‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 66 sur 229 · U06 XIX6 SIÈCLE. — LYON SOUS NAPOLÉON · texte numérisé non relu

U06 XIX6 SIÈCLE. — LYON SOUS NAPOLÉON

« dans le Rhône , et deux fois la religion est sortie de cette « semence sacrée. Le Génie du Christianisme est donc ici dans « sa véritable patrie. Mais, en vous faisant l'hommage de mon « livre , je n'ignore pas , Messieurs , que je l'expose à une dan- « gereuse épreuve; car, plus vous êtes persuadés de l'impor- « tance du culte de nos pères , plus vous sentirez combien je « suis demeuré au-dessous de mon sujet. J'ai l'honneur d'être , « Messieurs , avec la plus haute considération, votre très humble « et très obéissant serviteur , Chateaubriand. »

Après avoir lu cette lettre, Bérenger proposa de nommer, séance tenante , M. de Chateaubriand membre associé de l'Académie, quoique le grand écrivain n'eût pas demandé cette distinction. L'infraction à une disposition expresse du règlement était formelle , mais une exception si bien motivée ne préjugeait rien pour l'avenir. M. de Chateaubriand fut nommé associé de l'Académie , après une discussion qui présenta ses titres magnifiques dans tout leur jour.

Deux années plus tard, le 12 avril'1805, une députation de l'Académie fat présentée à Napoléon; Bérenger adressa un discours et complimenta en vers l'impératrice Joséphine. Napoléon s'informa de l'organisation et des travaux de la Compagnie , et parut prendre intérêt aux réponses qu'il reçut. Il s'entretint assez longtemps avec les académiciens ; Laurencin appela beaucoup son attention sur l'avenir de la presqu'île Perrache. Un grand dignitaire de l'Empire , Lebrun , assista à la séance du 20 décembre 1809 ; Bérenger le complimenta en vers et en prose. Eynard lut un rapport sur les inventions industrielles qui avaient obtenu le prix utile fondé par le prince , auquel il présenta les hommes qui avaient obtenu cette distinction : c'étaient Jacquard, Breton, Colas et le teinturier Gonin.

A l'histoire littéraire de Lyon sous le Consulat et sous l'Empire il convient de rattacher les noms de quelques écrivains , enfants de la cité ou membres de l'Académie , qui ont parcouru à Paris leur honorable carrière ; Lyon ne les a point perdus de vue , et s'est toujours intéressé à leur gloire. Un d'eux , Pierre- Simon Bailanche, que les lettres ont récemment perdu, a pris un rang distingué parmi les écrivains contemporains ; homme de

BELLES-LETTRES. DUGAS-MONTBEL, DEGÉRANDO. — XIXe SIÈCLE. 1107

goût et penseur profond , il unit à une imagination élevée un talent de style fort remarquable. !

Profond érudit et travailleur infatigable, Dugas-Montbel avait appris tard la langue latine ; ce n'est qu'à trente ans qu'il commença l'étude du grec. Sa passion pour cette langue la lui rendit bientôt familière ; il devint habile helléniste , et consacra désormais sa vie à l'interprétation et à la traduction d'Homère : un grand succès couronna ses efforts. Dugas s'occupait des tragiques grecs , et surtout d'Eschyle , lorsqu'il mourut dans un âge peu avancé. Il légua sa riche bibliothèque à la ville de Saint- Chamond, qui lui avait donné le jour. L'Académie de Lyon écoutait avec un vif intérêt Dugas-Montbel lorsqu'il assistait à ses séances ; elle possède quelques-uns des manuscrits du savant helléniste. *

C'est également à Paris que Joseph -Marie Degérando a parcouru sa longue et utile carrière. Né à Lyon en 1772 , élevé par les Oratoriens de cette ville , soldat pendant le siège , condamné à mort après la prise de la ville , et sauvé comme par miracle , Degérando visita la Suisse et l'Italie. Lié d'une étroite amitié avec Camille Jordan , il fut soldat sous le Directoire , et obtint avec éclat le prix que l'Institut avait mis au concours sur cette question : Quelle a été l'influence des signes sur la formation de la pensée. Dès ce moment Degérando prit rang parmi les philosophes. Peu d'années après , il entra dans l'administration , s'occupa beaucoup des établissements publics , devint conseiller d'Etat , et lut un grand nombre de mémoires estimés dans les

1. — Balunche (Pierre-Simon) , né à Lyon en 1776; morl à Paris le là juin 1847. Du sentiment considéré dans ses rapports avec la littérature et les arts. Lyon, Ballancke et Barret, 1811 , in-8°. — Anligone. Parts, Didot aîné, 1814, in-8°. — Essai sur les institutions sociales dans leurs rapports avec les idées nouvelles. Paris , Didot aine, 1818, in-8°. — L'Homme sans nom. Ports , Didot aine , 1820 , in-8°. — Œuvres de M. Batlauche , de l'Académie de Lyon. Parts , 1830, in-8°.

2. — Douas-Mohtbel (Jean -Baptiste). Eloge de J.-J. de Boissieu. Lyon , 1810 , in-8°. — L'Iliade d'Homère. Paris, 1815, 4 vol. in-8°. — L'Odyssée. Parts, 1818,8 vol. iu-8°. — Œuvres d'Homère , deuxième édition , avec le texte grec et des observations. Paris ,

1818-1823 9 vol. in-S°. De l'influence des lois sur les mœurs et des mœurs sur les lois.

Saint-Etienne, 1830 , in-8°.

Eloge historique de Dugas-Montbel , par J.-B. Dumas. Lyon , 1835 , in-8°.

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diverses sociétés ou institutions auxquelles il appartenait, soit comme administrateur , soit comme savant. L'Académie de Lyon couronna, en 1820, son Visiteur du pauvre : elle s'honorait dte le compter parmi ses associés. Degérando a mis le sceau à sa réputation par la publication de son grand ouvrage sur la bienfait sance publique. 1

Un autre Lyonnais , membre correspondant de l'Académie , Pierre-Edouard Lémontey, avait été d'abord avocat: il défendit, en 1787 et en 1789 , les droits politiques des protestants , et obtint bientôt un rang distingué parmi les publicistes. Député successivement aux Etats généraux et à l'Assemblée législative, il se montra toujours ami de l'ordre et d'une sage liberté : administrateur du District à Lyon de 1795 à 1797 , il se rendit à Paris, s'y établit, et ne s'occupa plus que de littérature,* Son ouvrage intitulé Raison , Folie , petit Cours de morale mis à la portée des vieux enfante, eut en 4801 beaucoup de succès, et le méritait. Lémontey avait un esprit fifc, un style piquant, un caractère flexible ; un de ses ouvrages les meilleurs est l'Essai sur l'établissement monarchique de Louis XIV. L'Histoire de lu Régence ne parut qu'après sa mort. *

Comme lui membre correspondant de l'Académie, Pierre- Toussaint Decbazelle avait un goût éclairé pour les arts , et était devenu habile dans le dessin ; il excellait à peindre les fleurs , et rendit par son talent en ce genre de grands services à la fabrique des étoffes de soie à Lyon. Il devint membre de la

4. —Voici l'indication des principaux ouvrages de Joseph-Marie DegEeahdo t Des Signes et de l'art de penser , considérés daus leurs rapports mutuels. Paris, Goujon fils, 1800 , 2 [vol. in-8°. — Vie du général Cafarelli Dufalga. Parié , 1802 , in-8#. — Eloge de Dumarsais. Paris , 1805 , in-8°. — Le Visiteur du Pauvre. Paru, 1820, in-8° ; troisième édition. Paris, Renotiard , 1826 , in- 8°. —Histoire comparée des systèmes de philosophie ; seconde édition. Paris , A. Emery, 1822, 4 vol. in-8° ( la première édition a paru en 1804). — Du Perfectionnement moral ou de l'éducation de soi-même; seconde édition. Paris, J- A. Reuouard ,

1826, 2 vol. in-8°.— De l'Education des sourds-muets de uaissance. Paris , Méguignon ,

1827, 2 vol. in-8?. — Qistoire de la bienfaisance publique. Paris , 1839 , 4 vol. in-8". L'Acadéawe de Lyon a mis au concours , en 1844, l'éloge de Degéraudo*

2. — Lémontey {Pierre-Edouard) , né à Lyon en 1762. Œuvres complètes. Paris , 18*9 , 5 vol. in-8°.

SCIENCES MÉDICALES. PETIT , SAINTE -MAA1B. XIXe SIÈCLE. 1109

Chambre de commerce, et se livra avec beaucoup d'ardeur à la publication d'un grand ouvrage sur l'histoire des arts. {

Quelques Lyonnais se firent, sous Napoléon, une grande renommée dans les sciences ; ils ont contribué à la gloire de la ville qui les a vus naître.

L'institution du concours pour la place de chirurgien en chef des Hôpitaux de Lyon a donné beaucoup d'essor à l'étude de la chirurgie ; Pouteau eut de dignes successeurs. Un des plus distingués fut Marc -Antoine Petit, homme du monde , poète, opérateur habile , mort correspondant de l'Institut : il a peu contribué aux progrès de son art ; mais , comme praticien , peu de chirurgiens ont eu des succès aussi brillants. 11 parlait avec une grande élégance, et était toujours fort remarqué aux séances publiques de l'Académie2. Son digne émule, Charles -Louis Dumas, élève des Pères de l'Oratoire de Lyon, avait une instruction médicale profonde et un véritable talent comme écrivain. C'est à Montpellier qu'il devait parcourir sa brillante carrière; il fut néanmoins, durant quelques années, médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon, puis, après le siège de cette ville, médecin militaire. Dumas obtint, en 1795, la chaire d'anatomie de la Faculté de médecine de Montpellier, et devint successivement professeur d'histoire et de bibliographie médicale , professeur de clinique interne , recteur de l'Académie de Montpellier et conseiller de l'Université 3. Ami de Dumas et de Petit, Etienne

1. — Dechazelle (Pierre-Toussaint). Tableau des progrès et de la décadence de la statuaire et de la peinture antique au sein des révolutions qui ont agité la Grèce et l'Italie. Lyon et Paris , 1834, 4 vol. in- 8°. — Hommage rendu à la mémoire de J.-J. de Boissieu. Lyon , 1810, in-8«.

Dechazelle obtint la mention honorable au concours ouvert par l'Iustitut sur cette question : Quelle est l'influence de la peinture. sur les arts d'industrie commerciale?

t. —Petit [Marc- Antoine) , né à Lyon en 1766. Essai sur la médecine du cœur. Lyon, 1806, in-8°. — Onan, ou le Tombeau du Hont-Cindre. Lyon, 1809, in-8°. — Collection d'observations cliniques. Lyon, 1815. —Eloge de Marc-Antoine Petit, par Cartier. Lyon, 1812, in-8°. Par Parât, in-4°.

S; — Douas (Charles-Louis) , né à Lyon en 1765. — Discours sur les progrés futurs de la science de l'homme. Montpellier , Î804 , in-4p. — Principes de physiologie. Montpellier, 1800-1806, 4 vol. in- 8°. — Doctrine des maladies chroniques. Paris, 1818 , in-8°.

On a de Dumas plusieurs autres ouvrages moins importants.

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Sainte-Marie ne leur était point inférieur en mérite ; Lyon n'eut pas de médecin plus savant : il avait des connaissances très variées, possédait assez bien la langue latine , faisait des vers et écrivait bien. Ses divers ouvrages ont eu beaucoup de succès; il n'a manqué à Sainte-Marie qu'un plus grand théâtre K C'est ce qu'on pourrait dire aussi de Grognier , un des hommes , depuis Bourgelat , qui ont répandu le plus d'éclat sur la science vétérinaire. Ainsi que Sainte-Marie , Grognier savait écrire ; il avait des connaissances profondes en histoire naturelle , sur l'industrie , sur la fabrication des étoffes de soie , sur l'économie agricole, et sur la matière médicale vétérinaire. Il rendit de très grands services à la Société d'agriculture , dont il fut longtemps l'habile secrétaire; peu de membres de l'Académie assistaient plus régulièrement aux séances , et prenaient part plus volontiers aux travaux des commissions. Grognier mourut au moment où il commençait à occuper dans la littérature scientifique le rang qui lui était dû. 2

Les sciences naturelles et médicales furent étudiées , à Lyon , avec beaucoup de succès pendant le règne de Napoléon ; je n'ai point nommé tous les hommes qui s'y sont fait un nom distingué. Eugène Patrin cultiva avec passion la géologie et la minéralogie; il avait beaucoup voyagé en Allemagne, en Autriche, en Hongrie , en Pologne où il rencontra son savant compatriote , le botaniste Gilibert , et dans les montagnes de l'Asie boréale audelà des monts Ourals. Sa collection des minéraux de la Sibérie

1. — Sainte-Makis ( Etienne), né à Sainte-Foy-lès-Lyon en 1777. Dissertation sur les médecins-poètes. Lyon, 1825, in-8°. —Eloge historique de J.-E. Gilibert. Lyon, 1814, in-8°. — Nouveau Formulaire médical et pharmaceutique. Lyon , 1840, in-8°. — De l'Huître. Lyon, 1837, in-8°. — Lectures relatives à la police médicale. Paris , 4829 , in-8°. — Méthode pour guérir les maladies vénériennes invétérées. Lyon , 4818, in-8°. — Précis élémeutaire <le police médicale. Paris , 18Î4 , in-8° ; etc.

Sainte-Marie a traduit du latin le Traité des pollutions diurnes de Wichmann , les Observations pratiques sur les maladies chroniques de Quarin , et le Traité des effets de la musique sur le corps humain , par Roger.

2. — GtocMBt (Louis-Furcy) , né à Aurillac en 1775. Notice sur C. Bourgelat. Lyon , 1805, i » -8«. — Compte-rendu des travaux de la- Société d'agriculture de Lyon, 1811 , 1812, 1813 , 1817 , 1822 % 1823, 1825; in-8©. — Eloge de Varennes de Fenille. Paris, 1817, jn-8<>. — Précis d'un cours de zoologie vétérinaire. Lyont 1833 , in-8°. On a de lui beaucoup de notices , de rapports et d'articles de journaux.

SCIENCES PHYSIQUES. BRISSON, PRONY. — XIXe SIÈCLE. liii

était fort considérable; Lyon le nomma un de ses députés à la Convention. La création de l'Ecole des mines donna à Patrin une position en harmonie avec ses études ; il devint bibliothécaire de rétablissement , et le rédacteur principal du journal que publiaient les professeurs f. Deux ingénieurs d'un haut mérite , Brisson et Prony , se distinguèrent sous l'Empire par de beaux travaux. Auteur avec Dupuy de Torcy d'un nouveau système de tracé des canaux, et ingénieur en chef à l'âge de trente ans, Brisson rendit de grands services au département de l'Escaut. Professeur habile, il répandit, parle mérite de son enseignement, un grand éclat sur l'Ecole des ponts et chaussées. *

Prony eut encore plus de célébrité : élève de l'Ecole des ponts et chaussées , il devint bientôt un des plus habiles ingénieurs de la France ; Perronnet , directeur de l'établissement , faisait le plus grand cas du jeune Lyonnais. Successivement ingénieur en chef du département des Pyrénées-Orientales, directeur du cadastre, rédacteur des tables logarithmiques de l'Observatoire, professeur de mécanique à l'Ecole polytechnique, et directeur de l'Ecole des ponts et chaussées , Prony remplit ces emplois avec succès. On sait quels grands travaux il entreprit pour l'assainissement du vaste pays qu'occupent les marais Pontins. Il était membre du Bureau des longitudes et commandeur de la Légion-d'Honneur; Napoléon professait pour lui la plus grande estime: peu de Lyonnais ont fait autant d'honneur que Prony à leur pays. 3

1. — Patrin ( Lottû- Eugène -Melchior) , né à Lyon en 1744. Relation d'un voyage an monts d'Atlaïce en Sibérie, fait en 1781. Pétershonrg , 1783, in-8°. —Histoire naturelle des minéraux. Paris, 1801, 5 vol. in-18.

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