies de Lyonnais armés marchèrent à la rencontre de Dizimieu, l'assaillirent avec vigueur , dispersèrent sa troupe et le firent prisonnier. En même temps les bourgeois se mirent en pleine insurrection dans la ville, élevèrent des barricades, tendirent des chaînes et s'emparèrent des portes (. Averti par le bruit et par les rapports qui lui étaient adressés, Nemours sentit qu'il n'avait pas un instant à perdre : il monta à cheval, et se rendit au lieu où se formait le principal rassemblement ; mais, chemin faisant, le gouverneur rencontra un détachement de la police municipale , commandé par un gentilhomme lyonnais , Alexandre Reveroni, qui l'arrêta de la part des échevins , et le ramena dans son palais. Un grand conseil eut lieu le lendemain à FHôtel-de- Ville ; rassemblée fut nombreuse : elle se composait non-seulement des échevins et des officiers de la ville, mais encore d'un bon nombre de bourgeois notables et des délégués du clergé. Aucune voix ne se fit entendre en faveur du gouverneur dépossédé; les orateurs déclarèrent qu'ils n'entendaient nullement se départir de leur serment de fidélité à la sainte Union , à la couronne de France et au représentant de l'autorité royale , le duc de Mayenne. Us annoncèrent que la ville de Lyon se mettait expressément sous la garde de son archevêque, messire Pierre dTSpinac , et que le lieutenant-général du royaume serait supplié de licencier immédiatement des troupes dont Lyon n'avait nul besoin. On décida que, jusqu'à l'exécution de cette mesure , les portes et les chaînes de la ville resteraient fermées , et que tous les étrangers suspects recevraient Tordre de s'éloigner. [1 s'agissait de prendre un parti envers le duc de Nemours : on lui ôta ses gardes , on congédia ses officiers; on révoqua le commandant de Pierre-Scise. Aidés par les intelligences qu'ils s'étaient ménagées , les bourgeois se rendirent maîtres de cette place forte; ils y conduisirent bientôt après le duc de Nemours que menaçait trop l'exaspération populaire, et le firent garder à vue. Tout ce mouvement avait été préparé et dirigé par le duc de Mayenne. Quelques ligueurs cependant furent destitués de leurs fonctions, entre autres Claude Rubys : l'archevêque devint
1. — l.e 18 septembre 1593. Ce fut le 21 que le duc de Nemours perdit sa liberté.
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le maître de la ville *. Anne d'Esté aimait tendrement son fils , le duc de Nemours ; elle apprit son emprisonnement avec une douleur extrême, et mit aussi toute son influence en oeuvre pour obtenir qu'il fut délivré ; mais le consulat avait intérêt à retenir son prisonnier , il résista à toutes les sollicitations.
Les états -généraux étaient demandés avec instance depuis plusieurs années par les ligueurs, qui espéraient gouverner ces assemblées , et s'en servir pour détruire à jamais l'autorité du roi légitime. Il y eut, à différentes reprises, des tentatives de convocation ; mais les chances de la guerre , et d'autres circonstances qui tenaient à la marche des événements, les avaient fait avorter. Désignée pour être le siège des Etats, la ville de Reims n'avait vu arriver qu'un nombre insuffisant de députés; elle fut bientôt après assiégée par Henri IV, qui s'en serait infailliblement rendu maître si le duc de Parme et ses Espagnols ne l'avaient contraint à la retraite. Paris fut choisi par la Ligue comme un lieu plus sûr; les états-généraux s'y rassemblèrent dans la grande salle du Louvre le 26 janvier i 593. La députation du gouvernement du Lyonnais était composée ainsi : bailliage et sénéchaussée de Lyon; l'archevêque Pierre d'Epinac; Marc de Saconay; de Pravieux, chanoine; Guillaume de Villars, avocat ; Guillaume Galas, bourgeois et échevin , et Jacques Grolier de l'Arbreslc, pour la campagne. D'Urfé, marquis de Bagé, et Claude Le Brun, avocat au bailliage de Roanne , complétèrent la députation pour le Forez et pour le Beaujolais.
11 y eut peu de députés à la première séance des Etats ; leur nombre ne dépassa pas cent trente. La Ligue dominait surtout dans la partie de la France située au Nord de la Loire , puis elle
f . je continue l'indication des principaux pamphlets relatifs à l'histoire de ces temps :
Discours véritable et sans passion sur la prinse des armes , et changemens advenus en la ville de Lyon pour la conservation d'icelle sous l'obéissance de la sainte Union et de la oorone de France. Lyon, 1593 , in-8°. — Advis des causes et raisons de la prinse des armes en la viHe de Lyon... Lyon, 1593, in-8°. — Réponse a la lettre contenant le Discours véritable sur la prinse des armes et changemens advenus en la ville de Lyon. Lyon , 1 593 , iu-8°. — Syllogismes en quatrains sur l'élection d'un roy. Lt,on, Jean Pillehotte , 1593, in-8°. — Les Paraboles de Cicquot , en forme d'advis, sur lestât du roy de Navarre. Paris , jouxtt la copie imprimée à Lyon, 1593, petit in-8°.
D'OrUans (Ludovicus). Expostulatio... Ltiyduni, J.~B. Buisson , 1593, in-8°. Dans ce pamphlet, d'Orléans appelle Henri IV : « fœtidum Salaire slercus. »
, LE DUC DE NEMOURS. XVIe SIÈCLE. 711
s'avançait le long du Rhône jusqu'à la Provence qui lui était dévouée K Henri était maître d'une partie considérable du royaume, mais il n'avait point Paris. Les Etats avaient une tâche immense à remplir : convoqués en vertu du principe de la souveraineté du peuple que professait la Ligue, ils se présentaient à la France comme les dépositaires des droits de la nation et comme l'organe de sa volonté. Il s'agissait de reconstituer la monarchie et de faire le plus grand acte de la puissance du peuple , de nommer un roi. L'assemblée des Etats , disait Jean Boucher dans ses fougueuses prédications, possède le pouvoir public et « la majesté suprême , « le droit de lier et de délier, et la souveraineté inaliénable; le « prince procède du peuple , non par nécessité et par violence , « mais par élection libre. » Le temps de ces doctrines démocratiques n'était pas encore venu : la Ligue s'appuyait , pour lçs faire prévaloir, sur le monarque le plus absolu de l'Europe , sur ce Philippe II, roi d'Espagne, qui entretenait avec tant de soin les discordes civiles en France , et qui se fit représenter auprès des Etats par une ambassade extraordinaire , dont le duc de Féria était le chef. Philippe II avait des troupes nombreuses en Provence , en Languedoc , en Bretagne , en Picardie , et des agents partout : tout-puissant à Paris, il avait une grande influence sur l'assemblée dont il attendait la couronne de France pour sa fille, promise à un archiduc d'Autriche.
On sait combien d'intrigues se nouèrent, en dehors des Etats et au sein de l'assemblée , pour ou contre le projet du prince espagnol. Mayenne, qui avait convoqué les députés de mauvaise grâce et le plus tard possible , voulait la couronne pour lui ; les ducs de Nemours , de Guise , de Savoie et de Lorraine avaient leurs vues particulières, et manoeuvraient pour leur propre compte. Personne ne prenait garde à l'intérêt national , et surtout aux Etats dont la lenteur, la timidité et les irrésolutions fatiguaient tous les partis. L'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac , agissait aussi dans son intérêt particulier : il voulait le chapeau de cardinal et une grande part aux affaires. 2
1. — Procès-rerbaux des Etats-généraut de 1595 , recueillis el publiés par Auguste Bernard. Paris, imprimerie voyait, 1842, in-4°.
S. — La satire Ménippée fait allusion à ces prétentions de Parclierêque de Lyon , dans ce
Henri de Béarn savait parfaitement tout le danger que rassemblée des Etats faisait courir à ses droits légitimes; il était fatigué de sa vie aventureuse et des exigences incessantes de ses indociles partisans. Plusieurs années d'une lutte dangereuse l'avaient convaincu de l'impossibilité de faire prévaloir , en France , la foi protestante; il était évident que la nation n'accepterait jamais qu'un roi catholique. Après une longue hésitation , Henri se décida enfin à satisfaire la volonté nationale : des conférences s'ouvrirent à Suréne, avec l'assentiment des Etats. La Ligue repoussait dans Henri le roi protestant. Henri convoqua une réunion d'évèques et de docteurs pour l'instruire dans la religion catholique : cette détermination lui ramena aussitôt une multitude immense de partisans; elle ruina le parti des ligueurs , et porta un coup mortel aux prétentions du roi d'Espagne. Le sentiment national se réveilla tout-à-coup avec une grande force; il se révolta contre les vues intéressées des chefs de la Ligue et contre les projets du monarque espagnol. Quoique sous l'influence du parti qui les avait convoqués, les Etats eux-mêmes déclarèrent «qu'ils n'avaient pas deprocu- « ration pour reconnaître un roi étranger. » Ce fut en vain que le duc de Féria , à bout d'expédients , proposa le mariage de la fille de Philippe II avec le duc de Guise ; il était trop lard. Un arrêt célèbre du parlement, rendu à l'instigation du duc de Mayenne, renversa cette nouvelle intrigue : « Remontrances se- « roient faites, disait cet arrêt, à ce qu'aucun traité ne se fasse « pour transférer la couronne en la main des princesses et « princes étrangers. » Henri avait une vive intelligence de son temps et de son pays : « Paris , disait-il , vaut bien une messe ; » le roi abjura, et, après avoir notifié sa conversion à toute la France , il envoya le duc de Nevers en ambassade à Rome pour obtenir son absolution. Une trêve générale fut proclamée, et les états-généraux se séparèrent après avoir renouvelé le serment de l'Union et ordonné la publication des décrets du concile de Trente.
passage : « M. le primat de Lyon , infaillible , futur cardinal de l'Union , pair et chancelier, « de la lieulenance , laissez là votre sœur et venez prendre votre rang. » ( Edition Dalibon , 1824, I, 51.)
LE DUC DB NBJÉOUf*. XVIe SIÈCLE. 71A
Rien n'était terminé , et le gouvernement de l'Union restait organisé et puissant dans les provinces. A Lyon , tout avait prospéré aux hommes de la Ligue; ils s'étaient délivrés du duc de Nemours, mais un autre ennemi se présentait, assez puissant déjà pour qu'il y eût nécessité de compter avec lui. Ce parti des politiques , qu'on avait jusqu'alors traité avec si peu de considération, gagnait de la force et s'organisait: tout annonçait qu'il prendrait bientôt l'offensive. Tavanes amena quelques soldats au secours des ligueurs ; de leur côté , les royalistes se mirent en rapport avec Bellièvre et d'Ornano dont les troupes , réunies à celles que Chevrières commandait , vinrent camper aux environs de Lyon. Le colonel d'Ornano aurait pu entrer dans Lyon , mais les bourgeois ne se fiaient point encore complètement à lui. Nemours de sa prison fomentait , autant qu'il le pouvait , la résistance des siens ; il n'avait pas encore perdu tout espoir : son frère tenait la campagne avec des troupes nombreuses. Exaspéré par l'emprisonnement de son frère , et mal contenu par la petite armée royaliste, Saint-Sorlin fit beaucoup de mal aux Lyonnais ; ses coureurs s'avançaient jusqu'aux portes de la ville ; constamment à cheval, il pillait les villages , attaquait les châteaux, et tenait Lyon dans de continuelles alarmes. C'était un ennemi insaisissable ; environné plusieurs fois par les forces supérieures du colonel d'Ornano , il leur échappait toujours.
Telle était la situation , lorsqu'une nouvelle inattendue vint hâter la crise. Des bourgeois dévoués au roi surprirent des lettres adressées aux ligueurs de Lyon par Charles d'Aragon , duc de Terra-Nova et gouverneur du Milanais ; elles annonçaient l'arrivée d'un corps nombreux de troupes et d'une compagnie suisse Si ces étrangers entraient dans Lyon , ils occuperaient bien certainement la ville pour leur propre compte et perpétueraient indéfiniment la guerre civile. Emus par cette crainte , les royalistes se résolurent à un parti décisif; trop faibles encore pour se passer d'appui, leurs chefs (c'étaient Péchevin Jacquet, de Sève et Pierre de Montconis , seigneur de Liergues ) envoyèrent une députation au commandant des forces royales , Alphonse d'Ornano , qui prit l'engagement de se trouver sous les murs de la Guillotière au jour fixé pour l'insurrection.
Elle éclata le 7 février 4594; tout avait été prévu, et le mou-
?l£l XVIe SIÈCLE. — GUERR&S DE RELIGION À LYON.
vement était bien ordonné. Avant qu'il fut jour , l'échevin Jacquet, suivi d'une troupe de royalistes déterminés, attaqua la tête du pont du Rhône , du côté de* la ville où se trouvait l'échevin Thierri , ligueur zélé , et s'en rendit maître après un combat opiniâtre. La première chose à faire, c'était d'établir une libre communication entre l'armée du roi et les Lyonnais de son parti. Eveillés par le bruit, les bourgeois coururent aux armes, et en peu d'instants des barricades s'élevèrent dans les rues principales; de forts détachements s'emparèrent des corps-dç-garde dans l'intérieur de la ville , et de l'arsenal ; d'autres coururent aux portes. Aucun combat sérieux n'eut lieu cependant ; on entendait de toutes parts retentir ces cris : Vive la liberté! à bas la tyrannie! mais on n'osait encore y joindre celui de : Vive le roi !
Une assemblée générale des notables et des corps de métiers eut lieu à l'Hôtel-de- Ville; l'archevêque d'Epinac, qui s'y était rendu, non sans peine, au travers des barricades , fît tout son possible pour entraver cette grande manifestation royaliste. Il disait qu'avant de se livrer à l'autorité royale, les citoyens devaient avoir au moins la prudence de stipuler leurs conditions ; il les engageait surtout à ne rien conclure avant de connaître les résultats de l'ambassade du duc de Nevers auprès du Saint-Père. Mais on ne l'écouta point ; bien loin de là , on le ramena dans son palais , et il y fut retenu jusqu'à ce que tout fût terminé.
Le lendemain (c'est la seconde journée), toutes les positions sont au pouvoir des royalistes ; leur enthousiasme s'est accru; ils se rassemblent en foule aux cris mille fois répétés de : Vive le roi! On arrache de la façade de l'hôtel du gouverneur les armes du duc de Nemours ; le peuple les traîne ignominieusement dans la boue ; il livre aux flammes un mannequin hideux qui représente la Ligue. On voit paraître de tous côtés l'écharpe et le panache blanc : l'empressement des bourgeois à s'en revêtir est tel, qu'avant la fin de la journée il n'y a plus chez les marchands un seul morceau d'étofte de soie de la couleur royaliste. Des feux de joie s'allument sur toutes les places publiques ; les bourgeois s'abordent , s'embrassent , s'asseyent autour des tables qu'on a dressées dans les rues ; ils mettent les armes du roi sur tous les monuments publics , et exposent un
SOUMISSION DE LYON A HBNRI IV. — XVIe SIÈCLE. 715
portrait de Henri IV au-devant de la grande galerie de l'Hôtelde-Ville. Les enfants de Lyon dressent une pyramide de fagots sur la place du Change, ils y mettent le feu, et, se tenant par la main , hommes et femmes dansent à la lueur des flammes.
Les troupes royales n'occupaient point encore la ville. D'Ornano , tout botté , fit son entrée au travers des barricades , accompagné d'une suite nombreuse d'officiers et de gentilshommes, parmi lesquels on remarquait Chevrières, Bothéon, de Iiergues, d'Àndelot, Jacques de Miolans , Muret et Labaume '. L'armée royale prend possession de Lyon au nom de Henri IV; tout était dit pour la Ligue. JLiflais population n'avait, montré tant de joie; les Lyonnais voyaient avec raison, dans la restauration de l'autorité royale , celle de leur commerce et de leurs libertés. Sept échevins , ligueurs dangereux , furent destitués et remplacés : le baron de Vaux , Platel , Tourvéon , Aus train , de Bourg , Pigners , M alleval , Antoine Teste et Balbani reçurent l'ordre de quitter la ville ; plusieurs bourgeois compromis par l'exagération de leur dévouement à l'Union catholique prirent la faite, et nombre d'étrangers , entre autres les deux Poggio , lucquois , suivirent leur exemple. Claude Rubys , si exalté dans son attachement à la Ligue , se retira prudemment à Avignon , qu'il habita pendant quelques années. Cependant l'administration royaliste ne sévit point contre les ligueurs; il n'y eut pas de réaction : on se borna à remplacer par des hommes sûrs les magistrats et les fonctionnaires suspects. Convoqués au Palais de Justice , les avocats , les procureurs et les notaires prêtèrent serment de fidélité à Henri IV, après avoir entendu une belle harangue que publia le lieutenant-général de la sénéchaussée.
La soumission de Lyon fit grand plaisir à Henri IV ; il ne s'attendait pas si tôt à cet heureux événement. A peine l'eut-il appris, qu'il se hâta d'écrire une lettre de félicitation aux éche-
1. — Lettres patentes da roy , coulenans le pouvoir donné en la fille de f.yon , etc. , à M. d'Ornano. Lyon , Gnichard J ni Héron et Thibuud JnceHn , imprimeur* du roy , 1594, in 8°. Elles sont datées de Saint-Germaiu-en-Laye , le 12 mai 1594, Par ces lettres Henri IV nommait d'Oronno général en cbff de toutes les forces qui étaient et seraient « en sa bonne ville de Ljoii , et es dicls pays de Lyonuois , Forest et Beaujolois , tant cavalerie qu'iufanterie, estant en la campagne et aux garnisons des villes et places d'iccux. »
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vins : Henri ne fait aucune récrimination , et ne parle du passé que pour l'excuser; il exhorte les Lyonnais à persévérer dans leurs bons sentiments , il les encourage en leur promettant pour l'avenir toute sa bienveillance. Dans d'autres lettres qui suivirent la première de près , le roi raconte la marche des affaires , ses espérances, ses succès, la prise si désirée de Paris; il avait confiance dans les Lyonnais , et se plaisait à le leur témoigner : « Entre les bonnes villes du royaume , dit-il dans son édit du « mois de mai 159ft, la ville de Lyon s'est acquis une gloire « et une louange qui passeront à toute la postérité , et parois- « tront entre toutes celles quille a jamais méritées , ayant esté « la première en cet acte de recoignoissance de notre authorité, « comme elle l'est en rang , opulence et grandeur. » Les nombreuses lettres de Henri aux Lyonnais font honneur au roi qui les a écrites et à la ville qui les a reçues. ■
Des bourgeois donnèrent au roi des témoignages d'un attachement bien peu commun : un imprimeur, Guichard Julliéron, apprend que la garnison suisse est au moment de se retirer , faute de paie ; il vend à l'instant sa maison, et porte aux soldats étrangers les soixante mille livres qu'il a reçues. Ce n'est point tout encore : il prend les Suisses à sa charge pendant tout le temps qu'ils passent dans la ville ; Julliéron n'accepte pas son remboursement, et se contente du titre d'imprimeur du roi. Un banquier italien, Orlandini, prêta à Henri, alors fort obéré, la somme énorme de quatre cent cinquante mille livres.
Il y eut bien encore quelque agitation dans la ville , quelques tentatives , soit de la part du marquis de Saint-Sorlin , soit du côté des ligueurs de l'intérieur , mais elles ne compromirent pas sérieusement la tranquillité publique. Une petite conspiration fut organisée par des hommes sans influence pour remettre Lyon aux mains des étrangers, à l'instigation du roi d'Espagne , des ducs de Savoie et de Nemours. Elle avait eu à peine un commencement d'exécution, lorsque la police , avertie des menées des conjurés , s'assura de leurs personnes : c'étaient un contrô-
1. — Elles onl été imprimées dans les Documents de M. Péricaud ; on les trouve aussi dans l'ouvrage suivant : Recueil des lettres missives de Henri IV, publiées par Berger de Xivrey. Part*, imprimerie royale, 184 — 184 , tomes I à IV t in-4°.
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leur nommé Dupré , un huissier appelé Le Fèvre, de l'Aubespin, et quelques autres individus sans aveu. Le P. Reynard et le sous-prieur des Célestins faisaient partie du complot ; ils eurent le temps de prendre la fuite. On fit aux criminels leur procès : Dupré fut tenaillé avec un fer rouge en quatre endroits de son corps , sur la place du Change ; il eut la langue percée dans la rue Confort ; enfin on le pendit. Le Fèvre subit le même supplice. On confisqua les biens des condamnés ; leurs têtes furent exposées, celle de Dupré à Saint- Just, et celle de Le Fèvre à la porte Saint-Sébastien. Cette justice cruelle n'excita aucune émotion populaire ; il en fut ainsi d'un autre événement dont les conséquences paraissaient bien plus dangereuses. Le duc de Nemours parvint à s'échapper de Pierre-Scise , grâces à l'ingénieux stratagème de son valet de chambre qui avait laissé croître sa barbe et ses cheveux , et dont il prit les vêtements après s'être affublé d'une barbe et de cheveux postiches. Un détachement de cavaliers , envoyés par Saint-Sorlin, reçut le fugitif au-delà de la porte de Vaise , et le conduisit en lieu de sûreté ; mais Nemours n'était plus à craindre. Son dernier espoir, son unique place d'armes , Vienne , se rendit aux royalistes pendant les premiers jours du mois d'avril de l'année 1595. Tout était consommé, les guerres de religion étaient finies sans retour, et Lyon, dont elles avaient arrêté la prospérité durant un demi-siècle, retrouvait sous la paternelle autorité de Henri IV ses libertés, ses privilèges , ses foires et la paix. *
1 . — La soumission de Lyon à l'autorité de Henri IV donua lieu a la publication de nombreux écrits royalistes : il n'y eut plus de pamphlets ligueurs ; Rubys lui-même s'amenda et se rétracta :
Les Barricades de 1594 à Lyon. Lyon , 1842 , in-8°. — Discours royal de ce qui est requit et nécessaire aux roys et princes , et la réduction de la ville de Lyon à S. M. , le sepliesme jour de février en l'année 1594 , par Pierre Dauphin. Lyon , 1594 , in- 8° ( en vers ). — Les feux de joie de Lyon , Orléans , Bourges et autres villes qui te sont remises en l'obéissance du roy... Lyon, 1594, in-8°. — Harangue aux consuls et esebevins de Lyon, du debvoir et obéissance des subjects envers le roy et du soing perpétuel de la Providence de Dieu sur cette monarchie françpise. Lyon , 1594, i n -8°. — Instruction baillée aux seigneurs de La Fin et de Saint- André s'en allant en Lyonnois , pour practiquer les habituas de Lyon en l'obéissance, et autres affaires. Lyon, 1594, in-8°. — L'Irénophile , discours de la paix contre l'injustice , les désordres , les cruautés et les rébellions des guerres civiles , par le seigneur de Sainct-Germain-d'Apchon. Lyon, Benoist nigaud, 1594, in- 8° (c'est une réimpression) : Jacques d'Àpchoo avait publié, en 1589 , une Remontrance au roy. Chez Benoisi