TROVVEES DANS LE SOL DE CETTE VILLE
Lorsque la première partie de cette Histoire annonça la publication du recueil général des inscriptions latines trouvées sur notre sol ou relatives à nos annales , aucun ouvrage ex-professo sur ce sujet n'existait, et on ne possédait, en ce genre , que la notice extrêmement vieillie de François Artaud. Ce livret contient moins de quatre-vingt-dix inscriptions, chiffre qui a été quadruplé depuis vingt-cinq ans.
Nous sommes, aujourd'hui, au moment d'être fort riches dans cette partie si utile de la science archéologique , et peut-être y aura -t -il bientôt surabondance de monographies sur nos inscriptions. Indépendamment de sa Notice , Artaud a écrit un ouvrage considérable sous le titre de Musée lapidaire ; il y a inséré environ cent cinquante inscriptions , pour la plupart relevées et commentées de sa main.
Ce recueil a obtenu , en 1854 , un des prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres : oublié pendant quelques années , et si complètement qu'on en
avait perdu la trace , le manuscrit d'Artaud a été retrouvé : il n'avait pas quitté la loge du concierge du Palais des Arts. On ne le publiera probablement jamais; il se compose d'un texte et de planches au trait qui représentent, non-seulement les inscriptions (en caractères presque illisibles), mais encore les arcades sous lesquelles les cippes avaient été disposés. C'était une idée malheureuse ; rien ne subsiste aujourd'hui des dispositions qu'avait prises l'ancien conservateur du Musée : son ouvrage n'aurait donc maintenant qu'un attrait de curiosité. M. Cornmarmond est sur le point de donner au public une description ornée de planches gravées du riche Musée lapidaire commis à ses soins. Une livraison du travail de M. de Boisai eu , sur le même sujet, a paru depuis quelques mois ; elle contient les inscriptions relatives aux Dieux et aux Déesses $ ce livre reproduit la forme des lettres et celle des monuments. '
Ecrites avec de grands développe-
t. — Il y a plusieurs manière* de reproduire les inscriptions : on peut le» rendre en caractères typographiques ordinaires , en petitea eapilalee pour imiter la leitre antique , à longues lignes ou en lignes brisées, selon le modèle autographe. On peut mire plus encore , en donnant un exact fac-similé des lettres mêmes de l'inscription , considérées sous le rapport de leur forme matérielle , de leur mesure et de leurs proportions entre elles. Il y a dans ce dernier procédé un aYantage qui a beaucoup de pris ; on apprend par loi i connaître les beaux types romains et leurs dégénérations successives • c'est une curieuse étude ; elle est utile i l'art.
On peut choisir entre plusieurs procédés, pour donner les inscriptions , en mlfacsimiie : dans Pun, le dessinateur reproduit non-seulement les lettres , mais encore le monument lui-même avec tous ses accidents " par le temps ou par la main des hommes; il y a en ce genre des gravures fort bien exécutées. Mais nt la pierre elle-même présente, comme œuvre d'art, quelque mérite dans sa forme; elle est, en outre, l réduite i l'étst de fragment dont l'imitation matérielle n\>flre aucun intérêt; enfin, ce procédé n'est
rarement souvent
ments , ces monographies , si elles avaient paru , auraient élé fort utiles au recueil dont j'ai promis la publication. Elles seront de véritables encyclopédies sur la matière , et réuniront à la lettre des inscriptions l'image figurée qui la rend parlante , et la science dont elle reçoit la vie. J'aurais vivement désiré m* épargner un travail non moins long que difficile; mais ma parole était engagée , et rien ne me dispensait de la tenir. Attiré d'ailleurs par les obstacles mêmes qu'il s'agissait de vaincre , j'ai essayé de réunir en quelques pages toutes les inscriptions lyonnaises , non à longues lignes , mais en fac-similé exact , et de résumer , en un petit nombre de mots , toutes les explications qui sont rigoureusement nécessaires à leur parfaite intelligence. Une autre considération avait beaucoup de poids à mes yeux : un recueil général des inscriptions latines est la base de l'histoire ancienne de Lyon ; il en est une partie intégrante très essentielle , et non un accessoire. Meneslrier et Paradin n'avaient à leur disposition qu'un bien petitnombre de ces pièces officielles , et j'en ai donné plus de trois cent cinquante. Fidèle à mon principe d'écrire cet essai entièrement d'après les originaux , pou-
1NSGRIPTIONS LATINES.
vais-je négliger une de nos richesses locales les plus précieuses et ne pas me l'approprier tout entière ?
On trouve en effet , dans la collection que je publie , non - seulement toutes les inscriptions qui sont réunies sous les arcades du Palais des Arts (moins quelques cippes par trop modernes et quelques fragments sans intérêt) ! , mais encore celles qu'ont données dans leurs ouvrages Paradin , Menestrier, Syméoni, Bellièvre, Spon, MM.Cochard, Artaud, Mongez, Millin, Greppo , Bréghot, etc. , etc. : peutêtre aurais -je pu en glaner quelques autres chez divers écrivains , ou dans des habitations particulières \ mais je crois ne point en avoir négligé d'essentielles , et peut-être en ai-je reproduit beaucoup d'inutiles. Aucun travail de ce genre ne saurait d'ailleurs avoir la prétention d'être complet; chaque jour peut voir l'exhumation de cippes ignorés. Plusieurs inscriptions très curieuses ont été données par la démolition de l'antique pont du Change, d'autres peuvent être recueillies , d'un moment à l'autre, à la suite des fouilles qui labourent notre sol sur tant de points. Nous sommes si riches en inscriptions qu'il est déjà permis de faire un triage : tous ces vénérables
applicable qu'à dea recueils d'une très petite étendue. La nécessité de ménager l'espace a fait trouver le système de l'imitation fidèle des lettrée seules, et dans des proportions assez petites, quoique fort nettes, pour que huit ou dix inscriptions puissent être réunies sur une page in-8°. Cest ainsi qu'est exécuté le beau recueil des inscriptions récemment trouvées à Constantine (Gïrfti), i Djimilah ( Cuiculum ) , à Ghelma (Kalama), a Sétif ( Sitifis colonia) , et à Pbilippeville (Rusicada).
Je m'étais proposé de donner en fac-similé les lettres et le monument même des plus remarquables inscriptions du Musée lapidaire de Lyon, et déjà j'avais publié un spécimen de la gravure, lorsqu'un motif de convenance m'a porté à me désister de mon projet. Ce que j'avais l'intention de faire devait être exécuté avec plus de soin encore, au point de vue de l'art, dans un travail complet sur le même sujet. Je n'avais, au reste, i reproduire les inscriptions que comme des pièces officielles servant de preuves i l'histoire de Lyon, et il aurait suffi de les donner à longues lignes , si ce procédé n'avait amené quelque confusion et créé d'inextricables difficultés.
J'ai done été ramené au mode qu'ont suivi Paradin , Bellièvre , Syméoni et Artaud. Dans les inscriptions latines, les mots ne sont point séparés les uns des autres ; il y a beaucoup d'abréviations , les lettres se touchent, et l'ouvrier graveur ne se fait aucun scrupule de mettre le commencement d'un mot i la fin d'une ligne, et l'autre partie au commencement de la ligne suivante. J'ai maintenu les abréviations, mais j'ai isolé les mots, travail que je ne me flatte point d'avoir exécuté toujours sans rien donner à l'arbitraire : ceux qui s'occupent d'inscriptions latines savent de combien de difficultés s'accompagne leur lecture. Je redirai, au reste, que, me bornant i être exaet , je me suis interdit les commentaires , les explications , les traductions et un glossaire, pour ne point empiéter aur le droit d'écrivains qui s'occupent de travaux sur le Musée lapidaire 4e Lyon , avec une supériorité de science et d'exécution artistique dont je fais bien volontiers l'aveu.
1. — J'ai annoncé (page 151 ) que le riche Musée lapidaire du Palais des Arts contenait plus de cinq cents inscriptions : c est monuments antiques , tombeaux , urnes et fragments lue j'aurais dû dire. Il n'y a pas plus de deux cent trente inscriptions au Musée lapidaire iu Palais des Arts ; encore faut-il retrancher de ce nombre des fragments sans valeur archéologique et des inscriptions trop modernes.
INSCRIPTIONS LATINES
monuments ne présentent pas le même intérêt , du moins au point de vue historique , et un très grand nombre ne sont que des redites.
J'ai relevé moi-même une à une toutes les inscriptions qui existent dans le Musée du Palais des Arts , et comparé ensuite l'imitation typographique avec le monument original. Artaud se permet beaucoup de libertés; il rétablit les lettres effacées, et , au besoin , imagine un texte : c'est un exemple que je n'ai pas cru devoir suivre. Je reproduis l'inscription telle qu'elle est, avec les fautes comme avec les lacunes, quand il y en a. De courtes notes dans le tableau des abréviations, donnent la solution des difficultés principales ; quand je n'ai pas pu déchiffrer un fragment de ligne , je n'ai rien expliqué : à d'autres ouvrages les commentaires.
Réunir au hasard des inscriptions , ne point établir d'ordre méthodique entre elles , confondre les religions , les professions , les positions sociales et les époques , ce serait détruire , en très grande partie , le mérite scientifique d'un recueil de cette nature. Le fait seul de l'union en un groupe des inscriptions analogues est une interprétation ; tous les vieux textes semblables, ainsi rassemblés , se commentent et s'expliquent les uns les autres : il devient bien plus facile d'en déduire des conséquences générales. Je n'ai pas voulu trop multiplier les sous-divisions ; ma classification a pour principe général , mais non absolu , le nom du personnage auquel le monument est dédié. En voici les bases : in série , divinités et tauroboles ; — 2e série , sévirs et prêtres d'ordres divers ; — 5e série, fonctionnaires municipaux et impériaux; — 4e série, militaires ; — 5e série , arts et métiers ; — 6e série , liens de famille : § Ier, enfants ; § II , époux; § III, épouses; § IV, frères et soeurs ; § V, pères et mères. — 7e série , affranchis ;— -8e série, personnages de
condition indéterminée et fragments ; — 9e et dernière série , inscriptions chrétiennes. Une table particulière donne la composition entière de chaque série.
Toutes les inscriptions qui sont réunies sous les arcades du Palais des Arts n'appartiennent pas à la terre lyonnaise , plusieurs nous sont venues de lieux assez éloignés : même observation pour celles qu'ont recueillies Paradin , Spon et Artaud. Mais quand quelques-unes seraient étrangères à notre histoire , il en resterait encore un bien grand nombre pour témoigner des temps passés. Leur importance n'est pas douteuse ; une seule pierre funéraire bien authentique peut suffire pour la rectification d'un fait historique : ainsi trois inscriptions récemment découvertes ont autorisé ou plutôt commandé le changement du mot Scgusiani en Segusiavi *. Il ne s'agit ici que de la réforme très plausible d'une anomalie orthographique; mais d'autres cippes éclaircissent des points divers qui sont relatifs à la civilisation. J'ai cherché à tirer quelque parti des séries d'inscriptions consacrées aux arts et métiers , aux agents des empereurs , à la religion des vieux Gaulois, aux prêtres , aux affranchis , et peutêtre mes efforts n'ont-ils pas été complètement inutiles. Il n'y a plus d'histoire de Lyon possible sans l'appui de l'archéologie , et surtout sans l'indispensable concours d'un recueil d'inscriptions.
De tous ces monuments , le plus important est sans contredit les tables de Claude : je les ai reproduites en fac-similé très exact et parfaitement lisible ; faite avec une attention scrupuleuse , cette copie a été collationnée, lettre par lettre , sur l'original scellé sous l'arcade Y du Palais des Arts.
Sur la foi d'un archéologue , j'ai dit (page 146) qu'on avait à regretter la perte de la belle inscription de Tiberius Antistius Faustus : elle n'a jamais
t. — Les trois monuments qui motivent ce changement ont été indiqués à la page Î7 ; on trouvera , sous le numéro 58 de la vin* série , l'inscription en fac-similé qui a été extraite, en 1846 , des démolitions du vieux pont du Change.
été perdue j on la voit au n° 407 de l'arcade LI1 de notre Musée lapidaire.
L'inscription célèbre gravée sur le monument de Munatius Plancus , à Gaëte , a été donnée dans la première partie de ce travail ; je ne l'ai donc pas reproduite ici.
Il n'y a pas de date sur ces monuments , mais plusieurs indiquent des consulats , et alors on peut parvenir à la détermination assez précise de l'époque , avec quelque habitude du Traité de l'art de vérifier les dates. Ou trouve dans ce savant ouvrage , ainsi que dans le Traité de diplomatique, l'indication des années auxquelles correspondent les consulats et les tribunats indiqués par les cippes; mais ce cas est fort rare , du moins dans le recueil des inscriptions du Lyonnais. On y lit
INSCRIPTIONS LATINES
fort peu de ces désignations : il devient dès-lors presque impossible de déterminer d'une manière précise l'âge de la pierre tumulaire. Les abréviations présentent une autre difficulté : une même lettre est l'initiale de plusieurs mots , dont le véritable est donné par le sens général de l'inscription. En général, le nom du personnage auquel le monument est dédié est placé le premier ; sa désinence masculine ou féminine est celle du datif; le nom au nominatif est le second : c'est celui de la personne qui dédie. Presque toujours les mots sont placés sans intervalles les uns auprès des autres ; souvent ils sont coupés par la transition dune ligne à une autre ligne , et il faut quelque sagacité pour les recon stituer. *
1 . — On peut consulter, sur les inscriptions anciennes du Lyonnais, les ouvrages suivants :
Paradin de Cuysraulx ( Guill. ). Inscriptions antiques , tumules et épilaphes qui se retrouvent en divers endroits de la ville de Lyon. Mémoires de la ville de Lyon. Lyon, Gryphùts, 157.% , in-fol. , n. 416-444. On y trouve soixante-onze inscriptions et les tables de Claude.
Memestrier (le P.). Histoire consulaire , in-fol. (peu d'inscriptions).
Bellièvre (Claude). Lugdunum priscum , publié pour la première fois par J.-B. Monfalcon , d'après le manuscrit légué à l'Académie par F. Artaud. Lyon, imprimerie de Dumoulin, 1846» 1 vol. gr. in-12. Yoici le titre du chapitre : Epitapbîa quae Lugduni ex vetcribus lapidibus elicui , ultra ea quae alibi hoc libello notavi (p. 81). On y trouve environ quatrevingt-cinq inscriptions (plusieurs sont modernes). L'ouvrage de Bellièvre est curieux encore à consulter; il fait connaître l'origine et la situation des pierres lapidaires dont il parle.
Syméoni (Gabriele). L'Origine e le anlichilà di Lione, ouvrage publié pour la première fois par J.-B. Monfalcon , d'après le manuscrit do M. Bréghot. Lyon , impr, de Bajat , 1846, 1 vol. gr. in-12.
Syméoni a publié quatre-vingt-trois inscriptions ; il indique aussi le lieu où elles ont été trouvées.
Spon (/.). Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon. Lyon, Ceillier, 1675, in-12. Spon a publié envirou cent dix inscriptions.
Bellièvre , Syméoni . Spon , Menés irier et Paradin reproduisent souvent les mêmes inscriptions ; Symphoricn Ghampier en a donné quelques-unes.
Artaud ( Fr.). Notice des antiquités et des tableaux du Musée de Lyon. Lyon , Ballanche , 1808, in-8». (Soixante-six inscriptions). — Nouvelle édition ,1816, in-8°. (Environ quatrevingt-dix inscriptions). Artaud ne donne que celles qui étaient alors recueillies au Musée. — Lyon souterrain , ou Observations archéologiques et géologiques faites dans cette ville depuis 1794 jusqu'en 1836 ; ouvrage publié pour la première fois , d'après le manuscrit original» par J.-B. Monfalcon. Lyon , imprimerie de Nigon, grand in- 13. — Musée lapidaire , manuscrit. Lyon, 1836 , grand in-4°, fig. Cet ouvrage a été légué par F. Artaud à M. Chiral , concierge du Palais des Arts : on y trouve environ cent cinquante inscriptions ; quelques-unes sont modernes , d'autres sont à l'état de fragment.
Manuscrits db l'Académie : ils contiennent diverses dissertations sur des inscriptions, par Colouia , Mongez , Artaud , etc. , etc.
Bregbot du Lut (C. ). Archives du département du Rhône, Revue du Lyonnais , Mélanges et Nouveaux mélanges biographiques et littéraires.
Boissieu ( Mph: de ). Inscriptions antiques de Lyon , reproduites d'après les monuments , ou recueillies dans les auteurs. Lyon , Louis Perrin , 1846 , grand in-4©. Cet ouvrage aura six livraisons ; la première seule a paru (31 août 1847).
Conmarxord (.'•)• Description du Musée lapidaire de Lyon , ou Recueil des inscriptions latines trouvées dans le département du Rhône. Lyon , imj>r. de Dumoulin , 1 vol. grand in-4°, avec planches. — Cet ouvrage u'a pas encore été public.