LYON SOUS HENRI IV. — XVII6 SIÈCLE
les deux souverains étrangers ; agent de la conspiration , Lafin la révéla. Biron, découvert , s'obstina longtemps à ne point faire l'aveu de sa faute; quand il s'y décida, la clémence du roi était épuisée , et la justice eut son libre cours.
S V. Ce fut la même année, 1602, et le 18 septembre, qu'un débordement extraordinaire de la Saône mit en péril une partie de la ville de Lyon; il fut soudain, et eut lieu pendant les premières heures de la journée. Grossie démesurément par les eaux du Doubs, la rivière franchit ses limites, inonda au loin les campagnes , submergea en entier le faubourg de Vaise , et se fraya une issue au travers de la rue Pêcherie. Il y avait un courant si fort , que le pont en pierre de la Saône courut les plus grands risques; ses éperons furent emportés, et plusieurs maisons tombèrent. Cette inondation persista pendant quinze jours.
Un événement d'une autre nature eut lieu Tannée suivante : un jésuite, le P. Coton, obtint de son influence sur Henri IV le rétablissement en France de sa compagnie , et la réintégration officielle de cet ordre religieux dans le collège de la Trinité , à Lyon. On vit revenir avec plaisir, après huit années d'exil , des professeurs dont l'habileté , pour l'éducation de la jeunesse , était généralement reconnue. Chargé de mettre à exécution l'édit du roi, le consulat demanda que l'instruction publique fût établie sur des bases plus larges ; il obtint la création de trois chaires nouvelles, une de rhétorique, une autre d'humanités et une autre de philosophie , au prix d'une rente annuelle de six mille francs , et d'une exemption de tous droits pour le vin que consommerait le collège. Il y eut une cérémonie publique à l'occasion de l'ouverture des classes; tous les échevins et le prévôt des marchands y assistèrent : ce fut pour perpétuer le souvenir de leur retour dans un des établissements qu'ils affectionnaient le plus , que les Jésuites firent placer au-dessus de la porte principale l'inscription qu'on y a vue pendant si longtemps.
Lyon fut de nouveau menacé par les eaux au mois de février 1608; un incident singulier donna à ce qui se passa alors dans la ville un intérêt particulier : ce fut encore la Saône qui excita les alarmes du consulat et de la population. Saisie par un froid rigoureux , elle s'était gelée au-dessus de la ville ; il y avait eu un changement subit de température , et, sous l'influence d'un