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impériale , les membres des corps administratifs et les députations des villes voisines , causant beaucoup , pendant cette longue audience , de ce qu'il avait fait et de ce qu'il se proposait de foire pour la prospérité de la cité. M. de Fargues , maire de la ville, fit afficher cette proclamation : « Habitants de Lyon , Napoléon « revient dans cette ville dont il effaça les ruines , dont il releva « les édifices , et dont il protégea le commerce et les arts : il y « rencontre à chaque pas les monuments de sa munificence; «« sur les champs de bataille, comme dans ses palais, toujours <c il veilla sur vos intérêts les plus chers , et toujours vos «c manufactures obtinrent des marques de sa généreuse solli-
« citude » C'est de Lyon que l'empereur data les décrets
divers qui précédèrent son entrée à Paris.
Son armée s'était organisée et reposée ; il quitta Lyon le i 3 mars , laissant à la cité ces paroles pour adieu : « Lyonnais , « au moment de quitter votre ville pour me rendre dans ma « capitale , j'éprouve le besoin de vous foire connaître les sentice ments que vous m'avez inspirés. Vous avez toujours été au « premier rang dans mes affections; sur le trône ou dans « l'exil, vous m'avez montré toujours les mêmes sentiments. Le « caractère élevé qui vous distingue spécialement vous a mérité « toute mon estime; dans des moments plus tranquilles, je « reviendrai m'occuper de vos besoins et de la prospérité de vos « manufactures et dé votre ville.
« Lyonnais, je vous aime! »
Napoléon arriva à trois heures après raidi à Villefranche, qu'encombraient les troupes; il entra le soir à Màcon : l'aigle impérial volait de clocher en clocher.
Fourier fut nommé provisoirement préfet du Rhône; il eut, au mois de juin , Pons de l'Hérault pour successeur. M. Jars devint maire en remplacement du comte de Fârgues ; le lieutenantgénéral comte Grouchy prit le commandement de la septième et de la dix-neuvième division militaire ; le général Mouton-Duvernet reçut le commandement supérieur de la ville de Lyon , et fut remplacé bientôt après par le général Brayer. On eut un moment d'inquiétude pendant la première semaine du mois d'avril , causée par la présence du duc d'Angouléme dans le Midi : le comte de Grouchy mit la ville en état de siège; mais
SECONDE ABDICATION DE NAPOLÉON. — XIXe SIÈCLE. 1129
peu de jours après le maréchal Suchét révoqua cette mesure , devenue inutile. Lyon envoya ses députés à la chambre des représentants: c'étaient le général Jomard, et MM. Vouty , Dulac, Bisdardon, Perrier, Gras, et Sauzey, avocat à Villefranche. Le 26 mai , Madame mère et le cardinal Fesch arrivèrent à Lyon ; l'archevêque reprit possession de son palais.
Cependant la guerre allait éclater de nouveau; on organisa un corps de fédérés avec un succès médiocre. Quelques dispositions militaires furent prises pour mettre Lyon en état de résister à un coup de main ; on l'entoura d'une ligne de circonvallation en tçrre, et quatre mille ouvriers , aidés par le concours volontaire d'un grand nombre, de paysans , travaillèrent aux redoutes. Le temps manquait pour faire davantage , et, le 18 juin , la désastreuse journée de Waterloo mit fin à ces préparatifs :« l'Empire était tombé pour ne plus se relever.
On apprit le 2û, à Lyon, l'abdication de Napoléon par les proclamations du préfet du Rhône, Pons de l'Hérault, et du commandant de la division , le général Dulauloy. Il y avait une grande exaspération parmi les classes ouvrières, et surtout parmi les soldats : on parlait de proclamer Napoléon IL Le général autrichien, baron de Frimont, s'avançait vers Lyon avec une armée de soixante mille hommes que Suchet ne pouvait contenir. Mouton-Duvernet avait fait de vains efforts pour prolonger la résistance; une impérieuse nécessité commandait de l'abréger : il n'y avait pas d'armes. Un armistice fut demandé et accordé aux délégués du maréchal Suchet, le lieutenant-général Puthod, le préfet , le maire et l'adjudant-commandant Ricci. On décida que les faubourgs et les têtes des ponts des Rroteaux et de la Guillotière seraient livrés le 1 5 juillet, et que l'armée autrichienne ferait, le 17, son entrée dans Lyon. Le lendemain de la capitulation , deux officiers autrichiens avaient été envoyés dans la ville pour s'entendre sur certains détails de l'exécution de la convention : leur présence causa une vive effervescence parmi le peuple ; ils coururent de véritables dangers , et il fallut de grands efforts pour les protéger contre la fureur d'une multitude qui ne se possédait plus. Elle se rua sur quelques maisons dont les habitants s'étaient fait connaître par l'exaltation de leur royalisme; des hommes du peuple brisèrent tout ce qui tomba sous
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leurs mains, et jetèrent le mobilier par les fenêtres. Le peu de troupes françaises qui se trouvaient à Lyon firent leur retraite sur l'Isère : c'étaient des canonniers et des tirailleurs de la garde impériale. M. de Chabrol se remit en possession de l'hôtel de la Préfecture. L'armée autrichienne entra dans Lyon le 17 juillet , à six heures du soir , et le drapeau tricolore céda de nouveau la place au drapeau blanc sur le dôme de l'Hôtel-de-Ville.
Moins circonspects qu'en 181&, les étrangers abusèrent de leurs succès et traitèrent Lyon en ville conquise; leurs exigences et leur insolence allaient croissant chaque jour. Us frappèrent la la ville de réquisitions énormes , et ne consentirent à quelque réduction qu'avec beaucoup de peine. Lyon , une fois encore , se trouvait dans une situation fort critique.
De nouvelles élections envoyèrent à la Chambre MM. de Noailles, d'Albon, de Fargues, de Cotton et Magneval.
$ III. A l'immense malheur de l'occupation étrangère, trop peu senti par le parti triomphant, se joignit bientôt celui de l'esprit de réaction. Préoccupés par les souvenirs du 20 mars , et certains désormais que rien ne saurait les troubler dans la pleine jouissance de leur victoire , les hommes qui étaient au pouvoir sévirent avec rigueur contre les bonapartistes humiliés et abattus. Un arrêté du préfet Chabrol mit la dénonciation à l'ordre du jour : il invita les habitants de Lyon à signaler à l'autorité ceux qui, par leurs discours, leurs paroles ou leurs actions, troubleraient l'ordre public ; un autre proscrivit sous des peines sévères la cocarde et le drapeau tricolores, ainsi que tous les emblèmes du gouvernement déchu. Une partie des Lyonnais fut traitée avec une injurieuse défiance ; on parlait beaucoup chez les fonctionnaires de complots tramés dans l'ombre , et de la nécessité de déconcerter les incorrigibles ennemis des Bourbons par un châtiment exemplaire. Ces menaces et ces craintes n'étaient pas entièrement dépourvues de fondement : des hommes exaltés , comme il s'en trouve toujours dans les grandes villes après une révolution, servaient par leurs imprudentes et coupables intrigues le mauvais vouloir des agents de l'autorité. Mais ils n'avaient ni influence ni crédit; ils ne pouvaient jamais compromettre sérieusement la paix publique, et l'unique résultat possible
LA DUCHBSSB DE BBBR1 A LYON. XIXe SIÈCLE. 1131
de leurs inoffensives machinations , c'était la perte de quelques malheureux. Compromis dans un complot de cette nature au commencement de Tannée 1 816, complot qui n'eut pas même un commencement d'exécution , Jean -Paul Didier se réfugia dans le département de l'Isère, parcourut les campagnes, et recruta des adhérents parmi ses compatriotes : il était dauphinois , et avait assisté dans sa jeunesse à l'assemblée de Vizille. Le 5 mai , suivi de quatre à cinq cents paysans , Didier marcha sur Grenoble, ville dans laquelle il avait des intelligences, et ne réussit point à y pénétrer : le lieutenant-général Donnadieu , qui la commandait, déjoua avec peu d'efforts le complot bonapartiste. Un détachement de la garde nationale et de la garnison de Lyon était parti le 7 pour combattre les insurgés , mais son concours ne fut pas nécessaire. Didier, fugitif, était parvenu à se réfugier en Savoie; mais le gouvernement sarde le livra. Traduit devant la Cour prévôtale de l'Isère, Didier fut condamné à mort avec vingtun de ses complices : le télégraphe transmit Tordre d'exécuter immédiatement ces malheureux. Ce complot, si cruellement puni, avait-il des ramifications à Lyon? on Ta dit, mais on ne Ta point prouvé.
Un gracieux épisode vint suspendre pendant un moment les haines de parti : une jeune et spirituelle princesse , issue du sang royal de Naples , mais française par la vivacité et l'amabilité de son caractère , avait épousé le duc de Berri , et allait en France rejoindre son époux. Elle fit son entrée à Lyon le 8 juin 1816, à deux heures de l'après-midi : un arc de triomphe avait été érigé à trois kilomètres du pont de la GuiJlotière. S. A. Rfut complimentée par le gouverneur ; elle monta dans une calèche avec la maréchale de Reggio, sa dame d'honneur, et Madame de la Ferronnays , sa dame d'atour : on la conduisit au château du Vivier, où elle se reposa quelques instants. Puis la duchesse et les dames de sa suite entrèrent dans une voiture de parade , attelée de chevaux blancs richement harnachés, et arrivèrent au pont de la Guillotière au travers d'une double haie formée par les troupes de la garnison et par la garde nationale. Un autre arc de triomphe avait été élevé sur la place de la Charité : le tnaire , entouré de son Conseil municipal , se trouvait auprès de ce monument ; il adressa un discours à la duchesse. Au palais de
l'Archevêché , Madame de Berri fat reçue par cent dames lyonnaises et trente demoiselles : on la conduisit dans ses appartements, et les vins d'honneur lui furent présentés. Après le dîner, il y eut réception officielle; la jeune princesse eut beaucoup de succès.
Le lendemain on lui fît voir la ville ; elle alla en calèche au confluent du Rhône et de la Saône : le gouverneur et le préfet l'accompagnaient. Au retour de cette promenade , la duchesse se rendit à l'Hôtel-de- Ville et de là au Musée ; elle fut reçue par les membres de la Chambre de commerce , qui lui firent hommage d'une corbeille remplie de châles et des plus riches étoffes des fabriques de Lyon. Madame de Berri quitta son châle , et avec une grâce charmante se couvrit d'un de ceux qu'on lui présentait ; elle fit choix d'une étoffe , et voulut qu'on lui en fit immédiatement une robe qu'elle porta le soir même au théâtre. On avait disposé pour elle et pour sa suite une loge richement décorée , et divisée en deux compartiments : le spectacle se composait de la Partie de chasse de Henri IV , d'une pièce de circonstance intitulée le Berceau de Henri IV , et d'une cantate. L'affluence était considérable , et le coup d'œil ravissant.
La duchesse quitta Lyon le 10 juin , à dix heures et demie du matin, accompagnée par un brillant cortège; M. Godinot, premier adjoint, la complimenta à sa sortie de Vaise. Toutes les communes que traversait la voiture de Madame de Berri avaient dressé sur leur limite des arcs de triomphe en feuillage; Tarare para ses maisons de ses mousselines. La duchesse gravit la montagne à pied , suivie d'un groupe de paysannes qui chantaient des airs du pays. Deux jours après , le duc d'Angoulème arriva sans pompe à Lyon, reçut les visites officielles, et se rendit le 13 à Grenoble. «
Lyon eut bientôt après un douloureux spectacle: le lieutenantgénéral Mouton-Duvernet avait été un des premiers à se rallier à Napoléon , au retour de File d'Elbe; après Waterloo , il proposa
1. — Le duc avait promis de revenir bientôt; il tint parole et arriva à Lyon le 3 août , au retour de son excursion en Dauphiné; il passa en revue la garde nationale et tes troupes de la garnison , et accepta un banquet splendide a l'H6tel-de- Ville. S. A R. prolongea son séjour jusqu'au 6.
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de réorganiser les débris de l'armée et mit beaucoup d'insistance à faire proclamer Napoléon IL Chargé du commandement supérieur de la ville de Lyon , le général fit tout ce qui dépendait de lui pour prolonger la résistance ; cependant il adressa son adhésion au gouvernement de Louis XVIII, démarche qui ne le sauva point. Entraînée sur une pente fatale par ses conseillers , la Restauration cherchait des coupables et voulait des exemples. Mouton- Duvernet réussit à se dérober à toutes les poursuites jusqu'au mois de mars 1 81 6 ; persuadé alors que le temps avait calmé les passions politiques , le général se constitua prisonnier à Montbrison et demanda des juges. Traduit devant le conseil de guerre de la dix-neuvième division militaire , il fut condamné à mort le 19 juin, contre l'attente générale ; on ne croyait pas à l'exécution; mais l'appel fut rejeté. Ce fut en vain que la femme et la fille du condamné se jetèrent éplorées aux pieds du roi; l'âme égoïste et sèche de Louis XVIII fut inflexible. Le 27 juillet, de grand matin , un fort détachement de la garnison se rendit aux Etroits, sur la rive gauche de la Saône, amenant Mouton- Duvernet que suivait son cercueil. A cinq heures du matin , un piquet d'infanterie fusilla à bout portant le général : ce meurtre inutile fit à la Restauration des ennemis qui ne pardonnèrent pas, à leur tour, quatorze années plus tard. Le général Mouton- Duvernet, une des gloires de l'ancienne armée, avait beaucoup d'amis; sa mort a été une des fautes du gouvernement des Bourbons.
S IV. Après avoir frappé cette noble victime , l'esprit de réaction ne pouvait hésiter devant des têtes moins élevées ; il chercha des complots, et en trouva. Un homme ardent, exagéré, sans consistance , sans la moindre portée politique , Rosset , fabricant de papiers peints, tint, dans sa maison de campagne, des conciliabules bientôt connus de la police et auxquels prirent part le médecin Montain aîné, l'ex-receveur-général des Basses-Alpes, La Valette, et Jacquand, ancien colonel. Il était question, dans ces réunions , de l'insensé projet de surprendre l'Hôtel-de-Ville et de désarmer les postes ; il y eut quelques tentatives d'embauchage auprès de vieux soldats : quand la conspiration parut avoir quelque organisation , Rosset et ses amis furent arrêtés. Après un long emprisonnement , un jugement de la Cour d'assises, rendu le
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34 août 4816 , condamna Rosset à dix années de déportation. M. Montain devait subir cinq années d'emprisonnement au château d'If; transféré à Sainte-Pélagie, à Paris, il s'évada sur la route, grâces au généreux dévouement de son frère.
L'ordonnance du 5 septembre modéra cette funeste tendance du parti royaliste aux réactions ; elle fut mal reçue à Lyon par quelques hommes , qui redoublèrent de violence et compromirent plus que jamais la Restauration par la funeste ardeur de leur zèle. Us avaient aux mains la Cour prévôtale , créée par une nécessité impérieuse, et eurent bientôt occasion de s'en servir. On parlait plus que jamais d'un vaste complot tramé dans l'ombre pour renverser le Gouvernement, de ramifications toujours vivantes des conspirations Rosset et Didier , d'un comité central qui organisait la révolte sous la direction d'un comité supérieur, de bandes armées qui devaient assaillir les maisons des royalistes et les mettre au pillage, du soulèvement général de la population des campagnes , enfin d'un plan de bouleversement fortement constitué qui embrassait la France dans son immense réseau. Des révélateurs donnèrent les renseignements les plus précis sur le nombre et sur les machinations des conjurés : ils dirent que les conspirateurs de Lyon étaient partagés en six brigades, dont chacune avait son poste désigné à l'avance ; qu'elles attaqueraient et occuperaient simultanément l'Arsenal , la ligne du quai de l'Archevêché , la Guillotière , la caserne de la Nouvelle-Douane, la Poudrière, l'Hôtel-de-Ville , et que ce grand mouvement devait faire explosion le 8 juin 1847. Ainsi l'administration était bien avertie; plusieurs maires la prévinrent de l'agitation qu'ils remarquaient dans leurs communes. Telles étaient les dénonciations ; voici les faits :
Le 8 juin 4847 , à six heures du matin , le tocsin se fit entendre à Saint-Genis, à Irigny et à Brignais : à Saint-Genis , un groupe de paysans insurgés s'empara des armes et des chevaux des gendarmes. Oudin , leur chef, les conduisit à Brignais ; chemin faisant, il rencontra les révoltés de cette commune ; les deux troupes se rendirent à Brignais, s'emparèrent de la mairie , et se firent livrer par réquisition du pain et du vin. La bande d'Irigny ayant rencontré le curé et le garde-champétre , les força de marcher avec elle , après les avoir injuriés et menacés : arrivés à Saint-
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Genis , les insurgés se répandirent sur la place et dans les cabarets ; ils se dispersèrent devant une avant-garde de quatre gendarmes aux ordres du capitaine Saint-Cyr. Quelques coups de fusil furent échangés ; un d'eux blessa mortellement un gendarme. A Millery , le tocsin sonna dans la nuit ; quelques paysans entourèrent le maire , et voulurent le forcer à proclamer Napoléon H. Le tocsin se fit entendre, dans la matinée du 9, à Saint- Andéol; quinze à vingt paysans ameutés injurièrent le maire, déclinèrent son autorité , battirent la générale et prirent la cocarde tricolore ; quelques-uns étaient armés de mauvais fusils. Quand ce petit groupe d'insurgés eut aperçu les gardes nationaux d'un village voisin qui marchaient contre lui, il se dispersa de lui-même. Pendant que ces événements se passaient dans quelques communes au Sud , les mêmes manifestations avaient lieu dans un très petit nombre de communes au Nord. A Bully , quelques paysans se rendirent chez le maire ; ils lui dirent que les Bourbons ne régnaient plus, que le gouvernement était changé , qu'ils voulaient Napoléon IL Quelques désordres semblables , et sur une moindre échelle encore, eurent lieu, le même jour, à Saint-Germain. Il n'y avait eu aucun concert entre les deux foyers de l'insurrection ; une distance de vingt -quatre kilomètres les séparait : il n'y avait pas de mot d'ordre , point de munitions , point d'armes , point d'argent , point de chefs , point de drapeau. Onze communes seulement (cinq au Sud-Ouest et six au Nord- Ouest) , sur deux cent soixante-une , avaient entendu le tocsin sonner; leur population de dix mille âmes fournit à la rébellion deux cent cinquante hommes en tout , dont soixante pouvaient être considérés comme ayant des armes : ils ne se dirigèrent point sur Lyon. Ces hommes égarés n'avaient pas même un but bien déterminé : ceux-là demandaient Napoléon II, ceux-ci croyaient marcher contre les étrangers; quelques-uns disaient qu'ils auraient le pain à trois sous. Il n'y eut de résistance sur aucun point, hors le coup de fusil tiré àlrigny ; quatre gendarmes eurent raison de tous les insurgés.
A Lyon, il n'y eut aucune tentative de rébellion , aucun symptôme d'émeute. Un homme fut arrêté à la barrière de Serin , porteur d'un sac rempli de cartouches ; on affirma qu'il allait dans une direction opposée au théâtre de l'insurrection , et qu'il
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venait de recevoir ce sac des mains d'un inconnu qui s'était engagé à le reprendre quelques pas plus loin. Aucun ordre ne fut donné à la garde nationale ; on ne consigna pas les troupes de la garnison. Un fait isolé peut être rattaché aux événements qui se passaient: le 8 juin, à onze heures du soir, le capitaine Ledoux se rendait à l'Hôtel-de- Ville ; arrivé au bout de la petite rue Mercière , et presque à l'entrée de la place de THerberie , il s aperçut que quelques hommes le suivaient, se retourna, et reçut à bout portant un coup de pistolet qui le tua. Ledoux tomba, et fut relevé sans vie par un garde national qui se trouvait là. Ce meurtre fut-il un acte particulier de vengeance, ou la punition d'un traître ? on l'ignore.
On a vu quels étaient les faits , voici ce que fut le châtiment. La Cour prévôtale du Rhône s'en était chargée ; son chef était M. Desuttes. Des colonnes mobiles parcoururent les communes dénoncées , firent des visites domiciliaires avec une grande rigueur, et emmenèrent beaucoup de prisonniers; il y eut plus de deux cents arrestations , soit à Lyon , soit dans les environs: cent trois détenus furent relâchés quelques jours après, faute de preuves. Avec un tribunal souverain comme l'était la Cour prévôtale, les formalités n'étaient pas longues; on n'oublia ni promesses, ni menaces, ni mauvais traitements pour arracher des révélations aux prisonniers : elles fournirent peu de charges à l'accusation. Il s'agissait d'un même attentat , d'un même fait ; il y eut onze procédures séparées , une pour chaque commune. Telle était l'extrême rigueur dont on usait envers les détenus , qu'un d'eux, placé derrière les barreaux de son cachot, ayant injurié la sentinelle et refusé de se retirer, reçut au bras un cQup de fusil; coupable du même délit, un autre fut tué raide. Quand la sommaire instruction contre les cent cinquante-cinq accusés eut été terminée, le président prononça les arrêts vingt-huit prisonniers furent condamnés à mort , six aux travaux forcés, trente- quatre à la déportation, quarante - deux à un: emprisonnement plus ou moins long; d'autres peines furent encore infligées. La guillotine se promena dans les campagnes. A Saint>Gônis, après l'exécution d'Oudin , un soldat vola les bottes et le pantalon du cadavre ; quelques-uns de ses camarades firent rouler à coups de pieds la tète du supplicié ; d'autres contfaî-
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gnirent, en les menaçant, les habitants du village à leur livrer du vin. On n'avait pas vu de plus lâches atrocités en 1793.
La terreur était au comble dans les campagnes; des temps d'horrible mémoire apparaissaient de nouveau. Informé de la situation des esprits , le Gouvernement envoya le duc de Raguse dans la septième et la dix-neuvième division militaires avec les pouvoirs et le titre de lieutenant du roi. Le maréchal Marmont arriva à Lyon dans les premiers jours de septembre , voulut tout voir par lui-même, examina les procédures , et eut bientôt son opinion fixée : il fut frappé de l'uniformité des rapports que lui présentaient les chefs des diverses administrations ; ceux-là paraissaient frappés de terreur , ceux-ci se glorifiaient de leurs actes , comme s'ils avaient sauvé l'Etat. Rien n'était plus démontré que les manoeuvres de la police, si ce n'est l'impéritie (pour ne rien dire de plus) de quelques hommes qui , avertis de tout et pouvant tout empêcher, avaient laissé tout faire. Des agents provocateurs avaient parcouru les campagnes, tendant des pièges à la crédulité des paysans; un d'eux était l'homme qtii avait remis le paquet de cartouches : ces misérables obéissaient à l'autorité militaire, dont le chef était le lieutenant-général Canuel, digne émule du général Donnadieu. Il y avait eu des manifestations séditieuses , des actes répréhensibles et punissables, mais commis par d'ignorants paysans dont la faute devait être reportée en très grande partie sur les instigateurs du prétendu complot. Le chef d'état-major du maréchal, M. le colonel Fabvier, dénonça ces turpitudes et ces atrocités à l'indignation de la France; son écrit fut une action courageuse. Camille Jordan parla dans le même sens à la tribune nationale. Les maires de Saint-Andéolle-Château, de Neuville, de Brignais, de Saint-Didier, d'Irigny et de Soucieux, hommes connus par l'exaltation de leur royalisme, furent suspendus de leurs fonctions par le maréchal, et définitivement destitués par le gouvernement du roi. Une douzième procédure était entamée depuis quatre mois ; elle fut mise au néant. Tous les condamnés à moins de cinq ans d'emprisonnement obtinrent grâce entière ; ceux qui l'étaient à un temps plus long virent leur peine réduite à une année d'emprisonnement ; les condamnés à la déportation et aux travaux forcés n'eurent à subir que trois années de captivité. Toutes les amendes
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furent remises; mais le prévôt Desuttes avait fait tomber vingthuit têtes , et la réparation de cet affreux malheur était impossible. Tout ce que le Gouvernement pouvait faire , c'était d'infliger une flétrissure morale à quelques hommes qui étaient allés au-delà de leur devoir ; il ne refusa pas cette satisfaction à l'indignation de l'opinion publique.
Tous les fonctionnaires qui prirent part à cette tragédie ne sauraient être présentés comme des agents provocateurs , ou des ambitieux préoccupés du désir de faire preuve de leur zèle et de se créer des titres à la faveur du Gouvernement. Ceux-là furent trompés par l'extrême chaleur de leur royalisme , ceux-ci par les rapports mensongers qu'on leur adressait: peut-être étaient* ils tous de bonne foi ; le malheur des temps et la difficulté de la situation sont leur excuse. La mission du maréchal duc de Raguse ramena le calme dans le Lyonnais ; depuis celte époque , on n'entendit plus parler de complots et d'agents provocateurs : Lyon, cessant d'être un foyer d'agitation et de réaction, se livra paisiblement à ses travaux industriels K Le duc d'Angouléme, qui y vint le 7 mai 1820, n'eut sous les yeux que le tableau d'une
I. — Lyon en 1817, par le colonel Fabvier. Paris , Deîaunay , 1818 , in-8°. —Question» adressées à M. le colonel Fabvier , ayant fait les fonctions de chef d'élat-major dans la 7* et la 19* divisions militaires , sur l'écrit intitulé : Lyon en 1817. Lyon, J.-M. Bovrsy, 1818, in-8°. — Copie de la lettre écrite le 19 février 1818, à M. le colonel Fabvier, par M. le marquis de Castelbajac , colonel des chasseurs des Pyrénées , et réponse du colonel Fabyier. Lyon , J. Roger, 1818 , in-8°. — Mémoire justificatif en réponse à la brochure intitulée : Lyon en 1817, de M. Fabvier, colonel , par M. A.-F.-A. N. Lyon , Chamhet , 1818, in-8°. — Réponse de M. le chevalier Desuttes , prévôt du département du Rhône , à un écrit intitulé : Lyon en 1817, par M. le colonel Fabvier. Lyon, Rusand ,1818, in-8°. — Réponse de M. le lieutenant-géuéral Canuel à l'écrit intitulé : Lyon en 1817. Paris, J.-G. Dentu, 1818, in-8°. — Sur les événements de Lyon au mois de juin 1817, par M. le comte de Chabrol, ancien préfet du Rhône. Lyon, Bohaire , 1818, in-8«. — Parieraije encore de Lyon ? par M. Crignon d'Auzouer, député du département du Loiret. Paris , L.-G. Michand, 1818, in-8o. — La vérité sur les événements de Lyon, en 1817. Réponse au mémoire de M. le colonel Fabvier , par M. le comte de Fargues . maire de la ville de Lyon. Lyon , Chamhet t 1818, in-8°. —Compte-rendu des événements qui se sont passés a Lyon depuis l'ordonnance du 5 septembre 1816 jusqu'à la fin d'octobre de l'année 1817, par M. Charrier- Sainneville , ancien lieutenant de police à Lyon , suivi de pièces justificatives. Lyon, J. Targe, 1818, in-8°. (Le lieutenant de police Charricr-Sainneville était parti pour Paris dans les premiers jours de juin ; il n'a jamais cru a la conspiration). — Recueil de mémoires et de pamphlets publiés par Michaud. Paris , 1818 , 3 vol. in-8®. —Revue chronologique de l'histoire de France, par Monlgaillard. — Mémoire de G. -Claude Moulin , de Saint-Genis-Laval , à ses concitoyens, suivi de pièces justificatives. Lyon, Rossary, 1832, in-8«.
MONUMENT EXPIATOIRE AUX BROTEAUX. XIXe SIÈCLE. H 39
ville laborieuse et paisible. S. A. R. remit de la part du roi au conseil d'administration des Hôpitaux cinquante mille francs pour concourir à l'achèvement de la façade de l'Hôtel-Dieu , sur le quai du Rhône , et donna en outre pour les pauvres une somme assez considérable.
L'intérêt que l'opinion royaliste attachait à l'érection du monument funèbre des Broteaux n'avait rien de préjudiciable au maintien de la paix publique ; il s'inspirait des sentiments les plus dignes. Ouverte le 29 mai 1819, la chapelle expiatoire prit rang parmi les édifices de la cité, sinon comme oeuvre d'un art éminent , du moins par les souvenirs qu'elle rappelait. Le comte de Précy avait terminé à Marcigny son honorable carrière ' ; la place de sa dépouille mortelle était naturellement marquée au milieu de ses frères d'armes. M. Beuf de Guris , au nom de la commission du monument, demanda à la famille de M. de Précy l'autorisation de faire transférer dans le caveau des Broteaux le corps de l'ancien général des Lyonnais ; elle lui fat accordée. Cette cérémonie eut lieu avec quelque solennité le 29 septembre i 821 ; un groupe d'anciens soldats du siège , la garnison et la garde nationale y assistèrent. L'abbé Samuel, curé de Fleury-sur-Loire, prononça l'oraison funèbre du général auquel la ville de Lyon reconnaissante rendait un si pieux hommage. *
1— Leî5 août 1820.
2. — Notice historique sur l'exhumation du corps du lieutenant-général comte de Précy, et sa translation de Marcigny-sur-Loire, à Lyon , dans le cadeau sépulcral du monument religieux élevé aux Broteaux à la mémoire des victimes du siège. Lyon , Rusand , 18Î2, in-4«, portrait.
Les ouvrages suivants peuvent être* rapportés au monumeut des Broteaux : Discours de l'abbé Bounevie, prononcé à Lyon le 5 décembre 1817 pour l'anniversaire des victimes immolées au siège de cette ville en 1793 , publié par M. A. -A. -S. de L. , avec une préface de l'éditeur. Paria, Valude , 1817, in-8°. —Discours prêché dans l'église de Saint-Polv carpe-, le 2 novembre 1814 , au service solennel pour les morts , et en particulier pour les victimes du siège de Lyon immolées en 1793, par l'abbé Bonnevie. Lyon, veuve Cutiy, 1820, in-8®. — Oraison funèbre du lieutenant-général comte de Précy, prononcée dans l'église du monument des Broteaux , par l'abbé Samuel , suivie d'une notice biographique sur ce général et d'une épltre sur les victimes du siège de Lyon. Lyon , Durand, 1821 , in-8°. — Monument religieux aux Broteaux. Avis aux fidèles, etc. Lyon, 1821, in-32. — Aux Lyonnais , l'un des souscripteurs pour la construction du monument religieux élevé aux Broteaux à la mémoire des défenseurs et habitants de Lyon , mis à mort après le siège de cette ville (par Paul-Emilien Béraud). Lyon , J. Buynond , 1821 , in-8°.
11 ÛO XIIe SIÈCLE. — LXON SOUS LA RESTAURATION.
§ V. Ce fut une manifestation royaliste de bon goût que l'érection de la statue équestre de Louis XIV sur la place de Bellecour. La population lyonnaise n'aurait certainement pas eu cette pensée ; elle connaissait peu le grand roi , et l'exécution de l'ancien projet qui décorait cette vaste enceinte de la statue de Napoléon lui aurait été bien plus sympathique. Mais on ne la consulta pas , et d'ailleurs la politique n'aurait pas permis l'inauguration d'un semblable monument ; Louis XIV avait , au reste , occupé le premier la place , il en reprendrait possession. M. le comte de Lezay-Marnésia , préfet, proposa en 1819 au Conseil général du département du Rhône le rétablissement de la statue équestre, et obtint l'adhésion générale : quelques mois plus tard le Conseil municipal s'unit à ce vœu , qu'approuva l'autorité supérieure. Une commission chargée de la direction des travaux arrêta en 1820 un devis provisoire : une somme de trois cent quarante mille francs fut allouée au sculpteur qui serait chargé de l'exécution de la statue ; cent soixante-dix mille francs furent destinés aux frais de la construction du piédestal , de l'achat des bronzes , du transport et de l'érection du monument. Le Gouvernement fit don des marbres.
Quel artiste serait chargé de ce grand travail ? le choix ne pouvait être douteux; l'opinion publique désignait François- Frédéric Lemot. Cet artiste avait, en effet, des titres incontestables à cette préférence.
Né à Lyon , en 1773 , d'un pauvre menuisier , Lemot ne reçut qu'une éducation négligée; mais beaucoup de force de volonté et les dispositions les plus heureuses devaient lui faire parcourir une carrière brillante. A l'âge de dix-sept ans, en 1790, le jeune homme qui avait étudié l'art du statuaire obtint le premier grand prix mis au concours par l'Académie : son ouvrage était un bas-relief qui représentait le jugement de Salomon , travail fort remarquable , quoique le dessin un peu lourd trahit l'inexpérience de l'auteur. Soldat pendant quelque temps , mais bientôt rendu aux arts , Lemot exécuta avec bonheur un nombre considérable de compositions : on remarqua ses statues de Lycurgue, de Brutus , de Cicéron adressant la parole à Catilina , de Léonidas aux Thermopyles , la charmante figure d'Hébé versant le nectar à Jupiter transformé en aigle, celle d'une femme
STATUE ÉQUESTRE DE LOUIS XIV; LEMOT. — XIXe SIÈCLE. 11Û1
endormie , le modèle en plâtre de la statue du général Corbineau, le buste colossal de Jean Bart maintenant à Dunkerque , l'immense bas-relief qui décore le fronton de la colonnade du Louvre, celui de la tribune de la Chambre des députés , enfin les deux figures de la Victoire et de la Paix qui accompagnaient , sur l'arc de triomphe du Carrousel, le quadrige en bronze de l'église Saint-Marc à Venise. Ce futLemot qui exécuta la statue équestre de Henri IV sur le Pont-Neuf, composition d'un grand mérite , quoique l'artiste, obligé de se conformer à ses instructions, ait fait un cheval trop lourd et n'ait pas donné à la figure de Henri assez de vie et de distinction. Lemot devint membre de l'Institut, professeur à l'Ecole des beaux-arts , officier de la Légion-d'Honneur et baron : c'était à lui que la commission lyonnaise devait naturellement s'adresser pour l'exécution de la statue équestre de Louis XIV.
La première pierre du monument fut posée le 1er mai 1821 , par le maréchal duc de Bellune, au nom du duc d'Angoulème, en présence du comte Mathieu de la Redorte , commandant la dix-neuvième division militaire ; du baron d'Ordonneau, commandant le département; du comte de Lezay-Marnésia, préfet du Rhône ; du maire de Lyon , M. Rambaud; d'un grand nombre de fonctionnaires et d'officiers supérieurs; du comte de Monspey, président de la commission , et des députations du Conseil municipal et du Conseil général du département. Une inscription commémorative de la cérémonie , composée par l'Académie , fut gravée sur une planche de cuivre doré.
Lemot consacra quatre années à l'exécution de la statue équestre de Louis XIV. Il supprima la grotesque perruque ; la tête du roi est ornée d'une belle chevelure naturelle , et ceinte d'une couronne de lauriers. Louis est représenté dans l'âge de sa beauté et de sa force ; il est revêtu de la cuirasse antique , ses épaules sont couvertes de la chlamyde grecque; sa main droite s'appuie sur le bâton royal , la gauche retient le frein du coursier. Les jambes , dans l'attitude la plus simple , sont parées d'une magnifique chaussure , le brodequin antique. Rien de plus noble que la pose du monarque; le visage est calme et majestueux; le cheval est svelte , d'une forte race , mais d'élégantes proportions. Lemot s'est évidemment inspiré de celui qui porte Marc-Aurèle
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dans la cour du Capitole, à Rome. La tête de ranimai est pleine de vie et de feu ; Louis a le visage tourné du côté de la partie la plus considérable de la ville. Voici quelles sont les principales dimensions de la statue : longueur du cheval des narines à la queue , trois mètres vingt-cinq centimètres ; hauteur depuis les pieds jusqu'aux oreilles, trois mètres quinze centimètres; hauteur de la statue depuis les pieds du cheval jusqu'au sommet de la tête du prince , cinq mètres quatre-vingt-cinq centimètres; hauteur totale du monument en comptant les marches , douze mètres dix centimètres.
Le piédestal , un peu nu peut-être , fut exécuté sur les dessins de M. Heurtaut , architecte ; le revêtement du massif est en pierre de choin d'un seul bloc ; les marbres sont du plus beau choix.
C'était un grand et délicat travail que le transport de Paris à Lyon d'une masse si pesante; un habile entrepreneur, M. Ghefaldy, s'en chargea. Il fit construire une machine appelée fardier, d'un modèle fort ingénieux, à laquelle il attela vingt chevaux: douze chevaux de renfort furent ajoutés aux autres , lorsque la machine atteignit la montagne de Limonest. Treize jours suffirent pour le trajet : cette énorme statue arriva à Lyon, sans le moindre accident, le 15 octobre 1825 , à deux heures de l'après-midi. Son entrée fut triomphale ; des milliers de curieux se pressaient autour d'elle : on la hissa sur le piédestal par un procédé simple et ingénieux. La fête de l'inauguration fut ajournée au jour de la Saint-Charles ; et comme c'était un vendredi , la cérémonie fut renvoyée au dimanche suivant, 6 novembre 1825.
Elle eut lieu avec beaucoup de pompe. La garnison , infanterie et cavalerie, occupait la place Louis - le - Grand ; une estrade richement décorée portait le commissaire délégué par le roi , les députés du Conseil général et du Conseil municipal, et grand nombre d'invités. Le lieutenant -général vicomte Paultre de Lamothe; le général Roguet, commandant du département; le comte de Brosses , préfet du Rhône , et M. Rambaud , maire de Lyon , étaient sur le premier rang. Quatre mats tenaient suspendus des voiles blancs fleurdelisés d'or qui enveloppaient la statue. MM. de Brosses et Rambaud prononcèrent des discours : à midi , le préfet donna ordre , au nom du roi , de découvrir le monument; aussitôt les spectateurs se levèrent, les tambours
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battirent aux champs , et la statue parut , radieuse , aux acclamations répétées de : « Vive le roi ! vivent les Bourbons ! » Des salves d'artillerie se firent entendre ; les régiments présentèrent les armes : deux discours furent adressés au préfet , l'un par M. de Saint -Tri vier, président de la commission , l'autre par M. le maire Rambaud. M. de Brosses répondit ; puis toutes les troupes défilèrent devant la statue , drapeaux déployés et musique en tète. Le soir , il y eut danses publiques , illuminations , et un combat simulé exécuté par les soldats de la garnison , du quai Saint -Antoine au coteau de Fourvière, qu'éclairaient de leurs clartés rougeàtres les feux du Bengale '. Enfin, le samedi 12 novembre, trois membres de la commission renfermèrent dans l'intérieur du cheval une boîte de plomb qui contenait les discours prononcés à l'occasion de cette solennité et le procèsverbal de l'inauguration de la statue. Deux médailles furent frappées à cette occasion : l'une, d'un petit modèle, est de M. Barre; l'autre, de grandes dimensions, est d'un artiste, lyonnais en quelque sorte, M. Galle-; elle représente d'un côté les tétea conjuguées de Charles X et de Louis XVIII, et de l'autre la statue équestre. Une députation lyonnaise se rendit à Paris et offrit cette médaille , de la part de la ville , au roi Charles X. 3
$ VI. Le dernier mois de l'année 1825 fut marqué par un désastre causé par un débordement du Bhône , bien plus considérable que ne l'avait été celui de l'année 1820. Des pluies continuelles et abondantes étaient tombées pendant les nuits du 18 et du 19 octobre; une crue rapide du Bhône commença à minuit. Quelques radeaux étaient amarrés sur la rive gauche du Bhône , près de la Tète-d'Or ; entraînés par la force des eaux , ils vinrent
!. -«Les inscriptions suivantes ont été gravées sur le piédestal :
LV DOT ICO MAGNO — REGI PATItl HE ROI — ANNO M. D. CCXIII.
LVDOVICI MAONI — 8TATVAM EQVESTaEM — 1N1QVIS TEMPOBIBVS — DtSJECTAM — CIVITAS
LVODVNBNSIVM — » REGIOQVB EHODANICA — 1M8TAVEAVBEVNT ANNO M. D. CCC1XT.
S. —M. Galle est né à Saint- Etienne , mais il a habité Lyon plusieurs années.
3. — Lemot ue survécut que deux années à l'érection de la statue de Louis XIV ; ses restes , ainsi qu'il en avait témoigné le désir , furent transportés en Vendée , dans le beau château de Clissou qu'il avait restaure.
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se briser sur le pont Morand. Les poutres et les troncs d'arbres dont ils étaient formés obstruèrent huit arches ; soulevés verticalement , ils s'entre-croisèrent de diverses manières avec les piles du pont, et luttèrent de tout leur poids et de toute la violence du courant contre l'obstacle qui les retenait. Telle était la puissance du choc , que le pont s'inclina sensiblement ; de hardis ouvriers descendirent sur cet amas de pièces de bois enchevêtrées , et firent de grands efforts , mais sans succès , pour dégager les arches embarrassées. On travailla toute la nuit du 21 au 22 pour prévenir une catastrophe imminente ; un ingénieur' proposa de sacrifier trois arches , et ne fut pas écouté. Déjà , malgré la solidité de 1 asphalte qui les unissait , toutes les pierres du trottoir étaient disjointes ; on attendait de moment en moment une catastrophe : elle eut lieu le 22 , à quatre heures et demie du matin. Le Rhône emporta quatre arches de ce pont qui avait si bien résisté à la débâcle des glaces en 1789. Quoique le fleuve débordé restât dans sa plus considérable hauteur, à quarante centimètres au-dessous des grandes eaux de 1812, il causa cependant des dommages assez graves. Toute la plaine des Broteaux et les parties basses de la Guillotière sur la rive gauche , et le quartier de la Basseville sur la rive droite, furent submergés pendant vingt-quatre heures. Deux maisons récemment construites aux Petits - Broteaux s'entr'ouvrirent : leurs habitants , surpris par la rapidité de l'inondation > eurent beaucoup de peine à s'échapper dans un batelet. Quelques cabanes en terre et en bois s'affaissèrent ; les deux baraques qui servaient au pont Morand de bureaux de péage, du côté de l'Est, fléchirent et s'écroulèrent ; il y eut enfin d'assez graves avaries aux piles du pont de la Guillotière : celles que le pont Morand avait éprouvées furent réparées en moins de vingt-quatre jours.
Aucune trace de ce désastre ne subsistait lorsque la famille d'Orléans vint à Lyon, le là juillet de l'année suivante. Mgr le duc , Madame la duchesse , Mademoiselle d'Orléans , le duc de Chartres et les jeunes princesses ses soeurs se firent conduire dans les riches magasins de soieries de MM. Didier-Petit , Grand frères et Yéméniz : ils admirèrent , chez ce dernier , les velours façonnés et les magnifiques étoffes que demande à Lyon le luxe de l'Orient. L'illustre famille se rendit ensuite dans la fabrique de
LA DDCHBSSB DE BKftRl A LYON EN 1829. XIXe SIÉGLE. 4 1 Û5
dorures de MM. Channy et Jaillard , ei examina avec intérêt les procédés du tirage d'or; elle visita les deux grands Hôpitaux et les collections du Palais des Arts , entre autres les cabinets curieux de Revoil et d'Artaud : le prince fit l'acquisition d'un tableau de M. Genod. Il désirait connaître le tissage des étoffes de soie et voir des ouvriers sur leurs métiers ; on le mena à la Sanvagère , immense atelier dont l'activité parut le frapper. Le duc d'Orléans quitta Lyon, le lendemain matin, à six heures; il se rendit à Chambéry.
Une autre royale famille fut reçue à Lyon trois années plus tard : Madame la duchesse de Berri annonça, en traversant la ville le 17 octobre 1829 , qu'elle reviendrait dans quelques jours; elle tint parole. Un avis de la mairie annonça sa prochaine arrivée, ainsi que celle de l'infant d'Espagne , don Francisco , et de la princesse Charlotte de Naples, sa femme. Ces nobles voyageurs descendirent à l'hôtel de l'Europe; pour être plus libres, ils avaient décliné les honneurs des réceptions et des fêtes officielles. On les conduisit, le jour même de leur arrivée, 20 octobre , à l'établissement de la Sauvagère : ils y virent deux cents métiers battants; au sortir de cette belle fabrique, la duchesse de Berri et ses parents se rendirent à l'invitation que leur avait faite M. Ânginieur , et admirèrent le beau panorama qui se déploie sous les yeux, du balcon d'une des plus remarquables maisons de campagne de la rive gauche de la Saône. L'air était pur, et un chaud soleil d'automne animait le paysage. Le lendemain , à une heure , Madame de Berri se rendit au palais Saint-Pierre ; chemin faisant , elle entra dans plusieurs magasins de soieries et acheta une quantité considérable d'étoffes. Arrivée au palais , la duchesse et les infants visitèrent le Musée, la collection des antiques et le cabinet d'histoire naturelle. Une exposition des tableaux récemment terminés par les peintres de l'école lyonnaise avait été improvisée pour eux : Madame de Berri fit l'acquisition de plusieurs ouvrages remarquables exécutés par MM. Genod , Thierriat , Guindrand et Biard ; elle se reposa quelques instants dans le salon de la Chambre de commerce , et accueillit par de gracieuses paroles, dans le cabinet de Revoil, une députation des Jeunes-Economes. Au retour du palais , la royale famille se rendit à l'Hôtel-Dieu , dont elle parcourut les principales salles ,
accompagnée d'une partie des membres de l'administration. Le soir, Madame de Berri alla au théâtre; elle avait désigné elle-même la composition du spectacle , ce qu'elle fit aussi le jour suivant. Le temps était affreux le 22; cependant l'infant et les princesses, accompagnés par le maire et par le préfet , allèrent visiter, dans la grande salle de la Bibliothèque , une exhibition des produits des principales fabriques de soieries. Us remarquèrent la belle tenture exécutée , pour l'Hôtel-de- Ville , par MM. Grand frères , le meuble tissé pour la même destination dans les ateliers de M. Didier-Petit , et la tenture , dans le genre gothique , par le même manufacturier-artiste ; des velours splendides , fabriqués par M. Guéri n -Philippon pour le garde-meuble de la couronne; les tentures de MM. Corderier et Lemire ; des étoffes relevées d'or , soit brochées , soit unies , et un portrait du roi , sortis des ateliers de MM. Mathevon et Bouvard; enfin, dans des genres très variés, une multitude d'étoffes de goût dont la duchesse fit une ample provision *. Cette séance dura plus de deux heures. De la Bibliothèque les princesses et l'infant se firent conduire à la cathédrale; ils y étaient attendus par l'archevêque entouré de son clergé. Leur départ eut lieu le lendemain 23 , après un déjeuner à la Préfecture ; malgré une pluie battante , une foule considérable salua les voyageurs de ses acclamations. Après avoir accompagné ses augustes parents jusqu'à la frontière, Madame de Berri revint à Lyon , mais elle n'y fit qu'un court séjour : des pots à feu de flammes du Bengale , échelonnés sur la route , s'allumèrent spontanément sur son passage et produisirent un effet très pittoresque. La musique militaire se faisait entendre, et la place de Bellecour ainsi que l'Hôtel-de-Ville étaient illuminés. S. A. R. le duc d'Orléans , accompagné du duc de Chartres, avait traversé la ville le 29 octobre de la même année , et ne s'y était arrêté que quelques heures.
§ VII. Ces visites officielles , dont le récit occupe une place si considérable dans l'histoire des villes de province , ne produisent
1 . — Je n'oublierai point uu des chefs-d'œuvre de l'industrie lyonnaise sous la Restauration, le testament de Louis XVI , admirablement lisse en soie sur le métier par M. Maiziat. Les lettres sont d'un excellent type ; elles ont la régularité et la perfection des caractères typographiques de Bodoni el de Didol. Celle grande page en étoffe est une merveille de bonne et belle exécution.
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cependant qu'une émotion passagère , et justifieraient peu l'importance qu'on leur accorde , si des études de mœurs ou d'utiles renseignements sur la situation des arts et de l'industrie ne s'y rattachaient souvent. Peut-être les Bourbons de la branche aînée ne les multiplièrent-ils point assez ; affables , dignes et bons , ils n'avaient qu'à gagner en se faisant connaître le plus possible à la France. Lyon prit un essor considérable sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X; paralysé sous l'Empire, et réduit plusieurs fois aux extrémités les plus cruelles , son commerce eut un grand élan dès l'avènement de la Restauration. Les soies augmentèrent considérablement de valeur; les magasins encombrés se vidèrent, et le nombre des métiers en activité s'accrut de plusieurs milliers. Il y eut dans la ville une amélioration matérielle très sensible; j'indiquerai rapidement les travaux publics qui furent exécutés pendant les quinze années de la Restauration.
On termina quelques monuments commencés sous l'Empire et demeurés inachevés. Le pont de Serin fut livré à la circulation en 1815; celui d'Ainay était peu avancé. En 1817, le préfet du Rhône, comte de Chabrol , proposa à l'administration des Hospices de le terminer, et de se substituer au Gouvernement moyennant la coucession d'un péage pour quatre-vingt-dix-neuf années; les Hôpitaux acceptèrent, ils n'avaient guère à supporter qu'un tiers de la dépense. Long de 114 mètres entre les culées, le pont d'Ainay a 9 mètres de largeur; il est formé de cinq piles en pierre qui supportent une charpente en bois. On le livra en 1818 à la circulation '. Sa construction n'avait pas
1. — Pendant le court de celte année 1818 le préfet du Rhône fut installé dans l'ancien monastère des Jacobins, qu'un décret impérial de 1810 avait affecté à cette destination. Il avait fallu de grands travaux et une dépense de plus de quinze ceiit mille francs pour mettre le vieil édifice en état de recevoir les bureaux et son nouvel hôte. Ainsi restaurée , la Préfecture se compose d'un corps de logis central , précédé par deux ailes parallèles qu'unissent une galerie et une grille en fer. Cet immense bâtiment a un aspect peu agréable , et sa distribution intérieure est peu commode. Le jardin est humide , insalubre, et dominé par les maisons du voisinage.
Ce fut en 1818 que M. Menoux, conseiller de préfecture, posa la première pierre des nouveaux bâtiments de l'Ecole vétérinaire; poussés avec peu d'activité, les travaux furent bientôt complètement interrompus.