‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 73 sur 229 · HUS XIX0 SIÈCLE. LYON SOUS LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

HUS XIX0 SIÈCLE. LYON SOUS LA RESTAURATION

toute la solidité déçjrable ; des réparations considérables devinrent nécessaires en 1835. Tant de relations unissaient le quartier des Broteaux à la rive gauche du Rhône , qu'un nouveau pont sur ce fleuve était reconnu indispensable , surtout au niveau de la maison du Concert. Une compagnie se présenta; mais le long privilège de la compagnie Morand était un obstacle : une fusion des deux sociétés concilia leurs intérêts. La première pierre fut posée du côté de la ville le 6 avril 1826; deux années suffirent à l'achèvement des travaux. Ce pont a des piles en pierre et une charpente en bois ; sa construction ne manque ni d'élégance ni de solidité. On le nomma pont Charles X , mais les vicissitudes politiques lui imposèrent bientôt une autre dénomination.

Deux édifices d'un genre monumental , le Grand-Théâtre et le Palais de Justice, marquèrent le passage de la Restauration à Lyon.

Devenue insuffisante pour le service de la population , la jolie salle de spectacle, ouvrage de Soufflot, avait un autre défaut : elle menaçait ruine. Assises sur les anciennes constructions du canal de jonction entre les deux fleuves , ses murailles s'étaient lézardées. Une restauration aurait été fort coûteuse , le Conseil municipal préféra bâtir un édifice entièrement neuf. Il commença par acheter, en 1 827, l'ancienne salle qui était devenue une propriété particulière, et la fit démolir aussitôt : la première pierre de la nouvelle salle fut posée le 4 9 août 1828, et l'édifice livré au public en i 830. Construit d'après les plans de MM. Chenavard et Pollet, le Grand-Théâtre avait une forme circulaire, et se faisait remarquer par la majesté de son aspect et par la pureté du style grec ; mais sa distribution intérieure était peu commode , et il y avait beaucoup de places perdues. Les théâtres d'Italie n'ont pas de façades remarquables ; rien à l'extérieur n'a été donné au coup d'œil , mais à l'intérieur tout a été fait dans l'intérêt de l'art et pour le bien-être des spectateurs. Abel de Pujol a peint le plafond du théâtre, Perlet a décoré le foyer; construit avec une extrême solidité, cet édifice a absorbé plus de quatre millions. Le Palais de Justice devait coûter bien davantage, et présenter des défauts beaucoup plus graves. En 1827, le Conseil général du département du Rhône et le Conseil munici-

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pal, aidés par le concours du Gouvernement , votèrent l'érection de cet édifice : il y eut quelque hésitation sur remplacement qu'on choisirait. Le quartier Perrache offrait le grand avantage d'un espace de dimensions en quelque sorte illimitées; le quartier de l'Ouest avait une position plus centrale et un droit acquis : il obtint la préférence. On donna pour périmètre au Palais de Justice l'intervalle compris entre les rues Trois-Maries et Portefroc d'une part, et de l'autre le port de Roanne et le côté oriental des maisons de la rue Saint-Jean. Une prison , dépendance obligée du Palais, eut cette rue pour limite à l'Ouest. Ces dispositions prises , Baltard , architecte imposé pour l'édifice, se mit à l'œuvre; on sait quels ont été les résultats de ses travaux : tout fut sacrifié à l'effet d'une colonnade d'ordre corinthien plaquée contre un vaste corps de bâtiment sans symétrie , et écrasée par une énorme maison qui en est voisine. Rien de plus incommode que la distribution intérieure : la prison est trop étroite, peu sûre et médiocrement salubre; elle manque d'air et de lumière. Ce malencontreux Palais, qui n'est point encore terminé , a pesé d'un poids énorme sur le budget de la ville et du département du Rhône.

Baltard ne fut guère plus heureux dans la construction de la prison de Perrache, autre monument de la Restauration à Lyon. Lorsque l'administration eut décidé qu'une maison de correction serait bâtie en remplacement de celle de la rue Saint-Joseph , elle désigna d'abord un emplacement sur la rive gauche de la Saône , non loin du cours du Midi ; mais un lieu semblable avait de graves inconvénients sous le rapport de la salubrité , on en choisit un autre, dans des conditions bien meilleures, sur la rive droite du Rhône. Bâtie avec peu de solidité pour une population présumée de deux cents détenus , la maison de correction devint insuffisante quand elle en reçut quatre cents. Cet inconvénient ne saurait être reproché à l'architecte; mais Baltard est responsable de l'incommodité des aménagements intérieurs. Huit corps de bâtiments isolés par des cours et liés par des galeries composent l'édifice; ils renferment diverses catégories de prisonniers , qui n'ont pas de communications ensemble. Cent vingt enfans occupent deux de ces divisions; ils reçoivent dans l'établissement une éducation élémentaire complète , et apprennent

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un métier. Il serait facile à un architecte de construire une prison sur un plan beaucoup plus convenable que celui qui a été suivi ; la maison de correction de Perrache n'en est pas moins un progrès immense , surtout lorsqu'on se rappelle les dispositions , bien autrement insalubres et mauvaises , des anciennes prisons de Roanne et de Saint-Joseph.

Un autre service signalé que rendit à la ville de Lyon l'administration sous Charles X , ce fut la destination qu'elle donna à la presqu'île Perrache. Le maire, M. de Lacroix-Laval, frappé de sa situation heureuse , voulut en faire une cité tout industrielle, un autre Manchester, et travailla avec persévérance à ce grand ouvrage. Il appela sur la presqu'île, assainie par des remblais, des fabriques dont quelques-unes devinrent plus tard un inconvénient grave , et il eut l'honorable initiative de quelquesuns des grands travaux qui forent exécutés plus tard dans ce quartier d'un si bel avenir.

§ VIII. Ce n'est pas dans l'étude de ces monuments divers , et dans les récits officiels des réceptions que faisaient aux princes de la branche aînée des Bourbons les administrateurs de la ville, qu'il faut chercher l'histoire intime de Lyon, de 1820 à 1830; elle est autre part. Ce qu'il importe de remarquer, c'est le mouvement de l'opinion publique, c'est le progrès des idées nationales dans le peuple et dans les classes élevées de la société lyonnaise. Une sourde réaction se manifestait contre la politique du Gouvernement ; égarée par ses conseillers , compromise par les fautes de ses agents et entraînée par la fatalité , la Restauration , malgré ses bonnes intentions généralement reconnues , malgré le bien-être matériel dont elle avait fait jouir les Lyonnais, n'avait pu se rendre populaire parmi eux. En dehors des fonctionnaires et d'un petit cercle aristocratique, elle avait, en 1829, peu d'amis : jeunes gens des écoles, ouvriers, chefs d'atelier, propriétaires , chefs de commerce , citoyens de toutes les classes et de toutes les conditions espéraient un autre gouvernement , un changement de système , un ordre politique nouveau : singulière conspiration, dont tout le monde faisait partie ! Ces dispositions se manifestèrent avec plus de force lorsque, choisissant ses conseillers, Charles X parut se plaire à jeter à la France , comme un défi , les noms les plus odieux ; les craintes et les répugnances ne

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furent pas moins vives à Lyon qu'à Paris. Le comte de Brosses était préfet , le lieutenant-général Paultre de Lamothe commandait la dix-neuvième division militaire. Héritier d'un nom distingué dans les lettres , grand seigneur de race et d'habitudes , doué d'un caractère ferme sous une apparence de légèreté, M. de Brosses cachait sous les dehors d'une distraction continuelle beaucoup de finesse, d'esprit d'observation et d'aptitude administrative : quelques mots lui suffisaient pour juger, soit un homme , soit une affaire. Les fêtes qu'il donnait avaient un éclat qui n'a point été égalé , et nul fonctionnaire ne servait mieux le Gouvernement. Dévoué de cœur aux Bourbons qui avaient fait en grande partie sa fortune militaire, pourvu de connaissances variées qu'il s'occupait sans cesse d'étendre , ardent , impétueux, violent même , et cependant d'une grande bonté , homme en tout d'une distinction parfaite et général d'une bravoure éprouvée, M. Paultre de Lamothe ne représentait pas avec moins de dignité le pouvoir royal. Ni lui ni M. de Brosses ne connaissaient bien l'opinion publique ; ils ne voyaient que la surface de la société lyonnaise, et n'apercevaient pas les tempêtes qui commençaient à bouillonner sous l'écorce.

Un événement grave leur dessilla. les yeux. Le général Lafayette venait de parcourir le Dauphiné: simple particulier, il recevait du peuple une réception prinfcière; son voyage était un triomphe. Quand on sut à Lyon qu'il devait arriver dans la ville le 5 septembre 1 829 , une fête civique fut préparée. Cinquante jeunes gens organisés spontanément en gardes d'honneur à cheval, et plus de mille citoyens à pied, allèrent au-devant de Lafayette ; une calèche traînée par quatre chevaux richement harnachés avait été envoyée à la rencontre du général. Reçu par le président de la commission, M. Prunelle, il répondit en se félicitant d'avoir rencontré partout sur son passage cette fermeté calme d'un grand peuple qui connaît ses droits, sent sa force et veut être fidèle à ses devoirs. La calèche était entrée dans la ville par le nouveau pont , que le peuple aussitôt nomma pont Lafayette. Des députations de villes voisines se firent présenter au général , et la foule se tint en permanence à la porte de l'hôtel. Le lendemain , Lafayette accepta une belle fête qui lui fut offerte aux environs de File-Barbe ; une population immense se pressait

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sur les deux rives de la Saône pour le voir passer. On lui offrit , le 8 , un banquet patriotique : MM. de Corcelles , Couderc et Alexis de Jussieu prononcèrent des discours dont quelques paroles étaient prophétiques. Le général , à son départ , fut salué par de chaleureuses acclamations ; il avait été pris comme un drapeau par l'opinion publique alarmée et indignée. Si M. de Brosses eut suivi son premier mouvement , il eût interrompu par une manifestation vigoureuse le cours de cette ovation menaçante; mais Lafayette et ses amis n'avaient pas dépassé les limites de la légalité. C'eût été d'ailleurs une mesure hasardeuse ; il ne s'agissait pas, au mois de septembre 1829, d'un mouvement sans but et conduit, comme celui de 1817, par quelques hommes sans consistance : M. de Brosses avait en face de lui une partie de l'élite de la société lyonnaise , des hommes considérables et en grand nombre , tout un peuple enfin qui n'aurait pas accepté paisiblement un acte arbitraire. Le préfet reçut quelques jours après un autre enseignement ; il y eut, le i 2 septembre, une touchante cérémonie au tombeau de Mouton-Duvernet : vingt mille citoyens s'étaient rendus à Loyasse dans le plus grand ordre , le crêpe au bras ; plusieurs discours furent prononcés , on remarqua celui du général Bourguignon. Un journal rédigé avec talent servait d'organe aux idées libérales ; enfin diverses sociétés secrètes , dont je n'ai point à faire l'histoire , agissaient dans le même sens , quoique avec moins de succès peut-être.

L'expédition d'Alger ne donna point le change à l'opinion , et le peuple ne prit aucune part à la fête que le lieutenant-général Paultre de Lamothe improvisa pour faire honneur au maréchal de Bourmont , ministre de la guerre. Arrivé à Lyon le 28 avril 1 830, à cinq heures du soir, le duc d'Angoulême n'entendit point le sourd frémissement des masses au travers de son entourage doré. Il descendit à l'hôtel de la Préfecture au bruit de salves d'artillerie; une batterie de bombes avait été placée sur le fort Saint-Jean , tous les édifices publics étaient illuminés, et les troupes de la garnison formaient la haie. Elles furent passées en revue par le prince le lendemain matin à sept heures; c'étaient le 6e et le 40e régiment de ligne, et le 10e régiment de chasseurs à cheval. Aussitôt après eurent lieu les présentations , puis le duc partit pour Valence. Il revint le il mai : une cavalcade

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d'honneur, composée de cent quarante jeunes gens, et conduite par le lieutenant-général Paultre de Lamothe qui avait pour le duc d'Angoulême une affection particulière , alla au-devant de S. A. R. Les chefs de l'institution Aynès et Sauvignet avaient fait ériger un arc de triomphe sur la route de la Guillotière, au lieu des Hirondelles. Le cortège arriva à l'hôtel de la Préfecture à cinq heures et demie du soir. M. d'Haussez , ministre de la marine, y était descendu à trois heures. Le. lendemain, malgré le mauvais temps, S. A. R. se rendit à la nouvelle prison de Perrache et y fut reçue par le président de la Commission administrative. Elle alla ensuite voir les chantiers de MM. Seguin, près de la caserne de l'indiennerie ; M. de Lacroix-Laval lui présenta le plan nouveau de la presqu'île de Perrache , et fut écouté avec intérêt. Le duc visita l'entrepôt des sels, dont le caractère monumental parut lui plaire; il quitta Lyon le 16, après avoir reçu l'institution des sourds-muets. Pendant ces démonstrations officielles, les événements et l'opinion marchaient : Lyon avait fait ses derniers adieux aux Bourbons de la branche aînée.

§ IX. Un bruit vague de la publication, par le Moniteur, des ordonnances de juillet, circula dans Lyon le 28 : on annonçait un coup d'état. Le numéro de ce jour du journal le Précurseur parla de ces rumeurs encore incertaines, et s'exprima avec énergie. Le lendemain il déclara qu'un ministre coupable avait brisé le palladium du trône , et que la charte était violée : des lettres particulières confirmèrent le fait. Sommé le 29 par un commissaire de police de reconnaître la suspension de la liberté de la presse , le Précurseur s'y refusa ; seul de tous les journaux de la ville, il ne fit pas sa soumission, et repoussa comme illégaux et attentatoires à la propriété les actes qu'on lui notifiait. Il paraîtrait , disait-il , tant qu'une force majeure ne lui en ôterait pas la possibilité , ce qu'il fit en effet : son imprimerie fut envahie par des agents de police au nom du préfet; le journal n'en fut pas moins publié , quoique mutilé.

Cependant l'agitation croissait parmi les Lyonnais ; ils savaient qu'on se battait à Paris. Le 31 juillet, quelques-uns d'entre eux se rendirent auprès du préfet et lui demandèrent , dans l'intérêt du maintien de la tranquillité publique , l'autorisation de se consti-

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tuer en garde nationale. Surpris désagréablement par cette communication , M. de Brosses exigea une demande par écrit. Des attroupements considérables se formèrent aux Broteaux , sûr la place des Terreaux et sur les quais. Une proclamation du préfet, qu'on afficha dans la soirée , ne calma nullement l'anxiété générale; des postes nombreux de troupes de ligne et des piquets de cavalerie observaient les groupes. Toute la ville attendait avec la plus vive inquiétude des nouvelles de Paris ; on remarqua que les armoiries royales avaient été mutilées et biffées sur les panneaux des messageries, et déjà on pressentait les premiers succès du peuple. Une commission provisoire se forma pour diriger le mouvement de Lyon et accélérer l'organisation de la garde nationale : comme elle ignorait les événements de Paris , son rôle n'était pas sans danger ; elle fit preuve d'activité et de courage.

Une députation de citoyens fit, le 31 juillet, de nouvelles instances auprès de M. de Brosses pour obtenir de lui l'invitation de constituer la garde nationale. Le préfet répondit encore d'une manière évasive : ce qu'il voulait, c'était gagner du temps. Le lieutenant-général Paultre de Lamothe ne recevait point d'ordres du Gouvernement ; moins résolu que M. de Brosses , sans doute parce qu'il avait une responsabilité plus grande , et qu'un mot de lui pouvait faire couler des flots de sang , il ne savait à quelles mesures s'arrêter. Désavouée par l'autorité , la garde nationale prit le parti de se constituer elle-même : en peu d'heures quinze cents hommes furent équipés et armés. Cette milice citoyenne avait une grande force morale ; elle demanda instamment à occuper l'Hôtel-de- Ville , où se trouvaient réunis le lieutenant-général, le préfet et le premier adjoint au maire, le courageux M. deVerna. M. de Brosses refusa; il fit afficher dans la journée une proclamation dans laquelle il invitait le peuple de Lyon à la confiance: il ajoutait que l'administration avait vu avec inquiétude des rassemblements se former et s'organiser sans le concours d'aucune autorité légale , et qu'elle s'occuperait de la formation d'une garde urbaine , expression qui fut remarquée. Le U* régiment de chasseurs à cheval arriva dans la soirée , et eut peine à se frayer un passage au travers de la population descendue tout entière dans les rues. A cinq heures et demie du

soir, les gardes nationaux furent enfin admis dans l'intérieur de l'Hôtel-de- Ville, dont ils firent le service concurremment avec la troupe de ligne. Ainsi, la révolution s'était terminée à Lyon sans effusion de sang et sans qu'on y eût encore reçu la nouvelle de la victoire du peuple de Paris. Une dépêche télégraphique, adressée le 1er août au lieutenant-général, lui reprocha son silence après la communication qu'il avait dû recevoir le 34 , et le rendit responsable du sang qui serait versé. Le général Paultre de Lamothe n'avait déjà plus sa liberté d'action; on le surveillait de près , et il était en quelque sorte prisonnier. Le général Verdier fut appelé au commandement de la garde nationale.

M. de Brosses résistait encore au mouvement populaire le lundi 2 août; indiffèrent au danger qu'il pourrait courir, il fit arborer le drapeau blanc sur la galerie de la Préfecture. Cette manifestation imprudente pouvait avoir les suites les plus graves; le peuple indigné poussait de grandes clameurs, et menaçait d'envahir l'hôtel. La garde nationale, qui occupait le poste, déclara qu'elle ne répondait plus du maintien de la paix publique; cependant le préfet s'obstinait , et il fallut le contraindre en quelque sorte pour arracher de lui l'autorisation tacite de retirer le drapeau. Dans la journée, les prisonniers à Saint-Joseph se mirent en pleine révolte, repoussèrent et maltraitèrent leurs gardiens, brisèrent tout ce qui leur tomba sous Ja main et se barricadèrent. Sommés de rentrer dans l'ordre , ils résistèrent à toutes les injonctions, et répondirent en lançant à la force publique des menaces et des projectiles; il fallut faire feu. Deux de ces malheureux furent tués.

Le 3 août, le drapeau tricolore fut inauguré dans la matinée sur le balcon de l'Hôtel-de- Ville, en présence d'un corps nombreux de gardes nationaux , des troupes de la garnison , et d'une multitude de citoyens étonnés de ce spectacle et qui en croyaient à peine leurs yeux. Le général Verdier remit à la milice citoyenne le drapeau aux couleurs nationales , et le défilé eut lieu devant lui. Bientôt après le général Bachelu vint prendre le commandement de la dix-neuvième division militaire; il constitua la municipalité provisoire en vertu des pouvoirs qui lui avaient été délégués par le duc d'Orléans , lieutenant-général du

royaume. M. Prunelle fut nommé maire en remplacement de M. de Lacroix-Laval ; MM. Terme , Victor Beaup et Arlès-Dufour succédèrent à MM. de Verna , Ghalandon et de Gatelier , adjoints. MM. de Boisset , Evesque et Dugas furent maintenus. M. Paulze d'Ivoy prit possession de l'hôtel de la Préfecture.

Le 7 août , Louis-Philippe reçut le titre de roi des Français ; une proclamation du maire à ses concitoyens annonça ce grand événement aux Lyonnais , qui l'accueillirent avec une vive satisfaction. On arrêta qu'une adresse de félicitation serait portée par une députation au roi , et que tous les citoyens la signeraient. Une brillante revue de la garde nationale eut lieu le 29 août ; vingt mille soldats-citoyens s'y rendirent. Il n'y avait point encore de dissidences politiques parmi les hommes de juillet, et tous les coeurs s'unissaient dans un même sentiment de joie et d'orgueil au souvenir des événements qui venaient de s'accomplir.

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