‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 59 sur 229 · XVIU0 SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

XVIU0 SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE

« quitté Lyon pendant le siège ; lis le décret , tu peux prononcer « toi-même sur ton sort. — Il est certain, répondit froidement « Mathon , que cette loi m'atteint , et je saurai mourir. » Il périt sur l'échafaud quelques heures après.

§ VI. Mais , malgré le grand nombre des condamnations et des supplices , la Commission de justice populaire faisait couler le sang avec trop de lenteur ; il y avait encore quelque apparence de formes , quoique bien légères , et les prisons ne se vidaient point avec assez de rapidité. Collot-d'Herbois , Fouché, Albitte et Delaporte instituèrent, le 7 frimaire an II, une Commission révolutionnaire composée de sept membres (il n'y en eut jamais que cinq) ; c'est devant elle qu'ils devaient être traduits successivement pour y subir un dernier interrogatoire : « La justice , « dirent les représentants dans leur arrêté , est le plus fort lien « de l'humanité ; son bras terrible doit venger subitement tous « les attentats contre la souveraineté du peuple , et chaque ma- « ment de délai est un outrage à sa toute-puissance. » Us finissaient par ces paroles : « Tous les condamnés seront envoyés « en plein jour , en face du lieu même où les patriotes furent « assassinés , pour y expier sous le feu de-la foudre une vie trop « longtemps criminelle. » Parrein fut nommé président de cet affreux tribunal '. Quelques-uns des juges paraissaient avoir un peu moins de cruauté que les autres; on dit aussi qu'il y avait un peu plus de chances d'acquittement le matin que le soir.

Un des prisonniers , M. Nolhac , a raconté l'interrogatoire que la Commission fit subir à son père et à lui : « C'est le soir que « nous fûmes appelés } dit-il \ mon père me précéda : il avait été

I. — C'était un homme du haute stature , maigre et d'une figure sinistre , que reudait plus étrange encore un chapeau tricorne posé de travers et surchargé de panaches tricolores. Parrein habitait la maison des Médaillons , sur le quai Saint-Clair. Une foule considérable , composée de parents et d'amis des accusés , surtout de femmes , guettait la sortie du président , ou l'attendait à sa porte pour lui présenter des requêtes et des pi ace l s en faveur des coudamués. Parrein était de Paris , aiusi que son collègue Corcliaod. Les trois autres juges étaient Lafaye, né dans les environs de Saint-Etienne; Brtuiière , le plus humain des cinq juges ; et Feroei , ancien ouvrier en soie , jacobin très prononcé.

La Commission révolutionnaire se réunissait deux fois par jour , le matin de neuf heures à midi, et le soir de sept heures à neuf. Un quart-d'heure (en moyenne) suffisait pour interroger et juger sept accusés.

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« introduit dans la salle lorsque j'arrivai à la porte, et un gar- « dien me fouilla soigneusement , pour s'assurer que je ne « portais point quelque instrument offensif. Le jugement de « mon père ne fut pas long : je le vis sortir pâle, la figure « altérée ; mes yeux l'interrogèrent en vain , il fut muet , et c'est « tout au plus si j'eus le temps , avant d'être poussé dans la « salle , de remarquer qu'on ne lui faisait pas prendre la direc- « tion de la cave des condamnés. J'entrai donc , et voici ce qui « se présenta à mes regards :

<c Une longue table , couverte d'un tapis vert , était] placée à « droite pfès de la cheminée ; elle portait un certain nombre de « bougies. Autour de cette table et tournant le dos à la cheminée, « les juges étaient assis; je crois me rappeler qu'ils étaient cinq. « Au milieu d'eux était le citoyen Parrein , homme à la taille « haute, à l'œil farouche. Tous étaient vêtus d'un habit bleu, « coiffés d'un chapeau militaire surmonté d'un panache rouge : « une petite hache, emblème de leurs horribles fonctions , était « suspendue à leur cou par un ruban tricolore. De l'autre côté de « la table était un escabeau sur lequel le prisonnier devait s'as- « seoir ; et à un pas de distance, un rang de soldats , portant l'arme « au bras , formait un demi-cercle derrière lui '. L'interrogatoire « était court , du moins il le fut pour moi : « Assieds-toi , me « fut-il dit d'abord; comment t'appelles-tu? quelle est ta profes- « sion? qu'as-tu fait pendant le siège ? » On dit que, les questions « faites, les juges se regardaient et exprimaient leur opinion en « étendant la main sur la table , pour désigner l'élargissement « ou le renvoi à un plus ample informé ; en portant la main au « front , pour condamner à la fusillade ; en touchant la hache « pendue au cou , pour indiquer la mort par le supplice de la « guillotine. Je ne m'aperçus d'aucun de ces signes, qui fut sans « doute celui de la fusillade. » 2

L'interrogatoire terminé , un guichetier frappait de sa main

1 . — Le greffier était a une îles extrémités de la table ; un secrétaire ( Larue ) écrivait sur une petite table placée en face des juges. L'audience était publique ; une barrière à hauteur d'appui séparait le tribunal des spectateurs , qui se composaient ordinairement de soldats de l'armée révolutionnaire , de délateurs et de jacobins très prononcés.

S — Nolhac Trois années de la Révolution à Ljon , p. 263.

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un coup sur l'épaule du condamné , en lui disant : « Suis-moi. » Tous deux descendaient en silence par le petit escalier tournant qui conduit sous le grand vestibule , et on arrivait aux caves dont le choix , par le geôlier , était fort significatif. A gauche était la bonne cave située sur la place des Terreaux , en regard de la rue Puits-Gaillot : les accusés qu'on y amenait , et qui devaient être examinés de nouveau, étaient d'ordinaire acquittés. C'était adroite, et du côté de la rue Lafont, qu'existait la mauvaise. Rien de plus lugubre que son aspect; une lampe, placée au milieu de la voûte, répandait d'obscures clartés sur les murailles noircies : on ne sortait de ce souterrain que pour mourir.

L'arrêt était quelquefois prononcé du haut du perron aux condamnés rassemblés dans la petite cour de l'Hôtel-de-Ville ; c'était un jugement collectif, que devait suivre une exécution en masse.

On ne prenait plus la peine, depuis le 1 1 octobre , de démonter l'échafaud après le supplice des condamnés. Le domicile de la guillotine n'était plus une arrière-cour de la prison de Roanne , elle demeurait en permanence sur la place des Terreaux; seulement , de temps en temps , le bourreau s'assurait du bon état soit de la bascule , soit des différentes parties de l'horrible appareil, et faisait aiguiser le couteau f : il n'avait de relâche que le décadi. Des charrettes venaient à heures réglées faire leur chargement sur la place de la Comédie , et partaient sous l'escorte de cavaliers armés; elles n'avaient qu'un court trajet à faire. On entassait hommes et femmes sur leurs bancs : soldats de Précy , prêtres , religieux , nobles , négociants , jeunes gens de toutes les professions, marchaient à la mort presque toujours impassibles et comme indifférents à leur sort : quelques-uns causaient et

!• — Jugement de la Commission révolutionnaire , prononcé en présence du peuple , sur la place de la Liberté , le 23 frimaire an 11. Commune-jëffranchie , impr. de Revol , in-fol. ( 44 condamnations à mort ). — Deuxième Tableau des contre-révolutionnaires mis à mort a Commune-Affranchie , en conséquence des jugements rendus par la Commission révolution- Maire , les 16 , 18 , 19 , 20 , 21 , 23 et 25 frimaire an II. Commune-Affranchie r impr. de Rovol, grand in-fol... Huitième et dernier Tableau des contre -révolutionnaires mis à mort à Commune-Affranchie , en conséquence des jugements rendus par la Commission révolutionnaire les 23 , 26 , 27 et 28 ventôse , 2 , 3 , 5 , 16 et 17 germinal an II (au nombre de 100), Comnume affranchie, impr. de ftcvol , très grand in-fol.

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riaient , beaucoup priaient. On vit quelquefois dans le groupe infortuné déjeunes filles, des enfants de dix-huit ans. L'affluence des spectateurs était ordinairement considérable : c'étaient des gens du peuple , des hommes armés de piques , des députés des sections soudoyés pour assister à ce spectacle , des soldats de la garnison à qui l'on avait représenté les condamnés comme des contre-révolutionnaires , irréconciliables ennemis des patriotes. Très souvent des officiers municipaux étaient présents ; un immense hourra s'élevait de la place lorsqu'une tête coupée tombait dans le panier, et des étrangers, ou des jacobins forcenés, s'écriaient : « Vive la nation! » Une mare de sang chaud et fumant couvrait les alentours de l'échafaud, on ne savait où mettre le pied pour l'éviter. La guillotine avait été placée d'abord en face du perron de l'Hôtel -de -Ville, mais le sang n'avait pas d'écoulement : on la transporta à l'autre extrémité de la place , à l'embranchement des rues Saint-Pierre et de la Cage, et un large fossé fut creusé sous l'échafaud.

Toulon fut repris par l'armée républicaine le 9 novembre : cette nouvelle fut célébrée à Lyon par une fête civique et par de nouveaux supplices.

§ VII. Mais la guillotine n'était pas assez expéditive ; elle ne tuait les condamnés qu'un à un, et la journée n'était pas assez longue K Dorfeuille , président de la Commission de justice populaire , organisa une fête civique pour le i 2 frimaire ; il y convoqua les corps constitués , les magistrats , toutes les autorités civiles et militaires : « Je voudrais , disait-il dans ses lettres d'invita- « tion , que ce jour de justice fiit un jour de fête ; j'ai dit jour de « fête, et c'est le mot propre. Quand le crime descend au tom- « beau , l'humanité respire , et c'est la fête de la vertu. » Ce bourreau avait imaginé de faire mitrailler en même temps soixante-quatre condamnés. On alla les chercher à Roanne , et on les conduisit aux Broleaux, dans une plaine en face de la Bibliothèque. Us étaient liés deux à deux ; derrière eux était une grande fosse creusée d'avance pour recevoir les cadavres , devant

1 ■ — Une armée révolutionnaire , créée pour proléger les exécutions et en hâler le cours , arriva le 25 novembre à Lyon ; elle était commandée par Ronsin , et composée de patriotes exaltés pris dans les dernières classes de la société.

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eux trois pièces de canon chargées à mitraille, et à côté d'eux des dragons le sabre en main. Au signal donné, une forte détonation se fît entendre, mais vingt condamnés à peine furent tués sur place ; renversés et mutilés , les quarante - quatre autres poussaient des cris affreux : alors les dragons se précipitèrent sur eux et les achevèrent. Ce fut une horrible boucherie.

Et cependant Fouché en préparait une autre plus terrible encore ; il écrivait à Collot-d'Herbois : « Et nous aussi , mon « ami , nous avons contribué à la prise de Toulon , en portant « répouvante parmi les lâches qui y sont entrés , en offrant à « leurs regards des milliers de cadavres de leurs complices. « Soyons terribles , pour ne pas craindre de devenir faibles ou « cruels ; anéantissons , dans notre colère et d'un seul coup , « tous les rebelles, tous les conspirateurs, tous les traîtres, « pour nous épargner la douleur , le long supplice de les punir « en rois. Exerçons la justice à l'exemple de la nature , ven- « geons-nous en peuple, frappons comme la foudre, et que la « cendre même de nos ennemis disparaisse du sol de la liberté.... « Adieu , mon ami! les larmes de joie coulent de mes yeux ; elles « inondent mon âme.... P. S. Nous n'avons qu'une seule ma- « nière de célébrer la victoire : nous envoyons ce soir deux « cent treize rebelles sous le feu de la foudre. » Fouché se trompait , il n'y en avait que deux cent neuf. On amena ces malheureux , par une froide matinée de décembre , de la prison de Roanne à l'Hôtel- de -Ville , devant la Commission révolutionnaire : ils ne furent pas interrogés , on ne demanda à chacun d'eux que son nom et sa profession; puis on les jeta dans une galerie voisine. Ils furent réunis; on les garrotta, des gendarmes les emmenèrent sur la place des Terreaux , et du haut du perron le président prononça leur condamnation en masse. Aussitôt une escorte de gendarmes à cheval s'empara des condamnés ; des hommes armés de piques accompagnaient le convoi. Mais il y avait un prisonnier de plus : c'était un jacobin prévenu de vol , qui réclama vainement contre l'erreur dont il allait être victime; on le laissa avec les autres. Tous les condamnés, les mains liées derrière le dos , s'acheminèrent aux Broteaux , vers le lieu du supplice ; on les attacha , un à un , à une longue corde qui entourait chaque arbre d'une allée de saules. La mitraille

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n'avait pas assez bien fait son office; neuf cents hommes de troupes de ligne furent placés à quatre pas de distance des Lyonnais, et firent feu en même temps. Des cris horribles répondirent à cette décharge ; beaucoup de condamnés étaient morts sur le coup , mais un plus grand nombre n'étaient que blessés grièvement et demandaient instamment qu'on les achevât : c'est ce que firent les dragons à coups de sabre, et les soldats à coups de baïonnettes. Morts et mourants forent enterrés immédiatement dans une fosse large et profonde. Le surlendemain , un démagogue forcené , Achard , écrivait à Gravier : « Frère et ami , « encore des têtes , chaque jour des têtes tombent ! Quelles « délices tu aurais goûtées si tu eusses vu, avant-hier, cette jus- « tice nationale de deux cent neuf scélérats ! quelle majesté , « quel ton imposant! tout édifiait. Combien de grands criminels « ont , ce jour-là , mordu la poussière dans l'arène des Broteaux ! « Quel ciment pour la République!...» Collot-d'Herbois fit à la Convention l'apologie de cette abominable tuerie : « Une goutte « de sang versée des veines généreuses d'un patriote me retombe « sur le cœur , dit-il , mais je n'ai point de pitié pour les cons- « pirateurs. Nous en avons fait foudroyer deux cents d'un coup, « et on nous en fait un crime ! Ne sait-on pas que c'est encore « une marque de sensibilité ! Lorsqu'on guillotine vingt coupa- « Mes , le dernier meurt vingt fois ; tandis que , ces deux cents « conspirateurs périssant ensemble, la foudre populaire les « frappe , et , semblable à celle du ciel , elle ne laisse que « le néant et les cendres. » De telles paroles peignent une époque.

Il y eut encore d'autres exécutions en masse : soixante -huit condamnés furent fusillés en une seule fois aux Broteaux , et achevés par les dragons du neuvième régiment, dont le colonel s'indigna cependant de l'office affreux dont on chargeait ses soldats. Peu s'en fallut que ses observations ne lui devinssent fatales ; il fut emprisonné , mais son régiment réclama sa liberté avec chaleur. Les assassinats que je viens de raconter étaient commis sous la protection d'une armée révolutionnaire qui était entrée dans Lyon tout exprès pour assurer l'exécution de ces meurtres : cette troupe indisciplinée vivait fort mal avec les dragons : il y avait fréquemment des collisions entre eux. ^

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On n'enterrait plus depuis longtemps les suppliciés au cimetière , il n'aurait pas suffi : des fosses étaient creusées ça et là aur les lieux divers des exécutions ; bientôt après on eut recours au procédé plus expéditif de jeter les cadavres dans le Rhône. Mais les eaux du fleuve déposaient en grand nombre des corps putréfiés sur leurs bords; les populations riveraines se plaignirent. *

Ainsi la guillotine, la fusillade et les canons chargés à mitraille étaient employés à la fois ou simultanément pour l'exécution des condamnés : quand la Commission révolutionnaire fut dissoute , elle avait fait périr seize cent quatre-vingt-quatre accusés. -

Tous ne montèrent point sur l'échafaud ; quelques-uns échappèrent par un accident singulier, dont j'emprunterai encore le

1. — Rapport et compte géuéral présenté à l'administration du Rhône par les commissaires aux inhumations , le 9 pluviôse an II. Elal de tous les lieux , dans la ville ou aux environs, où des cadavres ont été trouvés et euterrés ; précautious prises pour la salubrité. Voici les articles qui concernent les Broteaux : 1° Un fusse se dirigeant de la maison Bertrand vers le Rhône : 64 rebelles frappés par la loi , recouverts seulement par une légère couche de terre. Ou a réparé cet endroit à la chaux ; on a chargé le terrain et pratiqué de petites digues recouvertes en terre glaise, pour empêcher la submersion de ce travail par les eaux du Rbône. 2° Deux fosses de 209 rebelles, frappés le 15 frimaire : on n'y avait pas jeté une quantité suffisante de chaux ; ces défauts ont été réparés par un lait de chaux abondant. 3° Plusieurs fosses ouvertes depuis le 15 frimaire : on les a creusées à six pieds de profondeur, jusqu'à la rencontre de l'eau. On a jeté la chaux abondamment dans chaque fosse ; les corps sont recouverts au moins de cinq pieds de terre. Il ne peut y avoir aucun sujet de crainte. 4* Boyau de la Part-Dieu. On estime qu'il peut y avoir eu, pendant le siège, de 80 à 90 individus inhumés dans cet endroit , très distants les uns des autres , et recouverts au moins de cinq pieds de terre. 5° Cadavres épars : on en a trouvé une quinzaine sur cinq points différents. Plusieurs de ces corps répandaient de Pudeur ; on a traité a la chaux ceux de ces cadavres qui exigeaient quelques précautions. Ces travaux ont été faits par la brigade des démolitions ; les commissaires se sont pourvus d'acide marin oxigéné.

2. — Le nombre des victimes des fureurs révolutionnaires , à Lyon , a été porté à trenteun mille deux cents , y compris les combattants pendant te siège. Prudhomme ajoute a ce chiffre huit cents personnes mortes par des causes diverses : la frayeur, le suicide , des accidents , etc. M. de Chateaubriand adopte ces évaluations (Préface des Etudes historiques). « Elles sont exagérées , même eu y comprenant , dit M. Péricaud , les soldats qui périrent « de part et d'autre sur le champ de bataille pendant le siège , et ceux qui mourureut des « suites de leurs blessures. Il a été reconnu , par la Commission du monument élevé aux « victimes de Lyon , que le nombre de ces victimes , depuis le 29 mai jusqu'au 9 thermidor, « n'a p.itf dépassé six mille individus. » (Tablettes chronologiques , 1793, LXXV.)

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récit à M. Nolhac K Cet événement eut beaucoup de retentissement : « Quelques-uns des prisonniers , moins peut-être dans « l'intention arrêtée de chercher un autre moyen d'échapper à « la mort qu'ils allaient subir le lendemain , que poussés par ce « besoin de mouvement qui tourmente le malheureux près de sa « fin, eurent la pensée de visiter un autre caveau, pareil à peu « près à celui où nous étions et qui communiquait avec la prince cipale cave ; ils y trouvèrent une porte fermée et barricadée « au dehors : elle ouvrait dans la direction de la face latérale de « THôtel-de-ViUe , du côté de la rue Lafont , et l'idée leur vint « que peut-être elle conduisait à une petite galerie qui pouvait « avoir son issue sur la petite cour du côté de la place du « Théâtre. Mais comment faire? ils n'avaient point d'instru- « ments , pas même de couteaux....; d'ailleurs, les gardiens « venaient plusieurs fois dans la cave ; ils nous comptaient , en « nous disant : « Demain , mes amis , vous sortirez tous ; » et si « l'on avait fait le moindre bruit, ils seraient accourus à l'ins- « tant. Le bonheur voulut que la porte ne fàt fermée en dehors « qu'avec des barres fixées par des cordes : on essaya d'en brû- « 1er les bouts pendant qu'un observateur avait l'œil sur l'arrivée « des geôliers , pour donner le signal de la cessation des tra- « vaux. Peu à peu la porte fut ébranlée , elle céda et donna « entrée dans une suite de caves , de longs couloirs qui , fina- « lement , conduisaient à une dernière porte sur la petite cour « dont je viens de parler. Il fut facile de voir que cette porte « ne ferait pas une invincible résistance... : l'espérance vint donc « au cœur de nos prisonniers arrivés à ce point. Mais il était « nuit : en sortant pendant l'obscurité , ils auraient nécessaire- « ment manifesté au factionnaire de cette entrée de l'Hôtel-de-

t. — On avait enfermé soixante-douze prisonniers dans la mauvaise cave , le 13 frimaire ( 8 décembre ) ; ces malheureux devaient être fusiller le surlendemain ( le lendemain était uu décadi, jour de repos pour les bourreaux). Ce furent les condamnés Victor Gajet , Félissent, Labarte , Besson , et Porral , homme énergique et prompt à se déterminer , qui eurent l'idée de l'évasion. Au-dessous des deux ailes de l'Hôtel-de-Ville , sur les rues Lafont et Puits* Caillot, règne, de l'un et de l'autre côté , un long souterrain divisé en voûtes diverses qui forment autant de caveaux particuliers , séparés par des cloisons , mais s'ouvranl des uns aux 'autres. C'est sur cette donnée que le projet de fuite fut établi.

Récit de l'évasion de la mauvaise cave , par le citoyen Félissent. (Journal de Lyon et du Midi, u° 42; 23 ventôse an X, p. 331.)

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« Ville, du côté du théâtre, qu'ils étaient des fugitifs, et leurs « peines étaient perdues. Ils forent assez sages , assez patients « pour attendre le jour, et ils rentrèrent dans la cave; puis, « aussitôt que l'aurore eut amené quelque mouvement dans la « rue , ils sortirent un à un , après avoir laissé dans la prison « ce qui pouvait les faire connaître pour ce qu'ils étaient , et ils « passèrent devant le factionnaire , qui , n'ayant reçu aucune « consigne relativement à la porte de la petite cour , ne s'en « inquiéta point '. » Quinze détenus s'évadèrent; un oubli de la part du dernier , ou trop de précipitation de la part de ceux qui restaient, ne permit pas que le nombre des fugitifs fût plus considérable. Avertis par le bruit , les geôliers donnèrent l'alarme ; le poste courut aux armes , on fît de toutes parts d'exactes perquisitions et des visites domiciliaires. Quatre condamnés furent repris dans la journée; après d'immenses périls, les onze autres parvinrent à se dérober a toutes les recherches : cinquante malheureux étaient demeurés dans la cave , on les fusilla le lendemain; M. Nolhac, leur compagnon d'infortune , avait été mis en liberté.

Tant de sang répandu , sans qu'il fût possible d'entrevoir le terme des exécutions , excita enfin l'indignation des républicains modérés ; ils se comptèrent, s'encouragèrent, et arrêtèrent qu'une députation irait dénoncer à la Convention les atrocités commises par Fouché et par Collot-d'Herbois , et solliciter la fin des massacres. Elle partit le 20 décembre , et arriva à Paris au moment où on y célébrait la fête de Chalier : le moment était mal choisi. Admis à une séance de l'Assemblée , l'orateur de la députation, le citoyen Changeux, obtint la parole; il raconta en termes énergiques les horreurs dont Lyon était le théâtre , les exécutions en masse , la terreur de tous les citoyens : « Pères de la patrie , « dit-il en terminant, écoutez une ville humiliée et repentante, « qui , courbée devant la majesté du peuple , lui demande grâce ,

1. — Nolhac, Trois années de la Révolution à Lyon , p. $76. — Commission temporaire de surveillance républicaine établie à Commune-Affranchie. — Circulaire à tous les départements et à tous les districts de la République , contenant les noms et le signalement des^ quinze scélérats échappés des prisons de la Maison -Commune , le SI frimaire an IL Cornmime- 4 /franchie , impr. républicaine, in -fol.

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« non pour le crime , car ses auteurs et ses agents ne sont plus , « mais grâce pour le repentir sincère , pour la faiblesse égarée ; « grâce même pour l'innocence méconnue , pour le patriote « impatient de réparer ses erreurs '. » Ce langage produisit une grande impression sur la Convention , qui renvoya la demande des députés lyonnais à l'examen des Comités de sûreté générale et de salut public. Mais le moment de la commisération n'était pas yenu encore : le lendemain , Collot-d'Herbois , parti en même temps que les députés , raconta la situation de Lyon à sa manière, justifia tout ce qui s'était fait, dit qu'il fallait contenir les conspirateurs du Midi par l'exemple du châtiment qu'on infligeait aux contre-révolutionnaires lyonnais, et finit en déclarant qu'une justice rigoureuse ainsi que la terreur devaient être en permanence , et que la sévérité la plus inflexible était aussi la plus salutaire. Son triomphe fut complet; la Convention approuva toutes les mesures qui avaient été prises à Commune-Affranchie. Collot-d'Herbois n'eut pas moins de succès au club des jacobins ; Lyon dut se résigner à de nouvelles horreurs.

Trente-deux citoyens de Moulins, accusés d'avoir pris part à ce qu'on appelait la conspiration des Lyonnais , furent transférés de leur ville dans la prison de Roanne; ils y arrivèrent accompagnés d'une recommandation spéciale du Comité central de surveillance de l'Allier. Elle fut écoutée : ces malheureux furent conduits à la guillotine le jour même de leur arrivée à Lyon ; il n'y eut ni jugement , ni interrogatoire. 2

1. — Le peuple de Ville - Affranchie à la Convention nationale. Signé : Cbangeux , Brillât, Cbochat, Prost et Pelletier. — Pétition à la Convention nationale, le 17 ventôse an III, par lei citoyeus Changeur, Dutel et Matrat. Paris, 1793, in-8°. —Réponse de J.-M. Collot-d'Herbois , représentant du peuple , à la pétition des Lyonnais , imprimée par ordre de la Convention nationale , du 17 ventôse an III. Epigraphe : « Les pièces « dont nous sommes porteurs achèveront de convaincre la France entière que Colloi- « d'Herbois fut l'ennemi le plus cruel de la vertu et de l'humanité. Son instruction, adressée - aux autorités sanguinaires qu'il avait créées et que voici , suffirait pour l'envoyer à l'écha - « faud. » Paris , impr. nationale, in-8°.

S. — Dénonciation à la Convention nationale de l'assassinat commis à Lyon sur trentedeux citoyens de Moulins , le 1 1 nivôse de l'an II , et Mémoire en faveur de leurs veuves et orphelins. Paris, Dupont, in-8°. — Notice pour les veuves et orphelins de trente -deux citoyens de Moulins , assassinés, à Lyon, par la commission de Collot-d'Herbois et Fouclié, le Il nivôse an H ; in-i°.

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Assurée du concours et des sympathies de la Convention , la Commission temporaire recommença les visites domiciliaires et leur donna même une activité nouvelle : chaque jour la guillotine dévorait un grand nombre de victimes , et les fusillades n'avaient pas cessé. La terreur était à Tordre du jour : partout des postes, des piquets d'infanterie; toujours des arrestations nombreuses; les prisons ne cessaient de se vider et de se remplir. Des canons chargés à mitraille étaient braqués sur les places Bellecour et des Terreaux ; on eût dit qu'une contre-révolution était imminente. Ceux qu'on recherchait avec le plus d'activité , c'étaient les fonctionnaires civils et militaires de tous les ordres pendant le siège; c'étaient encore les ci-devant nobles et les prêtres, les négociants riches, les étrangers sans passeports. Chaque section avait son comité révolutionnaire en permanence; tous les quartiers de la ville , toutes les maisons , et dans chacune tous les appartements jusqu'à la plus humble demeure , étaient soumis à d'incessantes perquisitions : pas un Lyonnais n'aurait osé se flatter de conserver sa liberté et sa vie pendant vingtquatre heures. Ainsi finit cette horrible année.

§ VIII. L'année 1794 commença sous des auspices un peu moins sinistres ; il y eut encore beaucoup d'emprisonnements et d'exécutions au mois de janvier, mais on remarqua une proportion plus grande d'acquittements et quelques traces de commisération chez les juges. Une mesure dont il faut leur tenir compte , c'est le soin qu'ils prirent de protéger contre les passions politiques ceux dont ils avaient ordonné la mise en liberté. Si la dénonciation était toujours érigée en vertu , ses conséquences n'étaient plus aussi funestes. Le 7 janvier, l'évêque constitutionnel Adrien Lamourette était conduit à l'échafaud; il mourut avec calme et résignation , après avoir rétracté ses erreurs et déploré ses fautes '. Un arrêté des représentants du peuple en

1. — Jugement du tribunal révolutionnaire de Paris, qui condamne à la peine de mort Adrien Lamourette , évéque de Lyon et du département du Rhône , convaincu d'être complice d'une conspiration qui a existé contre la souveraineté du peuple français , l'unité et l'indivisibilité de la République , et d'un complot qui a existé à Commune-Affranchie , tendant a dissoudre la représentation nationale , à rétablir la royauté en France , etc.* Commime- A /franchie, imprimerie républicaine , place du Temple de la Raison, in- fol.

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mission à Commune-Affranchie réduisit , peu de temps après , à neuf les trente-deux comités révolutionnaires lyonnais. Aucun adoucissement n'avait été apporté aux poursuites contre les prêtres réfractaires; plusieurs de ces dignes ecclésiastiques, dont une loi tyrannique violentait la conscience , furent conduits à la mort pendant les mois de janvier et de février. Des fêtes civiques étaient un des principaux moyens qu'employaient le» hommes politiques de cette époque pour régénérer l'esprit public; celle de l'Egalité fut célébrée le décadi 20 ventôse (10 mars) aux Broteaux, sur le champ même où tant de Lyonnais avaient été fusillés et ensevelis. Un tertre s'élevait au milieu delà plaine, et supportait une statue colossale de la Liberté. Tous les corps constitués , tous les fonctionnaires militaires et civils , les deux bourreaux et les membres de la Commission temporaire et de la Commission révolutionnaire, accompagnés d'une affluence immense de peuple , partirent de la chaussée Perrache à neuf heures et demie du matin, précédés par un escadron de cavalerie, par de nombreux détachements de la garnison , et accompagnés par un corps de musiciens qui exécutaient des symphonies et chantaient des hymnes patriotiques. Des bandes de sans -culottes portaient triomphalement la table des droits de l'homme , les bustes de Chalier , de Marat , de Brutus , etc. , et les emblèmes de l'égalité ; venaient ensuite des groupes d'enfants, d'ouvriers , de vieillards et d'infirmes. Telle était l'affluence de la population, que, depuis l'allée de Perrache jusqu'à la montagne , la marche dura quatre heures; une foule épaisse de spectateurs bordait les deux côtés du quai du Rhône. Dorfeuille prononça un discours patriotique : « Ils ont disparu , dit-il , ces monstres coalisés avec le trône et « l'autel, ces monstres qui voulaient, sous le nom de fédéralisme « et de politique , républicaniser l'esclavage et la royauté ! Ils « ont disparu comme la poussière que le vent balaie; ils ont « disparu , et le peuple a dit : « Plus de rois , plus de prêtres , « plus d'esclaves; » et les couronnes, les mitres et les chaînes « ont été brisées , et l'humanité respire , et la liberté triomphe , « et l'égalité commence '. » Dorfeuille proclama l'abolition de

t . — Journal républicain des deux départements du Rhône el de la Loire , u«» $9 , 3-1 et 37. ( Revue du Lyonnais, 1 , 270. )

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l'esclavage; aussitôt des nègres enchaînés virent tomber leurs fers. Un autre discours fut prononcé par le chef de l'armée révolutionnaire , et un banquet civique termina cette solennité.

La Raison avait été érigée en divinité , et l'église de Saint-Jean était devenue son temple; si moins de sang coulait sur F échafaud, il y avait une recrudescence d'impiété ». Le Directoire du département du Rhône rendit un arrêté qui prescrivait l'anéantissement immédiat de tous les signes du fanatisme et de la superstition, tant extérieurs qu'intérieurs; les municipalités étaient invitées à leur substituer les emblèmes de la Raison et de la Liberté, seules divinités des peuples libres. Il recommandait aux citoyennes qui avaient des joyaux ou des bijoux en forme de croix de les échanger contre des médailles républicaines , et ordonnait aux conseils généraux des communes dont le nom était celui d'un saint , ou des villes dont les rues se trouvaient dans le même cas, de s'assembler sans délai pour changer ces noms en d'autres conformes à la Révolution. « Enfin , disait l'article 5 , tous les métaux seront arrachés des églises , pour être transformés en armes destructives des ennemis de la France. L'or et l'argent desdites églises sera transporté au chef-lieu du district, pour de là passer au creuset du bon sens et faire de nouveaux

1. — Les citoyennes de Viile-Affraucbie , aux représentants du peuple à Ville- Affranchie , le jour de l'inauguration du temple de la Raison (Saint-Jean) ; décadi , frimaire an II ; in -4°.

« Cette pièce , dit M. Gonon, est la seule , à notre connaissance , qui porte la date du jour « où l'église de Saint-Jean fut consacrée à la plus uoble faculté de l'homme , à la raison. » (Bibliogr. , 518). — Hymne patriotique sur la fête de la Raison , adressé à la Société populaire de Commune-Affranchie par un sans-culotte républicain. Commnne- affranchie , impr. de L. Cntty, in-8». — Discours fait et prononcé par le citoyen Monvel , dans la section de la Montagne , le jour de la fêle de la Raison... Commune affranchie , imprim. de lu Commission temporaire, rue Chalier, in-8°. — Les représentants du peuple (Foucbé , Delaporle, Meaulle), l«r,pluviose an II, in-fol. Par cet arrêté , les représentants suspendaient l'exécution de tous les projets de fêle proposés pour rendre un culte à la raison , « jusqu'à ce que tous les « rebelles et tous les impies qui l'ont outragée , qui l'ont eusauglantée , aient expié leurs m crimes, jusqu'à ce que les prisons en soient entièrement purgées... »— Proclamation des représentants du peuple, etc., du 17 germinal an II. Commune - affranchie , impr. répullieaine, in-fol. (Les représentants annoncent que, cédant aux vœux des citoyens, ils vont s'occuper du soin de fixer l'époque de celle fête de la Raison , depuis si longtemps désirée. — Discours prononcée la Société populaire des jacobins sans-culottes de la commune de Bonnefoi (Sainte-Foy) ; décadi , 20 pluviôse , l'an second de la République démocratique, une, indivisible et indestructible , à la fête de l'inauguration du temple de la Raison. Commit ne - Affranchie , impr, de Destéfanis , in-8°.

VILLE -AFFRANCHIE. AN 111 (1794). XVIIIe SIÈCLE. J043

miracles à la trésorerie nationale 1. » Voilà ce qu'étaitjdevenue, entre les mains révolutionnaires , l'antique métropole des Gaules, la terre des martyrs , la plus religieuse des villes du sol français ! La dissolution de la Commission temporaire fut prononcée le 10 germinal, et celle de l'armée révolutionnaire suivit bientôt. Fouché fut rappelé par la Convention , qui lui demanda compte de sa conduite : l'astucieux représentant défendit ses actes dans un long plaidoyer qui éludait toutes les questions. Jamais sa parole n'avait été plus entortillée : il disait, en substance, qu'il s'était inspiré de la politique de la Convention. Robespierre avait renversé Danton et la Commune , il venait d'envoyer Hébert à l'échafaud ; Fouché ne lui inspirait pas d'inquiétudes , il l'épargna et s'en repentit. Plus libre dans son action , il revenait à des idées gouvernementales et reconnaissait , dans une fête pompeuse , au nom du peuple français , l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme. Cette solennité fut célébrée, le 8 juin, dans l'église de Saint-Jean : on voyait , au lieu qu'avait occupé le maître-autel , la statue colossale du peuple . français , entre celles de la Liberté et de l'Egalité , par Hennequin et Chinard. Toute la basilique était ornée d'emblèmes; on avait pavoisé les rues qui y conduisaient. Des groupes séparés de jeunes filles, de jeunes garçons , de jeunes femmes , de jeunes hommes et de vieillards, tenant aux mains des couronnes de chêne, précédaient les représentants du peuple, et le cortège marchait au bruit des salves d'artillerie ; des chœurs de musiciens chantaient des hymnes. On arriva sur la place Bellecour , au milieu de laquelle s'élevait un vaste amphithéâtre décoré des figures allégoriques de l'Egoïsme , de l'Athéisme et de la Discorde. Plusieurs orateurs prononcèrent des discours, puis un représentant du peuple mit le feu aux figures symboliques , et l'image de la Raison apparut radieuse. Aussitôt des chants républicains se firent entendre; l'hymne composé par Chénier leur succéda.

1. — Etat de l'argenterie provenant des ci-devant églises des communes de l'arrondissement du district de la campagne , de celle de Commune-Affranchie et de ses faubourgs, de divers dons et séquestres ; déposée à l'administration, et par elle remise â la Commission du dépôt central , à l'hôtel des Monnaies de Commune-Affranchie , en vertu d'un arrêté des représentants du peuple , du 5 floréal au H. Commune- A (franchie , imprim. de fkstéfanis , grand in-fol.

Cette première partie du programme terminée , le cortège reprit sa marche : on y remarquait un char triomphal traîné par des taureaux , et paré de trophées formés d'instruments aratoires et des outils propres à divers métiers.

Célébrée sur divers points de la France , mais avec plus de pompe et de solennité à Paris que dans toute autre ville, la fête de la reconnaissance de l'Etre suprême ébranla le crédit de Robespierre; elle excita les railleries et la jalousie de plusieurs membres du Comité de sûreté générale. Us voyaient leur collègue travaillant à se faire le chef de la République , après avoir détruit tous ses rivaux. Appuyé par les classes inférieures dont il était l'expression et l'idole , puissamment soutenu par la force armée de Paris , et souverain aux jacobins, Robespierre, pour saisir le pouvpir , n'avait plus qu'un pas à faire et quelques montagnards à écarter. Il s'en occupait; mais un danger commun rallia ses ennemis du Comité : ils se concertèrent , et préparèrent les moyens de renverser le tyran qui méditait leur ruine. Une grande lutte s'annonça : d'une part , Robespierre , Couthon , Saint- Just, le maire Fleuriot, l'agent national Payan, Henriot, et le vice -président Coffinhal; de l'autre, Audoin, Léonard Bourdon , Billaud - Varennes , Vadier , Vouland , Cambon , Tallien , et ce qui restait des dantonistes. Robespierre engagea l'attaque le 8 thermidor; son discours fut envoyé à l'examen des comités : c'était une révolution. Tous les partis , dans la Convention, s'allièreni le 9 thermidor contre les triumvirs : Couthon , Saint -Just et Robespierre succombèrent; ils furent décrétés d'accusation par la Convention : elle triomphait; mais la Commune de Paris, insurgée et soutenue par la Société des jacobins, faillit ressaisir la victoire. Henriot donna Tordre à ses canonniers de tirer sur la Convention ; ils n'obéirent point : abandonnée par les sections , la municipalité, un moment victorieuse à son tour , se vit privée de moyens de défense et d'attaque. Robespierre fut conduit à l'échafaud le 10 thermidor, placé entré Henriot et Couthon; le règne de la Terreur finit , et la France respira.

Lyon ressentit bientôt le contre-coup des journées de thermidor; déjà Reverchon, successeur de Fouché, avait proclamé un changement de système aux Lyonnais, et annoncé que la justice révolutionnaire aurait bientôt terminé son cours: c'était la

VILLE- AFFRANCHIE. AN III (1794). XVIIIe SIÈCLE 1045

vérité. La Convention amnistia la ville de Lyon, et lui permit de quitter le nom de Commune-Affranchie >. La Commission révolutionnaire avait cessé ses fonctions le 1 7 germinal an H. *

i. — Décret de la Convention nationale , du 16 vendémaire an III de la République , portant que Commune-Affranchie reprendra ton ancien nom de Lyon, et qu'elle n'est plus en état de rébellion. Paris, imprim. nationale , in-4#. Un arrêté du district de la campagne de Commune-Affranchie , du 22 vendémiaire , rétablit l'ancienne dénomination de ce district.

Voici les trois premiers articles du décret de la Convention , proclamé à Lyon par les représentants Charlier et Pocholle : « Art. i«r. Commune- Affranchie reprendra son ancien nom de Lyon ; elle n'est plus en état de rébellion et de siège. — Arl. 2. L'article 5 du décret du 21 vendémiaire , qui ordonne l'élévation d'une colonne portant ces mots : « Lyon fit la guerre à la Liberté , Lyon n'est plus , » est rapporté. — Arl. 3. La confiscation prononcée par l'article 1er du décret du 25 pluviôse n'aura lieu que pour les objets d'équipement déjà confectionnés , d'armement et de munitious de guerre. » — Décret de la Convention nationale qui rapporte les dispositions pénales des lois et arrêtés relatifs à la rébellion de la commune de Lyon , du 14 pluviôse an III de la République française , une et indivisible.

2. — Arrêté de la Commission révolutionnaire établie à Commune -Affranchie par les représentants du peuple , pour y frapper du glaive de la justice les auteurs , fauteurs , adbéreuts et complices de l'infâme rébellion de la ville ci-devant Lyon , comme pour briser les fers de l'innocence; du 17 germinal an II de la Républiqne française, une et indivisible. Signé : Parrein , président; Lafaye , Brunière, Fernex et Corchand. Commune-4 ffranchie , imprim. républicaine , place de la Comédie , iti-fol. :

« Considérant qu'après avoir livré à la mort 1682 coupables , et rendu à la liberté 1684 innocents , victimes de l'égarement ou des vengeances particulières ; condamné à la détention 162 individus suspectés d'avoir pris part à la révolte , de l'avoir favorisée en l'alimentant par leurs discours inciviques... , il ne reste plus dans les prisons de Commune-Affranchie ni coupable qui appelle sur sa tête le glaive de la loi , ni victimes innocentes à rendre à la liberté , arrête la clôture de ses séances... »

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