LYON DEPUIS LES JOURNÉES DE THERMIDOR
jusqu'au consulat.
% 1. Situation des partis a Lyon après les journées de thermidor. — % î. Réaction contre les jacobins; les Compagnies de Jésus ; massacre» dans les prisons; rapport de Cfaénier à la Contention ; décrets contre Lyon. — §3. Rétablissement de Tordre ; jugement sur la Convention. — % 4. Lyon sous le Directoire (36 octobre 1795 au 10 novembre 1799).
§ I. Lyon avait horriblement souffert; rarement, au temps des guerres civiles les plus cruelles et de l'exaspération la plus grande des passions politiques, une ville avait été traitée avec tant de barbarie. Bertrand, l'ami de Chalier, était toujours maire ; les présidents des Commissions temporaire , révolutionnaire et de justice populaire épouvantaient toujours de leur sinistre présence les Lyonnais enfin rendus à la protection des lois. Tous les jacobins forcenés qui avaient fait couler à flots le sang innocent fréquentaient encore leurs clubs, et insultaient par leur audace et par leur impunité à la douleur des familles si nombreuses des victimes. Une réaction était inévitable, et la chute du régime de la Terreur la favorisait ; elle était dans la pensée des républicains modérés , qui composaient en très grande partie les classes moyennes. Beaucoup de propriétaires , de négociants et même d'ouvriers, qui s'étaient enfuis pour éviter la
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proscription, soit en Suisse, soit en Savoie, revinrent avec des pensées de vengeance dans leurs foyers. Un moment maitres des affaires , les terroristes et les hommes des classes inférieures s'en voyaient exclus peu à peu par la direction nouvelle donnée à l'opinion. Un représentant du peuple, en mission pacifique à Lyon , Dupuy , avait contenu de tout son pouvoir les républicains exaltés, et ces jacobins de l'espèce la plus dangereuse qu'on nommait mathevons ; ses collègues , Reverchon et Delàporte , agirent dans le même sens , et tel fut aussi le système que suivirent deux autres représentants qui leur furent adjoints, Pocbolle et Gharlier : leurs proclamations invitaient à la concorde, au respect des lois et à l'oubli. Us réorganisèrent le corps municipal , dont ils firent sortir les hommes les plus compromis sous le régime de la Terreur ; l'ancien maire de M ontélimart , Salamon, succéda à Bertrand'. Il n'importait pas moins de reconstituer la garde nationale : c'était au peuple qu'appartenaient les élections; elles furent faites dans un très bon esprit. De semblables réformes régénérèrent les comités révolutionnaires et le club dangereux des jacobins; on soumit à de nouvelles mesures de surveillance les étrangers qui étaient venus si souvent , à Lyon, fomenter les discordes civiles et travaillera la ruine de la ville. Chacune des mesures qu'ordonnait l'administration, et elle en prenait beaucoup, était un échec pour les terroristes et un pas vers le jour si désiré de la vengeance.
On était en 1795 : la fête commémorative du 21 janvier eut lieu avec la solennité accoutumée ; elle provoqua des manifestations au moins imprudentes de la part des royalistes, qui firent célébrer un service funèbre en l'honneur de Louis XVI. Un prêtre lot en chaire le testament du feu roi; un nombre assez considérable d'auditeurs étaient présents. Il y eut le même jour et le lendemain quelques troubles au théâtre, amenés par le même parti. On avait si cruellement traité les Lyonnais , alors sincèrement républicains , sous le prétexte sans vérité et même sans vraisemblance de royalisme , que beaucoup furent conduits par leurs oppresseurs à cette opinion dont ils étaient les mar-
I. — Procès- verbal de rloatattalion du citoyen Salamon en la. mairie de Lyon , le 13 frimaire an III de la République , une et indivisible. Lyon , Destèfanii , in -fol.
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tyrs. Ce furent les jacobins forcenés et les barbares décrets de la Convention qui rallièrent, après le siège , tant de Lyonnais à la cause de la monarchie.
Le mouvement réactionnaire commençait à s'annoncer , an crime en fut un des symptômes précurseurs. Traduit devant les tribunaux, mais renvoyé absous , un juge de la Commission révolutionnaire , Fernex , fat massacré et mutilé de la manière la plus barbare, sans aucune provocation de sa part, et sans raison comme sans aucune nécessité. Des femmes ou plutôt des furies perçaient à coups de ciseaux, et de couteau ce malheureux , qui fat traîné encore vivant au Rhône dans lequel on le précipita. Ce meurtre fat commis en plein jour , sans le moindre empêchement de la part soit de la police , soit de la garde nationale ; c'était un funeste avertissement. Bien peu de temps après , un misérable jacobin , qui subissait la peine de l'exposition pour vol , fut massacré au pied de l'échafaud; il n'y eut aucune poursuite contre ses meurtriers. Tandis que les passions politiques s'apprêtaient à faire , en sens contraire , une explosion nouvelle , des représentants eurent l'idée d'organiser une fête à la Concorde : c'était au moyen d'un vain spectacle qu'ils espéraient calmer la fermentation et faire cesser les cris de mort contre les terroristes , partisans de Chalier.
Une des premières pensées des Lyonnais affranchis du joug de la Terreur fat de porter à la Convention une dénonciation contre Collot-d'Herbois : ils demandaient aussi le rapport du décret qui s'opposait à la révision de tout jugement portant condamnation à la peine capitale. Collot-d'Herbois avait contribué beaucoup à la ohute de Robespierre , mais il n'en était pas moins odieux au parti vainqueur. Dénoncé par Leoointre de Versailles , nm hors de cause par un ordre du jour , et de nouveau traduit à la barre de la Convention avec Billaud-Varennes et Barrère, sur la motion de Legendre, il fat décrété d'accusation le 2 mars (12 ventôse an IV) l, Sa défense, comme on devait
1. — Défense de J.-M. Collot-d'Herbois, représentant du peuple, -imprimée par ordre de la Convention nationale du 11 ventôse an III. Paris , impr. nationale , in-8°. — Eclaircissements nécessaires sur ce qui s'est passé à Lyon (alors Coajnmoe-Aftranobie) l'année dernière, pour faire suite aux rapports des représentants du peuple envoyé* vers cette comwuue
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s'y attendre , consista dans une longue récrimination contre les membres du Comité de salut public dont il n'avait fait qu'exécuter les ordres : « Ce n'est point contre moi , s'écria-t-il , c'est « contre l'assemblée tout entière que l'on commence la guerre « par des libelles , jusqu'au moment où l'on pourra la soutenir « par des poignards et la terminer par les échafauds. » Les débats furent interrompus par le mouvement du 12 germinal (20 mars). Aidés par les faubourgs , les hommes du parti montagnard attaquèrent la Convention , forcèrent la garde et pénétrèrent dans la salle , demandant du pain , la constitution de 1 793 et la liberté des patriotes emprisonnés. La générale battit, le tocsin sonna ; mais les sections marchèrent au secours de la Convention , culbutèrent les insurgés des faubourgs , et délivrèrent l'assemblée , qui condamna à la déportation les prévenus, et avec eux dix-sept députés montagnards, lin sursis à l'exécution du jugement fut accordé ; il aurait eu probablement une durée indéfinie , si la journée du 1er prairial (20 mai) n'avait eu lieu. De nombreux attroupements s'étaient formés dans la matinée ; ameutée par les hommes qu'on appelait la queue de Robespierre , la populace envahit l'enceinte de la salle de la Convention : un homme, armé d'un fusil, coucha enjoué le président Boissyd'Anglas; un autre massacra le député Féraud, dont il mit la tète au bout de sa pique. Calme et la tête couverte, Boissyd'Anglas protesta contre la violence : on lui présenta la tête sanglante de Féraud ; il s'inclina devant elle avec respect. Ceux des montagnards qui avaient approuvé et aidé l'émeute décrétèrent , par l'organe du député Romme , tous les articles dont se composait le manifeste de l'insurrection. Cependant les sections de Paris s'étaient rassemblées sous le commandement de Legendre
avant , pendant et après le siège , par J.-M. Colloi-d'Herbois. Paris , impr. nationale , w-8°. — Réponse de B. Barrère , par pièces authentiques , au tableau des persécutions et aux calomnies déposées par Dubois-Crancé a la Commission des *f , relativement à sa mission près de l'armée des Alpes et sous Ljron eu 1793. Paris, impr. nationale, pluviôse an III , in-8°.— Réplique de Dubois-Crancé à Barrère ; ii*-8°. — Barrère à Dubois-Crancé; Réponse à l'accusation personnelle remise le 14 nivôse à la Commission des SI , servant de réfutation à la partie du rapport de Saladin , qui concerne Dubois Crancé , fait dans la séance du iS ventôse an III. Paris , Charpentier, in-80.— Collol dans Lyon, tragédie en cinq actes et en vers, par Formelle atné; in -8°. — Collot mitraillé par Tallien. Paris, an III, in-8°.
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et de Raifel ; elles marchèrent contre les insurgés , qui furent assiégés à leur tour. Us reprirent un instant l'avantage le lendemain ; cependant la Convention finit par demeurer la plus forte : elle ordonna le désarmement des faubourgs, qui eut lieu non sans quelque résistance. Dès ce jour la faction démagogique fut anéantie; elle avait perdu successivement ses chefs, ses clubs, ses comités, ses canons; la constitution de 1793 fut abolie, et le règne de la multitude et du jacobinisme finit. L'orage du 1er prairial emporta à Cayenne Collot-d'Herbois , qui mourut , en arrivant, d'une fièvre chaude, à l'hôpital de Sinnamari. Ces journées du 12 germinal et du 1er prairial avaient excité, à Lyon, une grande fermentation contre les jacobins. Informés que la représentation nationale était menacée , les Lyonnais envoyèrent une adresse à la Convention : « Si les braves légions parisiennes « ne suffisent pas, dirent-ils, pour foudroyer les anarchistes et « les tyrans, faites-nous un appel; accoutumés à les combattre , « nous sommes là : notre sang a coulé abondamment , mais il « n'est pas encore épuisé. »
§ II. L'audacieuse tentative des hommes de la Terreur contre la Convention avait beaucoup augmenté l'exaspération publique contre le parti jacobin ; elle rendit la réaction imminente à Lyon et dans le Midi qui savaient , par une expérience si longue et si cruelle , tout ce que pouvait le parti montagnard. Quand un mathevon se montrait en public, il était accueilli par des huées, des menaces et des insultes ■ : des voies de fait furent commises
1. — On a proposé un assez grand nombre d'étymologics du rnol mathevon , qui n'est pas, comme on l'a cru, une expression particulière aux habitants du Lyonnais, mais qui leur est commune avec toute la France. M. Brégbol a rassemblé dans ses Mélanges sur l'Histoire de Lyon , p. Î27 , les différentes conjectures qu'on a hasardées sur ce sujet. La moins invraisemblable nous parait être celle qui fait dériver la dénomination dont il s'agit , de l'usage où l'on est en Lorraine , d'appeler mathevon un jeune arbrisseau qu'on a transplanté et auquel on a coupé la télé; et mathevonner, l'action de faire subir à un arbre celte opération.
Quant au mot muscadin , l'éiymologie en est pins certaine : on appliquait ce nom , comme on sait , aux hommes des classes moyennes , et surtout aux jeunes gens du commerce ou de bonne famille , velus avec propreté , à une époque où la négligence et la malpropreté dans l'habillement étaient a l'ordre du jour. La populace supposait que leurs cheveux étaient parfumés el qu'ils sentaient le musc. Du reste , le nom de muscadins , même comme nom de parti , est très ancien dans notre langue , et remonte au moins au temps delà Ligue.
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fréquemment ; il y eut des meurtres commis sur des individus isolés. Ni la police , ni la garde nationale ne cherchaient à réprimer ces excès; leur intervention , quand elle était obligée, n'avait lieu que tardivement. Ce n'était pas seulement à Lyon que ces déplorables scènes se passaient , Bordeaux , Marseille et tout le Midi en étaient aussi le théâtre, et répétaient ce cri : « Sang pour « sang ! imprimons la terreur dans le cœur des terroristes. » Un arrêté de la municipalité ordonna le désarmement des jacobins; plusieurs quittèrent la ville , mais beaucoup demeurèrent : on emprisonna les plus compromis.
C'est au mois d'avril que les Compagnies de Jésus s'organisèrent : elles étaient composées d'anciens soldats du siège rentrés chez eux , de jeunes gens de très bonne famille qui avaient des parents à venger, de gens sans aveu, toujours prêts à prendre part à des scènes de violence , enfin de muscadins qui connaissaient leur force et qui voulaient user de représailles. Ils avaient des chefs , et un plan d'opérations concerté d'avance. Leur costume était à peu près uniforme : ils portaient à la main un énorme bâton à nœuds ,• sur la tête un chapeau à ailes retroussées , et au cou une cravate verte ; beaucoup étaient en veste , et avaient une paire de pistolets à la ceinture.
Une rixe , dans un cabaret de la rue Bàt-d' Argent , entre des jacobins attablés et des muscadins qui voulaient les chasser , annonça les déplorables événements dont Lyon allait être le théâtre : plusieurs assassinats furent commis en plein jour , et n'éveillèrent nullement l'attention de la police. Un républicain exalté , mais humain , et qui était venu de Paris à Lyon , chargé d'une mission de paix , fut assailli par une multitude furieuse et poursuivi jusque dans la maison d'un représentant du peuple. Le tribunal criminel devait juger un mathevon nommé Bonnard , accusé de dilapidations et détesté par le peuple ; des attroupements se formèrent dès la veille du jugement, et au jour des débats une foule malveillante entoura le palais de justice dont elle encombra bientôt les salles d'audience : c'était le U mai. Des cris sinistres se faisaient entendre de toutes parts ; il était évident que des désordres de la nature la plus grave devenaient imminents. Une nombreuse force armée fut requise : le représentant Boisset accourut, il manda toutes les troupes disponibles de la
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garnison ; mais ces mesures militaires portèrent au plus haut degré l'effervescence du peuple. Maître des rues et de toutes les avenues de la place , il brisa les portes de la prison de Roanne , envahit les chambres et les cachots , et massacra quarante - un jacobins qui s'y trouvaient. Enivrée de sa rage , la foule s'acharnait sur les cadavres et leur faisait subir d'atroces mutilations. Des chefs dirigeaient les coups des meurtriers : il était sept heures du soir, et le jour avait fui de ces voûtes sombres ; mais on avait allumé des torches, et aucun prisonnier n'échappa. Quand il n'y eut plus de sang à répandre , les bourreaux , dont la fureur n'était pas assouvie , s'écrièrent : « Aux Recluses ! aux Recluses ! » Us coururent, à neuf heures du soir, à cette prison. Un tumulte inaccoutumé et des cris de mort, qui parvenaient distinctement à leurs oreilles, alarmèrent les détenus ; persuadés qu'on en voulait à leur vie , ils mirent le feu à l'étage supérieur du bâtiment, dans l'espérance qu'ils pourraient profiter du désordre qu'occasionnerait l'incendie. Les officiers municipaux firent de courageux efforts pour sauver ces malheureux, et eurent un moment l'espoir d'y parvenir; mais la populace, furieuse, assaillit la prison avec une violence irrésistible. Après s'être emparée des maisons voisines , elle brisa les serrures , les fenêtres , les portes , et se trouva bientôt en présence des captifs qui firent une résistance désespérée, mais inutile : quarante-trois périrent, victimes de ces actes de vengeance sauvage. Ces scènes atroces furent répétées bientôt après dans la prison de Saint-Joseph : là succombèrent, sous les coups d'hommes aussi impitoyables qu'ils l'avaient été eux-mêmes , quinze jacobins parmi lesquels se trouvaient Grandmaison , un des présidents des Commissions révolutionnaires. Un autre président , Dorfeuiile , périt aussi dans le massacre des prisons; il regarda ses bourreaux sans pâlir , et mourut avec fermeté. Quand les assassins n'eurent plus de prisonniers à égorger , ils trainèrent les cadavres , soit au fleuve , soit à la rivière : les passants regardaient faire , impassibles , ou applaudissaient à la ftireur des meurtriers. Cette nuit fat horrible. *
I — Relation du massacre des prisonniers de Roanne , des Recluses et de Joseph , à Lyon , le 15 floréal an III de la République. Lyon , impr. républicaine de Daval , in-8°. —Arrêté et correspondance avec le Corail** de salut public du représentant du peuple , Cadroy, en
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La cruelle Compagnie de Jésus ne s'en tint pas là : il y eut , les jours suivants, beaucoup de visites domiciliaires chez les jacobins, et grand nombre de meurtres commis avec préméditation et sang-froid. On assommait les mathevons comme des chiens enragés dans les rues, sur les places publiques , partout; d'autres fois on les tuait à coups de sabre ou de pistolet, et on les traînait vivants encore au Rhône. Ces actes forcenés étaient souvent accompagnés d'atroces plaisanteries; ceux qui se souillaient de ces crimes en tiraient vanité , bien loin d'éprouver le moindre remords : celui-là disait qu'il avait vengé son père , celui-ci se vantait d'avoir tué enfin le bourreau de ses frères ; mais bien peu pouvaient alléguer avec vérité cette terrible excuse. Tous paraissaient ignorer qu'il n'y a pas de société possible quand des vengeances particulières se substituent à la loi , et que le massacre de prisonniers , dont beaucoup pouvaient être innocents , est le plus lâche et le plus abominable de tous les meurtres. Que faisait cependant la justice ? elle sommeillait , ou ne voyait rien. Quelques assommeurs furent traduits devant le tribunal criminel, mais les juges intimidés n'osèrent prononcer aucune condamnation ; ils acquittèrent les assassins que la foule porta en triomphe. Une terreur nouvelle , mais en sens contraire , régna dans la malheureuse ville de Lyon ; le crime était le même, il n'y avait de changé que son motif. Gomme aux plus mauvais jours de la Révolution, une complaisante adresse des corps administratifs justifia ce qui s'était passé , et attesta à la Convention la sincérité des opinions républicaines des Lyonnais. A la fin du mois de mai , les victimes commen-
mission <tans le département du Rhône. (Réquisition nu 9e régiment de chasseurs de se rendre à Lyon pour contenir les perturbateurs de la paix publique). — Proclamation du représentant du peuple , Cadroy , aux habitants de Lyon , du 25 floréal an III de la République. Lyon , impr. des Balles, in-fol. * Nous savons qu'on ourdit encore de nouvelles trames , dit Cadroy : « les victimes sont signalées dans des listes colportées mystérieusement; les poignards s'ai- « gnisent, et les femmes des hommes égorgés dans la nuit déplorable du 15 au 16 floréal « doivent être frappées du même fer... Mais ne craignes point, braves Lyonnais; les ir.o- « sures sont prises pour déjouer cet affreux complot. » — Les représentants du peuple... Borel , Roisset , Cadroy. Li/jn , A. Leroy , in-fol. ( Enquête ordonnée sur les massacres du 16 floréal). — Les Honnêtes Gens (chanson contre les muscadins de la Compagnie de Jésus); in-8<>. — Relation du citoyen Dorfeuille , égorgé dans les prisons de Lyon par les agents des émigrés ; in- 8°.
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cèrent à manquer, le bras des bourreaux se lassa, et la Compagnie de Jésus ne tarda point à se dissoudre d'elle-même, et sans être inquiétée par aucun pouvoir. Beaucoup des hommes qui s'y étaient affiliés avaient pris goût au sang; devenus brigands de grands chemins, ils volèrent et tuèrent les voyageurs. Emue enfin par les nouvelles affreuses qu'elle recevait, la Convention envoya à Lyon Poulain - Grandpré , un de ses membres , avec la mission de contenir la réaction , et attendit pour agir un rapport sur les catastrophes dont Lyon venait d'être le théâtre.
Peu de jours après la fin des massacres, une fête qui aurait pu en provoquer d'autres eut lieu aux Broteaux, sur la place même où tant de braves gens avaient péri : c'était le deuxième anniversaire du 29 mai. Le ciel était magnifique ; toutes les troupes de la garnison et la garde nationale se réunirent sur la place Bellecour , où se rendirent les au * >rités constituées et une députation de Saint-Etienne. Un bataillon était formé d'anciens soldats du siège : on remarquait dans ses r*>ngs le brave Gingenne et sa jambe de bois; trois représentants du peuple-, présents à cette solennité, remirent à la garde civique se? drapeaux, et tout le cortège , dans l'attitude du deuil et de l'affliction, s'achemina aux Broteaux , vers le lieu du rendez-Vous. Defc roulements funèbres de tambours annonçaient la màrcné; chaque officier portait un crêpe au bras , et tous les soldats tenaient leurs fusils renversés. Un vaste cénotaphe , dessiné et décoré avec beaucoup de convenance par le sculpteur Chinard et par l'architecte Cochet , s'élevait au centre du champ ou tant de Lyonnais avaient trouvé une mort affreuse; il était placé auprès d'une pyramide que couronnait une urne cinéraire. Pendant qu'un corps de musiciens faisait entendre des chants lugubres , les bataillons défilèrent lentement devant le monument de sinistre mémoire; Carret prononça une oraison funèbre courte, mais remplie de sensibilité et de dignité. Quatre-vingt mille spectateurs étaient présents; leur émotion était granc1* Cette cérémonie imposante se termina aux cris mille fois ït^Jétés de : « Vive la République ! vive la Convention! » ^ Jn
Cette assemblée si fatale aux Lyonnais entendit, le 24 juin , un rapport éloquent de Chénier sur les massacres qu'avait commis avec impunité à Lyon la Compagnie .' Jésus pendant
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la première moitié du mois de mai. Il montra cette horde d'assassins mêlant des idées religieuses à ses actions sanguinaires, créant une terreur plus grande que celle qu'avait inspirée Ghalier , et commettant les forfaits les plus odieux au nom de la Convention et du peuple : « C'est elle , dit-il , qui ouvertement « protège les émigrés , facilite leur retour , force les prisons , « dévoue aux poignards non pas les terroristes seulement, « mais encore tous ceux qui dans un poste public ont servi « la Révolution. C'est cette Compagnie exécrable qui chante « sur les cadavres de ses victimes le retour de la royauté. .» Chénier accusa les autorités constituées de négligence et de faiblesse ; il s'étonna que les dix mille fusils remis à la garde nationale n'eussent pas contenu quelques centaines de scélérats , et demanda une répression énergique de tant d'excès. Voici les principales dispositions dty décret que rendit l'assemblée : « Le maire de Lyon et l'accusateur public sont mandés à la barre de la Convention; les autejirs du massacre, les émigrés, les membres de la ci-devant Compagnie de Jésus seront livrés dans les vingtquatre heures au tribunal criminel; les dix mille fusils de la garde nationale seront envoyés immédiatement à l'armée d'Italie. » Ce décret produisit une sensation douloureuse sur les Lyonnais qui s'empressèrei^ ^'envoyer une adresse à la Convention nationale : « Ne sommes-nous pas , disaient- ils , les hommes du « 29 mai et les assiégés de Lyon? Lorsque, pendant deux mois « d'un siège trop mémorable , livrés à nos propres ressources , « sans pain, sans secours, nous vîmes d'un œil sec tomber «< nos maisons , périr nos femmes , nos enfants , et le sang le « plus pur inonder nos remparts , était-ce pour un roi que nous « combattions, ou pour la Convention opprimée?... Sans doule, « nos tristes murs ont vu couler un sang qui n'aurait dû être « versé que par la main du bourreau; notre juste ressentiment « ne nous a point aveuglés sur ce que ces actes ont eu d'illégal. « Nous aurions voulu oublier que ceux qui ont péri étaient « d'horriL^ :"! assassins; nous avons gémi comme vous, mais « quels so^- /es prétendus patriotes tombés sous les coups de la «< vengeance ? Le crime de quelques hommes sera-t-il d'ailleurs « celui d'une cité entière ?... » Le décret de la Convention fut exécuté , mais 9\j\ç quelques concessions qui en diminuèrent la
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rigueur ■ ; elles avaient été sollicitées par une députa lion composée de Lémontey , Delhorme et Champanhet. Ce fut avec justice et une convenance parfaite que les fonctionnaires lyonnais mandés à la barre de la Convention se récrièrent contre l'esprit du rapport de Chénier : ils prouvèrent que la ville de Lyon n'avait point eu la pensée de s'insurger contre la représentation nationale , que les autorités avaient fait tout ce qu'il leur était humainement possible de faire, qu'elles n'avaient point eu à leur disposition une force répressive suffisante , que le peuple avait été excité au meurtre par des étrangers; ils exaltèrent enfin le patriotisme de la population lyonnaise et son dévouement à la représentation nationale. Peu adoucie par ce langage , la Convention eut un instant la pensée d'établir un camp aux Broteaux , et d'y rassembler des forces suffisantes pour contenir les passions politiques des Lyonnais. Des troupes s'y rendirent en effet; quelque fermentation se faisait toujours apercevoir dans Lyon : des jeunes gens , qui portaient une ganse blanche au chapeau et au cou une cravate verte, compromettaient le parti
1. — Rapport fait à la Convention nationale, an nom des Comités- de salut public et de sûreté générale , par M.-J. Chéuier , dans la séance da 6 messidor an 111. Lyon , Destifanis , in-8°. Idem. Paris, bnpr. nationale , in -8°. — Décret de la Convention nationale, du 6 messidor an III de la République française , une et indivisible , relatif aux massacres commis a Lyon , et qui suspend les pouvoirs des corps administratifs de la commune de Lyon , mande a la barre de la Convention nationale le maire , le substitut de l'agent national , Taccusateur public du tribunal criminel , et ordonne le prompt jugement des auteurs des mas~icres qui y ont clé commis. Lyon , DestSfanis , in-fol. — Les représentants du peuple , Poulain-Grandpré , Ferroux, etc. , du 9 messidor an III de la République. Trévoux, impr de P.-J. Pinet, in-fol. (Proclamation relative au décret de la Convention). —Adresse de la commune de Lyon a la Convention nationale. Lyon, DestSfanis , in-4°.— Les députés extraordinaires de la commune de Lyon à la Convention nationale et au Comité de sûreté générale, du 18 messidor an IU de la République française , une et indivisible. Signé : Delorme , Lémontey , Champanhcl. Lyon, impr. des Halles, in-4*. — Les députés extraordinaires de la commune de Lyon , et les fonctionnaires publics mandés par le décret du 6 messidor, aux Comités de salut public et de sûreté générale , sur les pouroirs et les instructions à donner anx représentants du peuple qui seront envoyés à Lyon. Paris , le 2 fructidor , an III. Lyon, impr. des Halles , in-4°. Paris , Hacqnart , in-4°. — Corps législatif, conseil des Cinq-Cents. Rapport fait par Domolard sur les prévenus d'assassinat et massacres commis à Lyon et dans les départements du RbAne et de la Loire; séance du 17 floréal an IV. Paris, imprimerie nationale . an IV , in -8°. —Ordre du général de division Motitchoisy , commandant à Lyon, pour la sûreté et la tranquillité publique , du 4 prairial an IV. Lyon , Destifanis , in-fol. ( Mécontent du peu d'énergie que Montchoisy avait montré pendant les massacres , le Directoire destitua ce général).
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royaliste; ils faisaient du bruit au théâtre, et des rixes avaient lieu continuellement entre eux et les officiers de la garnison.
§ H!. Cependant Tordre, dont Lyon avait un besoin si grand, ne tarda pas à se rétablir et à se consolider ; une époque nouvelle commença ; à l'anarchie et aux luttes de parti succédèrent l'amour de la paix et les eftbrts de l'administration pour réparer les malheurs dont la ville avait été accablée. Neuf églises catholiques furent rendues officiellement au culte; ce retour à la religion , quoique bien incomplet encore , eut l'influence la plus salutaire sur l'esprit public : il y avait au fond du cœur de la grande majorité des Lyonnais un vif besoin des cérémonies du culte catholique f et le sentiment intime du bien que devait produire le retour aux idées religieuses. C'était à l'industrie et au commerce de réparer les dommages matériels ; ils se réveillèrent enfin de leur longue inertie. Des soldats du siège , en nombre assez considérable , se réunirent dans un banquet fraternel aux Broteaux, non loin du monument funèbre : ce fut une fête de famille et un appel à la concorde.
L'organisation des municipalités avait été modifiée par la Convention; Lyon eut trois maires, un pour la division du Midi , un autre pour celle de l'Ouest, un troisième pour les quartiers du Nord. Le partage de l'autorité municipale ne laissait plus tant de pouvoir aux mains d'un seul homme , mais il nuisait à l'unité de l'action administrative '. Un bureau central du canton de Lyon, et l'administration départementale, veillaient dans leur cercle d'attributions sur les intérêts de la cité.
Une nouvelle législation allait commencer. Lyon envoya au conseil des Cinq-Cents une députation composée de Rambaud, Camille Jordan , Imbert-Colomès , M ayeuvre de Çhampvieux , Cayre , Ricard et Carret.
L'histoire de la Convention nationale est celle d'un combat de trois années. A jamais célèbre par de grandes actions et par
t. —Rapport sur la formation dot municipalités de Bordeaux, Lyon , Marseille et Paris, par M.-J. Chéoier , séance du 5 pluviôse an IV. Paris , imprimerie nationale , in- 8° — Arrêté de l'Administration départementale du 14 ventôse an IV, relatif à la division de Lyon en trois municipalités. Lyon , impr. des Halles, in- fol.
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des crimes plus grands encore, cette assemblée fut constamment agitée par des convulsions violentes ; née d'une insurrection, elle faillit finir comme elle avait commencé. Tout est gigantesque , tout porte un caractère exagéré dans ses annales ; rien n'égale l'audace , l'énergie et la puissance , soit d'action, soit de volonté des bourreaux, si ce n'est l'impassibilité et la dédaigneuse résignation des victimes. Tous les partis dont elle se composa , la Gironde, la Montagne , la Commune, la faction de Robespierre , tentèrent successivement d'établir la domination de leur système et périrent : c'est que le mouvement révolutionnaire, ne pouvant s'arrêter, brisait la main qui essayait de modérer ou de régler sa marche. La Convention rendit huit mille trois cent soixante-dix décrets; elle laissa la France beaucoup ' plus grande et plus forte qu'elle ne l'avait trouvée. On lui doit les plus importantes fondations scientifiques et littéraires , l'Ecole normale, l'Ecole polytechnique, l'Institut des arts et des sciences, le Conservatoire des arts et métiers, l'uniformité des poids et mesures. Les savants attachés au Comité de salut public créèrent spontanément, au milieu du dénument universel, le matériel de la victoire pour quatorze années. Historien de Lyon, j'ai rendu justice à la Convention nationale , avec quelque peine , je l'avoue : cette assemblée traita un peuple généreux , qui s'était dévoué pour la liberté, avec une barbarie jusqu'alors sans exemple. On n'avait pas vu encore , chez des nations civilisées , une ville de deux cent mille âmes condamnée, pour les fautes de quelques-uns (en admettant la réalité du délit) , à une destruction immédiate et à la perte de son nom. C'est la représentation nationale qui décrétait l'anéantissement d'une des premières cités industrielles de l'Europe , ruinant ainsi d'un trait de plume et Lyon et la France; une telle conduite était encore plus absurde qu'atroce. Jamais la Prusse , l'Autriche , l'Espagne , l'Angleterre et le Piémont coalisés n'auraient traité une ville ennemie avec cette sauvage rigueur; jamais leurs armées, si elles avaient triomphé , n'auraient causé à la France le mal que lui firent les ineptes et effroyables décrets de la Convention. Si Collot-d'Herbois, Achard, Dorfeuille, Parrein etFouché se montrèrent si avides du sang des Lyonnais , c'est qu'ils s'inspiraient des doctrines et des conseils des montagnards. Ce fut la Convention qui maintint si
COMPAGNIES DE JÉSUS (1795). — XVIIIe SIÈCLE. 1059
longtemps la guillotine en permanence sur la place des Terreaux; ce fut elle qui fit mitrailler les deux cent neuf aux Broteaux : les Commissions temporaire et révolutionnaire n'étaient que des instruments. On a dit sans vérité , selon moi , qu'en mettant la terreur à Tordre du jour cette fatale assemblée avait sauvé la France et l'indépendance nationale ; je ne croirai jamais que les massacres de septembre et tant d'autres crimes, commis de sang-froid pendant trois années par les montagnards , aient été un moyen nécessaire pour l'accomplissement des desseins de la Providence : la France , j'en ai l'intime conviction , aurait conservé son unité et l'intégrité de ses frontières , alors même que Danton , Hébert , Marat , Couthon , Billaud - Varennes , Barrère, Fouquier - Tinville et Robespierre n'auraient jamais existé. Mais quand cette immorale doctrine fataliste aurait quelque vérité, ce que je conteste formellement, comment justifier la Convention de ses décrets impies contre Lyon subjugué et sans défense? que sauvait - elle , quel danger espérait -elle conjurer en détruisant une grande ville qui était la fortune et l'orgueil du pays?
§ IV. La tâche du Directoire était difficile : sans commerce , sans industrie , couvert de sang et de ruines , encore traité par le pouvoir comme une ville suspecte et presque ennemie , Lyon conservait toujours un vif ressentiment contre ses bourreaux. Envoyé en mission dans ses murs, Poulain -Grandpré s'efforça d'y rappeler l'esprit de travail et de concorde ; il sentit combien il importait de régénérer l'éducation publique et d'appeler , comme une diversion utile , la culture des sciences , des lettres et des arts. C'était sur la place des Terreaux que les négociants traitaient de leurs affaires , rien n'était plus incommode que cette Bourse en plein vent ; mille circonstances en gênaient les opérations, les intempéries atmosphériques , la curiosité des passants, l'absence de tout ordre et d'un bureau pour les transactions. Ces inconvénients déterminèrent le Directoire à installer le commerce au palais Saint-Pierre ' ; il donna pour lieu
1 . — Discours prononcé par le représentant du peuple Poulain-Grandpré , à l'occasion de l'établissement d'une Bourse, à Lyon, dans les bâtiments des ci-devant dames de Saint-Pierre, le 19 brumaire an IV. Lyon , impr. des Halles , in-fol. — Procès- verbal de l'ouverture de la Bourse de Lyon , le 19 brumaire an IV. Lyon , impr. des Halles , in-4°.
1060 XVIIIe SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE.
de réunion aux hommes de commerce la salle du réfectoire de l'ancienne abbaye. Ce fut le 10 novembre qu'eut lieu l'ouverture solennelle de la Bourse , en présence de Poulain-Grandpré qui prononça le discours d'installation. Ce représentant du peuple organisa bientôt après un conservatoire pour diriger l'instruction publique, et un jury chargé de choisir les professeurs de l'Ecole centrale. 11 affecta les bâtiments du Grand - Collège et le pensionnat des ci-devant Oratoriens à rétablissement de cette Ecole centrale , aux salles des cours , aux cabinets de physique et d'histoire naturelle , et à la bibliothèque publique , qu'il forma des livres déjà en dépôt dans le vieux bâtiment et de ceux qui avaient été déposés, soit au palais Saint-Pierre , soit dans divers édifices nationaux !. Il y eut deux bibliothécaires, l'un pour les belles-lettres , l'histoire et les antiquités, l'autre pour les sciences et les beaux-arts. L'Ecole centrale ne fut inaugurée que quelques mois plus tard; Gilibert prononça le discours d'ouverture *. Vers le même temps eut lieu l'installation de la Commission administrative des deux hospices. L'Hôtel -Dieu avait été dépouillé de ses propriétés par la loi du il juillet 1794, qui déclarait ses dettes nationales ; une loi du 7 octobre 1796 rétablit les Hospices civils dans la jouissance de leurs biens et des rentes et redevances qui leur étaient dues soit par le trésor public, soit par des particuliers; elle commit la surveillance de ces établissements à l'administration municipale. Cinq membres composaient alors la commission des Hospices de Lyon ; ils élisaient entre eux un président et choisissaient un secrétaire.
Des temps meilleurs avaient enfin commencé, mais le mal était immense, et il devait laisser de longues traces; assoupies ou contenues , les passions politiques vivaient toujours et faisaient parfois explosion. Des jacobins mirent le feu , pendant
1. — Arrêté (du représentant do peuple Poulaio~Gr&n«l pré) relatif à l'ouverture d'une bibliothèque publique , et à la conservation des monuments des sciences et des arts , du 33 brumaire an IV. Lyon , impr, de J.-L. Maillet , in 4°. (Voyez les Tablettes chronologiques d« M. Péricaud , année 1796, p. I0Î.)
2. — Inauguration de l'Ecole centrale du département du Rhône , le troisième jour complémentaire de l'an IV. Lyont BaUanche et Barret, in-8° Ouverture des cours de l'Ecole centrale du département du Rhône , le troisième jour complémentaire de l'an IV. Lyon , Ballonche et Barret , in-8°.
LYON APRÈS THERMIDOR (1795). XVIIIe SIÈCLE. 106i
une nuit, au cénotaphe qui avait été élevé Tannée précédente , aux Brotèaux , en l'honneur des Lyonnais massacrés après le siège ; ni la réaction de thermidor , ni les Compagnies de Jésus et du Soleil n'avaient complètement écrasé la queue de Chalier. De leur côté grand nombre de jeunes gens faisaient parade de leurs opinions royalistes , et bravaient non-seulement les vieux jacobins, mais encore le Directoire. Ils portaient au chapeau une ganse blanche , au cou une cravate verte , à l'habit un collet de la même couleur , et à la chemise des boutons en triangle dont le rapprochement figurait une fleur de lis ; retroussés en arrière et tressés en cadenette , leurs cheveux s'étalaient sur les côtés en oreilles de chien. De tels signes de ralliement indignaient les républicains et inquiétaient les agents de l'autorité : Reverchon les proscrivit. Chargé de mettre à exécution les menaces de la dernière Assemblée , il fit procéder au désarmement de la garde nationale , destitua le président du tribunal criminel qui n'avait pas poursuivi les membres de la Compagnie de Jésus , et révoqua plusieurs juges de paix. Tout citoyen dut porter par ordre la cocarde tricolore ; on s'efforça de réveiller l'esprit républicain , soit en rétablissant les arbres de la liberté , soit en célébrant les nombreuses fêtes patriotiques instituées parla Convention *. Ces mesures n'eurent que des résultats insuffisants ; l'esprit républicain avait fait son temps, et l'homme qui devait être son plus grand ennemi commençait avec éclat ses brillantes destinées.
1. — Fêle nationale de la Jeuoesae , qui sera célébrée demain décadi sur la place Egalité , du 9 germinal an IV. Lyon , Destèfanis , in -fol. — Ordre de la fête des Epoux , qui sera célébrée demain décadi sur la place de la Liberté, où il sera élevé un autel de la Patrie , sur lequel seront représentés les attributs de l'Hyménée ; fait au bureau central de Lyon , le 9 Boréal an IV. Lyon , Destèfanis , in- fol. — Ordre de la fête nationale des Victoires et de la Reconnaissance, qui sera célébrée demain décadi, 11 prairial , sur la place de la Liberté ; du 9 prairial an IV. Lyon , Destèfanis , in-fol. — Ordre de la fête nationale de l'Agriculture, qui sera célébrée le décadi ,10 messidor , A onze heures du matin , sur la place de la Liberté ; du 9 messidor an IV. Lyon , Destèfanis , in-fol. L'ambassadeur de Tunis , Mobaraet-Oogga , de passage a Lyon , assista à cette fête. — Fête de la Liberté , qui sera célébrée à Lyon les nonidi et décadi prochains , du 9 thermidor an TV. Lyon , Ballanche et Barret y in-fol. — Ordre de la fête nationale delà fondation delà République française, qui sera célébrée le 4CT vendémiaire an V, sur la place de la Liberté , au-devant de l'autel de la Patrie ; .du 4« jour complémentaire de l'an IV. Lyon , Ballanche et Barret , in-fol.
Ces fêtes et d'autres encore furent célébrées pendant les années 1796, 1797, 1798 et I799t
1062 XVIIIe SIÈCLE. — DIRECTOIRE.
Cet homme était le jeune lieutenant qu'une émeute de peu d'importance avait amené avec son régiment à Lyon , en 1786 ; c'était l'officier désoeuvré qui avait disputé à de nombreux concurrents un prix mis au concours par l'Académie de Lyon; c'était le commandant d'artillerie dont le génie avait percé en 1793 au siège de Toulon : c'était Napoléon Bonaparte. Général en chef, en 1796, il était allé à la conquête de l'Italie avec deux mille louis pour caisse militaire , et trente mille hommes sans souliers , presque sans vêtements et mal armés. Descendu des Alpes avec la force et la rapidité d'une avalanche , Bonaparte remporte en courant les victoires de Montenotte , de Millésime* , du pont de Lodi , de Gastiglione , de Bassano , d'Arcole et de Rivoli ; il détruit en entier cinq puissantes armées , défait successivement les meilleurs généraux de l'Autriche , Beaulieu , Wurmser , d'Alvinzy, le prince Charles , prend M antoue , et impose le traité de paix de Campo-Formio.
Tandis que les merveilleuses campagnes d'Italie couvraient de gloire le nom français , le Directoire abandonnait les départements à une sorte d'anarchie; il ne savait ni s'y faire respecter, ni y maintenir la paix. Lyon souffrait plus que toute autre ville de cette impuissance à gouverner ; ses campagnes étaient le théâtre d'affreux brigandages. Des vols et des assassinats, accompagnés de circonstances atroces , étaient commis fréquemment sur les grandes routes ou dans les maisons et fermes isolées , sans cependant présenter de caractère politique, à quelques exceptions près ; il n'y avait pas de police , pas de gendarmerie , et la ville obéissait à un régime tellement militaire que le général qui la commandait était autorisé à la mettre en état de siège , s'il le jugeait nécessaire.
Cependant les partis , qui connaissaient toute la faiblesse du gouvernement, travaillaient à le renverser; il n'y avait aucune harmonie entre le Directoire d'un côté, et les conseils des Anciens et des Cinq-Cents de l'autre. Ainsi favorisée par les circonstances, l'opinion royaliste avait pris beaucoup de force et de hardiesse; elle se recrutait chaque jour de nombreux adhérents , et pouvait même considérer le directeur Barthélémy comme un des siens. Un club , celui de Clichy , reçut dans son sein un grand nombre d'émigrés et des membres des deux Conseils ; jamais une contre-
AN IV DE LA RÉPUBLIQUE (1795) XVIIIe SIÈCLE. 4063
révolution n'avait été plus imminente. Cette conspiration était d'autant plus dangereuse qu'elle était conduite sans aucun mystère ; on en parlait sur la place publique , dans les journaux , partout. Convaincu enfin de la grandeur du danger et de l'imminence de sa chute, le Directoire fit un appel à l'esprit révolutionnaire de 1791 , et donna l'ordre à plusieurs régiments de l'armée de Sambre- et -Meuse de se rapprocher de Paris. Richepanse occupa Versailles , M eudon et Vincennes ; un conflit était prochain : il fut prévenu par le coup d'état du 18 fructidor ( U septembre 1797 ). A trois heures du matin on entendit le canon d'alarme ; chargé du commandement des troupes du Directoire, Àugereau traversa de grand matin le jardin des Tuileries, pénétra dans la salle des Conseils, arrêta Willot, Ramel , Pichegru , ainsi que les inspecteurs de la salle , et les fit tous conduire au Temple. Beaucoup de membres des Conseils qui se rendaient au lieu de leurs délibérations furent emprisonnés ou éconduits , et à six heures du matin tout était terminé. Réunis l'un à l'Observatoire et l'autre à l'Ecole de médecine , les membres républicains des conseils des Cinq -Cents et des Anciens rendirent une loi d'urgence qui condamnait à la déportation Car no t, Barthélémy, cinquante-trois députés, les généraux Mathieu-Dumas , Willot , Pichegru , et les rédacteurs de trentecinq journaux. Elle cassa les élections de quarante-huit départements , et révoqua les décrets qui avaient été rendus en faveur des prêtres et des émigrés. Ce coup d'état anéantit le parti royaliste.
Il eut à Lyon un grand retentissement. Le conseil des Cinq- Cents déclara milles les dernières assemblées primaires du département du Rhône , et condamna à la déportation les deux députés Camille Jordan et Imbert - Colomès. Un arrêté du Directoire mit Lyon en état de siège , et confia au général Rey l'exécution de cet ordre. Tous les signes de ralliement royaliste furent de nouveau défendus; la police surveilla les étrangers, et poursuivit avec activité les émigrés et les prêtres réfractaires. Une assemblée , dans la cathédrale de Paris , de prêtres assermentés nomma évêque constitutionnel du département du Rhône Claude - François-Marie Primat, qui ne vint que l'année suivante occuper un siège dont il devait être bientôt dépossédé.
1064 XVIIIe SIÈCLE — DIRECTOIRE (1795-1799).
Bonaparte avait lait voile pour l'Egypte le 21 mai 1798 ; je ne le suivrai point dans son expédition d'Orient : pendant qu'il y remportait de grandes victoires , la fortune trahissait en Europe les armes de la France. Toutes nos conquêtes nous échappaient; nous perdions l'Italie , et des revers au-delà du Rhin succédaient aux avantages signalés que nos généraux avaient d'abord obtenus. Peut-être l'indépendance nationale aurait-elle été compromise , si Masséna n'avait battu les Russes de Korsakow et sauvé le pays , le 25 septembre 1 799 , sous les murs de Zurich. Informé des désastres des armées françaises , de la déconsidération croissante du Directoire) et convaincu de la nécessité d'une révolution, Bonaparte se détermina , non sans regrets , à quitter l'Egypte. H débarqua , le 9 octobre , à Fréjus, et parut inopinément à Lyon , où sa présence excita un enthousiasme extraordinaire ' . Cette ville malheureuse parut avoir le pressentiment de ce que ferait pour elle le vainqueur des Pyramides : plus lasse que toute autre cité du gouvernement révolutionnaire, elle avait plus besoin qu'aucune de l'appui d'une main intelligente et vigoureuse pour se relever de ses ruines. Bonaparte fut conduit comme en triomphe à l'Hôtel-de- Ville, et l'extrême fatigUe qu'il éprouvait ne le défendit point contre une véritable ovation. Toutes les autorités constituées, tous les citoyens notables se réunirent autour de lui. Pressé d'arriver à Paris , Bonaparte ne put faire à Lyon qu'un séjour extrêmement court; mais de l'un de ses regards d'aigle il saisit la situation, comprit combien cette grande ville avait besoin d'ordre et de repos, et pensa sans doute déjà aux moyens de lui rendre son ancienne splendeur. La journée du 18 brumaire ne se fit pas attendre , elle ne surprit personne : il était impossible que le Directoire se maintînt au pouvoir; sans force morale à l'intérieur , haï des royalistes, suspect aux républicains , méprisé par tous les partis , il devait nécessairement tomber. Exploitée par l'intrigue et par l'agiotage, compromise par l'immoralité profonde des hommes qui la gouvernaient, et déchue du haut rang qu'elle avait occupé, la France désirait ardemment une administration capable et forte. Ce fut dans ces
1. — Arrivée de Bonaparte à Lyon , le 21 vendémiaire an VIII. Elirait du Journal de Lyon et du Midi. Lyon , Rolland , in-8°.
DIRECTOIRE (1795-1799). XVIIIe SIÈCLE. 4065
conjonctures que Bonaparte se présenta. 11 était l'homme de l'époque : une grande illustration militaire environnait son nom ; lui seul pouvait comprimer les partis , refouler l'étranger menaçant, reconstituer l'administration ébranlée, doter la France d'un code , et fermer enfin le gouffre de la Révolution.