‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 79 sur 229 · TRAVAUX PUBLICS; PAVÉ. XIX6 SIÈCLE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS; PAVÉ. XIX6 SIÈCLE

gévité maintenant sur le quai d'Orléans , que n'en présentait autrefois le fétide corridor qu'on nommait rue de la Pêcherie. Que l'on compare , au point de vue de la salubrité , la ville actuelle delà Croix-Rousse, à l'ancien quartier de Saint-George; la différence est incalculable. Les rues insalubres sont des ennemis publics dont on ne saurait trop provoquer la destruction.

Qu'on me permette de faire précéder la récapitulation des travaux publics qui ont été entrepris à Lyon depuis 1830, par quelques observations générales sur notre système de constructions et sur certaines habitudes lyonnaises.

Gomme autrefois , les maisons ont une hauteur trop grande relativement à la largeur des rues ; elles transforment les rues en couloirs resserrés et peu accessibles à l'air et au soleil. Leur système de construction est infiniment supérieur , à tous égards, à celui que suivaient nos pères ; il n'est cependant pas sans reproches : toute rue devrait avoir une largeur égale à la hauteur de ses maisons les plus élevées ; en d'autres termes , il ne faudrait pas permettre de bâtir sur une rue une maison qui eût plus de hauteur que la rue n'a de largeur. Nous n'en sommes pas encore là, à beaucoup près, mais la réforme a commencé. Quelques quartiers ont des voies de communication en ligne droite et suffisamment larges; le temps fera le reste. Il y a, dans Lyon , des maisons de six , sept et même huit étages sur un vaste développement ; quelques-uns de ces colosses en pierre et en mortier s'élèvent sur des quais et sur des places publiques, mais tous ne possèdent pas cet avantage. Si la ville n'avait que des habitations à deux ou trois étages, elle occuperait un périmètre trois fois plus étendu. Ce qui dans son enceinte frappe d'abord les yeux de l'étranger, ce sont l'extrême élévation des maisons et le petit nombre des places publiques : comme le prix du sol est extrêmement élevé, l'entrepreneur cherche à regagner sur la hauteur ce qu'il ne peut avoir en surface. C'est la même considération qui condamne nos allées , nos cours et nos escaliers à des proportions si mesquines ; avide de bénéfices , la spéculation laisse à la circulation de l'air le moins d'espace possible. Elle a demandé à couvrir l'enclos du séminaire de maisons compactes, et à rétrécir par une double rangée de hautes maisons notre admirable quai Saint-Antoine; elle a calculé au

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plus juste combien la superficie du Jardin-des-Piantes pourrait rendre en loyers, et fait une guerre d'extermination au peu de jardins qui étaient demeurés debout auprès des habitations particulières. Son but , c'est d'entasser dans un espace donné le plus grand nombre possible de locataires; et, pourvu qu'elle l'atteigne, peu lui importent la commodité et la santé des citoyens. Elle ne prend aucun souci d'assurer à chaque locataire une quantité suffisante d'air et de lumière , et, préoccupée exclusivement d'intérêts privés, elle dédaigne l'observation des lois hygiéniques dont l'administration devrait songer davantage à lui demander compte. f

On a bâti une quantité énorme de maisons, de 1830 à 1847; mille quarante ont été élevées dans la seule année 1845, en grande partie aux Broteaux , quartier neuf où rien ne gène la commission des plans et les entrepreneurs. Ils ont de l'espace , et ils en usent pour décorer de très belles maisons parfaitement alignées, des rues d'une largeur considérable. On commence à voir dans quelques quartiers, en rue de Bourbon surtout, et à la place des Carmes , des maisons dont l'ornementation extérieure est remarquable; le luxe toujours croissant des magasins contribue beaucoup à l'embellissement de la ville : il n'a point atteint encore son dernier terme.

Une circonstance bien désirée le favorise. On sait quelle réputation détestable et méritée a depuis longtemps le pavé de Lyon : il se compose de cailloux ovoïdes, placés verticalement et serrés les uns contre les autres ; une couche de graviers en garnit les interstices et unit leurs pointes aiguës , sans en dissimuler l'aspérité. On a essayé sur divers points , par exemple dans les rues Lafont et Louis-le-Grand , l'emploi de pavés en pierres cubiques : sa supériorité n'est pas douteuse; il exige des réparations bien moins fréquentes , mais les frais de premier établissement sont infiniment plus considérables. C'était un problème en apparence insoluble que celui de la régénération de notre pavé; l'adoption du système des trottoirs en bitume, enfermés dans une bordure de pierre, l'a opérée en

1. — Je renvoie pour les détails sur ce sujet à l'ouvrage intitulé : Traité de salubrité à l'usage des grandes villes , suivi de l'Hygiène de Lyon. Paris, Baillicre, 1846, in- 8°.

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partie : ils rendent la voie publique , sur les quais et dans les rues principales , d'un parcours aussi commode qu'il était fatigant avant 1840. Une couche bitumineuse égale et très solide s'est étendue au-devant des magasins, dont elle facilite l'accès; elle couvre les passages les plus fréquentés, et deux places publiques, celle des Terreaux et celle des Célestins. Tout n'est pas fait encore , mais chaque jour voit ces lignes de trottoirs s'allonger et se souder l'une à l'autre : sollicitée par le maire de Lyon, la loi du 7 juin 1845 permet à l'administration de briser toutes les résistances. Quoique d'un ordre secondaire , ce progrès mérite d'être signalé.

Il en est un auquel je dois une mention spéciale , c'est l'ouverture de la magnifique rue de Bourbon, de la place Louis XVIII à la place de Bellecour : cette large voie de communication est fort remarquable , soit par la grande beauté de la plupart] des maisons dont elle est décorée , soit par son heureuse direction , en ligne droite , au travers du massif du quartier du Midi. L'élargissement de la rue des Bouquetiers est pour la ville une précieuse amélioration ; il n'est encore exécuté que d'un seul côté. Plus au Nord , l'infecte boucherie des Terreaux et l'étroite place dont elle formait l'un des côtés ont éprouvé une métamorphose brillante; hier encore , citée pour son insalubrité et son aspect repoussant , cette partie de la ville est devenue un de nos quartiers les plus recherchés et les plus élégants.

Attaquée ainsi à ses deux extrémités , au Nord et au Midi , la vieille ville le sera bientôt au cœur par la construction de cette rue monumentale qui , partant de l'angle de la place de la Préfecture , ira s'ouvrir dans la rue Basse-Grenette , parallèlement aux quais du Rhône et de la Saône. Approuvé par une délibération du Conseil municipal , ce projet grandiose est en pleine exécution ; tout l'intérieur de la ville changera de physionomie, grâce à la rue Centrale. Elle introduira en abondance l'air et le soleil dans des rues sombres et étroites, et rendra plus faciles et plus actives les communications du Nord de la ville avec le Midi. Formée de maisons superbes et construites selon toutes les exigences du luxe , elle arrêtera le mouvement d'émigration aux Broteaux d'une partie des riches négociants : cette amélioration coûtera 1,700,000 fr. à la ville; Lyon ne regrettera point

une dépense si bien justifiée. Le traité passé avec les entrepreneurs impose au Conseil municipal Pobligalion de faire ouvrir la voie de communication projetée entre la rue Saint-Côme et la place de Saint-Nizier. Cette disposition a inspiré l'heureuse idée du prolongement de la rue Centrale elle-même jusqu'au tournant de Saint-Côme : l'exécution de ce beau plan placera dans le même axe le côté Nord du Palais des Arts , le portail de l'église Saint-Pierre et la façade de l'église Saint-Nizier, dont l'alignement est le même. On apercevra à une des extrémités de cette large rue la partie occidentale de la place des Terreaux , et à l'autre la place des Jacobins , ainsi que la place de Bellecour , quand l'hôtel de la Préfecture aura été transféré autre part. Le tracé suit la ligne droite jusqu'au tournant de Saint-Côme; il s'enfonce dans les massifs de maisons jusqu'à la place de Saint- Nizier, et vient déboucher en alignement de la rue Trois- Carreaux rectifiée , c'est-à-dire élargie de sept mètres , du côté de l'Occident. Chemin faisant , et ce n'est pas l'un de ses moindres bienfaits , il supprime les repaires qu'on nomme rue des Boitiers et rue Roland; la petite rue Longue est prolongée jusqu'à la rue du Plâtre , dans une longueur de huit mètres. *

$ IL Les quais , cet ornement de la ville , qu'aucune autre cité ne possède dans un aussi majestueux développement , ont éprouvé des améliorations considérables; d'autres sont en projet , et recevront très prochainement leur entière exécution.

Sur la rive droite de la Saône , le quai Humbert doit être incessamment reconstruit. En 1845, le sol détrempé par les

! . — Il existe un très grand nombre de plans gravés de la tille de Lyon , depuis celui d'Antoine do Pinet. ( Plant, pourtraict et description de la ville de Lyon au XVI* siècle , de nouveau mis en lanière par P.- M. Gonoo. Ly*n , 1844 , in-8°). Très peu ont quelque mérite. Quelques-uns sont en petit format , d'autres ont des dimensions énormes ; on peut voir la plupart aux archives de la ville. La plus exacte représentation de Lyon au moyen-Age est la grande planche que Menestrier a fait graver ; elle est curieuse à consulter : l'enceinte de la vide , dans la première moitié du seizième siècle , y est tracée avec netteté par la ligne des anciennes fortifications. On a donné plusieurs plans de Lyon ancien , reproduit d'après les indications historiques ; aucun ne mérite la moindre confiance. Parmi les plans géométriques modernes on distingue ceux qu'ont publiés MM. Noêllat, Digooscyo et Storck. M. Dignoscyo a restauré avec habileté un immense plau de Lyon ancien , d'après lequel la carte d<* Menestrier a été exécutée.

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eaux s'est excavé à une grande profondeur; on a craint l'écroulement de tout le revêtement extérieur lorsque la rivière s'élèverait au-dessus de son niveau 9 ce qui lui arrive si fréquemment. Deux projets ont été proposés pour cette restauration : l'un consiste dans l'établissement d'un bas-port ou chemin de hallage le long des quais Humbert et de la Baleine , se reliant au Nord avec la banquette du pont de Nemours; l'autre supprime la double rampe qui existe en face de la rue de la Baleine, au profit du quai. Le nouveau projet, présenté par M. l'ingénieur Jordan , place une large terrasse de cent mètres de longueur au milieu des quais Humbert et de la Baleine. Plus loin commence le quai Fulchiron , dont la construction a eu de si heureuses conséquences pour le vieux quartier de Saint- George; d'élégantes maisons ont remplacé des masures ignobles: l'église et la Gommanderie paraissent maintenant à découvert. Ce quai est entièrement terminé depuis 1865, dans toute la partie dont l'exécution avait été décidée ; il reste à le prolonger jusqu'à l'ancien chemin des Etroits, jadis accidenté d'une manière fort pittoresque, et maintenant changé en une route départementale très fréquentée. Sur la rive gauche de la Saône, des améliorations considérables ont été votées par le Conseil municipal : on a commencé les travaux d'élargissement des quais Saint-Vincent , de la Peyrollerie et des Augustins , complément indispensable du beau quai d'Orléans. Une même opération a été entreprise sur le quai Villeroi ; les remblais et les fondations des parapets ont été exécutés en 1846. Dans très peu de temps le massif des maisons qui sont assises sur l'extrémité orientale de l'ancien pont de Pierre sera entièrement rasé; les abords du pont de Nemours seront dégagés, et rien n'arrêtera la vue depuis le port de Saint-Benoît jusqu'au nouveau quai de l'Arsenal lui-même , continué sans interruption par la digue de ceinture de la Saône au-delà du cours du Midi.

On a peu fait pour la rive droite du Rhône; le quai superbe qui la décore présente des lacunes d'un effet désagréable auprès de l'embarcadère des Papin , en avant du pont Lafayette, et un peu plus loin, vers l'abreuvoir situé en amont du pont de l'Hôtel-Dieu , imperfections d'autant plus regrettables que la chaussée a été remaniée dans toute sa longueur. Le beau quai

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de la Charité a été restauré et terminé récemment ; on a commencé les remblais à son extrémité méridionale. La rive gauche du fleuve n'a pas été oubliée dans la répartition des crédits ouverts par le ministère des travaux publics : une somme considérable a été consacrée par l'Etat à la réparation, à l'entretien et à la construction des digues en amont de la ville , au bas-port et au quai Joinville. Il ne restera qu'à terminer le quai Joinville , dans la partie comprise entre le pont Lafayette et le pont de la Guillotière : ce travail doit être exécuté en 1848. Je n'oublierai point la digue submersible fort solide qui a été élevée depuis quelques années , sur cette rive gauche du Rhône , en face du faubourg de Saint-Clair ; elle protège avec efficacité les levées en terre qu'on a construites auprès de la ferme de la Tète-d'Or, et rejette sur la rive droite les eaux du fleuve. •

Ces quais de la Saône et du Rhône sont le point de départ de ponts dont plusieurs ont été restaurés ou bâtis depuis 1850. Le plus nouveau sur la Saône est celui du port Mouton , voie de communication du centre de Vaise avec Serin : sa construction n'est pas heureuse , elle manque de grâce et de légèreté. Au-delà du faubourg et près de l'Ecole vétérinaire est le pont de Serin , récemment exhaussé et reconstruit en pierre sur un très bon modèle : il appartient aux Hôpitaux ; son péage leur rapporte une somme qui varie de 33 à 35,000 fr. Au-delà des passerelles de Saint- Vincent et de la Feuillée se présente le beau pont de Nemours, construit entièrement en pierres de taille, dans le court espace de deux années , par l'ingénieur Jordan. Une catastrophe terrible , arrivée sur le vieux pont le 1er mai 1845 , contribua sans doute à l'accélération des travaux. C'était le jour de la fête du roi Louis-Philippe ; un feu d'artifice avait été tiré sur le pont Tilsitt. Il était neuf heures du soir; la foule, toujours si compacte, qui s'était portée sur le quai de l'Ouest , regagnait la rive gauche de la Saône , tandis qu'un courant se dirigeait en sens opposé, par le pont de Pierre, sur la rive droite. Le déta-

1. — Je ne dois point oublier non plus l'établissement , en 1844 et eu 1845 , sur divers points des quais de la Saône et du Rhône , de neuf cabinets en pierre parfaitement construits : la construction de latrines publiques a fait cesser une cause d'insalubrité qui a été souvent signalée.

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chement d'infanterie qui avait tiré les feux étoiles prit la même direction , s'engagea sur le vieux pont, si étroit, comme on sait, et augmenta l'encombrement. Un temps d'arrêt eut lieu parmi la multitude qui se heurtait en sens contraire ; quelques personnes tombèrent : des cris horribles se firent entendre , et en quelques minutes le mal fut consommé. On transporta huit cadavres chez le pharmacien voisin de la place du Change; il y eut dix morts en tout. Un homme d'une haute taille s'était baissé pour relever un enfant foulé aux pieds ; renversé lui-même , il périt étouffé : quelques personnes n'échappèrent qu'en sautant sur le pont de service placé le long du parapet. Cet accident avait été si prompt, qu'on l'ignorait à quelques pas du théâtre de la catastrophe ; il produisit dans la ville une sensation douloureuse. Quelques mois après , le 2& août , un malheur d'un autre genre eut lieu presque au même point. Des fusées , lancées du coteau de la Croix-Rousse , tombèrent sur deux énormes bateaux de foin et y mirent le feu; il n'y eut bientôt aucun moyen de se rendre maître de l'incendie. On parvint à retenir un des bateaux ; abandonné au courant , l'autre descendit la rivière , éclairant les deux rives et la foule de ses vives flammes : c'était un dimanche, à neuf heures du soir. Ce bateau traversa les deux passerelles sans s'y heurter , s'arrêta quelques moments sous l'arche orientale du pont de Nemours , alors embarrassée de ses cintres, mit le feu à l'énorme charpente , et vint échouer , brûlant toujours , au milieu de la Saône , vers le pont Seguin. Ce fut un curieux spectacle que l'incendie de l'arche du pont de Nemours : calcinées à une grande profondeur , les pierres du cintre ne présentaient plus un degré de solidité suffisante; il fallut reconstruire toute la voûte et une partie de la pile.

Malgré ce retard , les travaux furent bientôt terminés ; deux années suffirent pour l'achèvement d'un des plus beaux édifices de la ville. Composé de six grandes arches et de deux petites arches de hallage très larges , comme le demandait l'active circulation entre les deux rives , et parfaitement construit, le pont de Nemours a un caractère vraiment monumental. Ses trottoirs sont d'un parcours très commode , de hauts parapets et de nombreux candélabres à gaz les décorent; quand les maisons qui surchargent l'extrémité orientale du vieux pont auront disparu

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( leur démolition sera complète dans quelques jours ) , la première arche sera liée au quai Villeroi considérablement élargi , et le pont de Nemours entièrement terminé paraîtra d'un aspect plus grandiose encore. On met aujourd'hui à profit la démolition du vieux pont , pour faire sauter une partie des roches qui obstruent sur ce point le lit de la rivière et gênent la navigation. Le pont de Nemours a été livré à la circulation au commencement de Tannée 4846.

On avait rétabli depuis quelques années le tablier du pont Seguin, emporté par les eaux en 1840; mais il y avait à réparer un désastre bien plus considérable , causé par l'inondation, celui du pont de la Mulatière. Une simple restauration des arches emportées ne parut pas suffisante ; elles avaient été mal construites : on prit le parti de bâtir un nouveau pont beaucoup mieux disposé pour les besoins de la navigation et pour le double service , par des voies distinctes , des passants et du chemin de fer. Ses piles sont en pierres de taille , le tablier repose sur des cintres en fer : c'est un monument magnifique ; il a été terminé pendant les derniers mois de Tannée qui vient de finir. Si nous remontons le Rhône , nous rencontrerons le pont de la Guillotière, élargi en 1835, au moyen de cintres en fonte établis sur les éperons des arches; les trottoirs ont de chaque côté deux mètres de largeur. Quoique ce placage ait été fort bien exécuté , on doit regretter que le pont n'ait pas été entièrement reconstruit en pierres de taille et dans des conditions meilleures. D'autres ponts ont été bâtis sur le Rhône depuis i 830 ; j'indiquerai celui de THô tel-Dieu, Télégante passerelle du Collège », et le pont Louis-Philippe , auprès de la barrière Saint-Clair a. Si je n'ai point parlé des ponts qui doivent être placés sur le Rhône

1. — Cette passerelle était à peu prés terminée le 7 décembre 1844; on soumettait le tablier aux épreuves ordinaires , en le chargeant de sable , lors qu'A quatre heures du soir ce tablier ce précipita dans le Rhône avec un horrible fracas , entraînant dans sa chute vingtcinq ouvriers. Deux de ces malheureux parvinrent à se réfugier sur un banc de graviers au milieu du Rhône ; un autre se cramponna a un bateau à laver ; plusieurs eurent la force de gagner la rive à la nage ; huit furent noyés. Des batelets accoururent aux cris des autres.

2. — Le pont Louis-Philippe a été livré à la circulation en 1846 ; comme les autres passe* relies sur le Rhône , il appartient au système des ponts suspendus : sa construction est fort élégante.

et sur la Saône dans l'axe du cours du Midi, c'est qu'ils se rattachent maintenant au système des travaux du chemin de fer de Paris à Marseille par Lyon; les travaux sont commencés *. D autres considérations ont fait ajourner la concession du pont en projet dans Taxe du cours Suchei et de la rue Sala.

$ III. Il y aurait en effet imprudence à rien changer au périmètre de la presqu'île de Perrache , en ce qui concerne de nouvelles voies de communication au travers des deux fleuves, avant la construction du grand débarcadère : Perrache , on Ta vu, est appelé à un bel avenir. Les travaux des remblais ont été conduits avec une grande activité ; un hippodrome a été établi dans la partie Nord , et entouré d'une plantation d'arbres. Les courses de chevaux qui ont lieu dans cette vaste enceinte à l'occasion de la fête du roi Louis-Philippe , au mois de mai, plaisent beaucoup à la population lyonnaise qui s'y porte avec le plus vif empressement. On a terminé complètement, depuis quelques années, la digue de ceinture de la Saône , depuis l'extrémité du cours du Midi jusqu'au pont de la Mulatière , en regard de l'ancien chemin des Etroits. On rencontre dans cet alignement de beaux monuments de construction récente , l'Entrepôt des liquides et son bas-port , l'Arsenal qu'un autre bas-port complétera bientôt, et de très grandes usines. Au Midi et à l'Est, le maire de Lyon est parvenu à supprimer l'incommode et insalubre fabrique d'acides sulfurique et chlorhydrique , en traitant de gré à gré avec le propriétaire; elle a cessé depuis le 1er janvier 18&7 d'infecter la chaussée , dont ses émanations corrosives avaient brûlé en très grande partie les beaux peupliers. Ces arbres ont été remplacés par des candélabres à gaz , dont l'éclairage produit le soir un très bel effet , vu surtout des hauteurs d'Oullins. Cette ligne de la presqu'île présente aussi quelques monuments nouveaux dignes d'attention, le débarcadère du chemin de fer de Saint-Etienne et l'abattoir : celui-ci mérite une mention particulière.

On voyait , il y a quelques années, dans l'intérieur de la ville, quatre boucheries : celle de l'Hôpital , placée dans la partie Nord du bâtiment de l'Hôtel -Dieu, depuis la Grande-Rue jusqu'au

I. — La couslruclion d'un île ces pools, celui du Rbone, vient d'être commeucce(aoûl 1847).

quai ; celle des Terreaux , siluée à la place des Carmes , depuis la rue Lanterne jusqu'au quai de Saône; celle de Saint-Paul, et celle de Saint-George : auprès de ces tueries se trouvaient des accessoires infects , tels que des triperies et divers dépôts de matières animales à l'état frais. On rencontrait à toutes les heures du jour, dans les rues les plus fréquentées, des troupeaux de boeufs et de moutons qu'on amenait aux bouchers ; le sang des animaux égorgés ruisselait sur la voie publique, et fatiguait également la vue et l'odorat des passants. Il arrivait quelquefois que des bœufs s'échappaient des caves dans lesquelles on les avait conduits pour les mettre à mort , et portaient partout sur leur passage le trouble et l'effroi. De toutes ces boucheries, la plus mal placée était sans contredit celle de l'Hôpital : situé auprès de salles de malades , dont l'atmosphère ne saurait jamais être assez pure, ce cloaque hideux était cependant une voie de communication obligée el très fréquentée ; on ne pouvait s'y engager sans avoir malgré soi le spectacle de boeufs tombant sous le maillet , ou de moutons se débattant sous le couteau. On aura peine à croire que cette abominable boucherie a subsisté jusqu'à nos jours, au mépris de toutes les règles de l'hygiène ; enfin elle s'est transformée en une galerie monumentale , longue de cent vingt-six mètres , large de sept et plus, couverte d'un toit vitré à une hauteur de quinze mètres , revêtue d'une couche de bitume et décorée par deux rangs d'élégantes boutiques. Un lieu d'horreur s'est changé en une promenade couverte, très commode pour le quartier populeux de l'Hôpital, et d'un effet magnifique , surtout le soir, lorsqu'elle est illuminée par ses nombreux becs de gaz. Quand cette métamorphose s'est opérée , la ville avait fait construire l'abattoir de Perrache sur les plans de M. Louis Dupasquier, architecte, qui tira un bon parti de l'espace un peu trop resserré qu'on avait mis à sa disposition. Votés en 1837, les travaux furent entièrement terminés en 1840; peu d'améliorations étaient plus urgentes. Devenu insuffisant, l'abattoir sera incessamment agrandi et complété par l'établissement d'un marché aux bestiaux. D'autres édifices sont promis à la presqu'île Perrache : elle aura un grand marché et une église, celle de Sainte-Blandine ; il sera question autre part du débarcadère.

ÉCLAIRAGE AU GAZ. — XIXe SIÈCLE. 1215

De toutes les usines de la Presqu'île , la plus importante est celle du gaz pour l'éclairage. En 1834, six cent quarante-cinq réverbères clair -semés projetaient sur notre sol leur clarté rougeàtre et douteuse; aujourd'hui le gaz, jaillissant en gerbes de ses mille tuyaux , éclaire Lyon pendant la nuit d'une vive lumière. C'est en 1 836 que la Société anonyme pour cette belle opération industrielle obtint l'autorisation royale; il y eut peu de tâtonnements , et l'entreprise marcha bien presque dès son début : des expériences faites avec le plus grand soin avaient constaté préalablement la haute supériorité de l'éclairage au gaz carboné sur l'éclairage à l'huile. La ville fit un traité avec la Compagnie au mois de janvier 1841 ; elle ne stipula d'abord que pour les quartiers principaux : les quartiers extrêmes de Perrache , de Saint-Just et de Pierre-Scise , ainsi qu'une partie considérable du Nord de la ville , continuèrent à se servir de becs à huile , contraste choquant et qui ne pouvait être maintenu. En vertu d'un traité nouveau, signé le 10 décembre 1846, tous ces quartiers seront éclairés au gaz sur un développement de trente mille mètres : la ville s'est expressément réservé le droit d'introduire cet éclairage dans toutes les rues , impasses et autres voies publiques dont l'indication aurait été omise. Cette mesure sera mise incessamment à exécution , et dans le courant de la prochaine année les cent soixante-seize réverbères encore existants auront pour jamais disparu. Il y avait dans Lyon, en 1843, huit mille deux cent quarante-trois becs de gaz, on en comptait neuf mille huit cents au mois d'octobre 1846; il y en a bien certainement dix mille aujourd'hui. Le prix stipulé par la ville pour son éclairage dans l'intérieur de la ville , est de deux centimes et demi par bec et par heure ; il s'élève à trois centimes trois quarts pour les quartiers désignés par le traité supplémentaire. Lyon a changé d'aspect pendant la nuit depuis le nouveau système d'éclairage ; le gaz qui brûle dans ses rues est fort brillant, mais l'art de l'épurer fera bien certainement des progrès encore.

S IV. Beaucoup de restaurations d'édifices publics ont été faites à Lyon depuis 1830 ; j'ai indiqué ailleurs celle du Grand-Théâtre, devenu maintenant plus commode, et qui contient un plus grand nombre de places, avantage balancé , il est vrai , par l'in-

convénient de l'altération qu'a subie le caractère primitif du monument. Le théâtre secondaire est toujours à reconstruire : un incendie terrible consuma , dans la nuit du 11 décembre 1860 , celui qui avait été élevé sur la place de la Préfecture , et menaça les édifices voisins ; mobilier, décors , machines et loges , tout fut dévoré par le feu en quelques heures. On peut tirer difficilement parti de la salle actuelle des Gélestins; elle est indigne d'une ville comme Lyon. Des travaux considérables, terminés à peine , ont été exécutés au Palais des Arts : minées par des filtrations d'eau , les galeries ont été restaurées et consolidées ; une élégante balustrade en pierre a remplacé , dans tout leur pourtour, un balcon délabré en fer ; des copies , en plâtre , des bas-reliefs du Parthénon décorent les parois intérieures de la grande cour; enfin, toutes les faces extérieures et intérieures de cet édifice ont été réparées et mises dans un état convenable. Les églises n'ont point été oubliées : on a continué avec activité les importants travaux commencés à la façade de Sainl-Nizier , pour la compléter dans toutes ses parties. Les églises de Saint -Paul, de Saint- George, de Saint-Bonaventure, de Saint-Bruno, de Saint-François et de Saint-Just , ont reçu de grandes restaurations. On entreprendra incessamment la régénération de l'église d'Àinay , qui prendra rang parmi nos monuments les plus beaux. Une église nouvelle a été construite aux Broteaux ; celle de Sainte- Blandine, àPerrache, le sera bientôt. Hors de la ville, celle d'Ecully mérite une mention particulière; elle a été construite avec beaucoup d'intelligence et de goût. Le cimetière de Loyasse a été récemment agrandi ; ce musée funéraire moderne s'est peuplé de monuments d'un très bon style.

Ainsi , d'immenses travaux publics ont été exécutés à Lyon depuis 1830; il reste beaucoup à faire encore. On ne peut conserver l'hôtel de la Préfecture au lieu qu'il occupe actuellement : il est incommode , mal distribué, d'un aspect peu agréable; de toutes parts dominé, son jardin ne peut servir de promenade, et entretient une humidité nuisible. Ce vaste emplacement a une valeur très considérable : son prix de vente couvrirait et au-delà toutes les dépenses d'acquisition d'un autre sol et de construction d'un hôtel nouveau. Il n'y aurait qu'une maison à démolir pour ouvrir, au travers de ce terrain précieux , une large rue de

AMÉLIORATIONS A FAIRE. XIXe SIÈCLE. d^17

la place de la Préfecture à la place de Bellecour. Mêmes observations pour le séminaire, dont d'impérieuses convenances demandent le déplacement; on a proposé divers projets pour une distribution des terrains que l'institution occupe actuellement : celui de M. Gassini paraît avoir les sympathies du Conseil municipal. Une petite place , ménagée au bas de la Croix-Paquet, servirait de point de départ à une rue tracée en lacet au milieu du clos; elle communiquerait par une pente douce, d'une part avec la rue du Commerce , de l'autre avec la rue des Capucins.

Tout ce côté Nord de la ville, et surtout le plateau qui domine la Saône, attend de grandes améliorations; il a été oublié. On rencontre peu de voies de communication convenables depuis la place des Bernardines jusqu'au quai Sainte-Marie-des-Chaînes; on s'est borné à sillonner ces coteaux abruptes par quelques chemins fort étroits. Il est question d'ouvrir sur cette colline déshéritée un cours qui , partant du clos Gonin , suivrait les contours principaux des rochers et descendrait sur le quai, non loin du bâtiment de la Manutention des vivres ; le terrain est tellement accidenté , que la promenade serait fort pittoresque : on s'occupe beaucoup de ce projet. Il en est un autre dont l'exécution donnerait à Lyon , de ce côté , un embellissement singulier : c'est celui de la construction d'un pont suspendu, du coteau des Chartreux au coteau de Fourvière , par-dessus le quai de Sainte-Marie-des-Chaînes , la Saône et le quai de Bourgneuf; il rappellerait le pont de la Caille en Savoie et le célèbre pont de Fribourg , construits par un Lyonnais , M. Chanet : le point de vue de ce pont aérien serait admirable. Je parlerai bientôt de l'insuffisance des hôpitaux et de la nécessité d'en construire de nouveaux à la Croix-Rousse , à la Guillotière et à Vaise.

Le joli marché couvert de la Martinière invite à doter les principaux quartiers de la ville d'édifices analogues. Les facultés des sciences et des lettres n'ont point un logement digne d'elles; il faut un nouvel Observatoire, bâti sur une de nos collines ; enfin Lyon , ville de commerce , n'a point de Bourse, et en veut une : ses agents de change et la Chambre de commerce occupent au Palais des Arts un emplacement dont l'Ecole et les Musées auraient grand besoin. On transportera sans doute un jour au Jardin-des-Plantes, dans un bâtiment dont la caserne de la rue

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Neyret est remplacement naturel , le cabinet de géologie et les collections de minéraux , translation qui serait d'un immense avantage pour la bibliothèque du Palais des Arts , dont le développement a été si rapide. La place de Bellecour attend une régénération complète; ses arbres tombent de vétusté, elle n'est plus une promenade. On ne saurait bien longtemps maintenir un amphithéâtre de dissection et l'Ecole de médecine dans les bâtiments de l'Hôtel-Dieu, déjà insuffisants pour leur destination ; cet autre déplacement est dans la pensée du Conseil général des Hospices. Le Tribunal de commerce est mal logé; la Douane est à l'étroit dans des ruines. Il faut au quartier des Célestins non-seulement un théâtre construit à neuf de fond en comble, mais encore d'autres voies de communication; il faut à la Bibliothèque de la ville un escalier qui en facilite l'accès au public. J'ai parlé autre part de la rue Centrale et des fâcheuses lacunes que présentent les quais; mais je n'ai rien dit encore du projet important de rectification du Chemin-Neuf, si désiré par le quartier de l'Ouest, ni de la démolition du vieux rempart du cloître de Saint-Jean : ainsi , le génie de nos architectes trouvera fréquemment encore l'occasion de se produire. Les Broteaux éprouvent une transformation totale ; ce quartier est devenu magnifique. Quant à la Guillotière, dont le développement est vraiment extraordinaire , peu de villes l'égaleraient , si les plans qui ont été proposés pour son embellissement recevaient leur exécution. *

S V. Eaux de Lyon. Malgré le voisinage immédiat d'un fleuve et d'une rivière , Lyon manque d'eau pour ses usages domestiques, et cependant aucune grande cité n'en réclame avec plus d'instance. Ce qui ajoute à cette singularité fâcheuse, c'est qu'auprès de la ville et sur plusieurs points de son périmètre jaillissent des sources intarissables d'une eau excellente. 11 en faut beaucoup pour la boisson d'une agglomération de deux cent mille habitants ; le service des ménages en consomme une quantité très grande , il en faut des quantités considérables pour le service des bains, des ateliers, pour le nettoiement des

I. — Crêpbt (Christophe). Notice historique et topographique sur la ville de la Guillotière. Lyon , Mario aîné , 1845, grand in -4* , fig.

FOURNITURE DES EAUX.- XIXe SIÈCLE. 1219

égouts , etc. Une ville ne saurait avoir trop d'eau , surtout d'eau bien salubre ; si elle n'en a point assez , plusieurs conditions ! sanitaires ne sont point remplies : il n'y a plus de propreté dans les ménages et sur la voie publique ; il est impossible de nettoyer et d'assainir convenablement les rues ; enfin , une vase épaisse encombre bientôt les égouts. Une bonne administration municipale doit compter au premier rang de ses devoirs le soin de mettre à la disposition de chaque habitant une quantité d'eau qui ne soit pas mesurée avec trop de parcimonie : si les rues de Lyon sont si souvent souillées d'une boue épaisse , c'est que ses rues n'ont pas de pente suffisante et qu'elles manquent d'eau. Celle dont la ville fait usage pour ses besoins domestiques sont fournies par des puits ou par des filtrations, soit du Rhône , soit de la Saône; elle présente rarement les conditions qu'une bonne eau potable doit réunir. Depuis plus d'un demi-siècle l'Administration municipale et l'Académie se sont occupées des moyens de procurer à la ville des eaux d'ime qualité irréprochable et en quantité assez grande pour fournir à tous les besoins ; des prix ont été promis aux meilleurs écrits sur cette question si débattue , beaucoup de commissions ont été nommées pour la discuter, et de nombreux mémoires l'ont examinée sous toutes ses faces. Il s'agit, d'une part, d'avoir une excellente eau potable , et ensuite de l'amener sur un des points culminants de la ville , de telle sorte qu'elle puisse parvenir à l'étage supérieur de toutes les maisons. On ne peut compter pour cela sur la Saône dont les eaux, si variables en volume, sont fréquemment impures. Filtrées et ramenées à la température moyenne de treize à quinze degrés centigrades , opération difficile , mais cependant possible , les eaux du Rhône réunissent toutes les conditions désirables, et sont de fort bonne qualité. Celles des sources de Neuville et de Royes présentent naturellement ces divers avantages ; elles sont limpides , d'une fraîcheur qui ne varie point , enfin aucune eau potable n'est préférable. Reprise depuis quelques années avec une vivacité extraordinaire, la discussion s'est terminée le il mai i846 par une délibération : le Conseil municipal a décidé que les eaux nécessaires à la ville de Lyon, tant pour les besoins économiques et industriels que pour le service de la voirie et des

1220 XIXe SIÈCLE. TRAVAUX PUBLICS.

fontaines de décoration, seraient fournies par le Rhône. Un arrête de M. Jayr a permis aux eaux de source de couler le long des quais et des rues qui sont considérés comme routes royales, mais le préfet lui-même en a suspendu indéfiniment l'exécution. Le 3 juin 1847, M. Reyre, premier adjoint, a présenté au Conseil municipal un avant-projet complet pour la fourniture , par la ville elle-même , des eaux du Rhône ; voici quelles en sont les bases : la distribution est établie sur une quantité de seize millions de litres par jour, fournissant à chaque habitant cent litres par jour d'une eau excellente. Elle est divisée en deux parties, désignées par le bas service (quartiers inférieurs), comprenant les quatre cinquièmes de la ville , et le haut service destiné à tous les quartiers élevés du Nord et de l'Ouest. Toute cette quantité d'eau sera fournie par des puisards creusés aux Petits-Broteaux , de forme longitudinale, revêtus d'un perré à quarante- cinq degrés d'inclinaison, recouverts d'un toit en tôle, longs d'environ cinquante mètres, séparés les uns des autres par un espace de cent à cent cinquante mètres, en communication par des conduits fonctionnant comme des siphons, et protégés par des digues insubmersibles. Etablies auprès de ces immenses puisards , deux machines à vapeur de la force , l'une de cent chevaux , l'autre de cinquante , dirigeront les eaux vers les réservoirs de pression destinés au bas service. Un de ces réservoirs, assez vaste pour recevoir en dix heures dix mille mètres cubes d'eau , serait placé en dehors des murs de la ville , entre la porte Saint-Clair et le bastion Saint-Laurent -, l'autre réservoir, de la capacité de quatre mille mètres cubes d'eau en huit heures , serait établi dans les casemates du bastion de Saint-Laurent, et desservirait toutes les maisons du bas service jusqu'aux étages supérieurs. Mille mètres cubes d'eau suffisent au haut service; ils seront fournis par dix puits établis sur la rive droite du Rhône , vers la porte de Saint-Clair, et couronnés par une galerie de deux mètres de hauteur et d'un mètre cinquante centimètres de largeur. Deux machines à vapeur, chacune de la force de vingt-cinq chevaux , mais dont une seule fonctionnera , donneront aux eaux leur impulsion vers un réservoir peu éloigné des portes de la Croix-Rousse. Selon les calculs du rapport de M. le premier adjoint, la dépense totale s'élèverait

FOURNITURE DES EAUX. — XIXe SIÈCLE. J221

à trois millions trois cent quarante-deux mille six cent quatrevingts francs et à une dépense journalière de cinq cents francs. La commission du Conseil municipal, chargée de l'examen du projet de distribution des eaux du Rhône, substitue judicieusement aux puisards des constructions voûtées en maçonnerie et propose d'autres améliorations. Le réservoir destiné au service du Nord de la ville serait placé sur le plateau élevé de M ontessuy ; on réaliserait ainsi l'idée capitale de fournir aux besoins des étages supérieurs, sur tous les points de la zone inférieure, jusqu'à une hauteur de vingt-cinq ou trente mètres , en vertu de la seule pression de l'eau. Evaluée à sept millions, au U 1/2 p. 100, la dépense (y compris celle des égouts), serait remboursée en vingt ans par fractions, et amortie au moyen d'un impôt de quinze centimes additionnels pris sur les quatre contributions directes. On a dit que la ville de Lyon n'était pas dans une situation financière assez favorable pour se livrer à une opération de cette importance; cette allégation , qui n'est peut-être pas désintéressée chez tout le monde , repose sur une double erreur. De quelque manière que soit fait l'établissement, par la ville directement ou par une compagnie concessionnaire , il faut toujours que le budget soit provisoirement et annuellement grevé d'une somme quelconque. Si c'est la ville qui fait son établissement , cette somme sera l'intérêt de l'emprunt qu'elle aura dû contracter; si c'est une compagnie, cette somme sera l'annuité réclamée par cette compagnie : car, au fond, il s'agit toujours d'un emprunt fait sous des formes différentes.

De ce projet de fourniture des eaux de la ville par le Rhône à l'exécution, il y a fort loin; cependant tout porte à croire que le Conseil municipal ne manquera pas de persévérance. De son côté la Compagnie des eaux de source persiste; elle a obtenu la fourniture des villes de Vaise , de la Guillotière et de la Croix- Rousse '. Peut-être aurait-elle obtenu plus d'avantages si cette

1. — Voici l'indication des principaux ouvrages qui on! été publiés sur la question très controversée des eaux de Lyon :

Mémoire (couronné par l'Académie de Lyon , en 1775) sur celle question : Quels sonl les moyens les plus faciles et les moins dispendieux de procurer à la ville de Lyon la meilleure eau, et d'en distribuer une quantité suffisante dans tous ses quartiers? (Manuscrit). — Examen chimique des eaux sortant des fontaines publiques de la ville de Lyon et de ses

question d'économie industrielle n'avait présenté trop manifestement le caractère de la spéculation , et surtout si la cause des

faubourgs, fait en septembre 1 807 , par la Société de pharmacie de la même ville. Lyon, Ballanche, 1807, grand in-fol. — Réflexions sur la nécessité urgente de fournir à la ville de Lyon des eaux salubres ponr la boisson des habitants , et des eaux abondantes pour le nettoiement des rues et des habitations, par M. Rcgny. Lyon, 1827, îu - 8°. — Mémoire (couronné en 1834 par l'Académie de Lyon) sur celle question : Indiquer le meilleur moyen de fournir à la ville de Lyon les eaux nécessaires pour l'usage de ses habitants , pour l'assainissement de la ville et les besoins de l'industrie lyonnaise ; par Félix-François-Xivier Thiaffait. Lyon , 1834 , in-8°. — Autre Mémoire sur le même sujet et à l'occasion du même concours , par Alexandre Flachéron. (Manuscrit ).— Considérations relatives aux eaux publiques à Lyon , par Sandrin. Lyon, 1832 , in-8°. ( Var. , t. 67) Au Maire de Lyon. Projet

de la fourniture générale des eaux de la ville , par Jules Rénaux , Mathieu et C*. Lyon , Perrin, 1834, in -4°. (Mélanges sur Lyon , in-4°). — Rapport présenté au Conseil municipal do Lyon sur la fourniture des eaux de Lyon , par M. Cbinard , premier adjoint a la mairie. Lyon , 1836 , in-4°. — Mémoire sur un projet de canal de dérivation de l'Ain pour donner des eaux à Lyon, par M. Barrillon, membre du Conseil municipal. Lyon, 1839 , in-8°. — Des eaux de source et des eaux de rivière , comparées sous le double rapport hygiénique et industriel, par Alphonse Dupasquier. Lyon, Dumoulin, Ronet et Sibuet, 1839, 1 vol. in-8°. — Rapport fait à la Société de médecine de Lyon sur cet ouvrage , par le docteur Brachet. Lyon , Marie, 1840 , iu-8°. — Mémoire sur la fourniture des eaux nécessaires à la ville de Lyon , par la dérivation des sources du Monl-d'Or , combinée avec l'action du moteur hydraulique. Lyon , 1841, in-8°. — Observations sur la dérivation des eaux de source de la rive droite de la Saône pour le service de la ville de Lyon , par M. Darmés , notaire. Lyon , 1840, in-8°. — Nouvelles études sur la dérivation des eaux de source de la rive droite de la Saône , et sur les réservoirs et tunnels de la montagne de Fourvière , par le même. Lyon , 1844, in-8°. — Examen officiel des eaux potables , proposées pour une distribution générale dans la ville de Lyon , fait au nom d'une commission instituée par M. le préfet du Rhône ; par M. le docteur Imbert. Lyon , 1840 , in-8°. — Enquête administrative ouverte sur le projet de dérivation et de distribution d'eaux de source à Lyon, Lyon , 1842 , in-8°. — Eaux publiques et privées s nouveau système de fourniture à la ville de Lyon , par M. Parisel. Lyon, 1848, in-4°. — Rapport sur le projet de dérivation et de distribution des eaux de source à Lyon , par la commission d'enquête iuslituée par arrêté de M. le préfet du Rhône , par L. Bonnardet. Lyon, imprimerie de Dumoulin , Ronet et Sibuet , 1843 , gr. in-8°. — Projet de fourniture d'eaux jaillissantes à la ville de Lyon, par MM. P. Rozet et Vergoais. Lyon, 1843, in-8°. — De l'état actuel de la question des eaux potables à Lyon, Mémoire présenté au Conseil municipal, par A. Dumont , ingénieur des ponts et chaussées. Lyon, imprimerie de Nigon , 1844, in -4°. — Réponse au Mémoire de M* Dumont , sur l'état actuel de la question des eaux potables à Lyon. Lyon, Dumoulin, Ronet et Sibtêet , 1844 , in-4°. «-Quelques mots sur un écrit intitulé i Réponse au Mémoire de M. Dumont, par A. Dumont. Lyon, imprimerie de Nigon, 1844, io-4°. —Des Eaux potables à distribuer pour l'usage des particuliers et le service public ; rapport présenté au Conseil municipal de Lyon , par J.-F. Terme , maire de Lyon , député du Rhône. Lyon, imprimerie de Nigon, 1843, in-4° et carte. — Seconde édition, revue et augmentée. Paris, imprimerie de Dupont , 1844, gr. in-8°. — Pièces relatives à la questiou des eaux à distribuer dans Lyon. Lyon , imprimerie de Nigon , 1844, in -4°. — Question des eaux. Les eaux de source et les eaux du Rhône. Projet de la Mouche. La rive droite et la rive gauche du Rhône. Les quatres sources de la rive gauche de la Saône. Conclusions ; par Alph. Poyrcl-Lallicr. Lyon, imprimerie de Dumoulin, Ronet et Sibuet , 1844, in-4°. — Dr*

ÉGOUTS. XIXe SIÈCLE. 1228

eaux de source u avait élé compromise par l'intolérable exagération avec laquelle elle était défendue.

Egouts. De la fourniture des eaux publiques et particulières à rétablissement d'un système complet d'égouts, la transition est naturelle.

Privés d'eaux courantes pour les laver dans tout leur parcours, sans déclivité convenable et d'ailleurs insuffisants, les égouts de Lyon, dans leur état actuel, sont souvent plus nuisibles qu'utiles, et ont été fréquemment l'objet de plaintes fondées ; mais un système général d'organisation de ces utiles conduits souterrains est promis , et est d'ailleurs indispensable. Avant de jeter sur le pavé une grande masse d'eau fournie , soit par les sources de Royes , soit par le Rhône , il faudra de toute nécessité lui assurer un écoulement prompt et facile sur tous les points ; il faudra que les canaux de dégorgement aient une capacité proportionnée à l'abondante quantité des eaux pluviales et ménagères qui les traverseront , et que leur parcours soit réglé sur les niveaux divers du bassin qu'ils devront franchir et desservir, depuis le point de départ jusqu'à la Saône ou au Rhône; il faudra enfin qu'ils aient une hauteur suffisante (deux mètres sur un mètre au moins de largeur) pour que les

déclarations d'utilité publique à propos de la question des eaux, potables à Lyon , par À.-C Faye. Lyon , Louis Pétrin, 1844 , in-8°. — Notice sur les eaux potables à fournir i la ville de Lyon. Lyon, Louis Perrin, 1844 , io-8°. — Etudes sur la question de rétablissement d'un service hydraulique destiné à pourvoir aux besoins de la ville de Lyon et des faubourgs qui l'entourent. Lyon, B arrêt , 1844 , in-8°. — Rapport sur une fourniture d'eau potable a la ville de Lyon , présenté au Conseil municipal de cette ville par le docteur Pasquier. Lyon , imprimerie de Niyon, 1844, gr. in-8°. — Eludes sur l'établissement d'un service hydraulique destiné à pourvoir aux besoins de la ville de Lyon et des faubourgs qui l'environnent : rapport fait à la Société royale d'agriculture , par G. Pigeon , ingénieur au corps royal des mines. Lyon , imprimerie de Barret, 1844, gr. in -8°. — Considérations nouvelles sur les eaux potables, présentées au Couseil municipal par M. Terme, maire de Lyon , député du Rhône. Lyon, imprimerie de Mgon , 1844, in-40. — Opinion sur la question des eaux potables , émise dans les séances des 19 et 83 novembre du Conseil municipal , par M. Menoux. Lyon , imprimerie de Niyon, 1844, in-8°. — Réflexions sur l'emploi des pompes à feu du Cornouailles pour élever l'eau du Rhône destinée à la ville de Lyon , adressées à M. Dumont , ingénieur des ponts et chaussées , par P.-J. Hafiy. Paris, Crapelet, 1845, in-4°. — Rapport présenté au Conseil municipal de Lyon , dans sa séance du 4 mai 1846 , sur les divers projets de distribution d'eaux dans l'intérieur de la ville , par H. Prunelle. Lyon, Nigon, 1846, in-4°« — Erreurs de M. Prunelle, contenues dans le rapport qu'il a présenté au Conseil municipal, etc. , par Louis Bonand. Lyon , Dumoulin , 1846, in-4°.

4224 XIXe SIÈCLE. — TRAVAUX PUBLICS; É GO UT S.

ouvriers employés au curage puissent y travailler debout. Quelques canaux couverts, à petite section , sont reconnus suffisants pour les rues de second et de troisième ordre. Des égouts à grande section sont indispensables pour les lignes capitales du Nord au Midi, et surtout de l'Est à l'Ouest, qui reçoivent des affluents nombreux ; le bassin occidental verse ses eaux dans la Saône par la grande artère souterraine des rues Dubois et des Souffletiers. Une partie considérable des eaux de la Croix- Rousse aura pour dégorgeoir l'égout de la rue du Commerce à la côte Saint-Sébastien ; un canal voûté , de la même dimension, desservira la rue Centrale dans tout son parcours. Quelques-uns des égouts actuels ne reçoivent pas directement les eaux pluviales et ménagères ; elles sont versées sur la voie publique par des gargouilles presque horizontales , et coulent à ciel découvert avant d'arriver aux orifices de communication du canal avec la rue : c'est un inconvénient. Rien ne serait plus facile que de pratiquer, sous le trottoir même des quais , des conduits couverts à petite section, qui recueilleraient les immondices liquides de chaque maison et les porteraient à l'égout principal.

Après avoir décidé que les eaux nécessaires à la ville de Lyon seraient fournies par le Rhône, le Conseil municipal a invité le maire à faire procéder, sans retard, à toutes les opérations nécessaires pour obtenir le nivellement le plus exact des rues de la ville, afin d'arriver le plus tôt possible à l'étude d'un système complet d'égouts, calculés de façon à pouvoir être construits successivement : on évalue à soixante et dix mille mètres la longueur totale de leurs parcours. Le sol de Lyon se compose d'une partie basse profondément déprimée entre le Rhône et la Saône , et de collines escarpées placées au Nord et à l'Ouest. Toutes les eaux pluviales et ménagères, soit des quartiers de l'Ouest, soit de la montagne de Saint-Just, sont versées sur la rive droite de la Saône. Celles d'une partie du plateau de la Croix-Rousse et de la ville proprement dite, depuis la rue des Augustins et la place des Terreaux jusqu'à l'extrémité de la presqu'île Perrache , s'écoulent en très grande partie sur la rive droite du Rhône : ainsi la ville se trouve divisée en bassins qui , sur une échelle restreinte, représentent assez bien ceux du fleuve et de la rivière. Toute la partie centrale de la cité manque

travaux publics; ÉGOCTS. XIXe SIÈCLE. 1225

de pente; quelques rues, profondément déprimées, sont au niveau du Rhône ou à peu près : cette configuration topographique explique comment nos égouts , presque sans déclivité , ont rempli si mal , jusqu'ici , leur office. Des égouts bien établis sont un moyen puissant de désinfection ; des égouts qui fonctionnent mal (c'est en ce moment le cas de la plupart) sont une cause pernicieuse d'insalubrité.

Lyon romain connaissait l'importance des égouts; on a parlé ailleurs de ceux de ces conduits qui sillonnaient le plateau oriental de la montagne de Fourvière et du canal de la côte Saint-Sébastien : des conduits du même genre ont été construits, au moyen-âge , dans la direction de la rive droite de la Saône. On en a découvert un dans le parcours de la rue Lanterne , et un autre dans la direction du quai Villeroi ; mais il n'y avait pas eu de plan général délibéré d'avance d'après la disposition des localités : on a bâti des égouts selon le besoin du moment , au jour le jour et sur une très petite échelle. Plusieurs têtes d'égouts ont été construites en 1845 et en 18f46, par les ponts et chaussées, sur la rive droite du Rhône; ce sont des travaux de grande voirie qui n'ont pas dépassé la largeur du quai , mais que la ville utilisera sans doute. Nos deux cours d'eau ne sont pas également propres à servir de voie d'écoulement aux eaux pluviales et ménagères : la Saône a très peu de pente; le Rhône est dans des conditions meilleures. C'est sur sa rive droite que sont assis l'Hôtel-Dieu, l'hôpital de la Charité, l'Hôpital militaire, la prison de Perrache et l'Abattoir, grands établissements dont les égouts méritent une attention spéciale; ils ont si peu de déclivité , qu'ils s'engorgent très facilement. Au temps des basses eaux, les matières fétides qui les traversent ne peuvent arriver jusqu'au courant des fleuves, et stagnent sur la grève d'où elles infectent l'atmosphère. On n'apporte pas assez de soin à la qualité des matériaux dont on se sert pour la confection des conduits souterrains; nos excellentes pierres calcaires leur conviennent médiocrement : les acides des eaux ménagères et des ateliers de teinture exercent une action corrosive dont il faut tenir compte ; l'intérieur de la maçonnerie du canal doit être revêtu d'un ciment hydraulique bien lisse et bien adhérent , qu'il importerait beaucoup d'étendre aussi sur le radier.

1296 XIXe SIÈCLE. — TRAVAUX PUBLICS.

Par sa délibération du 1 1 niai 1 8UG , le Conseil municipal avait décidé que le maire lui présenterait le projet d'un établissement complet d'égouts ; son vœu a été écouté. L'administration municipale a fait dresser un nivellement général de la ville, qui classe en trois catégories les canaux qu'il s'agit d'établir. La première , qui s'applique aux rues principales, aux grandes communications, et aux rues qui, sans être de cette importance, ont par leur situation spéciale un besoin absolu de ces conduits, comprendrait 15,285 mètres; la seconde, 10,285; la troisième, 11,175 : en tout, 36,745 mètres d'égouts , dont la dépense s'élèverait à trois millions six cent soixante -quatre mille cinq cents francs, évaluation qui a paru trop faible.

Un bon système d'égouts est, pour la ville de Lyon, une amélioration fort désirable; c'est une question capitale et de la plus haute importance au point de vue de la salubrité. Avant d'embellir la cité , qu'on l'assainisse d'abord , que ses rues soient propres, bien lavées et d'un parcours facile; que rien, sur la voie publique , ne blesse la vue ou l'odorat. Il y a beaucoup à faire pour atteindre ce but , mais l'administration municipale est entrée dans une excellente voie; qu'elle persiste : ses cartons sont remplis d'excellents projets et de fort bonnes ordonnances de police ; le point difficile , c'est de les en faire sortir.

Lyon étouffait dans son enceinte; le Conseil municipal a récemment reculé les barrières de la ville au Midi et à l'Ouest ; elles ont été portées de l'entrée de l'avenue de Perrache au pont de la Mulatière , et transférées au-delà du faubourg de Saint-Just qui fait maintenant partie intégrante de la ville. A celte question de l'enceinte agrandie de la ville , se rattache celle des fortifications : commencés depuis quinze ans , ces travaux de défense ont été conduits avec une grande activité.

S VI. Fortifications. Depuis la perte de la Savoie par la France , Lyon est devenu une ville frontière; à peine une journée de marche le sépare de l'étranger : entre sou enceinte , ouverte sur tous les points en 1830, et la ligne sarde , ne se trouvaient ni forts ni retranchements d'aucune espèce. Une armée ennemie qui aurait traversé la Suisse, marcherait sur Lyon sans rencontrer d'obstacles matériels , et arriverait sous nos murs

FORTIFICATIONS DE LYON. — XIXe SIÈCLE. 1227

en quaranlc-huil heures. Le général Bubna lui a tracé son itinéraire en 181 A; la France apprit alors ce que valait la neutralité de nos voisins. Napoléon sentit trop tard l'indispensable nécessité de fortifier Lyon : une ville si riche et un centre industriel si important ne peuvent être abandonnés à l'ennemi. Ce projet a été mis à exécution après les journées de novembre 1 831 . On pouvait difficilement adopter le système de l'enceinte continue, celui des forts détachés fut adopté. Les premiers travaux de fortification présentent l'influence fortement empreinte des souvenirs de la double insurrection de Lyon; on voit, à leur aspect, qu'on ne s'est pas moins préoccupé d'un ennemi venant de l'intérieur que d'une invasion étrangère , ils portent l'un et Fautre caractère : le génie militaire , on le voit , ne voulut pas que les populations de la Croix-Rousse et de Saint-Just continuassent à planer de ces plateaux élevés sur la ville comme un vautour sur sa proie. Une somme qui dépasse vingt millions a été absorbée par l'ensemble de ces travaux ; ils ne feront jamais de la ville de Lyon une place de guerre. Mais il importait beaucoup de là mettre à l'abri d'un coup de main , et d'en faire un point d'appui pour une armée française ; il était fort essentiel , dans le système général de défense du pays , de forcer une armée d'invasion à perdre beaucoup de temps devant une ville dont elle devrait s'emparer avant tout, et à se compromettre par les difficultés toujours croissantes de sa position militaire. Lyon fortifié ne pourrait plus être laissé impunément sur les derrières.

Le tableau que je vais exposer du système général des fortifications de Lyon (15 août 1847) est présenté au point de vue de la défense du pays. Je n'ai rien à dire de l'excellente situation topographique de la ville; elle a été exposée ailleurs avec beaucoup de détails. On peut jusqu'à un certain point assigner au système des fortifications de Lyon , dans la défense générale du pays, un rôle analogue à celui des fortifications de Paris, quoique dans une zone plus restreinte et dans des conditions moins étendues. En effet, il devient désormais impossible à une armée d'invasion de pénétrer par une brusque irruption sur le territoire , en franchissant les frontières de l'Est ou du Midi et en évitant les places. Certaine d'ailleurs de rencontrer sur son chemin un aussi redoutable obstacle que Lyon fortifié,

J228 XIXe SIÈCLE. — TRAVAUX PUBLICS.

elle serait donc contrainte d'accepter la dangereuse lenteur d'un siège, pour dépasser avec sécurité la ligne de nos places frontières et assurer ses derrières ; mais alors quelle dépense d'argent , de temps et d'hommes ne faudra-t-il pas à l'ennemi pour suffire à une semblable lutte , vers la fin d'une guerre sans doute longue et chanceuse !

On peut donc l'affirmer, les travaux exécutés à Lyon auront pour résultat essentiel d'augmenter beaucoup la valeur de nos places frontières : on peut à ce point de vue regarder les ouvrages défensifs construits , à Grenoble particulièrement , comme tout-à-fait solidaires de ceux de Lyon.

La ville est entourée d'une enceinte composée de trois parties : la première , comprise entre les deux rivières , forme la presqu'île sur laquelle la ville est construite, et s'étend, de la Saône jusqu'au Rhône , entre le fort Saint-Jean et le bastion Saint- Laurent; la deuxième, placée sur la rive droite de la Saône, défend le versant ouest du plateau de Fourvière, isolé de la ville par le cours de la rivière ; enfin la troisième, qui couvre Lyon sur la rive gauche du Rhône, s'appuie au fleuve par ses deux extrémités, l'une derrière le bois de la Tête-d'Or, l'autre à la Vitriolerie.

L'enceinte de la Croix-Rousse est la première : elle se compose de six bastions aplatis, réunis par des murailles en maçon* nerie. Ces courtines étaient autrefois couvertes par de petits ravelins , détruits maintenant et qu'on a jugé inutile de relever. '

Cette ligne défensive forme une pointe vers le milieu de sa longueur; le fort Saint-Jean, placé à l'une des extrémités , est disposé de manière à donner plusieurs étages de feu de revers et de flanc sur les attaques que l'ennemi pourrait diriger contre l'enceinte de Fourvière : il rendrait impossible l'occupation du

1 . — L'enceinte de la Croix-Rousse a probablement été construite d'après les plans , ou an moins suivant les principes des ingénieurs italiens que Catherine de Médicis avait attirés au service de France , et qui fortifièrent beaucoup de places pendant les règnes de son époux et de ses fils. Le célèbre ingénieur Deville , dont le traité fut imprimé à Lyon en 1628 , cite certains détails de l'organisation de cette enceinte , qui me paraissent confirmer cette opinion. Il parle aussi dans le même ouvrage de l'enceinte d'Ainay et de celle de Saint-Clair , et la description qu'il en donne se rapporte aux dispositions indiquées par tes ingénieurs Girolamo Daggi et J-icomo Onslrioto dans leur Irnilé.

FORTIFICATIONS BK LYON. XIXe SIÈCLE. i '229

forl de Loyasse, du faubourg et du fort de Vaise. Le bastion Saint-Laurent, placé à l'extrémité opposée, flanque la pointe de l'enceinte de la Croix-Rousse , et donne quelque feu pour protéger la lunette qui ferme l'entrée du fossé de ceinture de la rive gauche du Rhône.

En avant de l'enceinte , à une distance de deux kilomètres environ, sont jetés les deux forts de Caluire et de Montessuy, situés chacun au bord des escarpements qui descendent du plateau de la Croix-Rousse , vers le Rhône d'un côté et la Saône de l'autre. La ligne droite qui les joindrait serait oblique au cours des deux rivières; la distance qui les sépare est de huit cents mètres. Ces forts sont carrés; celui de Montessuy f le plus éloigné de l'enceinte , est couvert par quelques dehors en terre ; enfin , ils sont tous deux hors d'atteinte du ricochet. L'ennemi, attaquant de ce côté, devrait s'être rendu maître du cours supérieur de la Saône et du Rhône, il serait d'ailleurs obligé d'attaquer et de prendre les deux forts avant de faire aucune tentative sur l'enceinte elle-même; et comme, par la disposition du terrain, l'étendue de ses attaques serait forcément égale à celle de la défense, sa position serait très défavorable. Une fois maître de ces défenses avancées, il aurait à prendre le faubourg de la Croix-Rousse qui lui présenterait toutes les difficultés d'une guerre de maisons et d'une défense pied à pied. Enfin, ces obstacles une fois surmontés, s'il se rendait maître de l'enceinte, sans tenir compte de la résistance qu'il trouverait dans la ville, on peut affirmer qu'il ne pourrait pas s'avancer sans être écrasé entre les hauteurs de Fouvière et la rive gauche du Rhône ; il ne sortirait de cette position critique, qu'en faisant deux passages de rivière fort périlleux , et qui ne le mèneraient pas encore au terme de ses travaux.

La seconde partie de l'enceinte , placée sur la rive droite de la Saône , suit à peu près le tracé général d'une muraille élevée en 1S64 par Charles V; le bastion de Saint-Just, dont les feux de flanc accableraient l'ennemi assez imprudent pour s'avancer dans la presqu'île de Perrache sans être maître de Fourvière , ce bastion , dis-je , forme l'extrémité sud de l'enceinte , au bord des pentes rapides qui descendent vers la Saône, à la hauteur du pont d'Ainay.

Cette ligne fortifiée est couverte par les forts de Vaise et de Loyasse au Nord , et par ceux de Saint-Irénée et de Sainte-Foy au Sud. Les deux premiers joueraient un rôle important dans la défense de la Croix-Rousse , en donnant des feux de flanc et de revers sur les attaques. L'enceinte fortifiée de Fourvière, construite en dernier lieu, donne un grand soutien aux forts qui le protègent. Ce qui a été dit plus haut des forts Caluire et Saint-Jean fait suffisamment comprendre que Ton ne pourrait pas se borner, en attaquant Fourvière, à détacher un corps de troupe sur la rive gauche de la Saône pour contenir les sorties de la Croix-Rousse, mais qu'il faudrait encore s'être rendu maître de cette autre partie de l'enceinte.

Le fort de la Duchère , actuellement en construction sur le versant septentrional du plateau, favoriserait la défense avancée de cette partie de l'enceinte , en appuyant les mouvements d'un corps placé sur la montagne de Limonest.

L'enceinte de la rive gauche du Rhône se compose d'une ceiuture de neuf forts, reliés entre eux par un fossé et un chemin de ronde continus. Ce fossé passe à la gorge des forts de la Tète-d'Or, de la lunette des Charpennes, des forts des Broteaux et de la Part-Dieu ; puis il se dirige vers le cours inférieur du Rhône en contournant le fort de Villeurbanne , la lunette des Hirondelles , les forts de la Motte , du Colombier et de la Vitriolerie. Ce fossé est plein d'eau depuis la Tête -d'Or jusqu'au fort des Broteaux d'une part, et jusqu'au fort du Colombier de l'autre. Dans la partie de l'enceinte comprise entre les forts de Villeurbanne et le fort de la Motte, le fossé de ceinture est sec, le terrain dans cet endroit formant une arête saillante; on doit remarquer, de plus, que cette partie est la plus avancée vers la campagne.

Les difficultés de l'attaque, de ce côté, seraient telles que l'ennemi ne pourrait s'y arrêter un seul instant. Quelques mots suffisent pour en faire juger.

Les terrains bas qui avoisinent l'entrée du fossé vers le Rhône supérieur sont sans cesse exposés à des inondations par les eaux du Rhône; il en est de même des parties voisines du Rhône inférieur : en aucun temps , du reste , ces terrains ne seraient propres à des travaux d'attaque. L'assiégeant serait donc obligé

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de restreindre ses efforts à agir contre les forts de Villeurbanne et de la Motte, que leur position, dans le tracé général des ouvrages, indique d'ailleurs comme le seul point d'attaque de cette portion de l'enceinte.

Le fort de Villeurbanne est renforcé par un cavalier ; sa gorge et celle du retranchement sont fermées par des casernes organisées pour la défense. Les flancs de ses bastions sont casemates; les dispositions du fort la Motte sont à peu près analogues. Enfin, ces deux forts sont flanqués parla lunette des Hirondelles, placée en arrière de chacun d'eux et qui agit directement sur un pli du terrain , qui pourrait , sans cela , soustraire les cheminements de l'assiégeant aux vues des deux forts.

Les difficultés que ces moyens défensifs opposeraient à l'attaque par la rive gauche du Rhône ne seraient pas les seules, ni les plus grandes ; outre la prise des autres forts qui pourraient encore présenter de vives résistances , même après la reddition des deux forts attaqués r il faudrait s'emparer du faubourg de la Guillotière , effectuer un passage de rivière , pour se retrouver ensuite dans la position impossible dont il a été parlé plus haut , à propos de l'attaque par la Croix-Rousse.

Il y a, du reste, une considération qu'on ne doit pas omettre en discutant la valeur de cette enceinte: c'est que le système des forts de la rive gauche pourrait, par la facilité de ses communications avec la ville, renouveler sans cesse sa garnison et son artillerie, ce qui le placerait dans des conditions de défense que ne peuvent jamais réaliser des fortifications ordinaires que l'on peut isoler par un investissement complet.

Avant d'abandonner cette dernière partie des ouvrages construits pour la défense de Lyon, je ne négligerai pas d'indiquer l'action étendue que prend sur la presqu'île de Perrache la gorge du fort de la Vitriolerie, qui , par des plans brisés, bat la rive droite du Rhône depuis le pont de la Mulatière jusqu'à celui de la Guillotière.

Je n'ai pas parlé du blocus de Lyon, qui , avec les moyens de communication nombreux que possède la ville, n'aurait une valeur sérieuse que dans le cas d'un blocus hermétique. Or il faudrait, pour y arriver, construire une ligne de contre vallation qui n'aurait pas moins de 250,000 mètres de développement et

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qui demanderait, tant pour les travaux que pour l'investissement, plusieurs centaines de mille hommes. On ne peut pas discuter sérieusement une entreprise aussi insensée ; mais on peut prévoir le cas du siège, qui ne pourrait se faire qu'avec deux cent mille hommes pour avoir quelques chances de succès : ceci , supposant toutefois que les débris de l'armée renfermée dans Lyon se monteraient à vingt mille hommes, et qu'on pourrait trouver tant dans ses murs qu'au dehors environ dix mille volontaires.

Les casernes de Lyon appartiennent au système de défense , du moins celles qui sont fortifiées : elles résisteraient à un coup de main, surtout à celui qui serait tenté par un ennemi intérieur. On a parlé déjà de celle des Bernardines.

De tous les édifices destinés au casernement, le plus important est celui de la Part-Dieu : il doit recevoir deux régiments d'artillerie, avec leur nombreux personnel et tous les accessoires. Peu de villes en Europe auront un établissement construit sur de si larges proportions. Une école d'artillerie a été placée à Lyon par une décision du ministre de la guerre ; elle réunira tous les moyens d'instruction que demande cette arme : l'emplacement qui a été choisi paraît très convenable sous ce rapport. Sans cesser d'être un grand centre de fabrication industrielle, Lyon est devenu une ville de guerre , le quartier général permanent d'une armée, et le boulevard de la France du côté de l'Est.

BUDGKT DB LA VILLK.

Instruction publique, beaux-arts, littérature, sciences, institutions philanthropiques, secours publics, tout se résume en un chiffre au budget de la ville ; tout est tarifé en une somme payée ou à payer. Le budget est le dernier mot de l'histoire d'une ville ou d'un royaume, ou plutôt, c'est cette histoire elle-même résumée en une langue arithmétiqne. Si nous possédions un compte exact des dépenses et des recettes (sous une forme quelconque ) de la cité, aux diverses époques de ses annales, combien la tâche de l'écrivain deviendrait plus certaine et plus facile ! C'est beaucoup qu'un bon commentaire sur un fragment d'inscription ; mais des documents authentiques sur la situation financière de Lugdunum au temps des Romains, ou même sur celle de Lyon au temps des archevêques, seraient un enseignement plus profitable et infiniment plus utile. Cette considération m'a déterminé à reproduire en entier le budget de la ville de Lyon, recettes et dépenses de toute nature, et à faire connaître sa dette ainsi que le service des annuités auquel elle doit pourvoir. Tel est l'objet de la quatorzième table.

La contribution foncière s'élevait, en 18ftû, à 2,157,000; elle a été portée, en 1845, à 2,175,000, augmentation qui résulte de la construction de douze cents maisons. La contribution des portes et fenêtres a présenté, la même année, un accroissement

de douze mille francs en 1844 ; il n'y avait dans le département du Rhône que 28,173 patentes , un recensement plus exact en a donné 33,249.

Un mot encore avant de terminer ces courtes notions statistiques : le maire de Lyon a substitué , au droit perçu aux barrières par tête de bétail, le droit au poids, comme plus équitable et plus propre à encourager l'amélioration du bétail de petite race : vivement attaquée , cette mesure a triomphé de toutes les résistances ; le Gouvernement Ta adoptée, et elle a été appliquée à toute la France.

On peut voir (table XIVe) que le mouvement financier de Lyon (dépenses et recettes ordinaires) consiste en un roulement annuel de sept millions, auquel il faut ajouter en moyenne un million par année, au moins, pour les dépenses extraordinaires : total, huit millions. Les recettes dépassent maintenant les dépenses de onze cent mille francs , chiffre nécessairement variable. Mais la ville aura de lourdes charges à supporter pendant douze ou quinze années ; elle sera contrainte par la nécessité de contracter fréquemment des emprunts que l'amortissement n'éteindra qu'avec lenteur, et probablement de recourir à des taxes nouvelles. Ses ressources extraordinaires s'épuisent , et bientôt elle n'aura plus de terrains à vendre : ces considérations sont présentes à la pensée du Conseil municipal. Au reste, la publicité fait aujourd'hui l'office d'un censeur indiscret et sévère souvent, injuste quelquefois , mais fort utile : ce contrôle de chaque jour protège la situation financière de la ville, et ne permettrait pas à l'administration de s'engager dans des opérations désastreuses. L'amélioration de la position , maintenant fort difficile , n'est qu'une question de temps.

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