‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 78 sur 229 · TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS

$ I. Les cérémonies publiques, les entrées solennelles de grands personnages, les discordes entre les classes diverses de citoyens sont des accidents dans la vie des grandes villes ; la véritable histoire des cités n'est pas là : elle consiste dans l'étude attentive des progrès de la civilisation , manifestée par l'activité des travaux publics et du commerce, par le développement des secours publics , par le mouvement des lettres , des sciences et

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des arts , par l'amélioration de la condition matérielle et morale de£la population. C'est sous ce point de vue que j'examinerai la marche de la civilisation lyonnaise pendant les dix-sept années qui viennent de s'écouler. D'immenses améliorations ont signalé cette période, leur examen approfondi demanderait une place que je ne puis leur donner; elle égalerait en étendue celle de cette histoire entière. Obligé de caractériser le progrès partout où il s'est montré , je dois me borner à une indication sommaire , et résumer le plus possible pour ne rien oublier d'important. Ce sont les travaux publics que l'ordre des matières fait d'abord comparaître : ils ont été tellement considérables, et le besoin du confortable est devenu si général et si vif, qu'un remaniement du plan de la ville est chose nécessaire. Nous ne comprenons point les habitudes de nos pères , et il nous est difficile de concevoir comment ils pouvaient arranger leur vie dans la ville incommode et insalubre qu'ils s'étaient bâtie. Le Lyon ancien n'était qu'un amas de maisons entassées sans la moindre idée de symétrie , et au mépris de toutes les lois de l'hygiène ; elles surgissaient du sol selon le caprice ou l'intérêt du constructeur, rangées sans régularité pour former des rues tortueuses , de quatre à cinq mètres de largeur. Point de ventilation dans ces couloirs resserrés, point d'accès à l'air et i la lumière solaire; le sol n'est qu'une boue détrempée, recouvert sur quelques points de cailloux anguleux. Si l'on entre dans une de ces maisons, on rencontre d'abord une allée sombre , terminée à l'autre extrémité par une petite cour humide et fétide et par un escalier tournant dont les marches hautes , obscures et raides sont un danger à chaque pas : telles sont encore bon nombre d'habitations dans les vieux quartiers. Point de quais, la Saône baigne le pied de ces masures dans la plus grande étendue de son parcours ; ce n'est pas sur la rivière , du côté de l'air et du soleil qu'est la façade, elle est sur la rue. Une seule voie de communication , et quelle voie ! La rue Mercière dessert les relations entre le Nord et le Midi , et met en rapport Lyon et Marseille. Il n'y a qu'un seul pont pour chacun des deux fleuves; le pont du Change passe de l'une des rives de la Saône à l'autre , et le pont de la Guillotière traverse le Rhône ; c'est à Ainay que se trouve le confluent du Rhône et de la Saône, Tous ces vastes terrains

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qu'on nomme les Broteaux ne sont qu'un marécage , où paissent çà et là de maigres bestiaux. Point de police urbaine, point d'institutions protectrices de la santé des citoyens ; des immondices infectes devant la porte de chaque maison , et des maladies épidémiques très meurtrières presque toutes les années : voilà Lyon encore au dix-septième siècle.

Une impérieuse nécessité amena quelque réforme à cette déplorable situation pendant la dernière moitié du siècle dernier ; il y eut enfin un plan de la ville , calculé sur les besoins d'une agglomération de cent mille âmes. Il a été modifié plusieurs fois , et il a fallu récemment lui faire éprouver un remaniement complet : tel qu'il était, il ne répondait point, malgré d'importantes améliorations de détail, aux convenances d'une population doublée. On sentit l'urgence de voies de communication directes et larges , ouvertes du Nord au Midi et de l'Est à l'Ouest ; une commission des plans fut instituée : elle fit un examen consciencieux des conditions topographiques des quartiers de FOuest , du Midi et du Nord. De grandes difficultés d'exécution se présentaient : on n'avait point , en effet , à bâtir une ville de toutes pièces sur un terrain entièrement nu ; aucune combinaison possible ne promettait la régularité de Turin. Il fallait utiliser d'anciennes rues, dans cette cité âgée de dix-huit siècles, et renfermer les améliorations dans les limites du budget de la ville ; enfin, la ligne droite ne pouvait toujours être suivie d'une manière absolue. La durée séculaire des matériaux qui servent à nos constructions devenait un obstacle ; en effet , elle écartait presque indéfiniment la chance désirable de la chute de ces murailles incommodes qui gênent si fort la voie publique. Une volonté intelligente et forte a triomphé, en grande partie, de ces inconvénients; nous possédons enfin un plan général d'alignement que l'administration se propose de faire rigoureusement respecter. Des rues sombres , humides , sans ventilation et malsaines au plus haut degré , se sont transformées en quais magnifiques. Toute notre population d'ouvriers s'entassait dans des masures malsaines ; on a bâti pour elle , sur des plateaux élevés et dans des faubourgs qui sont devenus des villes considérables, des maisons dont les murs, percés à jour, laissent passer par grandes masses l'air et la lumière solaire. De belles habitations

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ont surgi du sol à Perrache, à la Croix-Rousse, à la Guillotière, aux Broteaux surtout; nos collines abruptes et désertes ont été sillonnées de rampes et découpées en rues transversales, droites et larges : de toute parts il y a eu progrès.

On ne saurait trop le redire , le meilleur système de régénération de l'ancien Lyon consisterait à dédoubler cette partie de la ville, en rasant tout un côté de chaque rue ; ainsi déblayé , le sol aurait une valeur supérieure à celle qu'il possède maintenant , couvert de ses ignobles masures : il importe plus encore de démolir que de bâtir. Telle a été la pensée de l'administration municipale; elle a rendu, d'après ce principe, d'immenses services. Grâces à elle , l'immonde rue du Bessard est devenue un des quartiers de la cité les plus salubres et les plus brillants ; ce grand carré de Sainte-Elisabeth , qui rappelait si bien la Cour des Miracles à Paris , sera bientôt couvert de maisons salubres et belles : Lyon échange chaque jour un de ses haillons contre un vêtement commode, élégant et sain. Si ces améliorations n'avaient eu d'autre objet que celui de rendre la vie plus facile aux riches , peut-être les aurais-je passées sous silence; mais ce n'est point seulement à une classe privilégiée , c'est surtout au peuple , c'est-à-dire au plus grand nombre, qu'elles ont profité. Le maire qui mérite le mieux de ses concitoyens n'est pas celui qui fait construire un palais , c'est celui dont l'intelligente administration régénère un vieux quartier et fait pénétrer à flots abondants , dans toutes les parties de la cité , un air pur et de bonnes eaux.

On ne sait point assez que de telles améliorations ont pour résultat direct l'accroissement de la durée moyenne de la vie ; et que placer la ville de Lyon dans de bonnes conditions de salubrité , c'est réduire chaque année les chances de mortalité pour toutes les classes de citoyens. On vit d'une santé meilleure et plus longtemps dans les quartiers neufs , à rues larges et bien ventilées , par exemple, sur les quais et sur les places , que dans les rues tortueuses et étroites de la cité moyen-âge. Assainir la ville, lui donner un bon système d'égouts, élargir et redresser ses rues , c'est ajouter , je le répète , à la vie de chaque citoyen. Ce sont les quartiers sombres et infects qui fournissent le plus de malades à nos hôpitaux; il y a bien plus de chances de Ion-

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