LYON SOUS LA RESTAURATION
| I. Le drapeau blane etlt «tachette d'Angouléme à Lyon; la Restauration.— $9. Napoléon à Lyon; les CenUours. — $5. Réaction politique; la daefaesse de Berri ; Mouton-Duvernet. — $ 4. Troublée è Lyon en 4817; la Cour prévétale. — $8. Rétablissement de la statue équeatre de Louis XIV aur la place de Belleeour ; Lemot. — $6. Inondation de 1818 ; visitée prineiéres à Lyon. — $ 7. Travaux publies à Lyon sous la Restauration : pont Charles X , Grand-Théâtre , Palais de Justice , prison et presqu'île de Perracbe. — % 8. Situation de l'opinion publique; opposition croissante au gouvernement des Bourbons ; le Précurseur. Le général Lafayette à Lyon; le comte de Brosses préfet; le lieutenant-général Paultrede La mot ht.— $9. La Révolution de Juillet à Lyon.
$ I. Le comte Alexis de Noailles , aide-de-camp de S. A. R. le comte d'Artois , arriva à Lyon , le 2 mai , en qualité de commissaire extraordinaire , et fut suivi , peu de jours après, par le comte de Bondy, maintenu préfet. Tous deux avaient beaucoup à faire pour contenir les hommes trop ardents dans leur royalisme, et pour calmer l'irritation de ceux qu'avait froissés si douloureusement la chute de l'Empire ; ils y réussirent. Cependant une courte émeute troubla , pendant quelques jours , la tranquillité publique : on avait imprudemment annoncé la suppression des droits-réunis , et surtout celle de l'impôt sur les boissons ; beaucoup de gens du peuple crurent de bonne foi à cette promesse. Déçus dans leur attente, ils se portèrent en
LA DUCHESSE D'ANGOULÊME A LYOIT. — XIXe SIÈCLE. 1123
foule devant l'hôtel de l'a direction, criant : « A bas les droitsréunis ! » Aucune violence ne fut commise par cette multitude abusée ; elle se dissipa d'elle-même à la première réquisition : au reste , les Autrichiens étaient là , et c'est à eux qu'appartenait l'autorité véritable. Ils partirent enfin ' ; délivré de l'occupation étrangère , Lyon attendit avec calme ce que les Bourbons feraient en sa faveur : la Restauration avait de bonnes intentions , et l'opinion ne demandait pas mieux que de se rallier à elle. *
Madame la duchesse d'Angouléme était aux eaux de Vichy : une
députation lyonnaise se rendit auprès de l'orpheline du Temple ,
et l'invita avec les plus vives instances à se rendre dans une ville
où la dynastie des Bourbons avait alors tant d'amis. Son vœu fut
agréé : la fille du roi martyr fit son entrée solennelle le 6 août , à
deux heures et demie. M. le comte de Bondy, le maréchal Au-
gereau et un nombreux cortège de fonctionnaires militaires
s'étaient portés à sa rencontre sur la route de Paris. Le maire et le
Conseil municipal reçurent la princesse à la porte de Vaise, sous
un arc de triomphe auprès duquel se trouvaient des estrades
surchargées de spectateurs. L'ordonnateur de la fête avait placé
au-devant du monument les élèves de l'Ecole de dessin , vêtus
d'un costume pittoresque du plus bel effet; ils portaient à la
main des lauriers emblématiques. Madame d'Angouléme monta
dans une calèche à six chevaux , et parcourut le long faubourg
au milieu d'une haie de gardes nationaux et de troupes de
ligne , saluée par les acclamations d'une population immense
qui se montra empressée et respectueuse. Quand la princesse
parut sur le pont du Change , les portes d'un temple qu'on y
avait érigé s'ouvrirent tout-à-coup. Grand nombre déjeunes
demoiselles attendaient; une d'elles se détacha des groupes, lut
une pièce de vers et présenta à S. A. une branche de lis. Après
avoir été complimentée au port du Temple par l'orateur de la
1 . — La dernière colonne autrichienne quitta Lyon le 9 Juin. Quinze mille soldait avaient occupé Lyon pendant soixante-dix- neuf jours ; ils donnèrent lieu à une dépente municipale de 1 ,518,253 fr., non compris une somme au moins égale , fournie par les habitants pour frais de logement et de nourriture.
2. — La duchesse douairière d'Orléans traversa Lyon le 24 juillet ; Madame et Mademoiselle d'Orléans y passèrent au mois de septembre.
corporation des porte-faix, la princesse se rendit au palais de l'Archevêché où s'étaient réunies quatre-vingts dames des premières familles de la ville , parmi lesquelles on remarquait la maréchale Augereau , les comtesses de Bondy , d'Albon et de Laurencin , et Madame de Varax. Cinquante jeunes Lyonnaises s'y trouvaient aussi ; elles présentèrent des fleurs à la princesse. La princesse séjourna à Lyon les 6 , 7 , 8 et 9 août 1814; elle reçut l'hommage des corps constitués et celui de l'Académie , visita la Bibliothèque, ainsi que d'autres établissements publics, et parut touchée de la gracieuse réception qui lui était faite *. Un mois après , Monsieur , comte d'Artois , fit son entrée dans la ville ; il y demeura huit jours , depuis le 1 7 jusqu'au 24 septembre. On lui donna des fêtes brillantes , et entre autres un banquet au Musée, dans la salle de Minerve qui avait été décorée avec magnificence, et ornée des tables de Claude. Bérenger, Delandine et d'autres poètes présentèrent au prince les tributs de vers obligés en pareilles circonstances , et il y eut une représentation extraordinaire au Grand -Théâtre. Le comte d'Artois accueillit bien le projet d'élever aux Broteaux un monument funèbre en l'honneur des victimes du siège , et voulut être le premier inscrit sur la liste des souscripteurs *. Il posa la première pierre de cet édifice, à son retour à Lyon, le 21 octobre. Tout avait été disposé pour donner de la solennité à cette cérémonie : la garde nationale entière était sous les armes, et cinq bataillons d'infanterie formaient le carré autour de l'emplacement qui avait été désigné. Le vénérable comte de Précy était à la tête d'un groupe
1. — Procès-verbal du passage el du séjour à Lyon de S. A. R. Madame la duchesse d'Angoaléme. Lyun, Rusand , 1814, in-4°. — Madame la duchesse d'Angouléme è l'Ile-Barbe » près de Lyon. Notice sur celle Ile , elc. ( par le marquis Matade d'Avèze ). Parit , Michattd,
1814, in-8°.
2. — Souscription pour l'établissement d'un mouument religieux à élever aux Broteaux , a la mémoire des victimes du siège de Lyon. I^jon, imprimerie de Rmand, 1814, in-4*. fr« liste des souscriptions et dons. Lyon , Ballanche , 1814 , iu-4°. 4« , 3« , 4« , 5« , 6« , 7« et 8e listes. Lyon, Ballanche, 1814-1816, in-4°. — Monument funèbre et religieux construit a Lyon dans la plaine des Broteaux , aux lieux où furent inhumés les Lyonnais qui périrent après le siège de 1795 , avec ses plans, coupes et élévations ( par Cochet). Lyon, Kindelem,
1815 , in-fol. — Le Conseil d'administration pour le monument religieux qui s'élève aux Broteaux i la mémoire des victimes du siège de Lyon. Lyon , Ballanche , 1841, in 4°.
NAPOLEON A LYON EN 1815. XIXe SIÈCLE. 1125
de soldats du siège, auprès d'une estrade sur laquelle se trouvaient le prince, le maire, le préfet et les principaux fonctionnaires. Plusieurs discours furent prononcés; on remarqua les belles paroles du comte d'Artois , qui parut n'être dans la ville qu'un Lyonnais de plus. '
Ce commencement de bonne harmonie entre la population et les Bourbons n'eut qu'une courte durée; le calme n'existait qu'à la surface, et bientôt des symptômes de mésintelligence se firent apercevoir. Napoléon était cher aux classes ouvrières et à la population des campagnes; on redoutait des réactions, la demande d'indemnités , et le retour du gouvernement royal aux traditions de l'ancien régime. On remarquait surtout l'avidité des hommes nouveaux pour les honneurs et pour les places ; enfin, le peuple de Lyon ne pouvait se faire à l'aspect du drapeau blanc , et ne dissimulait pas sa répugnance. Il n'y avait pas d'unité chez les royalistes : ceux-ci se résignaient à la charte, ceux-là n'en voulaient pas et en parlaient avec dénigrement. Un changement soudain eut lieu dans le personnel de l'administration le 22 novembre : des hommes de couleur politique très prononcée , MM. de Chabrol et de Fargues , furent nommés, l'un préfet du Rhône et l'autre maire de la ville; le corps municipal subit une réorganisation complète. Un malaise inexplicable fatiguait l'opinion publique , agitée , inquiète et dans l'attente d'un événement extraordinaire.
Il ne se fit pas attendre : on apprit , le 4 mars 1815 , le débarquement au golfe Juan de Napoléon venu de l'île d'Elbe avec mille hommes de vieux soldats de sa garde. Cette nouvelle produisit une commotion électrique; elle se répandit dans la ville et dans les campagnes avec une extrême célérité. L'empereur marchait sur Grenoble : s'il y entrait, il se dirigerait sans doute sur Lyon; comment Pempêcher d'y pénétrer? Il n'y avait d'autres fortifications- que des murailles démantelées , deux mille gardes nationaux armés et équipés, mais d'une bonne volonté douteuse , et pour garnison deux régiments seulement , le treizième dragons et le vingt - quatrième de ligne, auxquels fut
I • — L'administration des Hôpitaux avait fait la concession du terrain destiné au monument funèbre.